Edito du mois: Le facteur Trump, mais jusqu’à quand ? 

L’année 2026 a débuté sur les chapeaux de roue. Le 3 janvier, les Etats-Unis ont déclenché une opération militaire qui leur a permis de capturer par surprise le président vénézuélien Nicolas Maduro, afin de l’emmener manu militari à New York pour y être jugé pour complicité de trafic de drogue, comme ils l’avaient fait au Panama trente-six ans plus tôt à l’encontre du général Noriega. Ce raid illustre les nouvelles priorités de l’administration Trump : défendre le bastion américain, sécuriser l’accès aux matières premières et soutenir l’économie nationale par tous les moyens. La lutte contre la drogue n’en a été que le prétexte. La publication de la nouvelle stratégie de défense des Etats-Unis (24 janvier), après celle portant sur la stratégie de sécurité, confirme ces nouvelles tendances : priorité à l’intérieur et aux Amériques, modus vivendi recherché avec la Chine, les autres régions sont confiées en priorité aux alliés (Européens à l’égard de la Russie, Israël et les Golfiens pour l’Iran, Corée pour son voisin du Nord). Les Etats-Unis restent néanmoins présents sur le Vieux Continent pour promouvoir leur économie et soutenir ceux qui accepteront publiquement d’être vassalisés. C’était le message martelé par Donald Trump lors du sommet de Davos. Les Européens sont désormais seuls et doivent en tirer toutes les conclusions s’ils veulent demeurer souverains. Le salut ne viendra plus des Etats-Unis. C’est une révolution copernicienne pour nombre d’Européens qui doivent intégrer ce paramètre dans leur esprit, leur stratégie et leurs actes. Le président ukrainien Zelensky l’a bien compris. Il s’est empressé de faire la tournée des capitales européennes pour sécuriser l’assistance militaire européenne à moyen terme. 

Le président américain reste toutefois capable de rétropédaler, comme il vient de le faire en Iran où il a laissé le régime massacrer des milliers de manifestants désespérés (8-10 janvier), après les avoir encouragés à descendre dans la rue, mais aussi sur le dossier du Groenland qu’il promettait de prendre par la force si le gouvernement danois refusait de le lui céder. La réaction du premier ministre canadien Mark Carney restera dans les annales : dans un mouvement de distanciation historique à l’égard de son grand voisin, il a explicité le nouveau monde, souligné son irréversibilité et marqué la nécessité pour les puissances moyennes de former un groupe alternatif pour éviter la soumission. Quoi qu’il en soit, la stratégie impériale de Washington demeure et l’hypothèse de la déstabilisation des institutions groenlandaises aboutissant à une demande d’indépendance d’une majorité de la population locale, suivie d’une proposition de rachat alléchante ne doit pas être écartée. De même que des actions déstabilisantes à l’encontre du Canada et de l’Islande qui pourraient ouvrir la porte à une réplique de la Russie aboutissant à l’annexion du Svalbard.  Dans ce nouveau contexte, la Maison Blanche et le Kremlin pourrait s’entendre pour écarter les Européens et les Canadiens de l’Arctique.

Dans les espaces océaniques également, les Etats-Unis rallient le camp des révisionnistes. Ils n’hésitent plus à remettre en cause l’ordre établi depuis les années soixante-dix, notamment par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, signée en 1982 et pilier du multilatéralisme maritime. En faisant échouer, en août 2025, les négociations sur le traité mondial contre la pollution plastique (ONU), en bloquant, en octobre 2025, le vote du texte pour la décarbonation du secteur maritime mondial (OMI) et en définissant, en janvier 2026, un régime simplifié et de droit américain permettant la recherche et l’exploitation des fonds marins dans tous les espaces internationaux sans passer par l’autorité internationale des fonds marins (AIFM), les Etats-Unis contribuent largement à accentuer la dislocation du régime multilatéral institué par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM). 

Au Moyen-Orient, les trois priorités de l’administration américaine sont claires : tout d’abord passer à la phase 2 de « l’Accord Trump » à Gaza, quitte à fâcher Benyamin Netanyou ; faciliter ensuite la réintégration de Damas dans le jeu international en promouvant la normalisation entre la Syrie et Israël, même si le président intérimaire Al-Charaa s’est lancé dans une vaste offensive contre les Kurdes dans le nord-est du pays ; enfin, ne pas fâcher les monarchies du Golfe pour qu’elles continuent d’investir massivement dans la très haute technologie américaine.

Sur l’Iran, il n’est pas impossible que la Maison Blanche soit parvenue à la conclusion qu’il était préférable de s’entendre avec les généraux des Gardiens de la révolution en leur fixant des lignes rouges, un peu comme au Venezuela. L’envoi du groupe aéronaval du porte-avions Abraham Lincoln ne pourrait être qu’un signal destiné à accroître la pression sur le régime iranien, et non les prémices d’une intervention militaire américaine. Profitant de la moindre implication américaine, les puissances régionales se réorganisent en deux camps : l’Arabie Saoudite, la Turquie, le Qatar et le Pakistan d’une part, les Emirats, Israël et l’Inde de l’autre. 

Cette compétition s’exprime au Soudan où le conflit s’intensifie dans l’indifférence générale. Les Forces de soutien rapide (FSR) ont consolidé leur contrôle sur le Darfour, pris possession d’une base des Forces armées soudanaises (FAS) et capturé le champ pétrolier stratégique de Heglig. Le conflit continue de s’internationaliser avec le Pakistan sur le point de livrer 1,5 milliard de dollars d’armes aux FAS, tandis que la Russie prévoit de déployer 300 « soldats » et plusieurs navires à Port Soudan. Une coordination entre l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Turquie et la Somalie continue d’émerger pour soutenir les FAS et contrer les politiques régionales des Émirats Arabes Unis. L’issue du conflit dépend plus que jamais de la fin des soutiens extérieurs, hautement improbable. 

En Asie, les dirigeants s’adaptent eux aussi à la nouvelle stratégie des Etats-Unis, comme en témoignent la première visite d’Etat en Chine du président sud-Coréen Lee Jae-Myung, et les déclarations de la première ministre japonaise Sanae Takaichi en soutien à Taïwan qui se sent esseulé. La question du passage du statuquo à la confrontation est dans tous les esprits.

Nombreux sont les commentateurs qui échafaudent des hypothèses sur l’échec de Donald Trump aux élections de mi-mandat en novembre prochain. Un Congrès démocrate modifierait-il considérablement sa politique ? Contournera-t-il celui-ci au risque d’accélérer la dérive autoritaire des Etats-Unis ? Sur le plan géostratégique les grandes tendances sont à l’œuvre et dépassent ces conjonctures. Comme le dit Mark Carney : » Nous savons que l’ancien ordre ne reviendra pas ». 

Vous pouvez compter sur la FMES pour continuer à décrire et analyser ces évolutions lors de nos Rencontres stratégiques de la Méditerranée qui se dérouleront à Toulon les 7-8 octobre prochains. Vous pouvez d’ores et déjà vous y inscrire.

Nous vous souhaitons une bonne année 2026. 

L’équipe de direction de l’Institut 

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