La dépendance énergétique de la France en 2026

En 2025, la France présente une vulnérabilité énergétique contrastée. La production nationale d’énergie primaire continue de progresser et représentait 61% de l’approvisionnement en 2024, rendant le pays moins dépendant des importations que certains pays européens, tels que l’Allemagne, l’Italie ou les Pays-Bas. Cette relative autonomie repose largement sur son parc nucléaire étendu qui permet de couvrir les besoins nationaux, mais également d’assurer un solde d’échanges électriques excédentaires à chaque frontière. Cette situation confère à la France un atout stratégique majeur dans un contexte européen tendu par les transitions énergétiques.

Cette relative résilience ne signifie toutefois pas une indépendance totale.  Le blocage récent du détroit d’Ormuz par l’Iran, en réaction à l’intervention militaire conjointe des États-Unis et d’Israël, illustre la vulnérabilité de ces points névralgiques. Pourtant, l’exposition directe de la France reste mesurée. Le pétrole moyen-oriental, traditionnellement utilisé pour équilibrer la balance commerciale, ne représente que 11,9 % des importations de brut en 2024, une part bien inférieure à celle de pays européens comme l’Italie, beaucoup plus dépendants des flux en provenance du Golfe persique. En effet, la France diversifie depuis plusieurs années ses approvisionnements vers l’Amérique du Nord, l’Afrique subsaharienne, l’Afrique du Nord et le Kazakhstan.

À l’échelle mondiale, la situation reste toutefois complexe. Des pays comme la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l’Inde, dépendant respectivement à 40%, 80 %, 70 % et 55% du Moyen-Orient pour leur pétrole brut, ont beaucoup plus de difficultés à compenser l’arrêt soudain de ces flux. L’impact de la réduction des flux d’hydrocarbures issus du Golfe sur la production asiatique aura des effets indirects sur la France beaucoup plus sensibles.

Le gaz renforce cette vulnérabilité. Les importations, qui concernent majoritairement du gaz naturel liquéfié (GNL), proviennent principalement de Norvège (40%), des Etats-Unis (21%) et dans une moindre mesure de la Russie (18%). À terme, la consommation de gaz ayant tendance à équilibrer celle de pétrole, la dépendance à ces trois fournisseurs devrait s’accroître.

A ces fragilités, s’ajoute la dépendance croissante aux câbles sous-marins, essentiels pour les échanges énergétiques. Leurs vulnérabilités face aux accidents, actes de sabotage ou phénomènes naturels, constituent un risque stratégique à prendre en compte.

Au bilan, grâce au nucléaire et à la progression notable de la production d’énergies renouvelables (+9,9% en 2024 pour un total de 16% de la consommation énergétique), la France bénéficie d’un mix plus résilient que certains voisins européens, même si sa sécurité énergétique reste en partie tributaire d’une dépendance aux hydrocarbures et d’un environnement géopolitique instable.

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