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Ukraine : derrière le schisme religieux, le conflit russo-ukrainien

Le patriarche Filaret de l’église orthodoxe de Kiev s’est félicité, le 11 octobre lors d’une conférence de presse, de la décision du patriarche de Constantinople de mettre fin à la tutelle de la Russie sur son église.
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L’indépendance de l’Eglise orthodoxe ukrainienne a été reconnue jeudi 11 octobre 2018 par Bartholomée Ier, patriarche de Constantinople et incarnant la principale autorité spirituelle des 300 millions de chrétiens orthodoxes à travers le monde. A Istanbul, le Saint Synode a annulé un décret datant de 1686, stipulant la dépendance de l’Eglise ukrainienne sous l’autorité du patriarcat de Moscou, l’autre grande branche de l’orthodoxie mondiale.

Depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991, les chrétiens orthodoxes du pays se partageaient entre le Patriarcat de Moscou et celui de Filaret DENISENKO, patriarche autoproclamé de l’Eglise orthodoxe ukrainienne qu’il a créée. Persécutées durant l’ère soviétique, les églises orthodoxes de Russie et d’Ukraine sont redevenues très influentes. Pays tiraillé entre l’orthodoxie russe et l’Occident catholique, Kiev est devenue une véritable poudrière religieuse à la chute du communisme.

Cette déclaration exprime le désir ukrainien de s’émanciper de la tutelle moscovite, le président ukrainien Petro POROCHENKO l’ayant d’ailleurs érigé en argument de campagne, qualifiant en juillet dernier l’Eglise relevant du Patriarcat de Moscou de « menace directe à la sécurité nationale ». Le patriarche Bartholomée a même remercié le président ukrainien dans ses efforts d’unir les chrétiens orthodoxes d’Ukraine.

Ce schisme religieux illustre le divorce entre les deux voisins slaves qui se livrent une guerre à l’Est de l’Ukraine. En Russie, le journal Komsomolskaya Pravda, décrit l’Eglise ukrainienne comme dirigée par des nationalistes et d’anciens collaborateurs nazis et estime que Constantinople s’est ingéré dans l’affaire russo-ukrainienne. Il explique d’ailleurs que Moscou devra en retour « acter la division irréconciliable entre les deux pôles de l’orthodoxie ». Vladimir Poutine et Cyrille de Moscou, patriarche, partagent une vision de l’orthodoxie où la civilisation russe est le ciment. Ce « ferment russe » doit se diffuser en Ukraine et en Biélorussie qui constituent selon eux et avec l’actuel Russie « la Sainte Russie ». A Kiev, Petro POROSHENKO, au micro de Radio Svoboda s’engager à garantir aux ukrainiens le libre-choix quant à leur église de rattachement et dénonce Moscou : « C’est la volonté du Kremlin de provoquer une guerre religieuse en Ukraine. »

En réponse à cette décision, le patriarche russe annonce lundi 15 octobre, la rupture de ses relations avec Constantinople. Le porte-parole de l’Eglise russe, Hilarion de Volokolamsk a déclaré : « Nous ne pourrons garder le contact avec cette Eglise, qui est en situation de schisme ».

Reste à savoir ce que deviendront les églises et les paroisses ukrainiennes, la moitié d’entre elles étant la propriété de Moscou, qui voit dans cette décision une trahison.