Israël

« Deal of the century » : le désaccord du siècle ?

Anne BOULNOIS et Béatrice VEYRAT-MASSON, chargées de mission à l’institut FMES

Après trois ans d’attente, le « deal du siècle » a été dévoilé par le Président américain Donald Trump le 27 janvier 2020. A ses côtés se trouvaient notamment le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, son opposant pour les élections à venir Beny GANTZ, et les ambassadeurs des Emirats Arabes Unis, d’Oman et de Bahreïn. Trouver un accord de paix pour cette région qui a appris à composer avec le chaos n’est pas chose facile. Les espoirs des uns constituent le pire cauchemar des autres, tant les parties prenantes ont des intérêts divergents. Cependant, il serait idéaliste de penser que le plan de Washington répond à une véritable recherche de paix entre Israéliens et Palestiniens. Même l’analyse sous le prisme de la realpolitik[1] ne semble pas convenir, tant l’intérêt personnel des acteurs impliqués l’emporte sur l’intérêt général.

Qu’en est-il réellement de ce plan de paix ?

Ce plan s’articule essentiellement autour de l’aspect économique, prévoyant des investissements très importants en Palestine, partant du postulat que l’aspect politique suivra. Ce plan de paix, qui n’a aucune valeur juridique tant qu’il n’a pas été endossé par le Conseil de sécurité des Nations unies, stipule quatre grands points : tout d’abord la reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d’Israël[2] et sa souveraineté dans la vallée du Jourdain[3], puis l’annexion définitive du plateau du Golan[4], la reconnaissance de la légalité du projet colonial en Cisjordanie[5] (illégale au regard du droit international) et enfin une allocation de 50 milliards de dollars d’investissements[6] faite au Palestiniens ainsi qu’une promesse de capitale dans la banlieue Est de Jérusalem[7]. Ce plan ne prévoit rien pour le retour des réfugiés palestiniens du Liban et de Jordanie sur leur terre originelle. Pour ce qui est de la bande de Gaza, le Hamas devrait être démilitarisé, tout comme le djihad islamique. La proposition de la relier à la Cisjordanie par un train à grande vitesse via un tunnel est mentionnée sans précision quant à sa date de mise en œuvre. Enfin, la bande de Gaza pourrait accueillir un port et des infrastructures économiques.[8]

Le Hamas, au pouvoir dans la bande Gaza, a réagi et s’est exprimé via Khalil al-Hayya, haut responsable du mouvement, en déclarant qu’il n’acceptera « pas de substitut à Jérusalem comme capitale de l’Etat de Palestine »[9]. Cette déclaration va dans le même sens que celle de Mahmoud Abbas, président de l’Autorité Palestinienne, pour qui ce plan a été conçu à sens unique, raison pour laquelle il a été de facto rejeté par les palestiniens. Le président de l’Autorité palestinienne déclarait ainsi « qu’il [serait] impossible pour n’importe quel enfant, arabe ou palestinien, d’accepter de ne pas avoir Jérusalem comme capitale d’un Etat palestinien »[10]. Répondant à l’allégation américaine de voir Jérusalem devenir la capitale « indivisible » d’Israël, Mahmoud Abbas a convoqué des réunions extraordinaires avec les partis palestiniens et la Ligue Arabe. Les membres de la Ligue Arabe se sont réunis samedi 1er février au Caire. D’un commun accord, ils ont publié un communiqué précisant que la Ligue rejetait le deal américain, affirmant qu’il était « injuste » et qu’il « ne respecte pas les droits fondamentaux et les aspirations du peuple palestinien ». La Ligue a ajouté que les dirigeants arabes avaient promis « de ne pas […] coopérer avec l’administration américaine pour mettre son plan en œuvre »[11]. Cette déclaration rejoint celle de l’Organisation de la Coopération Islamique[12]. Un soulagement pour Mahmoud Abbas qui se sentait bien isolé lors de l’annonce du « deal of the century ». Selon certaines sources, il aurait toutefois prudemment nuancé ses propos initiaux concernant sa volonté de couper tout lien avec Israël et les Etats-Unis[13]. Saeb Erekat, Secrétaire Général de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) a pour sa part déclaré que les Palestiniens se réservent tout droit de « se retirer de l’accord intérimaire d’Oslo », lequel encadre leurs relations avec Israël si ce plan annoncé devait être mis en place comme annoncé par l’administration Trump[14]. A l’issue de l’accord intérimaire dit Oslo II de septembre 1995 entre l’OLP et Israël, la Cisjordanie avait été divisée en trois zone : la zone « A » sous contrôle civil et sécuritaire palestinien, la zone « B » sous contrôle civil palestinien et sécuritaire israélien et la zone « C » sous contrôle civil et sécurité israélienne (voir encadré). Cet accord devait prendre fin en 1999, mais il a été reconduit par les deux parties. Selon Saeb Erekat, ce plan « va transformer l’occupation temporaire en occupation permanente »[15].

Un plan américain qui survient dans un contexte de pré-campagne électorale

Alors que les élections américaines de novembre prochain se profilent, le Président Donald Trump peut d’ores et déjà s’appuyer sur son bilan économique favorable. Cependant, malgré un risque de récession et d’inflation maîtrisé ainsi qu’un chômage au plus bas « depuis la guerre de Corée » (i.e. 1950-1953), Goldman Sachs annonce une élection présidentielle serrée.[16] Les équipes de Donald Trump sont donc à la recherche d’électeurs qui puissent élargir la base électorale du Président « désormais identifiée comme stable et extrêmement solide » depuis son discours offensif sur l’état de l’Union (4 février 2020) et son blanchissement par le Sénat (5 février) dans la procédure d’impeachment qui le visait.[17] Pour certains de ses conseillers, la réussite économique pourrait ne pas être suffisante pour convaincre les Américains de voter pour lui et il serait opportun qu’il puisse se prévaloir d’un succès de politique étrangère. Les citoyens américains sont en effet sensibles de voir leur pays tenir un rôle prépondérant sur la scène internationale[18], tout particulièrement lorsqu’il s’agit de l’Etat hébreu[19]. Les propositions pro-israéliennes de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) et la communauté juive historique et influente gravitant autour des présidents américains et de leur entourage depuis 1951, entrent en résonnance avec certaines revendications des mouvements évangéliques. Le soutien et l’attachement de ces derniers envers Israël ne s’appuie pas seulement sur une adhésion au projet sioniste, mais aussi sur une véritable proximité culturelle basée sur la lecture de la Bible, les Eglises évangéliques étant « partisan[e]s d’une exégèse » fondée sur une lecture littérale qui prime sur « des médiations critiques »[20]. Donald Trump est conscient que la frange évangélique de la population américaine représente un quart de l’électorat américain. Pour ceux qui ne seraient pas convaincus par sa « Vision » pour l’Etat hébreu, le Président a stigmatisé « tous les candidats démocrates qui briguent la présidence essayent de punir les croyants » lors d’un meeting à la megachurch de Miami King Jesus International Ministry[21].

La médiatisation faite autour du « deal du siècle » – à commencer par son appellation pompeuse, mais surtout son contenu déséquilibré en faveur des israéliens – a permis également au Président Trump de détourner l’attention de l’électorat américain du procès en destitution dont il a fait l’objet. Bien qu’il ait été blanchi par le Sénat, le principal intéressé n’en est pas moins soucieux de son image. En effet, les indécis pourraient être définitivement refroidis par les révélations successives, dont celles de l’ex-conseiller à la sécurité nationale John Bolton. Face à cette mauvaise publicité, le Président américain souhaite mettre en avant le fait qu’il a réussi là où les « administrations précédentes depuis le Président Lyndon Johnson [ndlr. 1963-1969] ont essayé et ont amèrement échoué » selon ses propos lors de la conférence de presse lors de laquelle il a présenté son plan de paix[22].

Benjamin Netanyahou comblé

De son côté, le Premier ministre Netanyahou y trouve tout son intérêt. Ce plan survient en effet au meilleur moment pour lui dans la perspective de l’élection du 2 mars 2020, la troisième en moins d’un an, pour désigner les membres de la Knesset et par là-même le futur Premier ministre. Ces élections anticipées résultent de l’incapacité des partis israéliens à former un gouvernement de coalition.

Benjamin Netanyahou, au « coude à coude » avec son opposant l’ancien Chef d’état-major des armées Benny Gantz, considère que ce plan « marquera l’histoire comme un jalon important permettant à différents acteurs au Moyen-Orient d’aller enfin de l’avant avec un accord régional historique »[23]. Il espère tirer profit de ce plan et de sa proximité avec le Président américain pour sortir vainqueur de l’élection, tant l’accord est favorable à Israël.

David Khalfa, chercheur à l’Institut prospective et sécurité en Europe explique que la présence de Monsieur Gantz aux côtés de Monsieur Netanyahou à la conférence de presse à la Maison Blanche était sans doute un piège. En effet, « cette invitation collective à Washington visait à illustrer un rapprochement entre les deux hommes pouvant aboutir à la constitution d’un gouvernement d’union nationale, meilleure issue pour Netanyahou. Or, agissant de la sorte, il coupait l’herbe sous le pied de Gantz qui a axé toute sa campagne sur le rejet de Netanyahou »[24]. Il est important de rappeler que la motivation de l’actuel Premier ministre de gagner ces élections ne consiste pas seulement dans sa volonté de garder le pouvoir, mais aussi dans sa nécessité d’obtenir l’immunité que lui confère le statut de Premier ministre afin de ne pas être poursuivi sur le plan judiciaire[25].

Cette analyse met en lumière la fragilité du Premier ministre israélien qui a désespérément besoin de l’appui de Donald Trump comme celui des autres dirigeants influents qu’il s’est empressé de rencontrer ces dernières semaines. Une partie de l’extrême-droite israélienne n’a pas hésité à critiquer Benjamin Netanyahou en lui reprochant d’avoir cédé à la Maison Blanche en acceptant le principe de deux Etats, même si le futur Etat palestinien tel qu’envisagé par le plan de paix est de fait vidé de toute substance. Peut-on en effet parler d’Etat lorsque la surveillance des frontières et le contrôle de l’espace aérien ne lui appartient plus ? Ou bien lorsque ce dernier n’est pas libre de signer des traités ou de faire partie de certaines institutions internationales ?[26]

La communauté internationale divisée sur le sujet

La communauté internationale a réagi mollement et a affiché ses divisions. L’Organisation des Nations Unies s’en tient aux résolutions onusiennes et aux accords bilatéraux sur la création de deux Etats, Israël et la Palestine, « vivant côte à côte en paix et sécurité dans les frontières reconnues sur la base des lignes définies en 1967 » selon les déclarations de son porte-parole.[27]

L’Union européenne a, par l’intermédiaire de son chef de la diplomatie Josep Borrell, évoqué l’idée « d’étudier et d’évaluer les propositions avancées »[28]. Elle a cependant réaffirmé d’une seule voix « son engagement ferme et unanime en faveur d’une solution négociée et viable prévoyant deux Etats qui tiennent compte des aspirations légitimes tant des palestiniens que des israéliens, en respectant toutes les résolutions de l’ONU »[29]. Un message clair qui confirme son attachement aux résolutions onusiennes.

Les Etats arabes ont pour l’instant peu réagi, car tenus par des engagements politico-économiques avec les Etats-Unis. Le maréchal al-Sissi a un besoin vital d’aides américaines[30] ; Mohammed Ben Salman et Mohammed Ben Zayed Al-Nahyan voient dans l’accord un moyen de se rapprocher d’Israël pour contrer plus efficacement l’Iran qui leur fait peur.[31] Les deux souverains savent par ailleurs qu’ils ont besoin des armes et des garanties de sécurité américaines.[32]

La Jordanie a déclaré son « soutien à tous les efforts sincères visant à obtenir une paix juste et globale dont la seule voie est l’établissement d’un Etat palestinien indépendant sur les frontières de 1967 avec Jérusalem en-Est »[33], réaction semblable à celle du Qatar. L’Egypte a quant à elle adopté une réaction plus encline au plan de paix américain en invitant les deux parties à un examen « attentif » et « approfondi »[34]. L’Arabie-Saoudite a dit « apprécier » les efforts de Donald Trump, mais le roi Salman a réaffirmé son soutien lors d’un entretien téléphonique à Mahmoud Abbas sur « l’engagement du Royaume envers les Palestiniens »[35].

L’Iran, la Turquie, le Hezbollah et la Syrie ont condamné fermement ce plan de paix. Le premier l’a nommé le « plan […] de la honte imposé par l’Amérique aux Palestiniens[, qui] est la trahison du siècle et est voué à l’échec ». Le second parle d’un projet « mort-né » et d’un « plan d’occupation visant à tuer une solution à deux Etats et à extorquer des territoires palestiniens ». La milice chiite libanaise a estimé que ce plan n’est qu’une tentative d’éliminer les droits du peuple palestinien, historiques et légitimes. Enfin, le régime syrien a déclaré que « ce plan démontre l’alliance claire entre les Etats-Unis et l’entité sioniste, ainsi que leur animosité envers la nation arabe ».[36] Chacun – avec plus ou moins de délicatesse – a rejeté le plan américain qui élimine de facto toute considération envers le peuple palestinien.

La Chine, elle, ne s’est pas exprimée, ses intérêts pluriels dans la région rendant difficile son positionnement. Enfin, la Russie, redevenu un acteur majeur au Moyen-Orient depuis 2014, a demandé aux Israéliens et aux Palestiniens d’entamer « des négociations directes », soulignant que plusieurs dispositions du plan de paix allaient à l’encontre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.[37] Ce faisant, le Kremlin a montré sa posture légitimiste vis-à-vis du droit international violé en l’espèce, selon lui, par les Etats-Unis tout en rappelant qu’in fine ce plan devrait être légitimité par le Conseil de sécurité de l’ONU et non pas uniquement par les Israéliens et les Américains.

Conclusion

L’annonce de l’accord de paix élaboré par Jared Kushner et son équipe tombe à un moment crucial tant dans le calendrier interne américain, que dans celui du Premier ministre israélien. Ce n’est certainement pas une coïncidence, mais un calcul stratégique d’un Président qui se lance dans une nouvelle campagne électorale, porté par son bilan économique positif et s’attribuant le mérite d’un plan de paix pour une région enlisée dans un conflit réputé insoluble. Mais n’a-t-il pas été trop arrogant ? N’a-t-il pas sous-estimé le risque d’une détérioration de la situation israélo-arabe en cas de nouveau soulèvement populaire, ainsi que d’éventuelles répercussions sécuritaires liées au rejet de l’interventionnisme occidental et anti-palestinien ? Ces répercussions semblent d’ailleurs avoir déjà commencé : des tirs de roquettes ont été lancés depuis la bande de Gaza vers Israël dans la nuit du 1er au 2 février 2020. En réponse, l’Etat hébreux a visé des bastions du Hamas. Le conflit risque à tout moment de s’envenimer.

De plus, ce plan répond à la logique unilatéraliste du Président Donald Trump observée depuis le début de son mandat en matière de politique étrangère. Celui-ci a conscience de sa puissance économique et militaire : il s’en sert pour tenter de faire plier ses adversaires afin qu’ils se conforment à ses désidératas, même si ses résultats tardent à se manifester en Corée du Nord et en Iran.

Au fond, cette initiative et les réactions qu’elle suscite illustrent la nouvelle donne au Moyen-Orient :

  • la fragilisation du multilatéralisme, du droit international et du concept de souveraineté qui en découlent. Le texte du deal du siècle apporte un éclairage cru sur ce dernier concept : «l’idée que la souveraineté est un terme statique et constamment défini a été une pierre d’achoppement inutile dans les négociations passées »[38].
  • l’absence de stratégie de long terme des Etats-Unis ensuite pour qui, au-delà de la conjoncture électoraliste Trumpienne, le redéploiement prime désormais. L’influence d’Israël et de l’Arabie Saoudite en est renforcée, et les marges de manœuvre des acteurs s’accroissent, en particulier pour la Russie à l’affût.
  • le changement générationnel, qui semble se caractériser par une indifférence plus forte à la cause palestinienne. Le chaos et les guerres qui ont secoué le monde arabe depuis 20 ans ont peut-être relativisé le sort de ce peuple qui s’éloigne encore un peu plus de son objectif de création d’un Etat souverain.

 

Téléchargez ici le “deal du siècle” (PDF en anglais)

 

Quelles sont les frontières dites de 1967 ?
Ce sont les frontières reconnues par l’ONU en 1967 qui correspondent aux frontières de la fin de la guerre israélo-arabe de 1948. Il s’agit d’une ligne de démarcation entre les forces israéliennes et les forces arabes (Syrie, Liban, Transjordanie et Egypte). Elles ne sont reconnues que par l’Egypte, la Jordanie et l’Autorité Palestinienne. Le plateau du Golan et Jérusalem-Est ont été annexés par Israël en 1982 ; l’Etat hébreu occupe également une partie de la Cisjordanie. Israël continue aujourd’hui sa politique de colonisation, faisant de la Cisjordanie un territoire « gruyère »[39] aboutissant à la quasi-impossibilité de création d’un Etat Palestinien. Pourtant, la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le 23 septembre 2016, « exige de nouveau d’Israël qu’il arrête immédiatement et complétement toutes ses activités de peuplement dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est »[40]. Israël avait alors annoncé « qu’il ne se conformera pas au vote du Conseil de sécurité »[41]. La démarche intellectuelle d’Israël, mais aussi matérielle, montre bien une envie de passer outre les règles onusiennes sous un prétexte sécuritaire.

 

 **

[1] La realpolitik désigne « la politique étrangère fondée sur le calcul des forces et l’intérêt national », dans Kissinger, H. (1996) Diplomatie. Fayard, p. 123.

[2] The White House. (2020). Peace to Prosperity | The White House. [en ligne] Disponible sur: https://www.whitehouse.gov/peacetoprosperity/ [Dernier accès : 3 février 2020] ; p. 17.

[3] Ibid ; p. 13.

[4] Ibid ; p. 41.

[5] Ibid ; p. 16.

[6] Ibid ; p. 19.

[7] Ibid ; p. 17.

[8] Ibid ; pp. 25.

[9] AFP. (2020). Le Hamas palestinien rejette le plan de paix américain. [en ligne] Le Figaro.fr. Disponible sur:https://www.lefigaro.fr/flash-actu/le-hamas-palestinien-rejette-le-plan-de-paix-americain-20200128 [Dernier accès : 3 février 2020].

[10] Les Echos. (2020). Réactions contrastées au plan de paix américain sur le conflit israélo-palestinien. [en ligne] Disponible sur: https://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/reactions-contrastees-au-plan-de-paix-americain-sur-le-conflit-israelo-palestinien-1167357 [Dernier accès: 3 février 2020].

[11] Le Monde.fr. (2020). La Ligue arabe rejette le plan de paix américain pour le Proche-Orient. [en ligne] Disponible sur: https://www.lemonde.fr/international/article/2020/02/01/mahmoud-abbas-declare-mettre-fin-a-toutes-les-relations-des-autorites-palestiniennes-avec-israel-et-les-etats-unis_6028089_3210.html [Dernier accès: 3 février 2020].

[12] Anon, (2020). Résolution adoptée à la Session extraordinaire du Comité exécutif à composition non limitée au niveau des ministres des Affaires étrangères des Etats membres de l’OCI sur l’examen des implications de l’annonce du plan de l’administration américaine,le 28 janvier 2020. [en ligne] Disponible sur: https://www.oic-oci.org/topic/?t_id=23179&t_ref=13923&lan=fr [Dernier accès: 3 février 2020].

[13] YouTube. (2020). Conflit israélo-palestinien: Mahmoud Abbas met un bémol à sa menace | AFP News. [en ligne] Disponible sur: https://www.youtube.com/watch?v=hgwaJ9L-JQg [Dernier accès: 3 février 2020].

[14] Le Figaro.fr. (2020). Les Palestiniens menacent de se retirer des accords d’Oslo si Trump annonce son plan de paix. [en ligne] Disponible sur: https://www.lefigaro.fr/flash-actu/les-palestiniens-menacent-de-se-retirer-des-accords-d-oslo-si-trump-annonce-son-plan-de-paix-20200126 [Dernier accès : 3 février 2020].

[15] Ibid.

[16] Goldman Sachs. (2020). Goldman Sachs | Insights – U.S. Economic Outlook 2020: On Firmer Ground. [en ligne] Disponible sur: https://www.goldmansachs.com/insights/pages/us-outlook-2020.html [Dernier accès: 3 février 2020].

[17] Atlantico.fr. (2020). Pourquoi l’économie américaine devrait continuer à porter Donald Trump pendant l’année présidentielle. [en ligne] Disponible sur: https://www.atlantico.fr/decryptage/3583923/pourquoi-l-economie-americaine-devrait-continuer-a-porter-donald-trump-pendant-l-annee-presidentielle-election-maison-blanche-washington-jean-eric-branaa [Dernier accès: 3 février 2020].

[18] Rielly, J. (1987). American public opinion and foreign policy. Chicago, IL: Chicago Council on Foreign Relations.

[19] Gilboa, E. (1987). American public opinion toward Israel and the Arab-Israeli conflict. Lexington, Mass.: D.C. Heath.

[20] Fath, S. (2005). Le poids géopolitique des évangéliques américains : le cas d’Israël. Hérodote, 119(4), p.25.

[21] Le Point. (2020). Trump entretient le soutien. [en ligne] Disponible sur: https://www.lepoint.fr/monde/trump-entretient-le-soutien-extraordinaire-des-chretiens-evangeliques-04-01-2020-2356078_24.php [Dernier accès: 3 février 2020].

[22] Conférence de presse : visionnage disponible sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=JZVvQ-_C6Ns [Dernier accès: 3 février 2020].

[23] I 24 News (2020). « Deal du sciècle » : Benny Gantz accepte l’invitation de Donald Trump. [en ligne] Disponible sur : https://www.i24news.tv/fr/actu/international/1579974729-deal-du-siecle-benny-gantz-accepte-l-invitation-de-donald-trump-et-voyagera-lundi-aux-etats-unis [Dernier accès: 3 février 2020].

[24] Le Point. (2020). « Accord du siècle » : le cadeau de Trump à Netanyahou. [en ligne] Disponible sur: https://www.lepoint.fr/monde/accord-du-siecle-le-cadeau-de-trump-a-netanyahou-27-01-2020-2359830_24.php [Dernier accès: 3 février 2020].

[25] Sfard, M. dans Le Point. (2020). « Le plan de paix de Trump peut nous amener à la guerre ». [en ligne] Disponible sur: https://www.lepoint.fr/monde/le-plan-de-paix-de-trump-peut-nous-amener-a-la-guerre-29-01-2020-2360351_24.php [Dernier accès: 3 février 2020].

[26] The White House. (2020). Peace to Prosperity | The White House. [en ligne] Disponible sur: https://www.whitehouse.gov/peacetoprosperity/ [Dernier accès : 3 février 2020] ; p. 53.

[27] Libération.fr. (2020). Proche-Orient : l’ONU dit s’en tenir aux frontières définies en 1967. [en ligne] Disponible sur: https://www.liberation.fr/direct/element/proche-orient-lonu-dit-sen-tenir-aux-frontieres-definies-en-1967_108423/ [Dernier accès : 3 février 2020].

[28] Libération.fr. (2020). Réactions au plan de paix américain au Proche-Orient : refus palestinien, circonspection ailleurs. [en ligne] Disponible sur: https://www.liberation.fr/depeches/2020/01/28/reactions-au-plan-de-paix-us-au-proche-orient-refus-palestinien-circonspection-ailleurs_1775889 [Dernier accès : 3 février 2020].

[29] Euractiv. (2020). EU responds to Trump’s Middle East peace plan. [en ligne] Disponible sur: https://www.euractiv.com/section/global-europe/news/eu-responds-to-trumps-middle-east-peace-plan/ [Dernier accès : 3 février 2020].

[30] RFI. (2020). Le Caire déplore la réduction de l’aide économique et militaire américaine. [en ligne] Disponible sur: http://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20170823-egypte-etats-unis-reduction-aide-economique-militaire-erreur-deplore-droits [Dernier accès : 3 février 2020].

[31]Le Point. (2020). Pourquoi le plan Trump embarrasse les pays arabes. [en ligne] Disponible sur: https://www.lepoint.fr/monde/pourquoi-le-plan-trump-embarrasse-les-pays-arabes-31-01-2020-2360692_24.php [Dernier accès : 3 février 2020].

[32] Nytimes.com. (2020). The Most Powerful Arab Ruler Isn’t M.B.S. It’s M.B.Z.. [en ligne] Disponible sur: https://www.nytimes.com/2019/06/02/world/middleeast/crown-prince-mohammed-bin-zayed.html [Dernier accès : 3 février 2020].

[33] Le Monde.fr. (2020). Plan de Trump sur le Proche-Orient : des réactions internationales mitigées. [en ligne] Disponible sur: https://www.lemonde.fr/international/article/2020/01/29/plan-de-trump-sur-le-proche-orient-des-reactions-internationales-mitigees_6027584_3210.html [Dernier accès : 3 février 2020].

[34] RFI. (2020). Plan Trump: l’Égypte appelle Israéliens et Palestiniens à un examen «attentif» et «approfondi» – RFI. [en ligne] Disponible sur: http://www.rfi.fr/fr/ticker/plan-trump-égypte-appelle-israéliens-palestiniens-à-examen-attentif-approfondi [Dernier accès : 3 février 2020].

[35] Le Monde.fr. (2020). Avec le plan de paix américain, le consensus arabe sur la Palestine s’effrite. [en ligne] Disponible sur: https://www.lemonde.fr/international/article/2020/01/29/avec-le-plan-de-paix-americain-le-consensus-arabe-sur-la-palestine-s-effrite_6027632_3210.html [Dernier accès : 3 février 2020].

[36] Le Point. (2020). Réactions au plan de paix américain au Proche-Orient : refus palestinien, circonspection ailleurs. [en ligne] Disponible sur: https://www.lepoint.fr/monde/reactions-au-plan-de-paix-us-au-proche-orient-refus-palestinien-circonspection-ailleurs-28-01-2020-2360152_24.php [Dernier accès : 3 février 2020].

[37] I24news.tv. (2020). i24NEWS. [en ligne] Disponible sur: https://www.i24news.tv/fr/actu/international/1580385143-russie-israel-vladimir-poutine-est-le-premier-dirigeant-a-qui-benyamin-netanyahou-parle-du-deal-du-siecle [Dernier accès : 3 février 2020].

[38] The White House. (2020). Peace to Prosperity | The White House. [en ligne] Disponible sur: https://www.whitehouse.gov/peacetoprosperity/ [Dernier accès : 3 février 2020] ; p. 9.

[39] Le Monde diplomatique. (2020). La colonisation, « un danger pour la solution à deux États ». [en ligne] Disponible sur: https://www.monde-diplomatique.fr/2017/02/KERRY/57104 [Dernier accès : 3 février 2020].

[40] Organisation des Nations Unies. (2020). Conseil de sécurité: Israël ne prend aucune mesure pour cesser de coloniser les territoires palestiniens, dit le Coordonnateur pour le processus de paix au Moyen-Orient | Couverture des réunions & communiqués de presse. [en ligne] Disponible sur: https://www.un.org/press/fr/2019/cs14056.doc.htm [Dernier accès : 3 février 2020].

[41] Le Temps. (2020). Israël sur la défensive après le vote de l’ONU sur les colonies. [en ligne] Disponible sur: https://www.letemps.ch/monde/israel-defensive-apres-vote-lonu-colonies [Dernier accès : 3 février 2020].

Nouvelle escalade de la violence dans la bande de Gaza…

Le chef militaire du Jihad Islamique Palestinien (JIP), Abou Al-Ata a été tué ainsi que sa femme dans sa maison située dans la banlieue de Gaza, le 12 novembre par un bombardement israélien.
Il semblerait que cela soit une attaque ciblée, planifiée depuis plusieurs jours par l’armée israélienne et le Shin Bet, le service de sécurité intérieure israélien. Tsahal assure qu’Abou Al Ata était « responsable de centaines d’attaques contre les civils et militaires » et qu’une prochaine était « imminente ».

En réponse, des centaines de roquettes ont été tirées depuis la bande de Gaza sur les villes israélienne proches à proximité de Gaza par le JIP. La capitale Tel Aviv a été mise en alerte, impliquant le retentissement de sirènes toutes la journée et la fermeture des écoles. L’armée israélienne a répliqué sur des positions du groupe islamique dans la bande de Gaza mais aussi à Damas en Syrie faisant, selon le ministre de la santé gazaouis, cinq morts. Le bombardement opéré sur Damas ciblait également le fils d’Abou Al Ata. Selon les dires de l’agence officielle de Sanaa en Syrie, un raid aurait bien eu lieu mais qu’Akram Ajouri, le fils d’Abou Al Ata n’aurait pas été tué.

Pour Israël, le gouvernement du Hamas au pouvoir à Gaza est responsable de la situation dans cette zone qualifiée de “non droit”. Les tirs de roquettes d’un côté comme de l’autre sont quasiment devenus un rituel depuis 1948. Néanmoins, depuis plusieurs mois Israël accuse également le mouvement du JIP d’attiser les tensions dans cette enclave. Le Hamas et le Jihad Islamique, omniprésents dans la bande de Gaza, sont considérés comme mouvements terroristes par Israël.

 

…Retour sur les fondements du mouvement Jihad Islamique Palestinien.

Le mouvement du Jihad Palestinien est un mouvement fondé en 1970 en Egypte puis exporté dans la bande Gaza par Fathi Shaqaqi et Abdelaziz Awda. Le mouvement est aux origines fortement influencé par les Frères musulmans qui estimaient à cette époque que sa branche révolutionnaire n’était pas suffisamment active pour « soutenir les palestiniens et détruire Israël ». Le mouvement opte dans un premier temps pour l’influence via le levier de l’islam politique, théorisé par les Frères Musulmans, en constituant des factions révolutionnaires à l’encontre d’Israël. Puis il a commencé à constituer sa branche armée dite Al Qods, par le biais du Hezbollah à Beyrouth pour aller par la suite s’implanter à Damas. Le mouvement a gardé des bureaux au cœur de la capitale libanaise et en a ouvert à Téhéran ainsi qu’à Khartoum. L’idéologie de ce groupe terroriste est très particulière car fondée sur des influences en apparences opposées. Issus des Frères Musulmans, donc sunnites à l’origine, ils se réfèrent également à des penseurs chiites. Ils sont financés principalement par la Syrie et l’Iran, et se revendiquent particulièrement révolutionnaires.

 

…Que peut-on en déduire ? Rappel des faits historiques

Face à une assiette théologique aussi élargie, vraisemblablement pour rassembler largement contre un ennemi commun, Israël, une question s’impose.  Qu’en est-il des intérêts du peuple palestinien, alors que ces groupes semblent ne servir que leurs intérêts propres ?
Le conflit Israélo-Palestinien prend racine en 1948 avec la création de l’État d’Israël. Les palestiniens émigrent peu à peu et se trouvent parqués dans des camps en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Ce conflit, qui se rappelle à nous très régulièrement du fait des violences récurrentes à Jérusalem et dans la Bande Gaza principalement, s’articule autour de grandes périodes. La première, entre 1948 et 1967, le territoire de la Palestine mandataire est administrée par Israël, la bande de Gaza passant sous le contrôle de l’Égypte et de la Cisjordanie. De 1967 à 1993 à l’issue de la guerre des six jours, les populations de Cisjordanie et de Gaza passent sous administration israélienne. L’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), fondée par Ahmed Choukairy, se met alors en place à partir de 1964. A compter de 1969 et jusqu’à sa mort en 2004, c’est Yasser Arafat qui sera à la tête de l’OLP, Mahmoud Abbas lui succède depuis 2004. En 1980, en réaction à la réduction progressive de leur territoire les palestiniens lancent la première Intifada. Ensuite de 1993 à 2000, les accords d’Oslo aboutissent à la reconnaissance de l’État d’Israël par l’OLP et établissent une autorité intérimaire palestinienne, c’est à dire un gouvernement palestinien en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Entre 2000 et 2005, suite à la seconde Intifada, le processus de paix entre Israël et la Palestine est quasiment au point mort. En 2005, Israël se retire de l’enclave qui est dirigée par le Hamas qui en a pris le contrôle total depuis 2007. Le Hamas est en désaccord avec le Fatha, mouvement intégré dans l’OLP, notamment sur la question de la reconnaissance de l’état d’Israël. Le 29 novembre 2012, le proto-état Palestinien obtient le statut d'”État Observateur non membre” par l’Assemblée générale des Nations Unies.

Enfin, des regains de tensions apparaissent entre 2014 et 2017, sous les formes notamment d’attaques aux couteaux perpétrées par des palestiniens à Jérusalem à l’encontre d’israéliens et de tirs de roquettes par l’État hébreu sur la bande de Gaza. Les États Unis sont à l’origine de deux faits apparaissant comme les points culminants de cette accumulation de tensions. Le premier est la reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme capitale israélienne. Le second est la conférence économique de Bahreïn qui a lieu les 25 et 26 juin 2019, dirigée par Jared Kushner, conseiller du président américain, et à laquelle étaient conviés l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, la Jordanie ainsi que l’Égypte. Les grands absents ont été les palestiniens, non invités, et les israéliens, qui ont choisi de ne pas participer, eux-mêmes. Jared Kushner y a présenté un plan « de la paix à la prospérité » qui serait « l’occasion du siècle ». Ce plan s’articule essentiellement autour de l’aspect économique, il prévoit des investissements en Palestine, postulant que l’aspect politique suivra par la suite.

Aucune évolution en 71 ans…

Le conflit israélo-palestinien s’est inscrit dans la durée et ne baisse pas en intensité. Depuis 1948, il n’y a eu aucune avancée notable vers la solution proposée par les Palestiniens qui consiste en la cohabitation de deux états. La cause des palestiniens n’est plus, comme c’était le cas dans les décennies 60 à 90, une cause soutenue corps et âme par tous les pays arabes, chacun se concentrant désormais sur son propre agenda géopolitique et stratégique. Les options prises par les États Unis, proches d’Israël et de l’Arabie Saoudite, n’ont fait que creuser et accentuer le fossé séparant les belligérants. La décision unilatérale de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et la proposition d’un plan de paix excluant les premiers concernés illustrent une vision qui manque à minima de profondeur et qui s’affranchit de tirer les leçons du passé. Quant à Israël, partisane du moindre effort de consensus à ce sujet, elle ne fait que poursuivre sa politique de colonisation et d’annexion de territoires. Cette situation sert de terreau idéologique pour des groupes islamistes terroristes, qu’ils soient sunnites ou chiites, et alimente les tensions. Le retour à de nouvelles Intifada paraît inéluctable.

En 71 ans, il n’y a eu aucune avancée notable vers la résolution de ce conflit, à l’exception des accords d’Oslo qui n’ont tenus que quelques semaines…Le conflit israélo-palestinien est un conflit concentré sur une petite zone géographique, avec une résonance dans toute la sous-région voir à l’échelle mondiale. Le discours des occidentaux qui promeuvent la démocratie et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes montre ses limites face à un conflit insoluble voyant deux peuples s’opposer pour un même territoire. La cause palestinienne, qui s’essouffle, demeure emblématique en particulier pour des groupes terroristes qui l’instrumentalisent dans leur opposition doctrinale à l’occident et à Israël.  La “terre sans peuple” parfois évoquée à la fin du XIX siècle par Théodor Herzl, fondateur du mouvement sioniste, ne l’était pas, et le chemin paraît bien long encore pour que cette terre ne devienne celle de deux peuples.

Déclaration d’intention ou manœuvre de séduction du Premier ministre israélien à six jours des législatives anticipées ?

Le mardi 10 septembre, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a déclaré devant la presse que, s’il obtient une majorité de gouvernement aux élections législatives du 17 septembre prochain, il annexera la Cisjordanie (territoire Palestinien occupé par Israël depuis 1967). Il décrit son « intention, d’appliquer avec un futur gouvernement, la souveraineté d’Israël sur la vallée du Jourdain et la partie nord de la mer morte ». Cette annonce intervient après qu’il ait appelé, la veille, la communauté internationale à accentuer la pression sur l’Iran et à cesser toutes négociations avec celui-ci.

En effet, le chef de gouvernement israélien a apporté de « nouvelles preuves » de l’existence d’un site nucléaire iranien à Ābādeh, au sud de la région d’Ispahan dans le centre de l’Iran. Il s’agirait, selon Netanyahu, d’« un site de développement d’armes nucléaires » qu’il avait par ailleurs déjà désigné à la tribune des Nations Unies le 27 septembre 2018.

L’annonce de cette possible annexion de la Cisjordanie, très critiquée par l’opposition, survient alors que le Premier ministre israélien fait feu de tout bois pour séduire l’aile la plus à droite de son électorat.

Nous observons également que cette conférence de presse fait suite aux déclarations d’Hassan Rohani, le Président iranien qui annonçait, le mercredi 04 septembre, avoir ordonné la reprise de la recherche & développement en terme d’enrichissement de l’uranium. Cette décision est une réaction face à l’incapacité par les États faisant encore parti de l’accord de Vienne – Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni et Russie- à parvenir à contourner les sanctions américaines qui sclérose l’économie iranienne.

La tentative française de relancer les discutions sur ce sujet, initiée en marge du G7, a fait long feu. Depuis, Hassan Rohani a déclaré qu’aucune rencontre entre Téhéran et Washington n’aurait lieu sans un geste significatif de la part des américains. Ainsi, l’Iran entreprend de détricoter petit à petit l’accord de Vienne de 2015.

Il est permis de croire que Benjamin Netanyahu s’appuie sur les tensions régionales pour séduire l’électorat colons, sensible à la rhétorique sécuritaire et aux velléités expansionniste portée par le chef de file du Likoud.

De surcroît, le chef de gouvernement envoie également un message explicite à l’administration Trump alors que celle-ci s’apprête à dévoiler prochainement son plan pour mettre fin au conflit israélo-palestinien.

Israël et Liban : un jeu de dupes ?

L’armée israélienne a déclaré dans un communiqué du mardi 3 septembre, avoir repéré un site de fabrication de missiles appartenant au mouvement chiite libanais Hezbollah. Ce communiqué intervient quelques jours après les échanges de tirs entre les deux entités à la frontière du Liban.

Les tensions entre Israël et le Hezbollah, mouvement terroriste chiite du Liban, ne datent pas d’aujourd’hui. Néanmoins, cette escalade est particulièrement surveillée par la communauté internationale qui redoute un nouveau conflit entre les deux voisins ennemis : le dernier, en 2006, avait fait 1 200 morts du côté libanais et 160 du côté israélien.

Le dimanche 1er septembre dernier, le Hezbollah allié de Téhéran, notamment en Syrie où il soutient le régime, a tiré des missiles antichars sur le nord d’Israël. L’Etat hébreu a répliqué par des frappes sur le sud du Liban provoquant uniquement des incendies dans des secteurs boisés. Le Hezbollah libanais, de son côté, a annoncé avoir « détruit » un véhicule militaire israélien dans la zone frontalière faisant état de « morts et de blessés ». La confrontation est survenue au terme d’une semaine allant crescendo, commençant par un bombardement de l’armée israélienne tuant deux combattants du Hezbollah en Syrie, et se poursuivant par des accusations d’attaques de drones israéliens contre un bastion du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth. Dès lundi toutefois, la tension était retombée.

Cette nouvelle étape franchie dans la montée de tension avec Israël a poussé le Premier ministre libanais, Saad Hariri, à réclamer l’intervention de Paris et Washington. Ce dernier s’est entretenu par téléphone avec le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et avec un conseiller du président français Emmanuel Macron pour demander « l’intervention des États-Unis, de la France et de la communauté internationale face aux développements de la situation à la frontière sud », d’après le communiqué.

La communauté internationale n’a à ce jour pas encore répondu à l’appel de Hariri. Nous observons que les Etats-Unis financent et équipent depuis de nombreuses années l’armée libanaise tandis que le Hezbollah est financé par l’Iran, ennemi des Etats-Unis. Cependant, l’armée régulière du Liban et le Hezbollah entretiennent des relations à la fois complexes et déséquilibrées, qui ne permettent pas à l’armée libanaise de prendre l’ascendant sur le Hezbollah.

L’administration Trump et celle de Netanyahou ont dans leurs scopes tous groupes ou pays alliés de l’Iran, par ailleurs d’ores et déjà soumis aux sanctions américaines. Il est donc difficile d’imaginer que les Etats-Unis vont répondre positivement au président libanais. La France se veut elle médiatrice dans le conflit qui sévit entre les Etats-Unis et l’Iran. Elle s’est démarquée au G7, en invitant le ministre des affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, à s’entretenir avec le président français.  Elle se veut très impliquée dans la préservation de l’accord sur le nucléaire, duquel se sont retirés les américains. La France et le Liban entretiennent pour leur part des relations étroites fondées sur plusieurs aspects, tant historiques (mandat sur le Liban de la SDN en 1920), culturels (le pays de cèdre est francophone) que politiques (création par la France de ses principales Institutions, soutient par la FINUL du Liban à l’initiative de la France). Il serait donc délicat pour la France d’aller à l’encontre des intérêts libanais ou de simplement faire la sourde oreille. La France entretient aussi des rapports stables avec Israël, qui sont partagés entre le besoin d’interagir avec un partenaire essentiel du Moyen-Orient tout en maintenant de bonnes relations, voire des relations privilégiées avec le monde arabo-perse.

Mais, dans ce jeu d’échec, le Hezbollah est un « pion » essentiel. Il fait partie des gouverneurs successifs du Liban depuis 2005 (le pays est subdivisé administrativement et politiquement en huit gouvernorats), il occupe trois postes ministériels ainsi que treize sièges au parlement. Il est un acteur incontournable de la vie politique et sociale, au-delà du simple aspect militaire et idéologique, du Liban. Il bénéficie d’un appui militaire et financier de l’Iran depuis sa création en 1982 et, s’est énormément renforcé et aguerri particulièrement avec la guerre en Syrie. L’organisation compte aujourd’hui environ 25000 membres, soit deux fois plus qu’en 2010.  Les Etats-Unis ont émis des sanctions à l’encontre des membres du Hezbollah ces deux dernières années, en particulier envers les chefs de l’appareil sécuritaire du Hezbollah ainsi qu’une cinquantaine d’autres membres. De son côté, le Liban a émis des réactions diverses à cet égard en raison de sa pluri confessionnalisation (chiite, sunnite et chrétien maronite) et de ses relations privilégiées avec plusieurs Etats arabes opposés à l’Iran tels que l’Arabie-Saoudite, les Emirats Arabes Unis mais aussi du fait des liens étroits existants entre le pouvoir et le Hezbollah (Président Libanais chrétien maronite proche de l’organisation chiite), d’une part, ainsi qu’avec certains pays occidentaux, la France en particulier, d’autre part.

A ce jeu s’ajoute la situation politique délicate de Benjamin Netanyahou. Poursuivi par le Procureur Général pour des affaires d’abus de confiance, de fraude et de corruption, le Premier ministre israélien trouve dans cette situation d’accroissement de la tension avec son voisin l’occasion de renforcer sa posture d’homme fort, garant de la sécurité. En vue des élections législatives du 17 septembre prochain, le discours sécuritaire représente une diversion bienvenue, pour le moins est-ce l’opportune occasion de détourner l’attention de l’électorat.

Le Liban se trouve dans une position très délicate, risquant tout à la fois l’ire des Etats-Unis et celle du Hezbollah. Saad Hariri n’a clairement pas les cartes entre ses mains, il est pris en otage des jeux d’influences menées par des acteurs extérieurs. Pourtant l’enjeu est grand, il en va du précaire équilibre politique, sociale, sécuritaire confessionnel du Pays de cèdre.

Israël lance « Bouclier du Nord » à sa frontière avec le Liban

Au Nord d’Israël, un mur sépare le pays du Liban.
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Mardi 4 décembre, l’armée israélienne a annoncé la découverte de tunnels souterrains du Hezbollah en territoire israélien. En réponse, par la voix du lieutenant-colonel Jonathan CONRICUS, Tsahal a déclaré lancer une opération baptisée « Bouclier du Nord » à la frontière israélo-libanaise pour « mettre à jour et entraver » ces tunnels.

« Nous avons lancé l’opération Bouclier du Nord pour déjouer la menace des tunnels d’attaque de l’organisation terroriste Hezbollah à la frontière du Liban vers Israël » a affirmé aux journalistes le porte-parole des forces israéliennes, Jonathan CONRICUS. Il poursuit, fustigeant l’organisation djihadiste chiite libanaise « Nous considérons les activités du Hezbollah comme une violation flagrante de la souveraineté israélienne, et cela prouve une nouvelle fois le mépris total du Hezbollah pour les résolutions des Nations unies ». L’armée israélienne agira sur son propre territoire pour détruire ces « tunnels d’attaque » dont ni le nombre ni la taille n’ont été communiqués. Si ces tunnels ne sont pas encore opérationnels et ne représentent donc pas une « menace immédiate » pour la population civile, leur existence est soupçonnée depuis 2013 par Tsahal.

Cet épisode est le dernier événement en date opposant Israël et le Hezbollah, la formation libanaise pro-iranienne. Le 11 août 2006, par sa résolution 1701, le Conseil de sécurité de l’ONU a mis un terme à la deuxième guerre israélo-libanaise de 33 jours ayant fait 1 200 morts côté libanais et 160 côté israélien. Depuis, la frontière entre les deux Etats connait une relative stabilité. A l’issue de cette guerre, le mandat FINUL (Force intérimaire des Nations Unies au Liban) a été étendu. La Force a été établie en 1978 par le Conseil de sécurité afin de rétablir la paix et la sécurité internationales et confirmer le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban. Depuis 2006, elle doit contrôler la cessation des hostilités, appuyer les forces armées libanaises et fournir une assistance humanitaire aux populations civiles et aux personnes déplacées.

Pour autant, les escarmouches entre les deux camps n’ont pas cessé. Vendredi dernier, la branche militaire du Hezbollah, qui figure sur la liste de l’Union européenne des groupes impliqués dans des actes de terrorisme, a diffusé une vidéo d’avertissement destinée à Israël, montrant des images par satellite et des localisations cartographiées précises de sites stratégiques israéliens. Un message menaçant accompagnait cette vidéo « Attaquez, vous le regretterez ». Cette vive tension s’est également manifestée en Syrie ces dernières années. A l’instar de l’Iran, qui appelle régulièrement à la destruction d’Israël, le Hezbollah s’est allié au régime de Bachar AL-ASSAD.

Ces dernières années, Israël a renforcé ses défenses le long de sa frontière avec le Liban. En effet, l’Etat hébreu a débuté la construction d’une barrière afin de mettre un terme à d’éventuelles tentatives d’infiltration. A terme, un véritable mur isolera la frontière de 130 kilomètres.

Le lancement de l’opération « Bouclier du Nord » intervient au lendemain d’une rencontre tardivement annoncée à Bruxelles entre le Premier ministre israélien Benjamin NETANYAHOU et le secrétaire d’Etat américain Mike POMPEO. Le Premier ministre israélien a indiqué se rendre à Bruxelles afin de discuter des actions conjointes avec Washington « pour stopper les actes d’agression de l’Iran et de ses affidés », faisant naturellement référence au Hezbollah. Le mouvement chiite est considéré par Israël comme une des menaces les plus sérieuses à sa frontière. Pour le moment, le Hezbollah n’a pas réagi mais cet épisode illustre les tensions dans cette région du Moyen-Orient.

Etats-Unis – Israël : début du protocole d’accord décennal historique

Le Président américain Donald TRUMP et le Premier ministre israélien Benyamin NETANYAHU à Jérusalem en mai 2017.

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Le 1er octobre 2018, Heather NAUERT, porte-parole du Département d’Etat américain, annonce le début du protocole d’accord décennal, signé par les Etats-Unis et Israël en 2016. Selon les termes de l’accord, les Etats-Unis octroieront, pour les dix prochaines années, une aide s’élevant à 3,3 milliards de dollars pour les financements militaires étrangers et 500 millions de dollars serviront à l’Etat hébreu pour des programmes de coopération pour la défense antimissile. Cette somme considérable s’élevant à 7 230 dollars par minute, représente l’aide la plus importante octroyée par les Etats-Unis à son allié moyen-oriental.

Dans le but d’accroitre la sécurité d’Israël et de renforcer la coopération bilatérale entre deux Etats, ce protocole « historique », reflète « l’engagement durable et inébranlable du Président, de l’administration américaine et du peuple américain à l’égard de la sécurité d’Israël ».

Le protocole a été conclu en 2016, sous l’administration OBAMA, entre le Président américain et le Premier ministre israélien, Benyamin NETANYAHOU. Si Barack OBAMA espérait que ce geste servirait pour ses actions à l’égard des initiatives palestiniennes, le protocole a fait l’objet de vives négociations de la part de Benyamin NETANYAHOU qui entendait bénéficier d’une aide importante.

Dans son communiqué, H. NAUERT fustige le régime iranien de « parrainer des groupes terroristes cherchant à attaquer non seulement les intérêts d’Israël, mais également les Américains ». Israël incarnant « un allié précieux et compétent pour les Etats-Unis » la porte-parole du Département d’Etat insiste sur la menace régionale qui pèse sur le pays et craint « la possibilité d’une escalade du conflit » dans une région déjà instable.

L’aide permise par Washington est l’affirmation sans réserve du droit d’Israël à s’autodéfendre en bénéficiant d’un « avantage militaire qualitatif sur tous les adversaires régionaux potentiels ». Sur Twitter, le Premier ministre israélien remercie l’administration américaine et le Congrès pour cette aide financière. En rappelant les problèmes auquel son pays est confronté, B. NETANYAHOU écrit que « le soutien sans réserve des Etats-Unis à la défense d’Israël est l’un des piliers du lien très fort qui unit les deux pays ».

Actuellement, Israël craint un regain des tensions. A l’issue de l’incident de l’avion russe en Syrie pour lequel la Russie tient Israël responsable, Moscou a annoncé la livraison de systèmes de défense antiaériens S-300 à Damas. Interrogée par les journalistes après l’annonce du ministère de la Défense russe, H. NAUERT espère que cette transaction n’a pas eu lieu. Un haut responsable israélien a confié qu’Israël se réservait le droit de se protéger en cas d’attaque, le pays restant soutenu par les Etats-Unis.

Situation alarmante dans la bande de Gaza

A Gaza, les affrontements meurtriers perdurent entre Israéliens et Palestiniens. Dimanche 23 septembre, un Palestinien a été tué d’une balle dans la tête alors que des Gazaouis s’étaient rassemblés dans le but de lancer des pierres et des pneus enflammés en direction de soldats israéliens.

La situation ne cesse de se détériorer depuis le 30 mars, date à laquelle ont débuté des manifestations pour demander la levée du blocus israélien. Depuis 2007, date à laquelle le Hamas, un mouvement islamiste, remporte les élections législatives, Israël et l’Egypte imposent un embargo à la bande de Gaza. Trois guerres ayant opposé Israël et le Hamas ont eu lieu et, depuis la fin du mois de mars, au moins 180 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens. Les conséquences d’une telle situation sont psychologiques, sanitaires, écologiques et économiques. En effet, l’économie gazaouie est dite « en chute libre » : la croissance négative est d’environ 6% pour le premier trimestre 2018. Ce chiffre peut encore s’aggraver et s’ajoute à un taux de chômage historique de 53% de l’ensemble de la population et de 70% concernant les jeunes.

Entourées d’un mur et privés d’échange avec l’extérieur, deux millions de personnes vivent dans cette enclave de Gaza. La région est prise en tenailles par les querelles intra-palestiniennes entre Fatah et Hamas, mais également par les velléités israélo-américaines. Si le Président américain Donald TRUMP affirme pencher pour la première fois pour la solution à deux Etats lors de l’Assemblée générale des Nations-Unies à New York, le plan de paix préparé par Jared KUSHNER, gendre et conseiller du Président, est très attendu. KUSHNER aimerait faire de Gaza un proto-Etat ou une sorte d’entité autonome liée à l’Egypte.

Plus tôt cette année, Washington a décidé de déplacer son ambassade, de couper les financements aux programmes d’appui aux Palestiniens et notamment à l’UNRWA, l’agence de l’ONU concernant les camps de réfugiés palestiniens. 70% de la population à Gaza bénéficie du statut de réfugié et la situation risque de devenir de plus en plus précaire sans cette aide. Ces décisions américaines interviennent après que Mahmoud ABBAS, Président de l’Autorité palestinienne ait décidé de couper les liens avec Washington. De plus, marginalisé sur la scène internationale, le leader de 83 ans est quasi abandonné par son peuple. Alors qu’en 2017 était envisagée une tentative de réconciliation entre Fatah et Hamas, les positions restent figées, le Fatah espérant toujours pouvoir récupérer la bande de Gaza.

Renforcement de la défense aérienne syrienne par Moscou : Israël inquiété

Près d’une semaine après la perte de l’avion de renseignement russe Iliouchine-20 après un missile tiré par la défense aérienne syrienne, la Russie a décidé de livrer des systèmes de missiles sol-air S-300 à l’armée syrienne.

Alors que 15 militaires russes ont perdu la vie, pour Moscou, la responsabilité revient à l’aviation israélienne, accusée de s’être servie de l’avion russe comme « couverture ». De fait, la Syrie aurait tiré sur son allié par erreur. L’état-major israélien a contesté cette version et si une délégation israélienne s’est par ailleurs rendue à Moscou présentant les documents concernant l’opération menée dans la région de Lattaquié, la Russie ne s’est pas montrée convaincue. Le Kremlin a en effet soutenu que la perte de son avion était due à l’action des F-16 israéliens et a annonce par le biais de son ministre de la Défense, Sergeï CHOIGOU, des mesures afin de renforcer les troupes en Syrie.

La première de ces mesures concerne la livraison des systèmes de défense aérienne S-300 à l’armée syrienne dans les deux prochaines semaines, ces systèmes étant en mesure de frapper plusieurs cibles simultanément et d’intercepter des appareils à plus de 250 kilomètres de distance. Cette livraison de systèmes d’armement hautement sophistiqués n’est pas une idée nouvelle : alors que la Syrie avait déjà commandé de tels systèmes en 2010, la transaction n’avait pu être finalisée du fait de l’opposition israélienne. D’ailleurs, en avril dernier, Avigdor LIEBERMAN, ministre israélien de la Défense s’était exprimé : « Si des systèmes d’armes russes sont utilisés contre nous en Syrie, nous agirons contre eux ». Toutefois, « la situation a changé » a fait valoir CHOIGOU.

Cette décision peut envenimer les relations israélo-russes puisqu’elle vient compliquer les opérations israéliennes dans la région, lesquelles cherchent à contrer les transferts d’armes vers le Hezbollah et à empêcher l’implantation militaire iranienne en Syrie. De manière générale, cette acquisition de systèmes de défense russes par Damas peut perturber les actions des forces occidentales.

Lundi 24 septembre 2018, le Premier ministre israélien Benyamin NETANYAHU s’est entretenu avec le Président russe Vladimir POUTINE pour lui faire part des dangers d’une telle décision. Alors qu’il a réitéré la crédibilité de la version israélienne concernant l’avion abattu, NETANYAHU a souligné que cette fourniture d’armements contribuera à renforcer les dangers déjà inhérents dans la région. Son service de presse indique que « la remise d’armes de pointes dans des mains irresponsables fera croître les risques dans la région » alors même que l’Etat hébreu n’entend pas abandonner ses opérations militaires en Syrie.

Agitations autour de l’avion russe abattu en Syrie

Dans la nuit de lundi à mardi 17 septembre 2018, la défense antiaérienne syrienne aurait accidentellement abattu, dans le nord-ouest du pays, un Illiouchine-20 russe, un avion de reconnaissance. Quinze membres d’équipage russes ont perdu la vie. Alors que la Russie est l’alliée de la Syrie de Bachar AL ASSAD, cet incident survient à l’issue d’un accord entre la Turquie et la Russie portant sur la création d’une zone tampon autour de la province syrienne d’Idleb, entre les territoires insurgés des groupes rebelles appuyés par Ankara et les zones gouvernementales. Cette entente entre Turquie et Russie sur la Syrie est porteuse d’espoirs dans un pays déchiré par la guerre ayant engendré plus de 360 000 morts depuis 2011.

Dans le même temps, Israël est soupçonné de multiplier les tirs en Syrie contre le régime dans une logique de lutte contre l’Iran. En premier lieu, la Russie a jugé Israël comme « entièrement responsable » du drame, les forces syriennes ayant ouvert le feu pour contrer les tirs de missiles israéliens sur Lattaquié, bastion d’AL ASSAD. Selon le ministère de la Défense russe, les F-16 israéliens se seraient cachés derrière l’avion russe. Le même jour, Moscou accuse Paris d’avoir tiré des missiles à partir d’une frégate stationnée en Méditerranée. Ces déclarations successives influent sur le climat de tensions ambiant. De son côté, Tsahal se défend et avance une version différente. Des chasseurs-bombardiers israéliens ont bien visé une installation militaire syrienne supposée fabriquer des armes « précises et meurtrières » devant être transférées au Hezbollah au nom de l’Iran. Toutefois, Israël avance que les appareils engagés n’étaient plus dans la zone au moment de l’incident. Selon elle, les tirs syriens souffrant d’imprécision ont causé l’accident.

Mercredi 19 septembre, Vladimir POUTINE a tenté de calmer les esprits. A l’issue d’une conversation avec son homologue israélien Benjamin NETANYAHU, le Président russe a parlé d’un « enchaînement de circonstances accidentelles tragiques » tout en rappelant à Israël sa violation à la souveraineté syrienne en procédant à ces tirs.

Le non-respect du droit international au cœur du dernier accrochage syro-israélien

Via son porte-parole, le Secrétaire général des Nations Unies s’est alarmé le 10 février 2018 de l’escalade militaire « dans toute la Syrie » et de la « dangereuse contagion au-delà des frontières du pays ». Outre l’offensive meurtrière des forces armées syriennes contre les dernières zones tenues par les groupes insurgés à l’est de Damas et dans la région d’Idlib, sont visées l’opération « rameau d’olivier » lancée il y a plus de trois semaines et surtout la destruction d’un drone d’origine iranienne par un hélicoptère israélien puis d’un chasseur israélien par la défense antiaérienne syrienne.

Le rappel au respect du droit international et des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité formulé par António Guterres s’adresse à toutes les parties en Syrie et dans la région. Le ministère russe des affaires étrangères a été plus direct dans sa réaction au raid israélien, appelant au strict respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Syrie et s’insurgeant contre des actions menaçant la vie et la sécurité du personnel des forces armées russes, « présent en Syrie à l’invitation du gouvernement légitime afin d’apporter son soutien dans la lutte contre les terroristes ».

Si l’origine iranienne du drone abattu ne fait aucun doute, la localisation précise des faits n’est pas connue, la seule vidéo disponible ne présentant pas en incrustation de coordonnées géographiques. Il est très probable que le drone ait été détruit sur les hauteurs du Golan syrien, territoire dont l’annexion en 1981 par Israël n’a pas été reconnue par la « communauté internationale », qui s’était exprimée par la résolution 497 votée à l’unanimité le 17 décembre 1981.

Si Benjamin Netanyahu justifie la destruction du drone par une violation de l’espace aérien, il est ainsi possible que ce drone ait uniquement survolé le territoire appartenant légalement à la Syrie[1]. Selon des sources officielles iraniennes, ces drones mènent « des actions de reconnaissance contre les groupes terroristes et jouent un rôle important dans le nettoyage de l’est de la Syrie ». Il est difficile dans ces conditions d’invoquer le droit naturel de légitime défense face à une agression armée prévu par l’article 51 de la charte des Nations unies.

Conséquence du conflit d’octobre 1973, la Force des Nations Unies chargée d’observer le désengagement (FNUOD) a été établie le 31 mai 1974 par la résolution 350, suite au recul négocié des forces syriennes et israéliennes de part et d’autre de la ligne de cessez-le-feu. Le mandat de cette force « déployée dans le Golan syrien » a été prolongé jusqu’au 30 juin 2018 par la résolution 2394. Les rapports régulièrement publiés, dont le dernier établi pour la période allant du 10 septembre au 24 novembre 2017, permettent de suivre les activités militaires qui « risquent d’exacerber les tensions entre Israël et la République arabe syrienne [et] de fragiliser le cessez-le-feu entre les deux pays ».

Ces rapports, comme la résolution 2394, confirment la présence de « groupes d’opposition armés non étatiques »[2] dans la zone de séparation, ce qui peut justifier les survols par un drone de surveillance. Le dernier rapport confirme également le soutien apporté par les Forces de défense israéliennes à des « individus » en provenance du secteur syrien[3] et s’inquiète des tirs de représailles en réaction aux « dérapages » (tirs d’obus ou de munitions d’artillerie à travers la ligne de cessez-le-feu). Enfin, ce rapport note en le regrettant que « les Forces de défense israéliennes tiennent le Gouvernement syrien responsable de tous les tirs provenant de son territoire en direction du secteur alpha, et ce, quelle que soit leur origine ».

[1] L’aviation militaire israélienne viole régulièrement l’espace aérien libanais (ministère de la défense libanais)

[2] dont le Jabhat Fatah el-Cham (Front el-Nosra), groupe terroriste inscrit sur la liste établie par le Conseil de sécurité, et le Jaysh Khaled ibn el-Walid, qui a prêté allégeance à l’État islamique d’Iraq et du Levant (Daech)

[3] « La FNUOD ne peut confirmer ni vérifier la nature de l’interaction qui généralement fait intervenir des individus non identifiés du secteur bravo accompagnés de mules déchargées qu’on voit s’approcher de la barrière technique israélienne ainsi que des positions des Forces de défense israéliennes et repartir vers le secteur bravo avec des mules transportant des fournitures de caractère indéterminé. »