Algérie

Algérie: les élections présidentielles, solution ou impasse ? – par Mustapha Benchenane

Un article de Mustapha Benchenane, docteur d’Etat en science politique, conférencier au Collège de l’OTAN et éditorialiste à l’institut FMES.

Dans les pays démocratiques, les élections sont une dimension essentielle de la vie politique car elles interviennent dans le cadre d’une compétition pacifique pour l’accès au pouvoir, dans le respect de règles très largement acceptées et strictement respectées. C’est donc une pratique courante dont les résultats sont rarement contestés et il s’agit toujours d’une démocratie représentative.

S’agissant de l’Algérie, il faut adopter une approche différente : des manifestations mobilisants des centaines de milliers de femmes et d’hommes, entendaient, au contraire, empêcher le déroulement de l’élection présidentielle voulue par le chef d’état-major de l’armée algérienne, le Général Gaïd Salah. Ce même Général (mort d’une crise cardiaque le 23 décembre 2019), avait soutenu auparavant la candidature pour un cinquième mandat du Président Bouteflika, pourtant gravement malade et dans l’impossibilité d’assumer les devoirs de sa charge. Face à la détermination des opposants qui, chaque vendredi depuis le 22 février 2019, rejetaient cette démarche jugée humiliante pour le peuple Algérien, l’armée a fini par “déposer” A. Bouteflika, mais a maintenu l’objectif d’élections présidentielles, même si la date de celles ci a été modifiée à plusieurs reprises. Elles se sont effectivement déroulées le 12 décembre 2019 et ont abouti à l’ « élection » d’un ancien Premier ministre de A.Bouteflika, Abdemadjid Tebboune, 74 ans, « élu » au premier tour avec 58,15% des voix…Le “Hirak” qui signifie “mouvement” ne reconnaît aucune légitimité au nouveau “président” et entend poursuivre ses manifestations jusqu’à la disparition du “système ” en place depuis 1962.

Comment expliquer cet antagonisme entre une armée qui se prétend “légaliste” et le peuple qui refuse tout ce qui peut venir de cette même armée et de la classe politique dans son ensemble?

Les apparences de la démocratie sans la démocratie 

Les militaires ont organisé les élections présidentielles du 12 décembre en prétendant respecter la constitution alors que celle ci ne leur reconnaît aucun rôle politique. Ils ont fait en sorte que cinq candidats se présentent pour faire apparaître le caractère « pluraliste » de cette consultation. Ont donc été autorisés à se présenter : Abdelmadjid Tebboune, ancien Premier ministre; Abdelkader Bengrina, de tendance islamiste, qui a été ministre du tourisme de 1997 à 1999 ; Ali Benflis qui a dirigé la première campagne présidentielle de A. Bouteflika et que celui ci a nommé Premier ministre; Abdelaziz Mihoubi, qui a détenu le portefeuille de la Culture, soutenu par les deux partis fidèles au pouvoir en place, le FLN et le RND; Abdelaziz Bélaïd, le seul à n’avoir jamais été ministre.

Le taux de participation officiel à cette élection serait de 39,83%, inférieur de 10 points à celui de 2014.

Le nouveau président est diplômé de l’ENA d’Alger (1969). Il a exercé la fonction de Wali (préfet) et a occupé plusieurs postes ministériels: la communication et la culture, les collectivités territoriales, l’habitat et l’urbanisme, le Commerce. Il fut aussi un éphémère Premier ministre du 24 mai 2017 au 15 août de la même année. Il a été limogé à cause, dit on, d’une déclaration par laquelle il entendait s’attaquer à la corruption et de sa décision de limiter sérieusement les importations qui représentent 35 milliards d’euros par an. Or ceux qui contrôlent ce secteur sont des gens très puissants et ils perçoivent des commissions pour chaque contrat signé avec des firmes étrangères.

Cette “élection” ne règle aucun problème de l’Algérie. Elle est révélatrice des rapports de force qui restent les mêmes depuis l’indépendance acquise en Juillet 1962. Cela signifie que l’armée détient la réalité du pouvoir. Cet état de chose est dû aux conditions dans lesquelles le pays est passé de la phase coloniale à la séquence de la souveraineté. En effet, après sept années d’une guerre qui a profondément marqué et traumatisé tous les acteurs de cette tragédie, les militaires, qui étaient la seule force organisée, conservent, 57 années après, leur position dominante et dirigeante.

C’est par l’armée, grâce à l’armée et autour de l’armée que s’est constitué ce qui a les apparences d’un État, lequel se confond avec cette même armée. Elle a été et elle reste à l’origine de tout ce qui s’est accompli en Algérie dans ce qu’il y a de meilleur, mais aussi de pire. Le parti FLN n’a jamais été que la façade civile d’un régime militaire.

Jusqu’à la fin de la décennie 80, il y avait le parti unique, le candidat unique aux élections présidentielles, “élu” avec 99% des suffrages exprimés, le journal unique et la télévision unique….Cela s’appelle une dictature.

Il y a eu des émeutes en octobre 1988 au cours desquelles l’armée a tiré sur les manifestants. Ces événements se sont déroulés dans un contexte de crise économique et sociale qui marque l’échec de la stratégie de développement, aggravée par l’effondrement du prix du baril de pétrole, et la chute de la valeur du dollar.

Les dirigeants avaient fait croire que le parti unique et le dirigisme étatique en matière économique, étaient le prix à payer pour parvenir au développement et à la prospérité…Octobre 1988 est une prise de conscience du non respect de ces promesses par le pouvoir. Ce dernier,n’étant pas en mesure d’apporter des réponses immédiates aux revendications à caractère économique et social, a octroyé des libertés: liberté d’expression, financement d’un semblant de pluralisme politique par la création de plusieurs partis politiques, et organisation, pour la première fois, d’élections municipales (21 juin 1990), puis législatives (26 décembre 1991) dont le contrôle a partiellement échappé aux militaires qui en étaient pourtant les initiateurs. Ces consultations électorales ont été remportées par les islamistes du Front Islamique du Salut (FIS) au niveau des communes (953 communes sur 1539 et 32 départements sur 48), puis à une échelle nationale à l’occasion du premier tour des législatives (188 sièges sur 430). Les militaires ont fait un coup d’État pour empêcher le déroulement du second tout qui aurait vu le FIS prendre le pouvoir par les urnes. Le pays a dès lors basculé dans une tragédie qui a duré toute la décennie 90, un conflit armé interne qui a coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes et qui a vidé l’Algérie d’une partie importante de ses élites. Ce sont les militaires qui ont permis l’élection de A. Bouteflika en 1999 et ce sont eux qui ont décidé de le congédier en 2019 car il ne pouvait plus sauvegarder leurs intérêts.

Le “Hirak”,qui mobilise chaque vendredi des centaines de milliers d’Algériens, est un phénomène nouveau et important dans la mesure où le peuple montre qu’il a pris conscience, plus que jamais, du jeu de dupe que représentent les “élections”. C’est la raison pour laquelle elles ont été largement boycottées, les manifestants réclamant la fin du “système”, qui ne peut se traduire à leurs yeux que par le retrait de l’armée du champ politique et la mise à l’écart de tous ceux qui sont compromis avec le pouvoir depuis l’indépendance. Cette revendication est en même temps irréaliste car le “Hirak” n’a ni organisation, ni programme, ni leaders et n’est pas porteur d’un projet politique pour le pays. En politique, où seuls comptent les rapports de force, il ne suffit pas de manifester en exigeant que l’on fasse table rase de ce qui constitue la réalité du pays depuis 57 ans, pour parvenir à réaliser une “révolution “.

La situation est d’autant plus préoccupante que l’économie du pays est entrain de s’effondrer dans un contexte régional et international défavorable.

Une situation économique et régionale, facteur aggravant.

Dans la décennie 80, la crise économique s’est traduite pas la perte de 50% des recettes d’exportation à cause de la chute du prix du pétrole et du gaz et de la baisse de la valeur du dollar. De plus, l’Algérie était lourdement endettée au point que 90% des recettes d’exportation étaient absorbées par le service de la dette. Ajoutons à cela que 97% des recettes d”exportation provenaient de la vente des hydrocarbures. L’Algérie s’est trouvée contrainte de recourir au FMI dont on connaît les “remèdes”, toujours les mêmes : dévaluation de la monnaie, baisse ou suppression des subventions aux produits de première nécessité, privatisations, etc…Les dirigeants algériens ont essayé d’adapter ces prescriptions du FMI sans y parvenir. Ce n’est pas un hasard si, durant la même période, le Front Islamique du Salut (FIS), s’est considérablement renforcé, tant il est vrai que la montée de l’extrémisme est l’expression politique du désespoir.. C’est aussi dans ce contexte que se sont produites les émeutes d’octobre 1988.

            On retrouve aujourd’hui certains facteurs qui viennent d’être rappelés: perte d’une partie considérable des recettes d”exportation, pour les mêmes raisons que durant la décennie 80; taux de chômage élevé -29,1%- des 16-24 ans- épuisement des réserves de change; chaque année, 150000 nouveaux diplômés arrivent sur le marché du travail: il y avait 300000 diplômés en 1995, il y en a aujourd’hui 1,5 million..L’arrestation de plusieurs dirigeants de grandes entreprises par une « justice » aux ordres de l’armée ces derniers mois a eu des conséquences désastreuses au plan économique: plus de 60% des entreprises du BTP ont cessé leur activité, aggravant ainsi le taux de chômage qui était déjà important. On avance le chiffre de 3200 entreprises qui auraient fermé et 265000 salariés licenciés.Par ailleurs, l’Algérie importe 70% des produits qu’elle consomme.

            La faiblesse structurelle de l’économie algérienne contribue grandement au climat d’insécurité qui affecte tous les secteurs de la vie des citoyens algériens.

            Pour l’heure, le “Hirak” se déroule pacifiquement car ni le peuple, ni l’armée ne veulent de la violence, tant les uns et les autres restent définitivement marqués par la décennie 90 durant laquelle le conflit interne a causé la mort de dizaines de milliers de personnes tous âges et toutes conditions confondus.

            Tout cela se déroule dans un contexte régional inquiétant car l’insécurité prévaut aux frontières de l’Algérie. En effet, la Libye est détruite en tant qu’ État et peuple depuis l’intervention militaire de l’OTAN qui a mis fin au régime de Kadhafi. Le Mali est déstabilisé par des contradictions internes chroniques exacerbées par le chaos Libyen. Le Niger est affecté par ces événements et, comme le Mali, il ne pourrait pas faire face aux extrémistes armés sans la présence militaire de la France. Quant à la Tunisie, son expérience démocratique est trop récente pour la mettre à l’abri de ces menaces. Le Burkina Faso est la proie des terroristes et, même s’il n’a pas de frontières communes avec l’Algérie, il convient de l’inclure dans les problèmes du Sahel.  Les frontières Sud de l’Algérie ne sont donc pas sécurisées et c’est tout le Sahel qui est devenu une zone de non-droit sans que se produise une prise de conscience de la nécessité d’une solidarité de tous ces pays, seule démarche en mesure de faire face à une menace globale.

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            Les “élections” présidentielles qui viennent de se dérouler en Algérie ne règlent donc aucun des problèmes auxquels est confronté ce pays. La politique ne connaissant que les rapports de force, le mouvement ou “Hirak” a  été, jusqu’à présent, dans l’incapacité de représenter une alternative. En effet, l’exigence de faire table rase de tout ce qui rappelle de près ou de loin le “système” qui prévaut depuis 1962, est une utopie. C’est le mythe de la “feuille blanche” qui consisterait à repartir du début de l’indépendance pour construire une Algérie nouvelle… Le réalisme consisterait à tenir compte de ce passé en le corrigeant et à se rassembler, à s’organiser, afin de présenter un vrai projet politique attractif pour le peuple algérien.

Algérie : Vers un cinquième mandat de BOUTEFLIKA ?

Dimanche 28 octobre au soir, lors d’une cérémonie en l’honneur de Mohamed BOUABDALLAH, nouveau chef du groupe parlementaire du Front de libération nationale, Djamel OULD ABBES, secrétaire général du parti a déclaré : « Je le dis en tant que secrétaire général du parti, le candidat du FLN pour l’élection présidentielle de 2019 sera Abdelaziz BOUTEFLIKA ».

Abdelaziz BOUTEFLIKA, président de la République algérienne depuis 1999 et président du FLN, détient le record de longévité à la tête de l’Etat algérien. L’information selon laquelle le président serait candidat à sa propre succession en avril prochain a été très vite reprise dans les médias, notamment en France. En effet, la question de ce cinquième mandat attise les inquiétudes, l’état de santé du président étant fragilisé par un accident vasculaire cérébral survenu en avril 2013. Depuis cet AVC ayant affecté son élocution et sa motricité, le président ne fait que de rares apparitions, son dernier véritable discours aux Algériens remontant à 2012 à Sétif. Déjà, en 2014, sa quatrième candidature faisait débat. Pourtant, son camp l’exhorte depuis des mois à briguer un cinquième mandat, la question de la succession étant « un terrain réservé à un cercle restreint, constitué de la haute hiérarchie militaire et sécuritaire » selon le journaliste et écrivain algérien Abed CHAREF.

Toutefois, si cette nouvelle a été relayée massivement dans la presse française, les médias grand public algériens semblent bouder cet événement. Même le journal télévision de la chaîne officielle ENTV n’a pas commenté l’annonce de Djamel OULD ABBES. Cette annonce est à décrypter avec précaution dans une Algérie en proie aux bouleversements sociétaux ces derniers mois. D’ailleurs, le secrétaire général du FLN a le jour même précisé ses propos à des journalistes : « Nous n’avons pas encore reçu de réponse mais nous avons sollicité le Président » s’agissant plutôt du souhait du FLN et de centaines de milliers de militants interrogés. Pour le site d’informations algérien, Tout sur l’Algérie (TSA), les déclarations du secrétaire général peuvent prêter à confusion et semer le doute.

Cette prise de position prépare l’opinion publique à l’idée d’un cinquième mandat. Du même fait, elle anticipe et paralyse toute tentative de contestation, dans une Algérie où l’opposition est déjà très affaiblie. En effet, depuis le début des discussions concernant cette réélection, seul le collectif Mouwatana (Citoyenneté) composé d’intellectuels, de militants politiques et de membres de la société civile, s’est ouvertement exprimé, demandant au président de renoncer au pouvoir dans le dessein de « préparer les conditions d’une transition pacifique ».

Face à cette très probable réélection du chef d’Etat, l’évolution de son état de santé demeure la grande inconnue que personne ne semble maîtriser.

L’ONU somme l’Algérie sur la question des migrants

Des migrants expulsés d’Algérie débarquant d’un bus dans le désert. Mai 2018.
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Dans un rapport publié à Niamey le 9 octobre 2018, Felipe GONZALEZ MORALES, rapporteur spécial de l’ONU sur la question des droits de l’Homme des migrants, a appelé l’Algérie à « cesser immédiatement les expulsions collectives de migrants » africains vers le Niger. A l’issue d’une mission menée au Niger du 1er au 8 octobre, il dénonce les traitement subis et les opérations de rapatriement forcé.

Des hommes d’origine subsaharienne vivant et travaillant en Algérie depuis des années sont également victimes de ce phénomène. Felipe GONZALEZ MORALES s’est indigné du sort des migrants qui « sont raflés à leurs domiciles en pleine nuit sans même avoir le temps de s’habiller, de prendre leurs affaires et leurs économies ». Emmenés dans des postes de police où ils sont « battus », selon les termes du rapporteur spécial de l’ONU, ils sont conduits vers la frontière du Niger en bus, où ils doivent marcher dans le désert afin de rejoindre la ville la plus proche.

En réponse, le gouvernement algérien, qui avait déjà réfuté les accusations de mauvais traitement en juillet, a rejeté mercredi 10 octobre « globalement et dans le détail les assertions » de Felipe GONZALEZ MORALES. Le ministère des affaires étrangères algérien, étonné des propos tenus par le rapporteur spécial onusien, considère que ce dernier « outrepasse les limites de son mandat » et « prend pour vérités les allégations des personnes reconduites à la frontière pour séjour illégal ». Demandant des explications au représentant de l’Organisation internationale pour les migrants (OIM) au Niger, Alger l’accuse dans le même temps de « devenir un vecteur de propagande alimentant et entretenant depuis des mois une campagne de désinformation contre l’Algérie. »

Si l’Algérie rappelle sa « lutte implacable contre la traite humaine et les réseaux de passeurs » dans le cadre de sa campagne contre le crime organisé transnational, elle affirme que les « opérations de reconduite aux frontières des migrants illégaux vont se poursuivre ». Et de rappeler qu’elles « se dérouleront dans le respect de la dignité des personnes » conformément à la loi algérienne et aux dispositions des conventions internationales.

Selon les chiffres officiels de l’OIM, Alger a expulsé 35 600 Nigériens depuis 2014 dont plus de 12 000 depuis le début de l’année 2018. De plus, plus de 8 000 personnes venus d’Afrique de l’Ouest ont été reconduits aux frontières. Face au sort réservé aux migrants en Algérie, l’OIM a critiqué à plusieurs reprises la politique menée par les autorités algériennes.

Algérie, Maroc et Sahara occidental : les rivalités des frères ennemis du Maghreb

Camps sahraoui de Tindouf en Algérie
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Assemblée générale des Nations-Unies : le Sahara occidental au cœur des discussions

Le chef du gouvernement marocain, Saâdeddine EL OTHMANI, dans une allocution prononcée lors de la 73ème Assemblée générale de l’Organisation des Nations-Unies mardi 25 septembre 2018, évoque le Sahara occidental. Le considérant comme un « conflit artificiel » qui « nuit à l’intégration maghrébine », EL OTHMANI qui représentait le monarque Mohammed VI à l’ONU, accuse l’Algérie dans le traitement de ce différend1. En rappelant son attachement à l’ONU, capable de trouver « une solution politique, réaliste, pratique et durable », le chef du gouvernement chérifien pointe du doigt l’Algérie, accusée de « continuer d’entretenir ce conflit2 »

« Nous appelons la communauté internationale à inciter l’Algérie à assumer pleinement sa responsabilité en autorisant le Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés (HCR) à enregistrer et à recenser cette population conformément aux résolutions du Conseil de sécurité et en réponse aux appels du Secrétaire général de l’ONU et des organisations humanitaires spécialisées».

Le diplomate marocain fustige l’Algérie, qu’il prétend coupable de faire « une situation tragique » aux réfugiés sahraouis dans les camps algériens.

Saâdeddine EL OTHMANI devant les délégations étrangères lors de la 73e Assemblée générale de l’ONU à New York le 25 septembre 2018.
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Parallèlement, Abdelkader MESSAHEL, ministre algérien des Affaires étrangères, a rencontré l’Allemand Horst KÖHLER, envoyé personnel du Secrétaire Général de l’ONU pour le Sahara le 25 septembre. Le 27 septembre, MESSAHEL s’est entretenu avec le Secrétaire Général Antonio GUTERRES pour évoquer les relations algéro-onusiennes, la situation au Mali et en Libye et le cas du Sahara occidental. L’Algérie s’affirme comme le soutien par excellence du Front Polisario, le mouvement politique et armé du Sahara occidental qui milite pour l’indépendance.

Le dossier du Sahara occidental se diffuse au-delà des frontières marocaines et algériennes. Horst KÖHLER, l’émissaire de l’ONU pour le Sahara occidental, a rencontré mardi 25 septembre David HALE, sous-secrétaire d’Etat américain aux Affaires politiques afin de discuter de la question sahraouie quand l’ONU tente de relancer les négociations entre Rabat et le Front Polisario.

Cette position américaine fait écho à la déclaration de Washington en avril qui espérait relancer les pourparlers d’ici le mois d’octobre 2018, félicitant les efforts de médiation menés par KÖHLER et la MINURSO (Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental) en vue de l’organisation d’un référendum d’autodétermination dans cette région4.

Cette rencontre précède également la remise du rapport du Secrétaire Général de l’ONU concernant le Sahara occidental au Conseil de Sécurité. Devant être remis le 28 septembre 2018, sa présentation est prévue pour le mois d’octobre et vient relancer le processus de paix au Sahara occidental, dans l’impasse depuis 2012, date à laquelle le Maroc et le Front Polisario se sont rencontrés pour la dernière fois aux Etats-Unis.

Le Sahara occidental : un incubateur des tensions

« C’est bien l’Algérie qui a créé cette crise » affirme EL OTHMANI devant l’Assemblée générale de l’ONU pour qui ce différend relève de l’intégrité de son territoire. En sa qualité de représentant du roi marocain, il accuse Alger de négligence envers les réfugiés sahraouis présents sur le sol algérien notamment dans les camps de Tindouf, ville située à l’extrême sud-ouest algérien. Pourtant, Maria CAMELLO, chercheure au GRIP (Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la sécurité) dans le domaine des « armes légères et transferts d’armes », dans un rapport publié le 17 septembre 2018, condamne d’autre part la politique chérifienne à l’égard du Sahara occidental qui y mène des « pratiques répressives violentes et injustifiées concernant la liberté de mouvement, la liberté d’expression et d’association, le droit à un procès équitable ou encore la sauvegarde des droits économiques, sociaux et culturels » du peuple sahraoui5.

 

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Le statu quo de « ni guerre ni paix » nuit à la région et représente un facteur de risque6. Les deux pays s’accusent de désinformation à propos de ce différend et le prennent pour prétexte quant à la fermeture des frontières, initialement fermées à la suite d’un attentat perpétré à Marrakech. Accusant l’Algérie de ces attaques, les autorités marocaines ont annoncé l’instauration d’un visa obligatoire pour les ressortissants algériens. En réponse, l’Algérie a fermé ses frontières. Alors que des citoyens algériens et marocains réclament la réouverture de ces frontières, elles demeurent fermées depuis 1994. Cette question représente un point de crispation entre Alger et Rabat et vient maintenir l’état de rupture des deux pays, déjà brouillés autour du problème du Sahara occidental.

Des pays similaires en apparence mais hétérogènes en faits

Les deux pays sont frontaliers, partagent la même langue, la même religion et la même culture. Il est de prime abord aisé de croire qu’ils se rejoignent en tout point. Pourtant, tandis que les pays se montrent similaires dans plusieurs domaines, l’ancrage politique est toutefois différent entre le Maroc et l’Algérie.

Le Maroc se montre davantage libéral et attaché à l’Europe. Nabil Adghoghi, premier conseiller de la Mission du Royaume du Maroc auprès de l’Union européenne confirme que la politique extérieure du royaume chérifien est ancrée en Europe avec une ouverture économique marquée7. La volonté d’adopter le modèle européen est telle que le Maroc va même jusqu’à demander l’adhésion à l’Union européenne en 1984. Cette demande est rejetée trois ans plus tard pour une raison géographique, le Maroc n’étant pas européen. En réalité, le Maroc, jouant de cette appartenance à la fois arabe et musulmane d’un côté – le monarque chérifien étant légitime sur le plan religieux – fait office du bon élève de l’UE au Maghreb en adhérant à ses principes et en entretenant des relations cordiales avec les pays européens. À ce titre, Henry Kissinger, le diplomate et politologue américain écrit à propos du Maroc qu’il se trouve « depuis un siècle à l’intersection des grandes stratégies des puissances étrangères, ce qui contraint ses dirigeants à manœuvrer avec art, subtilité et autorité8 ». De plus, le Maroc fait partie des principaux partenaires de l’Union dans toute la Méditerranée9.

Quant à l’Algérie, elle est profondément marquée par son histoire empreinte d’une longue période de colonisation. Cette période impacte la vie politique algérienne qui perçoit dans l’Europe une menace néocolonialiste. Durant la Guerre froide, l’Algérie se montre beaucoup moins encline au libéralisme. A contrario, elle devient un pays socialiste et s’affiche avec les pays phares du tiers-mondisme.

Arrivent au même moment à la tête des deux États Abdelaziz BOUTEFLIKA côté algérien et le roi Mohammed VI pour le Maroc, à la fin des années 1990 et début des années 2000. Ces chefs d’Etats viennent ancrer davantage les différences entre Alger et Rabat. Ces derniers réhabilitent certains héros nationaux et confèrent à leur pays un passé propre. De fait, les idées de nationalisme priment sur l’idée d’un Maghreb unifié et éliminent le patriotisme maghrébin10.

Un dossier brûlant et des différends anciens

Le Sahara occidental représente aujourd’hui le dossier brûlant entre les deux pays. Pendant la Guerre froide déjà, Hassan II a instrumentalisé ce conflit en établissant un parallèle entre le conflit du Sahara occidental et la confrontation entre Est et Ouest, en avançant la proximité idéologique de l’Algérie avec l’URSS11.

D’ailleurs, les deux pays se sont déjà livrés à une guerre ouverte en 1963. Peu de temps après l’indépendance algérienne, la tension monte entre les deux pays. L’irrédentisme marocain, l’absence de frontières claires et la non volonté de l’Algérie de reconsidérer les frontières héritées de la période coloniale sont autant de raisons qui ont donné lieu au conflit.

Appelée la Guerre des Sables, cette guerre renvoie à l’attaque de l’armée algérienne en direction de troupes marocaines qui cause la mort de 12 soldats marocains. Ce conflit fait office de théâtre de la Guerre froide : l’Algérie est appuyée par l’Égypte et Cuba tandis que le Maroc bénéficie de l’appui américain12. Si cette guerre se solde par un cessez-le-feu permis par l’Organisation de l’Union Africaine (OUA) sous proposition du Président malien Modibo KEÏTA, le dossier du Sahara demeure un problème gênant à l’établissement de la paix dans la région.

Le Sahara occidental fait partie intégrante du Maroc pour Rabat. Toutefois, l’Algérie considère que le peuple sahraoui doit pouvoir accéder à l’indépendance et soutient le Front Polisario depuis 1975, date à laquelle l’Espagne cesse d’exercer son autonomie sur la région après des années de colonisation.

La crise du Sahara occidental ne cesse d’empoisonner les relations entre les deux États. Pour Alger, cette question relève de la décolonisation et de la prévalence du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, consacré par les Nations-Unies dès leur création en 1945. Alger en appelle donc à l’action des grandes puissances, notamment celles qui ont un siège au Conseil de sécurité de l’ONU afin de faire appliquer le droit dans le cadre de cette crise13. D’ailleurs, en 2002, le pays demande même par le biais de l’ONU que ce territoire soit partagé avec le Maroc14. La République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) créée en 1976 est soutenue par Alger qui accepte même d’abriter sur son sol ses dirigeants mais également des centaines de milliers de réfugiés sahraouis15. Pour Rabat, il s’agit de la défense pour l’intégrité de son territoire. Sa perception de la menace est obnubilée par la question des frontières.

Soldats de la MINURSO.
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Un cessez-le-feu entre les deux parties est maintenu depuis 1991 grâce aux casques bleus onusiens mais fait office d’une maigre consolation. De fait, l’ONU tente de trouver une solution durable pour la région.

Aujourd’hui, le Sahara occidental est considéré comme un territoire non autonome selon l’ONU à la suite d’une demande marocaine. Si son statut reste à déterminer à l’issue du référendum, seulement 32 Etats reconnaissent la RASD. 50 pays avaient dans le passé reconnu son existence mais sont revenus sur leur décision, jugeant que cette reconnaissance s’opposait avec le principe d’un référendum à l’autodétermination.

 


 

1 BENARGANE Yassine, « Sarah occidental : El Othmani fustige l’Algérie depuis New York », Yabiladi, 26 septembre 2018. Disponible sur : https://www.yabiladi.com/articles/details/69258/sahara-occidental-othmani-fustige-l-algerie.html

2 « Le Maroc attaque l’Algérie à l’Assemblée générale de l’ONU », TSA, 26 septembre 2018. Disponible sur : https://www.tsa-algerie.com/le-maroc-attaque-lalgerie-a-lassemblee-generale-de-lonu/

3 Discours de Saâdeddine EL OTHMANI devant l’Assemblée générale des Nations-Unies à New York le 25 septembre 2018.

4 ADAM Kenzi, « Sahara occidental : rencontre Köhler-Hale sur fond de relance des négociations », Algérie Patriotique, 25 septembre 2018. Disponible sur : https://www.algeriepatriotique.com/2018/09/25/sahara-occidental-rencontre-kohler-hale-sur-fond-de-relance-des-negociations/

5 CAMELLO Maria, Note d’analyse : Exportations d’armes au Maghreb : quelle conformité avec la Position commune ? Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la Sécurité, 17 septembre 2018, 16 pages. Disponible sur https://www.grip.org/sites/grip.org/files/NOTES_ANALYSE/2018/na_2018-09-17_fr_m-camello.pdf

6 BAGHZOUZ Aomar, « L’Algérie face à l’Europe : quelle place dans les dispositifs de coopération en Méditerranée ? », Maghreb – Machrek 2009/2 (N° 200), p. 50.

7 BERRAMDAME Abdelkhaleq, Le partenariat euro-méditerranéen à l’heure de l’élargissement de l’Union européenne, Karthala, Paris : 2005, p. 51.

8 KISSINGER Henry, Les Années orageuses, Fayard, Paris, 1982, p. 781.

9 BERRAMDAME Abdelkhaleq, Le partenariat euro-méditerranéen à l’heure de l’élargissement de l’Union européenne, Karthala, Paris : 2005, p. 52.

10 VERMEREN Pierre, « L’historiographie des deux côtés de la Méditerranée », Histoire@Politique 2011/3 (n° 15), p. 9.

11 SAIDY Brahim, « La politique de défense Marocaine : articulation de l’interne et de l’externe », Maghreb – Machrek 2009/4 (N° 202), p.126.

12 ALILAT Farid, « Début de la guerre des Sables », Jeune Afrique, 9 octobre 2007. Disponible sur : http://www.jeuneafrique.com/124805/archives-thematique/d-but-de-la-guerre-des-sables/

13 BAGHZOUZ Aomar, « L’Algérie face à l’Europe : quelle place dans les dispositifs de coopération en Méditerranée ? », Maghreb – Machrek 2009/2 (N° 200), p.50.

14 SAIDY Brahim, « La politique de défense Marocaine : articulation de l’interne et de l’externe », Maghreb – Machrek 2009/4 (N° 202), p. 124.

15 BERRAMDAME Abdelkhaleq, Le partenariat euro-méditerranéen à l’heure de l’élargissement de l’Union européenne, Karthala, Paris: 2005, p. 63.