Séminaire de mars de la 31ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES)

Ce séminaire était principalement consacré aux enjeux de sécurité. La sécurité revêt une importance stratégique et s’inscrit dans la dimension globale de la réflexion qu’il faut accorder à la sécurité et à la défense. Ce module s’inscrit donc pleinement dans le cadre du parcours SMHES. Dans le contexte que nous traversons, nous constatons d’ailleurs que la sécurité, dans son acception large, est une préoccupation de premier rang au plus haut niveau de l’Etat. C’est d’ailleurs comme l’avait souligné le général de Gaulle « son premier devoir car il n’y saurait manquer sans se renier lui-même ». Pour cette séquence, l’objectif était donc de faire partager aux auditeurs les éléments structurant les grandes actions dans ce domaine. Au-delà des interventions des responsables d’organismes sollicités, il nous a paru intéressant d’aller au contact des acteurs qui les font vivre pour mieux comprendre les réalités du terrain. Evidemment, toutes les portes n’étaient pas ouvertes compte tenu des mesures sanitaires et nos auditeurs en comprennent parfaitement les raisons. Mais lorsque la visite fut possible, elle a permis d’aller à la rencontre de ceux qui assurent ces missions très difficiles. C’est un formidable atout humain qui n’a pas d’égal. Naturellement, ce module consacré à la sécurité invite aussi à s’intéresser aux autres organismes, et ils sont nombreux, car la complémentarité des actions qu’ils conduisent donne cette cohérence globale des actions conduites sur le territoire à l’échelle locale, régionale et nationale.

Enfin, le mode hybride de nos séminaires permet malgré tout, et c’est d’une importance capitale, de maintenir la dynamique des liens entre nos auditeurs. Il maintient ce très bel esprit d’une promotion qui a pris forme au fil des mois. N’oublions pas non plus que ce séminaire a permis d’avancer significativement les travaux de nos auditeurs sur leur thème d’étude relatif aux conséquences des enjeux environnementaux en Méditerranée, en interne, au cours des travaux de comité, et en externe, en liaison avec l’université de Toulon dans le cadre de la préparation du diplôme universitaire.

Nous avons donc commencé, pour introduire ce sujet stratégique, par une intervention réalisée par la gendarmerie nationale le jeudi 18 mars en matinée. Il s’agissait de percevoir les enjeux globaux mais aussi de mesurer les actions menées au niveau du territoire. C’est le général de division Philippe Ott qui a tenu à s’adresser aux auditeurs de la session en venant à leur rencontre. Cette intervention fut remarquée et remarquable. Nous étions véritablement sur « le terrain » à ses côtés en abordant tous les grands sujets de sécurité portés par la gendarmerie dans le champ de la sécurité publique et tous les dispositifs particuliers mis en œuvre par une institution qui affiche une double identité avec une militarité conservée et sa tutelle du ministère de l’intérieur. C’est une institution qui interagit avec presque tous les services de l’Etat. Les échanges qui ont accompagné cette séquence ont été très nombreux et nous aurions pu sans doute prolonger la durée de ce rendez-vous très longtemps au regard de l’intérêt porté par nos auditeurs dont certains ont découvert des facettes d’une gendarmerie qu’ils ne connaissaient pas. Pour des cadres dirigeants qui ont choisi de vivre nos sessions, ce rendez-vous s’avère donc indispensable et précieux. A l’évidence, lorsque nous sortirons de cette crise sanitaire, nous reproduirons ce rendez-vous avec une visite dynamique pour aller au contact des gendarmes et vivre les actions décrites au cours de cette matinée. Enfin, le général Philippe Ott a également livré une vision méditerranéenne acquise lorsqu’il exerçait des responsabilités en qualité d’attaché de sécurité intérieure près des ambassades de France en Turquie et en Tunisie. Dans le champ géopolitique, les acteurs de la gendarmerie prennent ainsi toute leur part dans l’exercice de ce type de fonction ou lorsqu’ils sont engagés en opérations extérieures.     

Au terme de ce rendez-vous, les auditeurs ont pu consacrer du temps à leurs travaux de comité. Les avancées sont significatives tant sur la partie introductive de leur futur mémoire fixant l’état des principaux facteurs d’influence de l’environnement que sur la partie consacrée à la déclinaison des différents scénarios.  Cette étape a précédé un compte rendu très précis réalisé par tous les auditeurs devant le responsable du diplôme de l’Université de Toulon. Ce compte-rendu fait partie des jalons établis pour l’obtention du diplôme universitaire. Cette approche académique conforte la méthodologie retenue par les différents comités et permet de préciser certains points spécifiques. Pour parachever cet après-midi dédié aux travaux des auditeurs, une intervention de monsieur Thierry Garcin s’est concentrée sur les données géopolitiques de l’Arctique. Si l’Arctique a toujours été un acteur important des relations internationales, il pourrait en accroître sa portée par l’effet des évolutions environnementales. Nous pourrions paraître assez loin de notre thème d’étude en étant très éloignés de la Méditerrané, mais en y regardant de plus près, les profondes évolutions au Nord induiront d’inévitables effets au Sud.  Pour autant, cet expert géopolitique reste mesuré sur les perspectives de croissance d’une zone géographique hostile qui restera longtemps un frein à tout développement économique. Néanmoins, il ne sous-estime pas la dimension stratégique de cet espace immense, et l’histoire en témoigne, même s’il ne concentre pas à l’image de la Méditerranée tous les facteurs de tensions entre les Etats limitrophes. Cette intervention fut d’autant plus intéressante qu’elle prolonge celle réalisée par monsieur Mikaa Mered en novembre 2020 à l’école de guerre où il soulignait pour l’Arctique une forme de dilemme stratégique avec l’ouverture d’activités commerciales et des opportunités régionales de développement. En tout état de cause, cette approche géopolitique est essentielle pour consolider les analyses du thème d’étude de la 31ème SMHES.

Le vendredi 19 mars, en matinée, un écart volontaire au programme de ce séminaire centré sur les enjeux de sécurité a été réalisé avec une présentation en visioconférence de l’établissement de Dassault aviation installé à Istres. Il était important de maintenir dans le déroulement de la session ce rendez-vous avec la présentation d’un fleuron de l’aéronautique française, notamment pour sa composante militaire. Ce savoir-faire technologique est stratégique et les défis à relever sont très importants compte tenu de l’évolution des générations d’avions de combat concomitantes à celle de son environnement d’emploi. Comme nous le soulignons régulièrement, le monde se durcit et la conflictualité change de forme exigeant des capacités en constante adaptation. Ce rendez-vous a donc utilement complété le séminaire consacré aux enjeux aéronautiques et aérospatiaux du mois de février dernier.

En fin de matinée, les auditeurs ont pris la route vers Brignoles pour aller à la rencontre de l’unité d’instruction et d’intervention de la sécurité civile (l’UIISC 7). Unité de l’armée de terre appartenant à l’arme du génie, les formations militaires de la sécurité civile sont mises pour emploi à la disposition du ministère de l’intérieur et relèvent de la direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises. Ces unités furent créées à l’initiative du général de Gaulle à la suite de la rupture du barrage de Malpasset en 1959. Cet accident, qui a fait de nombreuses victimes, avait souligné le manque d’unités d’interventions réactives aboutissant à la création de 7 unités. Au fil des années ce nombre a été ramené à 3 avec une implantation majeure sur le territoire varois. Dès lors, ces unités ont multiplié leurs missions dans tous les domaines du sauvetage en France et à l’étranger. Elles sont aujourd’hui très impliquées dans le domaine des risques technologiques et dans la protection de l’environnement et des populations. Cette unité militaire est singulière dans sa composition à l’image des sapeurs-pompiers militaires de Marseille ou de Paris. Ce sont des militaires professionnelles très aguerris, disposant d’une très solide expérience de terrain, qui s’agrègent aux autres composantes civiles dont certaines ne sont pas professionnelles. Le chef de corps, le colonel Christophe Libert, a su montrer aux auditeurs ce caractère unique et exceptionnel d’acteurs complètement engagés au service des autres. La devise de son unité « servir pour sauver » illustre bien le sens de cet engagement. La passion de ces militaires, quant à elle, saute aux yeux et donnent confiance à ceux qui un jour devront tendre la main pour être secouru.

Au bilan, ce séminaire, par le simple fait de rassembler les auditeurs, est un véritable succès. Il n’est en effet pas si courant aujourd’hui de pouvoir se retrouver tout en prenant évidemment les mesures appropriées de protection. Pour clore cette séquence et avant de s’atteler aux travaux de comité du samedi 20 mars en matinée, l’institut FMES a tenu à organiser un dîner débat sur les faits d’actualité géopolitique. Dans un cadre agréable et convivial des salons de l’hôtel OKKO de Toulon, le vice-amiral d’escadre (2s) Pascal Ausseur et Pierre Razoux ont librement échangé avec des auditeurs attentifs et actifs. Si les sujets traités pouvaient s’éloigner du thème d’étude proprement dit, les propos délivrés peuvent nous y ramener d’une manière ou d’une autre car les puissances, quel que soit leur niveau, devront tôt ou tard porter une attention au fait environnemental. A n’en pas douter, ce sujet est stratégique et prendra toute sa part dans la compétition des puissances. Les auditeurs de la 31ème SMHES peuvent donc poursuivre leurs travaux avec cette belle détermination qui les anime depuis le mois d’octobre 2020.   

Sommaire