Quarantaine en rade du web pour la navire de la 6e SN ESM pour sa mission « Europe » – Gérard Valin

« Le Temple du Soleil ». © Moulinsart 2020

La mission « Europe » à Bruxelles de la 6ème session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » a dû finalement se dérouler en webinaire en raison du re-confinement imposé par la tempête et les embruns COVID qui ont à nouveau frappé la France et la Belgique. Mais en particulier grâce au soutien d’Émilia Didier, correspondante de l’IHEDN à Bruxelles, nos amis bruxellois impliqués au cœur des institutions européennes ont été fidèles au rendez-vous. Les auditeurs ont ainsi pu découvrir les grands enjeux maritimes de l’Union européenne, les politiques et les stratégies mises en œuvre pour y faire face, et comment la France coopère avec ses alliés européens pour construire une Europe capable d’affronter les défis du monde d’aujourd’hui. Ces derniers ne faisant que croître avec le retour des États puissance, leur politique du fait accompli, le moindre respect du droit international et l’effritement du multilatéralisme que l’action de l’UE, dans ce contexte prend une dimension stratégique croissante.

Dès le lundi matin, le Web a été mis à contribution par Claire Raulin, ambassadrice de France auprès du Comité politique et de sécurité (COPS) de l’UE, qui immédiatement plongé les auditeurs dans l’atmosphère européenne. Ces derniers ont ainsi pu découvrir la montée en puissance des préoccupations de souveraineté au sein de l’UE, les avancées conséquentes en matière de sécurité et de défense ainsi que les enjeux liés au travaux prospectifs conduits dans le cadre de la « boussole stratégique ». Le vice-amiral d’escadre Henri Scricke, représentant militaire français auprès de l’Union européenne et du comité militaire de l’OTAN, a souligné la complémentarité de ces deux organisations dans les domaines militaires et maritimes. Il a insisté sur l’importance de bien prendre en compte les préoccupations de défense et de sécurité de l’ensemble des Etats membres et la nécessité d’anticiper en revenant sur les travaux de la « boussole stratégique ». Enfin, il a montré combien les approches pragmatiques et opérationnelles l’emportaient largement sur les positions trop dogmatiques à en prenant notamment comme exemple la présence maritime coordonnée (PMC).

L’après-midi a débuté par une table-ronde sur la « les enjeux de sureté maritime (SSMUE) de l’UE et son plan d’action » regroupant Christos Theophilou de la DG Mare[1], Géraud Montagut du SEAE[2] de la DG Mare et le contre-amiral Jean-Marie Lhuissier, spécialiste des systèmes d’information et de communication. Les auditeurs ont ainsi pu réfléchir et débattre sur des sujets aussi importants et divers que la coopération maritime entre les pays membres, la mise en œuvre d’une déclinaison maritime de la coopération structurée permanente (CSP) adoptée en octobre 2020 ou l’interopérabilité des systèmes d’information des États-membres.

Table ronde avec l’amiral Lhuissier, Géraud Montagut et Christos Theophilou

En fin d’après-midi, le député européen Pierre Karleskind, président de la commission pêche et vice-président de celle chargée de la biodiversité et de l’intercommission Mer au sein du parlement européen, a présenté la mise en œuvre de la politique maritime intégrée (PMI) de l’Union européenne. Il a longuement expliqué aux auditeurs le processus de négociation interne au parlement ainsi que son poids croissant dans les négociations, aucun accord ne pouvant être conclu sans sa ratification. Il a rappelé le succès de la Politique commune de la pêche (PCP) et l’importance de lutter contre la pêche illicite non déclarée et non réglementé (INN). Enfin, son intervention s’est terminée par de très riches débats avec les auditeurs sur les grands défis du Brexit, en particulier pour la pêche dont les enjeux sont un « condensé » des enjeux plus globaux.

Intervention du député Pierre Karleskin

En fin de journée, les comités se sont replongés avec ardeur dans leurs travaux de comité tant l’échéance mi-avril de la remise de la première version de leur rapport approche.

Les auditeurs ont le sourire tout en travaillant sur leurs travaux

Le mardi a davantage été consacré aux intervenants des institutions européennes. Une première table ronde sur la « Coopération structurée permanente » (CSP) a rassemblé Arnaud Migoux, Chef de secteur au SEAE, l’ingénieur général de l’armement Yves Caleca, Conseiller armement au sein de la RPUE et François Dupont de Naval Group. Les auditeurs ont ainsi pu découvrir des avancées insoupçonnées dans le domaine de la défense et encore inconcevables il y a moins de 10 ans, telles que la création du Fond européen de défense (FED) et la montée en puissance de cette CSP dans les domaines opérationnel et capacitaires.   

Table ronde avec l’Ingénieur Général Caleca, Arnaud Migoux et François Dupont

Théo Barbe et Paul Avrillier, conseillers « pêche » et « transport » de la RPUE, ont ensuite permis aux auditeurs de découvrir comment la politique commune de la pêche (PCP) a permis la reconstitution de certains stocks de poissons et les efforts mis en œuvre par l’UE pour limiter la pollution par les navires. Tous ces représentants de la France à Bruxelles contribuent, chacun à son niveau, à améliorer le dialogue et la compréhension entre les échelons national et communautaire et à promouvoir la vision, les positions et les intérêts de la France auprès de ses partenaires européens.

Théo Barbe attentif aux questions des auditeurs sur la pêche
Paul Avrillier expliquant aux auditeurs les enjeux de la limitation de la pollution par les navires

Félix Leinemann et Reka Rozsavolgyi, de la DG MARE, ont ensuite animé en duo les débats sur l’économie bleue, pour une économie maritime durable. Le premier a évoqué les grands enjeux liés à l’autonomie stratégique de l’Europe et le défi que représente pour l’UE la mise en place d’une économie circulaire. L’enjeu consiste à permette la durabilité des chaînes de valeur et à trouver un juste équilibre entre le climat, la protection de la biodiversité et l’exploitation raisonnée des mers et des océans tout en ne créant pas de distorsion de concurrence aux dépens des entreprises européennes.

Intervention de Reka Rozsavolgyi et Félix Leinemann

La seconde est intervenue sur les stratégies régionales par bassin maritime avec un focus sur la stratégie Atlantique. Elle a détaillé le plan d’action stratégique de l’Atlantique adopté par la commission en mai 2013 en insistant sur ses grandes priorités : promouvoir l’innovation et l’entreprenariat ; assurer la protection et la sécurité de l’environnement marin et des côtes ; d’améliorer l’accessibilité et la connectivité et, enfin, créer un modèle socialement inclusif et durable de développement. Les auditeurs ont ainsi pu découvrir une liste particulièrement impressionnante de projets conduits dans ce cadre.

Enfin, Geneviève Pons, Directrice générale d’Europe de l’Institut Europe Jacques Delors a clos ce séminaire avec brio en présentant aux auditeurs la mission Starfish 2030 destinée à maintenir, protéger et restaurer les milieux aquatiques, y compris ceux situés sur les territoires des États. Cinq axes la structurent : enrichir les connaissances et créer un lien émotionnel, zéro pollution, améliorer la gouvernance, régénérer les écosystèmes marins et aquatiques et décarboner notre océan, nos mers et nos eaux.

Présentation de la mission Starfish 2030 de Geneviève Pons

[1] Direction générale de la Mer de la commission européenne.

[2] Service européen pour l’action extérieur