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Séminaire toulonnais de la 31ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES) – la défense commence au large !

Il fallait absolument se retrouver ! Évidemment, les solutions digitales sont une réponse acceptable à la poursuite des travaux de la 31ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques. Le séminaire du mois de novembre l’a bien démontré. Mais nous avons fait le choix de nous réunir pour ce séminaire consacré au fait maritime au bord de la Méditerranée.  Le ciel, lui-même, semblait manifester sa colère face aux remous permanents de cette crise sanitaire. Ce fut malgré tout le bon choix. Les auditeurs étaient ravis de se retrouver ensemble d’une part pour vivre un rendez-vous plus dynamique et en format de comité d’autre part pour conduire leurs travaux. Et ces travaux avancent ! Vous seriez même peut-être surpris par la rigueur et la discipline avec lesquelles les choses ont été prises en main. La volonté affichée n’est pas de décliner de façon exhaustive tous les paramètres environnementaux qui conditionneront directement ou indirectement les évolutions géopolitiques du bassin méditerranéen mais bien de proposer des scenarii. Chaque scénario sera décliné sous le prisme géopolitique dans une temporalité prenant en compte les effets d’influence sur les rapports entre les États en Méditerranée. Car ces effets ne sont pas immédiats. Et il faut parfois du temps, beaucoup de temps.  Les intervenants sollicités au cours des deux premiers séminaires ont rappelé quelques fondamentaux associés à l’environnement.  Un constat s’est immédiatement imposé, le domaine est vaste et ce thème d’étude est difficile si l’on veut éviter le risque d’une approche vulgarisée comme c’est souvent le cas lorsque l’on parle d’environnement. Les auditeurs s’attellent donc à construire une analyse fouillée en prenant en l’état les paramètres actuels, en mesurant leurs incidences éventuelles dans le temps sur le fonctionnement des États et les éventuelles frictions induites entre les États du pourtour méditerranéen et en proposant une analyse plus prospective sur le moyen et long-terme.

 

Mais ce séminaire était avant tout consacré au fait maritime. Il était donc légitime d’aller à la rencontre des acteurs dont le rôle au sein de la filière est stratégique. Au regard du contexte, au lieu de nous rendre sur les sites varois fermés au public, nous avons fait venir à nous deux intervenants de Naval Group. Il était en effet très important que nos auditeurs puissent apprécier les défis que s’apprête à relever un groupe industriel majeur pour notre outil de défense et en particulier pour notre marine nationale. La présentation de monsieur Nicolas Ciaravola, directeur des axes fédérateurs de recherche et développement et des expérimentations, a souligné l’importance des enjeux. Il a permis d’appréhender les différentes facettes préparant les grands programmes d’armement. Dans un monde très évolutif, il faut naturellement s’assurer de pouvoir intégrer les évolutions technologiques tout au long du cycle de vie d’un équipement. L’équipement dont nous parlons est sur les tables de bureaux d’études aujourd’hui. Il sera en service opérationnel en 2035. Nous devons donc imaginer les meilleures technologies à cet horizon et faire en sorte que cet équipement puisse en recevoir de nouvelles que nous ne connaissons pas encore ! Car il sera toujours en service trente ans plus tard ! Il faudra aussi prendre en compte les nouveaux champs d’actions dans l’espace électromagnétique et numérique. Il faudra enfin définir précisément le rôle et la place de l’homme dans la mise en œuvre de systèmes de plus en plus « autonomes » et donc repenser l’interaction homme-machine. L’accélération du développement des nouvelles technologies, notamment numériques, nous rend aussi plus vulnérable. L’occasion était donc donnée à monsieur Pascal Mercier, responsable du CERT de Naval Group, de nous présenter les risques pesant sur les équipements militaires et notamment leurs systèmes numériques. A partir de cas concrets, il a montré toute l’importance de se protéger face à la multiplication des attaques cybernétiques. Cette matinée du jeudi 10 décembre a permis aux auditeurs de découvrir ou d’approfondir leurs connaissances sur un pilier stratégique de notre défense et de notre sécurité.

En ce début d’après-midi du jeudi 10 décembre, le rendez-vous était pris avec madame Anne-France Mattlet, administrateur des affaires maritimes venue présenter aux auditeurs de la 31ème SMHES les principales missions du centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage en Méditerranée (CROSS). C’est une première approche de l’action de l’État en mer dans sa dimension de surveillance et de sauvetage. Chacun aura pu mesurer l’implication des différents services dans la réalisation des missions du CROSS. La dimension interministérielle prévaut et démontre que sur la base d’une solide organisation, les opérations se déroulent plutôt bien avec des ressources parfois tendues. Les auditeurs ont été séduit par cette présentation très dynamique où le vécu illustrait parfaitement les missions réalisées par cet organisme.

Au terme de cette présentation, monsieur Didier Leandri de  l’université de Toulon est intervenu au profit des auditeurs sur les objectifs de la session sous l’angle universitaire. Ce lien avec l’université de Toulon est très précieux car, avec l’institut des hautes études de la défense nationale, il donne à nos sessions méditerranéennes une empreinte de notre territoire et de notre région à un parcours académique largement reconnu à l’extérieur aujourd’hui. D’autres rendez-vous seront programmés tout au long de la session pour accompagner les auditeurs dans la conduite de leurs travaux.  

En fin de journée, ce fut au tour de monsieur Nicolas Mazzucchi, docteur en géographie économique, chargé de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique, d’intervenir sur les différentes approches de la transition énergétique dans le bassin méditerranéen. C’est un axe particulièrement intéressant car si certaines tendances lourdes se dégagent en Méditerranée pour la production énergétique, il faut à l’évidence mesurer leurs incidences géopolitiques dans le bassin méditerranéen. Une tension perceptible en Méditerranée orientale souligne d’ailleurs que la course à l’énergie mobilise les puissances parmi les plus importantes mais aussi parmi celles qui entendent tenir leur place au niveau régional. L’énergie et l’environnement sont liés ! Les auditeurs sauront intégrer les éléments nécessaires à leurs travaux. Ils ont été séduits par l’enthousiasme de leur conférencier. Cette conférence très attendue était d’ailleurs ouverte à tous ceux qui étaient inscrits en ligne sur le site de l’institut FMES. Les participants n’ont pas regretté ce moment d’échange avec un spécialiste des questions énergétiques que nous avons le plaisir d’avoir régulièrement à nos côtés.

Le vendredi 11 décembre a scellé notre retour sur les questions maritimes. C’était donc au tour de la Marine nationale d’accueillir une nouvelle fois les auditeurs de la 31ème SMHES. Il faut ici saluer l’organisation de cette visite dans le contexte difficile que nous ne cessons de rappeler. Ce fut un rendez-vous remarquable. Certes, une déclinaison un peu dégradée par rapport à nos sessions antérieures mais une séquence remarquable tout de même. La défense commence au large ! C’est le slogan retenu. Notre auditeur, le capitaine de vaisseau Max Blanchard, a réalisé une très belle prestation en présentant la marine nationale. L’interaction avec les auditeurs de la session a été facilitée dans un échange libre en énonçant les enjeux et les défis à relever. Il a parfaitement mis en exergue la diversité des engagements opérationnels, l’étendue des capacités mises en œuvre et l’importance qu’il fallait concéder au recrutement, la formation et la fidélisation d’une ressource humaine au cœur de la performance de notre marine nationale. Cette séquence a été suivie d’une présentation très complète de l’action de l’État en mer, réalisée par l’administrateur en chef de 1ère classe Dominique Dubois. C’est ici le fait maritime au quotidien ! Les questions sont celles de l’environnement, de la sécurité de la navigation, du respect de la souveraineté des États et de toutes les questions intéressant la gouvernance d’un domaine maritime qui place la France au deuxième rang mondial. Une affaire considérable en somme où le personnel de la marine nationale tient historiquement toute sa place.

Les visites qui ont suivi, à quai, du chasseur de mines l’Orion et de la frégate « Surcouf » de la classe La Fayette ont une nouvelle fois confirmé l’enthousiasme des commandants de bâtiment fiers de montrer leur outil et de commenter leurs expériences à leurs visiteurs. Ils peuvent être rassurés car leurs messages seront subtilement distillés à l’extérieur.

A l’issue de ces deux journées particulièrement riches, les auditeurs ont consacré leur samedi matin à la réflexion partagée sur leur thème d’étude. Ils se retrouveront donc en 2021. Nous formons le vœu d’être confrontés à un environnement moins hostile aux visites dynamiques et aux rencontres. Car nous ressentons tous le besoin d’être au contact après une année marquée par la distanciation sous toutes ses formes.  En tout cas, l’état d’avancement de la 31ème SMHES augure de très belles choses à venir. Pour l’heure, nous souhaitons de très joyeuses fêtes de fin d’année à nos auditeurs et ceux qui les accompagnent. Cette séquence maritime nous invite bien sûr à penser à ceux qui ont choisi de nous défendre au large…

 

L’institut FMES lance le projet Prépa Tremplin en région Sud avec le GIP FIPAN et le GRETA du Var : une réponse prometteuse aux spécificités de l’emploi en Région

L’institut FMES a signé le 2 novembre 2020 un partenariat avec la Fondation « agissons pour l’emploi » (FAPE), le GIP FIPAN et le GRETA du Var pour déployer le projet « Prépa Tremplin » en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Soutenu par l’État et la Région, il est aussi encouragé par la Direction générale de l’armement.

L’institut FMES qui œuvre pour le soutien à l’économie de défense en région Provence-Alpes-Côte d’Azur depuis 2017, notamment dans le domaine des ressources humaines, constate depuis plusieurs années que l’insertion professionnelle est plus efficace et pérenne lorsque les besoins des entreprises en sont le point de départ.

La FAPE a développé le projet Prépa Tremplin en Bretagne, Pays de la Loire et Auvergne-Rhône-Alpes à partir d’un constat similaire. L’institut FMES, le GIP FIPAN et le GRETA du Var, ont entrepris de s’associer avec la FAPE afin de développer ce projet en région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur, en l’adaptant aux spécificités et aux secteurs d’activité de la Région (industrie, en particulier navale).

Prépa Tremplin est un projet de médiation centré sur le besoin en compétences des entreprises, dans les secteurs de l’industrie et du numérique. L’objectif est la réalisation pragmatique d’un recrutement durable, notamment grâce à une médiation entreprises et un accompagnement des bénéficiaires individualisés. À travers les parcours Prépa Tremplin est mis en place un travail d’orientation et de développement des compétences transverses des demandeurs d’emploi afin de construire des profils adaptés aux besoins des entreprises.

Le consortium créé en Région a toutes les compétences pour mener à bien ce projet. L’institut FMES, chargé du pilotage général en Région, assurera la médiation entreprises afin d’identifier les métiers en tension, les profils recherchés et les compétences à valoriser. Le GIP FIPAN, chargé du pilotage opérationnel, assurera la mobilisation des réseaux de prescription qui suivent les demandeurs d’emploi dans leurs démarches de formation et d’insertion professionnelle. Enfin, le GRETA du Var, principal réseau de formation professionnelle assurera l’ensemble de l’ingénierie nécessaire à la formation ou à la montée en compétences des demandeurs d’emploi. Ce partenariat réunit ainsi les trois piliers du dispositif d’insertion professionnelle avec un seul objectif : réussir un recrutement durable qui sera suivi et analysé pendant deux ans.

Le service de médiation dispensé dans le cadre du projet Prépa Tremplin est gratuit pour les entreprises et les bénéficiaires. L’initiative est financée par l’État (PIC), par les collectivités locales et par le privé avec la volonté de pérenniser le projet au-delà de 2022 avec des financements de plus en plus locaux, publics comme privés.

Vidéo – Audition de Pierre Razoux, directeur de recherche associé à l’institut FMES, à la commission des affaires étrangères du Sénat

Audition de Pierre Razoux, directeur de recherche à l’IRSEM et directeur de recherche associé à l’institut FMES, à la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat (28 avril 2020) sur les conséquences du Covid-19 sur les mondes méditerranéens.

Source: http://videos.senat.fr/video.1589204_5ea81c9d2321c.audition-m-pierre-razoux-directeur-de-recherche-a-l-irsem?timecode=2582000

 

 

Inscriptions à la 31ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques SMHES


Depuis plus de 30 ans, l’institut FMES propose une formation s’adressant aux cadres dirigeants des secteurs public ou privé. Cette formation permet de mieux comprendre les grands enjeux géostratégiques, en particulier ceux de l’espace méditerranéen. Elle permet aussi de réaliser une analyse approfondie à partir d’un thème d’étude correspondant à un grand sujet de l’actualité. Cette formation, dispensée en partenariat avec l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense Nationale), apporte aux auditeurs des sessions une culture indispensable à l’exercice de hautes responsabilités.

Cliquez ici pour en savoir davantage

Bulletin de candidature – 31ème session

 

 

Consultation en cours: Accompagnement en communication

Communication: en cours (date butoir modifiée: 10 avril 2020 à 17h30)

Fort de son expérience maritime et motivée par le thème de la sécurité maritime, l’institut FMES souhaite partager largement les résultats de son étude auprès des partenaires du projet SICOMAR Plus, mais aussi auprès des acteurs majeurs de la sécurité maritime, des autorités locales, régionales françaises et italiennes. Au travers de ses actions, l’institut FMES souhaite également développer sa visibilité en tant qu’acteur majeur des cercles de réflexions maritimes et renforcer sa notoriété.  L’institut FMES souhaiterait être accompagné dans sa démarche d’information et de promotion auprès de ses partenaires et hautes autorités institutionnelles.

Pilotage et gestion de l’équipe projet : clos

Expertise technique : clos

Remontée des dépenses : clos

Expertise juridique : clos

Scientifique et qualité : clos

 

Mobilité et technologies duales

Au cours de l’année 2019, l’institut FMES a mené une étude sur l’intérêt de la défense dont les emprises sont nombreuses en Région sur le développement d’une filière sur les véhicules terrestres du futur.

Plutôt connue pour ses filières navale et aéronautique, la région Sud dispose aussi de la capacité industrielle à développer des solutions innovantes pour l’automobile. Les constructeurs ont par ailleurs accès à des centres d’essai particulièrement adaptés. Les capacités technologiques dans les domaines de l’énergie ou du numérique développées en Région sont des atouts permettant d’influer sur l’empreinte environnementale et l’autonomie des véhicules du futur. Si des leaders industriels existent pour les filières navale et aéronautique tels que Naval Group ou Airbus Helicopter, ils font cependant défaut pour celle liée à la mobilité terrestre.

Pour autant, le caractère dual des technologies développées autorise à démultiplier l’emploi d’une brique technologique indépendamment de la filière. Ainsi de nombreux domaines technologiques comme la robotique ou l’intelligence artificielle, pour lesquels la région Sud est en pointe, peuvent autant intéresser l’industrie automobile du futur et les services qui lui seront associés que les forces armées.

Cette dualité intéresse d’autant plus le ministère des Armées qu’il fait appel lui aussi à des technologies d’application civile. En conséquence, l’innovation centrée sur les nouvelles technologies est bénéfique au développement durable d’une part et s’inscrit en cohérence avec les politiques locales de mobilité d’autre part.

 

Covid19 – Mobilisation de l’institut FMES

L’institut FMES se mobilise pendant la crise COVID19 en vous relayant au travers de l’adresse covid19@fmes-france.org des informations professionnelles importantes que les acteurs publics lui confient. Si vous souhaitez recevoir ces informations, envoyez-nous le nom de votre entreprise ainsi que votre adresse courriel.

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Informations relayées:

  • Appel à projets Covid19 du Ministère des Armées: https://www.defense.gouv.fr/aid/appels-a-projets/appel-a-projets-lutte-covid-19
  • Activation de la cellule nationale du Ministère des Armées pour les PME de défense : https://www.demarches-simplifiees.fr/commencer/minarm-pme-covid19
  • Informations relatives à la mise en place de mesures d’activité partielle dans les entreprises : https://travail-emploi.gouv.fr/emploi/accompagnement-des-mutations-economiques/activite-partielle

 

 

Perspectives navales : La Mer noire, une future mer fermée russe ? – par Arnaud Peyronnet

 

La « libération » fin novembre 2019 de trois unités navales ukrainiennes par les forces russes, un an après leur arraisonnement en mer d’Azov, semble mettre fin à une suite d’incidents navals1 qui faisaient craindre une escalade de plus grande envergure entre les deux pays. Toutefois, ces tensions de l’année 2019 ont mis en exergue l’ampleur des ambitions navales russes en Mer noire. En effet, depuis 2008 et le conflit en Géorgie mais surtout depuis 2014 et la conquête de la Crimée par la Russie, la Mer noire est redevenue un des épicentres de la géopolitique russe qui renoue avec ses ambitions historiques d’accès « aux mers chaudes ». Dans ce cadre, la Russie a opté pour un net renforcement de ses moyens dans la région, la flotte de la Mer Noire devant également être capable de véritables « bascules d’effort » vers la Méditerranée. En outre, elle cherche à exclure toute présence occidentale dans ses approches et poursuit dans ce but tant un rapprochement avec la Turquie, maître des détroits depuis 1936, qu’un affaiblissement progressif des autres puissances riveraines. La Russie cherche donc à faire de la Mer noire une véritable zone « bastion » mais également un pivot de sa projection de puissance vers la Méditerranée et le MoyenOrient. Dans ce contexte, la Mer noire pourrait-elle devenir à terme une véritable mer fermée sous tutelle russe ?

La Mer noire russe: entre déni d’accès et velléité de projection de puissance….

Une priorité de la stratégie navale russe

Parmi les quatre flottes de la marine russe, la flotte de la mer noire était celle qui était, depuis 1991, dans la situation la plus délicate, en raison d’un manque de financement patent et d’une absence de renouvellement de matériels. La guerre russo-géorgienne de 2008 a renversé cette tendance en faisant prendre conscience à la Russie toute l’importance de cette zone pour lutter contre la perception d’un « encerclement occidental » grandissant…. L’annexion de la Crimée en 2014 était alors une étape supplémentaire essentielle, lui permettant d’avoir un accès illimité à sa flotte de Sébastopol et surtout de militariser cette région pour en faire le cœur de sa stratégie régionale de déni d’accès. Depuis, la Russie a déployé en Crimée des batteries de missiles Bastion-P, des missiles anti aériens S300/S400, d’une chaîne radar renforcée et des bombardiers à long rayon d’action Tu-22M. Cette stratégie a été en outre officialisée en 2017 par la création d’« un groupe combiné des forces armées » en Crimée qui veut assurer un rôle régional de « prévention des conflits et de dissuasion stratégique ».

Un renforcement net de moyens

La flotte russe, essentiellement basée à Sébastopol, en Crimée, comprend environ 21 bâtiments de surface de 1er rang et 7 sous-marins. Cette flotte, auparavant capable uniquement d’opérations littorales en raison de d’unités vieillissantes (25 à 30 ans) a connu un renouvellement important et est devenue une priorité de Moscou : 18 bâtiments modernes (6 frégates, 6 corvettes et 6 sous-marins Kilo 636-3 la plupart dotés de missiles de croisière Kalibr) et deux bâtiments amphibies devraient finir d’y être basés d’ici 2020. Comme ailleurs et conformément à la doctrine russe, elle assure une défense « par couches » : sousmarins et frégates en ligne de défense avancée contre les bâtiments lance-missiles occidentaux, défense côtière via les batteries côtières de missiles anti navires. L’aviation basée à terre joue également un rôle important d’intimidation vis à vis des unités occidentales (passages à basse altitude simulant des tirs). En outre, des transferts d’unités auparavant déployées en mer Caspienne ont été observés en mer d’Azov, via le canal Volga/Don. Enfin, les capacités de construction navale militaire existantes en Crimée devraient être modernisées.

Un point d’appui essentiel pour la Méditerranée et le Moyen-Orient

Une des missions de la Flotte de la Mer Noire, notamment depuis 2013, est de pouvoir se projeter en Méditerranée, afin d’y assurer le commandement opérationnel et logistique des unités russes déployées. Les capacités amphibies russes de la flotte de la Mer Noire ont été ainsi mobilisées pour soutenir les opérations militaires en Syrie, mettant en œuvre un pont logistique maritime baptisé « Syrian Express ». La Russie déploie également depuis septembre 2017 deux sous-marins de type Kilo à Tartous, ceux-ci appartenant organiquement à la flotte de la mer Noire. Depuis 2015 et l’intervention militaire russe en Syrie, la Méditerranée orientale est ainsi le théâtre de nombreuses bascules d’effort de la marine russe, notamment en provenance de Mer noire : démonstrations de puissance via des tirs réguliers de missiles de croisière Kalibr en 2016 et 2017, renforcements ponctuels en fonction de sa perception de la « menace » américaine sur zone.

Une volonté d’affaiblissement des pays de la région

Le lent étranglement maritime de l’Ukraine L’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 a fait perdre à l’Ukraine

70 % de ses forces navales. De plus, et suite à cette annexion, la Russie a inauguré en mai 2018 le pont de Kertch, qui relie la Crimée à la Russie tandis que la marine russe a accentué son emprise sur la mer d’Azov en y contrôlant quasiment systématiquement tous les navires de commerce à destination de ports ukrainiens (Marioupol et Berdiansk). Le trafic des ports ukrainiens s’en ressent immanquablement, affaiblissant d’autant l’économie de la façade maritime ukrainienne. Dans ce contexte déjà tendu, Moscou a saisi militairement fin novembre 2018 trois navires ukrainiens transitant en mer d’Azov sous prétexte que ceux-ci n’avaient pas respecté les procédures idoines d’information préalable… La Russie pourrait à terme poursuivre cette stratégie d’étranglement de l’Ukraine en s’appropriant les ressources de la ZEE ukrainienne en Mer noire. Le scénario d’un blocus russe du port d’Odessa, voire même d’un débarquement amphibie russe sur les côtes est du pays est considéré comme particulièrement « plausible » par Kiev en cas de détérioration supplémentaire de la situation politique entre les deux pays. Face à ces présumées velléités russes, les forces navales ukrainiennes sont dans l’impossibilité d’agir malgré un plan ambitieux de remontée en puissance d’ici 2035. Les priorités ukrainiennes se fondent pour le moment logiquement sur le « déni d’accès », via le développement d’un système de surveillance côtier et de batteries de missiles antinavires, couplées à des systèmes lance-roquettes multiples et de mines. De plus, avec des moyens désormais uniquement légers, la marine ukrainienne pourrait utiliser sa trentaine de vedettes rapides en « essaims » afin de protéger ses ports et effectuer des attaques asymétriques contre toute force navale russe la menaçant. Dans ce cadre, les ambitions annoncées de voir des bâtiments ukrainiens assurer un jour, à l’horizon 2030, des missions de police dans la ZEE du pays semblent encore très lointaines.

Vers une marginalisation de l’OTAN ?

L’activisme russe inquiète la Roumanie et la Bulgarie. La pression russe sur la Roumanie s’est ainsi accentuée depuis 2014, des problématiques liées aux limites de ZEE respectives resurgissant depuis l’annexion de la Crimée par la Russie. Or les forces navales roumaines sont vieillissantes (époque soviétique ou achats d’occasion) tandis que les perspectives de modernisation ou de renouvellement de matériels sont systématiquement repoussées pour des raisons budgétaires. Au final, la Roumanie ne dispose que d’unités sous-armées seulement capables de missions de surveillance le long des côtes. Quant à la Bulgarie, si le maintien de forces navales de 1er rang a toujours été une ambition, les difficultés budgétaires l’ont toutefois également conduit à reporter la modernisation de ses unités. En outre, le projet d’achat de nouveaux sous-marins ayant été abandonné en 2011, la Bulgarie a de facto fermé

sa composante sous-marine. Ces deux pays cherchent donc désespérément à réinvestir l’OTAN dans cette région, tant pour pallier leurs propres carences capacitaires que pour maintenir un niveau d’interopérabilité minimum2. L’OTAN a dans ce contexte renforcé ses activités en mer Noire, via une « présence avancée adaptée » et des patrouilles navales plus fréquentes. En 2018, l’activité des groupes maritimes de l’OTAN a ainsi augmenté significativement, avec 120 jours de présence, contre 80 un an plus tôt. Se focalisant sur le renforcement des capacités des pays membres de la zone (Bulgarie et Roumanie), sur l’Ukraine et la Géorgie, les actions de coopération et les séries d’exercices de l’OTAN restent toutefois d’ampleur limitée. Les Etats-Unis réinvestissent aussi ce théâtre avec, depuis le début de l’année 2019, un franchissement des détroits turcs selon un rythme quasi mensuel. Ces franchissements américains sont d’ailleurs étroitement surveillés par la marine russe qui y déploie systématiquement un bâtiment à titre « d’escorte ».

Vers la neutralisation de la Turquie, maître des détroits ?

Depuis la fin du 19ème siècle, l’Empire Ottoman puis la Turquie ont joué, via le contrôle des détroits du Bosphore et des Dardanelles, un rôle de verrou face au désir d’expansion de la Russie vers les mers chaudes. Ce statut, consacré par la géographie, a été juridiquement confirmé en 1936 par la Convention de Montreux3 qui fait de la Turquie le gestionnaire des flux empruntant cette voie stratégique d’accès de l’Europe vers l’Asie. Avec l’effondrement de l’Union soviétique, la Turquie a perdu le monopole du seul Etat riverain de la mer Noire appartenant à l’OTAN et craint désormais de se voir imposer par les Etats-Unis (dans le cadre d’une politique d’endiguement de la Russie) un assouplissement de la convention de Montreux…Cette hypothèse inquiète évidemment la Russie qui ne cesse de vouloir se rapprocher de la Turquie afin que celle-ci conserve son rôle de verrou des détroits et protège ainsi la mer noire de toute influence occidentale. De cette façon, la Russie pourra développer et maintenir son hégémonie en mer noire. De plus et même si elle est toujours membre de l’OTAN, la Turquie cherche à maintenir des liens cordiaux avec la Russie via des escales de bâtiments turcs en Russie et la conduite ponctuelle d’exercices bilatéraux. En effet, et même si la marine turque est toujours la 2ème marine la plus importante en Mer noire, celle-ci se modernise à un rythme moindre que la marine russe et surtout se concentre désormais sur la Méditerranée, laissant le champ libre aux velléités russes.

De fait, les marines « occidentales » peuvent difficilement y faire des démonstrations de puissance massives, laissant le champ libre à la Russie et à la Turquie.

Le caractère éminemment stratégique de la Mer noire conduit la Russie à y renforcer ses moyens et à y développer une stratégie progressive de déni d’accès sous toutes ses formes. En conséquence, le risque d’une transformation de cette région en mer fermée sous tutelle russe semble réel à moyen terme (2030). Pour l’Occident, la meilleure des réactions pourrait se faire par une augmentation continue de sa présence navale, associée à une détermination collective pour le renforcement, tant qualitatif que quantitatif, des moyens des pays alliés riverains de la mer noire.

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1 En juillet 2019, Kiev avait annoncé avoir arraisonné, en rétorsion, un pétrolier russe dans la région d’Odessa. Ce pétrolier aurait en effet participé à l’interdiction du détroit de Kertch et à la saisie de 3 bâtiments ukrainiens en novembre 2018.

2 Dans ce cadre, la marine bulgare a accueilli l’exercice Sea Breeze en 2018 tandis que la Roumanie était l’hôte en 2019 de l’exercice Sea Shield.

3 La convention de Montreux stipule que le tonnage maximal et cumulé des navires de guerre des pays non riverains ne peut dépasser, en mer noire, 30 000 tonnes (ou 45 000 tonnes selon certaines conditions). Ces derniers, en outre, ne peuvent y rester plus de 21 jours.

Retour en trois questions sur la conférence de Jean-Jacques ROCHE sur “La guerre en chiffres”

Pour visionner la séquence “questions-réponses”, veuillez cliquer sur l’image ci-dessus

 

Jean-Jacques Roche est professeur de Science politique à l’Université Panthéon-Assas où il dirige l’Institut supérieur de l’armement et de la défense (Isad). Il a commencé sa carrière comme professional officer aux Nations unies avant de passer l’agrégation de Science politique et d’être nommé à l’Institut d’études politiques de Grenoble. Il a assuré les fonctions de directeur de la formation, des études et de la recherche à l’IHEDN de 2013 à juillet de cette année. Son domaine de recherche porte prioritairement sur les théories des relations internationales et de la sécurité avec un focus particulier sur la privatisation de la sécurité.

« Crise de l’OTAN » : Le risque de prendre le symptôme pour le mal… – par Mustapha Benchenane

Un article de Mustapha Benchenane, docteur d’Etat en science politique, conférencier au Collège de l’OTAN et éditorialiste à l’institut FMES.

Les alliés des États-Unis ont tous été décontenancés par les propos du président américain, déclarant que l’OTAN était « obsolète » mais exigeant néanmoins des autres membres une implication financière plus importante. Il estime que s’agissant de la sécurité des pays européens, ceux-ci ont le devoir de la financer. Ce faisant, il a semblé faire peu de cas d’au moins deux aspects de la réalité : d’une part, et depuis toujours, qui paye commande… Si le fardeau financier est mieux réparti, le partage du pouvoir doit aussi être rediscuté… D’autre part, les déclarations de Monsieur Trump peuvent amener les Européens à se poser la question de l’identification de la menace : la menace soviétique n’existe plus et le Pacte de Varsovie a été dissout en 1991. Or, le traité de l’Atlantique Nord, signé à Washington le 4 avril 1949, avait pour raison d’être cette menace soviétique. Dans ce contexte, le traité visait à assurer la « défense collective » de la région concernée – l’Atlantique Nord – en se prêtant « mutuellement assistance ». L’article 5 de ce document édicte : « Les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles, survenant en Europe ou en Amérique du Nord, sera considérée comme attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence, elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d’elle, dans l’exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l’article 51 de la Charte des Nations Unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d’accord avec les autres parties, telle action qu’elle jugerait nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans le région de l’Atlantique Nord ». L’entrée en guerre de tous les membres de l’Alliance n’est pas automatique tout en n’étant pas exclue : la décision relative aux modalités d’expression de la solidarité appartient à chacun de ces pays. C’est sans doute en ayant à l’esprit la clause de solidarité que le Président Macron a déclaré en novembre 2019 : « l’OTAN est en état de mort cérébrale », à la suite de la décision de Monsieur Trump de retirer de Syrie les forces spéciales américaines, sans concertation avec la France également présente sur le terrain et sans même en avoir informé Paris.. Le chef de l’État visait aussi la politique de la Turquie – membre de l’OTAN – en Syrie et plus particulièrement l’offensive turque contre les Kurdes de Syrie, lesquels sont des alliés de l’Occident dans la guerre contre l’ « État islamique » au Moyen Orient.

Le mérite de l’OTAN, depuis 1991, a consisté à survivre à la dislocation de l’URSS en s’adaptant et en se transformant tout en s’élargissant : c’est l’alliance militaire la plus considérable de l’histoire des coalitions de cette nature.

 

L’OTAN : UNE DYNAMIQUE D’ADAPTATION ET DE TRANSFORMATION.

L’OTAN a adopté à Rome en novembre 1991 le « premier concept stratégique » : la nouvelle donne imposait l’élaboration d’une « stratégie sans adversaire ». On opte pour un « concept global de sécurité ». Le document mentionne des « risques diffus pour la paix et la sécurité ». On maintient les piliers de la défense et de la sécurité, et on y ajoute la coopération. Autres nouveautés : la gestion des crises, le contrôle des armements et la diversification des missions des forces armées. L’intégration multinationale et la capacité d’intervention opérationnelle sont renforcées.

Cette nouvelle orientation est précisée lors du Conseil atlantique réuni à Bruxelles en décembre 1992. Le Conseil déclare que les Alliés sont « disposés à répondre positivement aux initiatives que pourrait prendre le Secrétaire général des Nations Unies afin que l’Alliance atlantique puisse aider à la mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité ».. Cela signifie clairement que l’on renonce à la distinction établie depuis 1949 entre ce qui est « zone OTAN » et le « hors zone ».…

Avant même la dislocation de l’Union soviétique, le Conseil atlantique qui s’est tenu à Londres en juillet 1990, a lancé une « politique de liaison » avec l’URSS et les États d’Europe de l’Est. Une nouvelle étape est franchie par l’OTAN lorsqu’elle propose les 10 et 11 janvier 1994, à l’Europe centrale et orientale, le Partenariat Pour la Paix (PPP) ;

Il s’agissait d’une transition vers une adhésion à l’OTAN. Dans cette phase, ces pays étaient invités à participer à des sessions de formation, en même temps qu’ils étaient encouragés à amorcer le processus de « contrôle démocratique sur les forces armées » et la « transparence des budgets militaires »..

L’adhésion de sept de ces pays a été décidée au Sommet de Prague en 2002 (Bulgarie, Estonie, Lituanie, Lettonie, Roumanie, Slovaquie, Slovénie). Elle a pris effet en mars 2004. Ces adhésions avaient été précédées en 1999 par celles de la Hongrie, de la Pologne et de la République Tchèque. L’OTAN est passée de 19 à 26 membres.

Ces adhésions à l’OTAN contrarient profondément Moscou qui les perçoit comme étant des signes d’hostilité à son égard. Cette perception est alimentée par des initiatives américaines comme celle consistant à installer des composantes du bouclier antimissiles, pour commencer, en Pologne et en République Tchèque. Les Américains ont prétendu que ce dispositif avait pour finalité la défiance à l’égard de l’Iran, ce qui n’a pas rassuré V. Poutine.

Les pays de l’Europe centrale et orientale sont convaincus que la Russie représente toujours pour eux une menace. A supposer que cela corresponde à une part de réalité, pour l’essentiel, cette approche se nourrit du traumatisme subi par ces pays et ces peuples durant de nombreuses décennies passées sous le joug du totalitarisme soviétique. Ils font donc preuve d’un attachement profond à l’OTAN, ce qui signifie pour eux États-Unis, seule puissance occidentale disposant de moyens militaires nécessaires pour garantir leur sécurité…Ces tensions seraient, pour certains « experts », le signe d’un retour à la Guerre froide. Mais il s’agit d’autre chose : la Russie estime avoir déjà payé très cher la fin de l’URSS. Elle ne veut plus payer encore et toujours plus et elle est en train de se doter des moyens lui permettant de redevenir une grande puissance. Cela ne passe pas forcément par une réoccupation militaire des pays qu’elle contrôlait et qui sont maintenant membres à part entière de l’Alliance atlantique en dépit des critiques dont cette organisation est la cible surtout de la part du président américain…

Les transformations que l’OTAN a connues depuis 1991 se concrétisent aussi par ses actions militaires depuis cette date alors que, durant toute la Guerre froide, cette organisation militaire n’a pas tiré un seul coup de feu, ce qui marque son efficacité en tant qu’alliance militaire défensive.

 

L’OTAN ACTEUR DANS LA NOUVELLE DONNE INTERNATIONALE

La première action « fondatrice » d’une nouvelle ère s’est déroulée le 28 février 1994, lorsque deux avions F-16 américains ont abattu quatre chasseurs serbes qui survolaient la Bosnie en violation de la résolution 781 adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU le 9 octobre 1992 instituant une zone d’exclusion aérienne. Les interventions militaires de l’OTAN en Bosnie étaient encadrées par le droit international puisqu’il s’agissait d’une coopération ONU-OTAN pour le maintien de la paix. L’OTAN a agi comme « bras armé » de l’ONU, donc au nom de la communauté internationale.

En avril 1994, des avions de l’Alliance atlantique ont attaqué des positions serbes pour protéger la zone de sécurité de Gorazde et apporter un appui aux casques bleus. En revanche, l’OTAN et l’ONU ont été impuissantes lorsque, en mai 1995, les Serbes ont pris en otage quatre cents soldats de la paix. Il en a été de même le 11 juillet 1995, lors de la chute de Srebrenica, les Serbes se livrant au massacre de huit mille civils bosniaques. Mais cette tragédie a provoqué une prise de conscience à l’ONU et au sein de l’OTAN, en faveur d’une intervention plus efficace. L’opération « Deliberate Force » qui a débuté le 30 juin, s’est terminée le 21 septembre et a permis d’aboutir aux accords de Dayton signés le 21 novembre 1995. Il y a eu ensuite le déploiement de l’IFOR, c’est-à-dire de l’OTAN. Les actions de cette nature n’avaient pas été prévues par le traité de Washington du 4 avril 1949. Ce document n’avait envisagé qu’un seul cas d’intervention armée collective, celui défini par l’article 5 du traité.

Le Kosovo a été, en 1999, un autre foyer de tension et cela a provoqué l’intervention de l’OTAN. Plusieurs centaines de milliers de Kosovars ont fui la politique menée par le régime serbe. Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté le 23 septembre1998 la résolution 1199 ordonnant un cessez-le-feu immédiat et le retrait des forces serbes du Kosovo. Les Serbes ont refusé d’obtempérer. La situation s’est aggravée quand Belgrade a rejeté le « compromis de Rambouillet » le 25 mars 1999. C’est dans ce contexte que l’OTAN a déclenché l’opération « Allied Force », campagne de frappes aériennes qui durera soixante-dix-huit jours. Cette action militaire ne s’est pas déroulée dans le cadre de l’ONU car les Russes y auraient opposé leur véto. L’OTAN est aussi intervenue en Libye du 19 mars au 31 octobre 2011 après le vote par le Conseil de sécurité de l’ONU des résolutions 1970 et 1973. La première a décrété un embargo sur les armes à destination de Tripoli ainsi que le blocage des avoirs du régime. La seconde a décidé d’établir une zone d’exclusion aérienne et permettait de « prendre toutes les mesures jugées nécessaires pour protéger les populations civiles ». À partir du 31 mars 2011, l’ensemble des opérations a été conduit par l’OTAN dans le cadre de « Unified protector ». Cette intervention de l’OTAN en Libye a fait l’objet de critiques car elle est sortie du cadre tracé par l’ONU dans la mesure où, pour l’ONU, il n’a jamais été question de renverser le régime en place mais seulement de protéger les populations civiles.

L’OTAN s’est adaptée au contexte international en élaborant des grands projets en Méditerranée. C’est ainsi que, en 1994, elle a instauré le « Dialogue méditerranéen de l’OTAN », en direction des pays du sud de la Méditerranée. Ce « Dialogue » est fondé sur quatre principes :

  • « co-appropriation »: l’OTAN ne cherche pas à imposer ses idées ;
  • « non-discrimination » : les propositions sont les mêmes pour tous les partenaires ;
  • « complémentarité » : ce Dialogue n’entre pas en concurrence avec d’autres initiatives européennes ;
  • « progressivité » : renforcement des dimensions politiques et pratiques du Dialogue et adhésions de nouveaux membres.

En 2004, lors du Sommet des chefs d’État des pays membres de l’Alliance à Istanbul, une initiative destinée aux pays du Golfe a été lancée : l’ « Initiative de Coopération d’Istanbul »(ICI)..

Lors de ce Sommet d’Istanbul, les participants se sont engagés à coopérer de façon plus intense dans la lutte contre le terrorisme et les nouvelles menaces, notamment par un meilleur partage des informations ainsi que par le renforcement de l’opération « Active Endeavour », mission maritime de l’Alliance qui contribue à la détection, à la dissuasion et à la protection afin de combattre les activités terroristes en Méditerranée. Une autre priorité est identifiée : la prévention de la prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs.
L’attaque du 11 septembre 2001 contre les États-Unis a donc induit un approfondissement de ces initiatives en insistant sur la lutte contre le terrorisme.

C’est ainsi que l’OTAN est intervenue en Afghanistan en application de l’article 5 du traité qui fonde cette organisation.

Au sommet de Reykjavík, en mai 2002, il a été décidé que l’OTAN agira désormais tous azimuts. Le Secrétaire général, Jaap de Hoop Scheffer, a déclaré en janvier 2004 : « La transformation de l’OTAN n’est pas liée à son élargissement, mais à ses nouvelles missions et à sa vocation à exporter la sécurité et la stabilité ». Le général James L. Jones, commandant suprême des forces alliées, est allé dans le même sens : « Il y a pour l’OTAN un désir d’exercer une influence sur le plan mondial et non plus seulement régional ». L’OTAN a créé la « Nato Response Force » (NRF), forte de 25 000 hommes et capable de se déployer en cinq jours. L’Alliance atlantique a envoyé des troupes au Kosovo, la KFOR, composée d’environ 15 000 hommes. L’ONU a été présente, pour sa part, avec la « mission intérimaire des Nations Unies » (MINUK).

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            Quand on considère toutes ces initiatives et toutes ces actions de l’OTAN, il apparaît que jamais cette organisation militaire n’a été aussi entreprenante que depuis la fin de la Guerre froide. Pourquoi serait-elle devenue soudainement « obsolète » ou en « état de mort cérébrale » ?

Au Moyen-Orient, le vrai problème n’est pas l’OTAN mais bien des approches différentes selon les acteurs, chacun agissant pour son propre compte en fonction de l’idée qu’il se fait de ses intérêts. La Turquie, les États-Unis, la France, sont membres de l’Alliance atlantique. Mais ces pays, présents militairement en Syrie, ne le sont pas dans le cadre de l’OTAN.

Les États-Unis, dirigés par Donald Trump, mènent une politique en rupture avec celle qu’ont menés tous ses prédécesseurs. Ces derniers ont toujours considéré que l’OTAN était l’un des instruments de leur politique de puissance.

La Turquie a décidé de redéployer sa politique sur une partie de l’espace « ottoman » et, pour ce faire, elle entend reprendre sa liberté d’action. Ankara est obsédée par la question kurde. Le PKK, parti qui dit agir au nom des Kurdes de Turquie, est considéré par le pouvoir turc et par les États-Unis ainsi que par la plupart des pays occidentaux comme une organisation terroriste. Le parti des Kurdes de Syrie est une excroissance du PKK, donc le gouvernement de Turquie le combat au nom de ses impératifs de sécurité. Or, ce même parti kurde de Syrie est soutenu par Washington et par Paris qui lui livrent des armes et leurs forces spéciales combattent à ses côtés les terroristes de l’État islamique…Dans le même temps, la Turquie, bien que membre de l’OTAN, a décidé de s’équiper du système antimissile russe S400, ce qui est inacceptable pour les Américains.

De cette confusion l’OTAN n’est pas responsable. Ce qui est donc en cause, c’est l’identification d’intérêts stratégiques communs.

Éditorialiste à l’Institut FMES