Turquie – Union européenne, un dialogue compliqué

Johannes Hahn, Mevlut Cavisoglu et Federica Mogherini, le 15 mars à Bruxelles. Tous droits réservés. 

Le 15 mars 2019 s’est tenue à Bruxelles la 54ème réunion du Conseil d’association Union européenne – Turquie, la première depuis la levée de l’état d’urgence en Turquie.

La réunion était coprésidée par la Haute-Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, et Johannes Hahn, commissaire européen chargé de la politique européenne de voisinage et de l’élargissement. Mevlut Cavisoglu, ministre turc des Affaires étrangères et négociateur en chef de la Turquie, a représenté Ankara.

Au cours de la réunion, l’UE a réaffirmé l’importance de ses relations avec la Turquie « pays candidat et partenaire clé » et a souligné la nécessité d’un « dialogue ouvert et franc ». Toutefois, les relations entre Bruxelles et Ankara se sont tendues à l’issue de la tentative manquée de putsch en juillet 2016. Cet événement a engendré la répression d’opposants et de journalistes en Turquie ainsi que le limogeage d’environ 4 000 magistrats. En dépit des forts liens économiques et des relations considérables entre les deux partenaires, l’Union européenne est préoccupée par la « régression persistante » de la Turquie et demande à Ankara de fournir davantage d’efforts tout en l’invitant à revenir aux valeurs démocratiques.

Cette rencontre permettant de faire le point sur les relations entre Bruxelles et Ankara intervient deux jours après la demande du Parlement européen de geler les négociations concernant l’adhésion de la Turquie. En effet, la Turquie est candidate à l’adhésion à l’Union européenne depuis 1987 et les négociations ont débuté en 2005. A ce titre, l’UE a rappelé les conclusions du Conseil européen du 26 juin 2018 dans lesquelles l’Union européenne notait l’éloignement de la Turquie de l’UE, conduisant de fait à un « arrêt » des négociations.

Toutefois, la Turquie souhaite poursuivre les négociations d’adhésion. Face aux « vives préoccupations » exprimées par Federica Mogherini concernant le respect de l’Etat de droit en Turquie, le chef de la diplomatie turque a tenté de balayer les critiques : « La Turquie possède un système judiciaire indépendant et le monde y a accès. Par ailleurs, la Turquie est membre de la Cour européenne des droits de l’homme ». Mevlut Cavusoglu rappelle également à l’Union européenne de remplir ses engagements inscrits dans les conclusions du Conseil européen de mars 2008, conformément au principe international de mise en œuvre des accords. De plus, le chef de la diplomatie réclame l’ouverture de 4 nouveaux chapitres de négociations. Pour l’heure, 16 chapitres sur 35 ont été ouverts s’agissant de la Turquie.

Le 17 mars, lors d’un meeting à Izmir, le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré que le Parlement européen n’était pas en mesure de décider de l’arrêt des négociations en vue d’une adhésion. Le chef de l’Etat considère que le « Parlement européen attaque la Turquie pour des motifs s’appuyant sur des arguments du groupe terroriste et séparatiste PKK et de l’organisation terroriste guléniste FETO ».

Le dossier turc se rouvre dans un contexte de campagne pour les élections européennes. Si elle ne peut être tranchée que par la décision unanime des Etats membres, la question du gel des négociations vient s’ajouter à un climat tendu avec la Grèce et Chypre. La découverte de gisements d’hydrocarbures au large de Chypre empoisonne les relations d’Ankara avec Nicosie, Athènes et l’UE, la Turquie occupant depuis des décennies le nord de l’île de Chypre et contestant de facto la ZEE chypriote.