Tunisie

Tournée diplomatique pour le prince MBS

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Alors qu’il doit assister au sommet du G20 à Buenos Aires à la fin de la semaine, le prince héritier saoudien Mohamed BIN SALMANE (MBS) a entamé, jeudi 22 novembre, une tournée diplomatique à travers le monde arabe . Six pays figurent au programme de ce premier déplacement officiel depuis le début de l’affaire Jamal KHASHOGGI : Emirats arabes unis, Bahreïn, Egypte, Tunisie, Mauritanie et Algérie.

L’opinion publique du monde arabe est divisée sur cette tournée initiée par le prince. Reçu lundi par le président égyptien Abdel Fattah al-SISSI, le successeur désigné d’Abdulaziz Al Saud est attendu ce mardi 27 novembre à Tunis par le président Béji CAID ESSEBSI. L’annonce de cette visite a provoqué une vague de protestations au sein de la société civile tunisienne. MBS est critiqué pour son rôle supposé dans l’affaire Khashoggi et dans la guerre au Yémen et à propos des droits de l’homme bafoués dans le royaume wahhabite. Les slogans à l’encontre du prince se multiplient tandis qu’un collectif de blogueurs, d’activistes et de journalistes a organisé une manifestation lundi 26 novembre sur l’avenir Habib BOURGUIBA dans le centre de Tunis. Le Syndicat national des journalistes professionnels (SNJT), dans une lettre ouverte au Président de la république tunisienne, critique le positionnement de la diplomatie tunisienne au regard de la situation en Arabie saoudite, reprochant au ministère des Affaires étrangères de n’avoir que « timidement condamné » le meurtre du journaliste. Sous couvert d’une visite de courtoisie, version officielle avancée par les autorités tunisiennes, il s’agirait également d’une visite au motif financier. Tunis, qui connait une crise économique importante, aurait besoin de l’aide financière de Riyad.

Du côté algérien, la contestation, moins visible, divise la classe politique. Près de 1 900 personnes ont signé une pétition demandant l’annulation de cette visite. Le Maroc, quant à lui, ne figure plus dans la liste des pays visités, certains médias locaux évoquant un refus du roi Mohammed VI de recevoir MBS pour des « raisons d’agenda ». Cette non-rencontre illustre les tensions cachées entre les deux Etats et la lutte d’influence entre le gardien des Lieux Saints et le descendant direct du Prophète.

En vue de la réunion du G20 du 30 novembre au 1er décembre prochain, l’ONG Human Rights Watch a lancé une procédure contre MBS auprès d’un juge argentin pour le faire inculper à son arrivée dans la capitale argentine. Si la démarche pour « crimes de guerre et tortures » face aux actions de la coalition menée par l’Arabie saoudite au Yémen a peu de chance d’aboutir, l’image du prince modernisateur propagée par Mohamed BIN SALMANE est ternie.

Tunisie : loi historique contre le racisme

L’Assemblée des représentants du peuple de Tunisie a voté mardi 9 octobre la loi sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale.
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Mardi 9 octobre 2018, les députés tunisiens ont adopté le projet de loi sur l’élimination de la discrimination raciale, approuvé par 125 voix des 131 présents. La Tunisie légifère pour condamner ces actes, dans un pays où la minorité noire tunisienne (descendante d’esclaves pour l’essentiel) et les étrangers subsahariens sont victimes de racisme.

Ce texte est une première en Tunisie où aucune loi ne condamne ni les actes ni les propos d’ordre raciste, dont souffre pourtant régulièrement la minorité du pays. Qu’il s’agisse de Tunisiens ou de résidents étrangers, ils représenteraient selon l’Association de défense des droits des Noirs, 15% de la population.

L’Assemblée des représentants du peuple, par cette décision, répond au problème soulevé depuis plusieurs années par la société civile tunisienne. Incitation à la haine, menaces racistes, diffusion et apologie du racisme, création ou participation à une organisation soutenant de façon et claire et répétitive les discriminations, sont autant d’actes réprimés par la loi. Cette dernière prévoit ainsi des peines pouvant aller d’un mois à trois ans d’emprisonnement et des amendes allant jusqu’à 3 000 dinars (1 000 euros) pour une personne physique et 15 000 pour une personne morale. Jamila KSIKSI, députée affiliée au parti islamiste Ennahdha, s’est félicitée de ce « tournant pour la Tunisie ». Issue de la minorité noire tunisienne, elle est l’une des figures de ce combat.

En ce jour historique salué par les députés, les associations antiracistes et la société, Messaoud ROMDHANI, responsable du Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES) a déclaré à l’AFP : « C’est un tournant très important dans l’histoire de la Tunisie, équivalent à l’abolition de l’esclavage ». En effet, la Tunisie se distingue par sa singularité dans le monde arabe et en est fière. Raouf EL MAY, député indépendant qui militait depuis 2016 pour l’adoption de ce texte l’explique : « La Tunisie a été le premier pays musulman à abolir l’esclavage, et nous sommes parmi les premier à avoir signé la convention des Nations unies en 1965 contre les discriminations raciales. Le vote d’aujourd’hui, c’est une évolution logique. »

Une Commission nationale de lutte contre les discriminations, désignée par le gouvernement, sera en charge du suivi et de l’exécution de la loi et devra remettre un rapport annuel aux autorités et au Parlement. L’enjeu dorénavant consiste pour Tunis à l’application de la loi qui nécessitera un travail à long terme devant inclure la minorité noire à la société tunisienne. Les associations s’accordent à dire que le respect doit se diffuser au travers de l’éducation.

Précurseur maghrébin en matière de droits humains loin devant ses voisins, le pays s’était illustré il y a quelques mois sur la question du droit des femmes, salué par la communauté internationale. Reste à savoir si cette loi sur la discrimination raciale s’élargira à toutes les formes de discriminations.

Tunisie : Nidaa Tounes au bord de l’implosion

Le Président Béji CAÏD ESSEBSI charge Youssef CHAHED, nouveau chef du gouvernement, de former un gouvernement d’union nationale. Août 2016.

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Alors qu’un double scrutin, présidentiel et législatif, doit se tenir en 2019, le parti du gouvernement Nidaa Tounes est en état de déliquescence.

Créé en 2012 dans le but de promouvoir le modernisme et l’héritage d’Habib BOURGUIBA, par son ancien ministre Béji CAÏD ESSEBSI qui fêtera bientôt ses 92 ans, Nidaa Tounes fédère plusieurs mouvances politiques. Il y a quatre ans, à la surprise générale et dans l’optique de préserver le processus né de la révolution de 2011, Nidaa Tounes s’est allié au parti islamiste Ennahdha dans le cadre d’une politique dite du consensus.

Le 25 septembre 2019, le Président de la République tunisienne et fondateur du parti annonce à la télévision la rupture de Nidaa Tounes avec Ennahdha, parti mené par Rached GHANNOUCHI. Le schisme entre les deux partis était toutefois perceptible : l’action du gouvernement est ballotée depuis plusieurs années entre des forces contraires et la perspective des élections ne permet plus à Nidaa Tounes et Ennahdha de faire front commun. La confusion est telle que le chef du gouvernement, Youssef CHAHED, est soutenu par le groupe parlementaire Coalition nationale qui attire les députés des deux partis, désireux de tracer les prémices d’un nouveau rassemblement. Le chef du gouvernement incarne un point de crispation entre GHANNOUCHI et ESSEBSI, le premier le soutenant, le second voyant en lui un potentiel adversaire. Les tensions au sein du parti sont d’autant plus grandes que le chef du gouvernement et le directeur exécutif de Nidaa Tounes, Hafedh CAÏD ESSEBSI, fils du Président de la République, se livrent à une lutte personnelle. Le directeur exécutif, jugé comme un leader illégitime et peu charismatique, exige la démission du chef de gouvernement choisi par son père. Béji CAÏD ESSEBSI a même sommé Youssef CHAHED, en juillet dernier, de choisir entre remettre sa démission ou solliciter une nouvelle fois la confiance de l’Assemblée des représentants du peuple. Selon Larbi CHOUIKHA, professeur à l’université de la Manouba près de Tunis, la confrontation avec Hafedh CAÏD ESSEBSI « a beaucoup servi en termes d’image » à Youssef CHAHED qui incarne de fait « une alternative à cette transmission dynastique ». D’ailleurs, il bénéficie du soutien de la communauté internationale.

Tandis que Nidaa Tounes a perdu environ 200 000 électeurs, Kamel HAMZAOUI, président du conseil municipal de Kasserine et membre de Nidaa Tounes a annoncé, lundi 1er octobre 2018, démissionner si la crise interne du parti se poursuivait.

Si le plus vieux chef d’Etat élu du monde espère « laisser une trace dans l’histoire », son parti vit ses pires heures. En effet, le pays connait actuellement un contexte économique et social difficile. Les mesures d’austérité prises par le gouvernement mené par CHAHED ont engendré un mécontentement grandissant, l’Union générale du travail tunisienne (UGTT) ayant annoncé une grève pour la fin du mois d’octobre.