terrorisme

Conseil de l’UE et G5 Sahel : la situation au Sahel

Des soldats maliens participant à la première opération militaire du G5 Sahel en coordination avec les soldats français de l’opération Barkhane.
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Le 13 mai 2019, le Conseil de l’Union européenne, réuni au niveau des ministres des Affaires étrangères et de la Défense, a adopté des conclusions sur la situation géopolitique dans la bande sahélo-saharienne. Les ministres ont reçu le 14 mai à Bruxelles leurs homologues du G5 Sahel (Burkina Faso, Niger, Tchad, Mali et Mauritanie), dans un contexte marqué par la libération des deux otages français et le décès des deux officiers-mariniers du commando Hubert.

Le Conseil a évoqué à nouveau les défis de diverses natures auxquels sont confrontés les cinq pays du G5 Sahel et réaffirmé le soutien européen à ces derniers. Mais, selon les conclusions, l« l’instabilité dans les pays limitrophes [a aggravé) la situation sécuritaire dans la région ».

La bande sahélo-saharienne recouvre un territoire vaste comme l’Europe où la menace terroriste présente un caractère transfrontalier. Les priorités pour les forces internationales, notamment européennes, sont axées autour des partenariats avec les pays du G5, afin de favoriser l’autonomie des forces sahélo-sahariennes à lutter contre les groupes armés terroristes.

Roland Marchal, chercheur sur l’économie et les conflits dans l’Afrique sub-saharienne au centre de recherches internationales (CERI) déclare que « ces groupes [djihadistes] ne se développent pas pour des raisons idéologiques. Ils proposent des réponses à des situations locales de domination et de dépossession ». L’instabilité et la corruption qui règnent au sein même des Etats du G5 Sahel renforcent l’implantation de mouvements terroristes. En effet, les populations locales accordent à ces groupes armés une capacité de protéger leurs biens – protection que l’Etat ne peut pas garantir, notamment dans les zones rurales – illustrée par le conflit entre Peuls et Dogons, les groupes armés peuls étant qualifiés de terroristes par l’Etat malien, les groupes armés dogons n’ayant qu’un rang de « milice » malgré les massacres dont ils sont accusés. M. Marchal ajoute que « les Européens doivent accepter que le centre de la crise n’est pas le djihadisme mais le fonctionnement des Etats sahéliens ».

Le Conseil de l’UE revient sur ces points dans ses conclusions rendues le 13 mai. Les ministres énumèrent les difficultés qui restent encore à surmonter, notamment « de graves lacunes en matière de gouvernance, d’Etat de droit et de protection des droits de l’Homme ; l’expansion de la menace terroriste, de la violence extrémiste et de la criminalité organisée, y compris de la traite des êtres humains, le changement climatique ayant un effet négatif sur les ressources naturelles et alimentant les conflits locaux ; une pauvreté endémique, une forte dynamique démographique et une faible cohésion socio-économique ; ces éléments contribuent à l’aggravation de l’insécurité alimentaire, à l’augmentation de la pression migratoire et à la dégradation de la situation humaine ». La réunion du 14 mai avec les pays membres du G5 témoigne de la « priorité stratégique [qu’est le Sahel] pour l’UE et ses Etats membres ». Cet événement fait écho à la récente participation de la chancelière allemande, Angela Merkel, le 1er mai dernier, à un sommet du G5 Sahel sur les questions du terrorisme et de l’opérationnalisation de la force conjointe.

La réunion ministérielle annuelle entre le G5 Sahel et la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Frederica Mogherini prévue à Ouagadougou en juillet 2019 permettra de faire un nouveau bilan de la situation dans la bande sahélo-saharienne et d’ajuster la mise en œuvre des actions en cours. Est également attendue l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies, en juin prochain, du renouvellement du mandat de la MINUSMA qui se veut être à la hauteur des enjeux du théâtre de la guerre contre le djihadisme en Afrique.

Mali : un accord historique de gouvernance permettant la formation d’un nouveau gouvernement

 

Le Premier ministre malien Boubou Cissé.
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Depuis la réélection en août 2018 du président Ibrahim Boubacar Keïta, de nombreuses voix s’élevaient au Mali pour réclamer un gouvernement d’union nationale. Jeudi 2 mai, le Premier ministre malien Boubou Cissé et plusieurs partis politiques – dont des partis issus de l’opposition – ont enfin signé un « accord de gouvernance ».

En raison de la détérioration de la situation sécuritaire, les autorités maliennes et les partis politiques se sont engagés à former un gouvernement et à respecter l’accord de 2015, de manière à apaiser le climat social. Cet accord, obtenu après plusieurs jours de négociations, représente pour le chef du gouvernement « une opportunité unique de bâtir un Mali nouveau, un Mali fort, un Mali plus démocratique, un Mali prospère, un Mali où les communautés retrouvent la confiance ancestrale qu’elles avaient les unes en les autres ».

Cette décision émane du président malien, Ibrahim Boubacar Keita, qui a confié la mission à son Premier ministre, nommé le 22 avril pour former un nouveau « gouvernement de large ouverture ». Ce dernier a déclaré à l’occasion de la signature : « Le Président de la République a la conscience la plus aiguë des défis qui attendent notre pays et de la nécessité de rassembler tous les fils au chevet de la mère-patrie. Il a voulu un accord politique avec l’ensemble de la classe politique en vue d’une collaboration plus volontariste dans la recherche des solutions à la crise qui secoue notre pays. »

Cet accord, signé préalablement par 15 partis et groupements politiques et restant ouvert à l’adhésion d’autres groupes, a permis la formation d’un nouveau gouvernement dimanche 5 mai. Pour la première fois depuis son arrivée à la tête de l’Etat en 2013, le président partagera le pouvoir avec ses adversaires politiques. En effet, si certains ministres conservent une place au sein du gouvernement, plusieurs personnalités issues de l’opposition ont fait leur apparition. A leurs côtés, de nouveaux ministres ont été choisis par le président pour faire partie des 37 membres de cette nouvelle équipe gouvernementale. Ils incarnent ainsi un vent nouveau au sein de l’exécutif.

Sans surprise, le défi majeur de ce nouveau gouvernement est d’ordre sécuritaire. A ce titre, le ministère clé de la Défense revient au général Ibrahim Dahirou Dembélé, ancien chef d’état-major des armées. Poursuivi dans une affaire d’assassinat, son contrôle judiciaire a été levé en janvier 2018. Le nouveau ministre est toutefois considéré comme un homme de terrain capable d’être en charge d’un des portefeuilles les plus importants du pays.

Le 6 mai, le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guerres a salué la signature de cet accord politique. Son porte-parole Stéphane Dujarric a déclaré : « Le Secrétaire général félicite le Président Ibrahim Boubacar Keïta pour son leadership dans le cadre des consultations qui ont abouti à un accord politique et à un engagement renouvelé à mettre en œuvre l’accord de paix de 2015 ». L’ONU a par la même félicité les partis d’opposition pour leur « contribution constructive » et les exhorte, à l’instar du gouvernement malien, à mettre en œuvre de l’accord pour la paix de 2015 issu du processus d’Alger.

Situation en Libye : Jean-Yves le Drian s’exprime

 

Jean-Yves Le Drian. Tous droits réservés.

Plus d’un mois après le début de l’assaut de l’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal autoproclamé Khalifa Haftar sur Tripoli – siège du Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, la situation en Libye est plus que jamais dans l’impasse. Alors que l’instabilité règne dans le pays depuis 2011 et la chute du « Guide suprême » Mouammar Kadhafi, le dialogue entre les deux hommes semble impossible. En effet, les affrontements et les combats urbains se sont multipliés ces dernières semaines.

Le dossier libyen suscite l’inquiétude de la communauté internationale. Le Conseil de sécurité des Nations unies ne parvient pas à s’accorder sur une résolution. Le Royaume-Uni a en effet présenté un projet mais s’est heurté aux refus russe et américain. Des Etats sont soupçonnés de soutenir l’un des deux camps tandis que Haftar est accusé de vouloir fomenter un coup d’Etat pour s’emparer du pouvoir. Dans ce contexte, les puissances régionales jouent un rôle important. A ce titre, l’Egypte, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis soutiennent Khalifa Haftar tandis que la Turquie et le Qatar sont favorables au GNA d’al-Sarraj. Quant à la France, elle est très impliquée dans la résolution du conflit, à l’instar de l’Italie – ancienne puissance coloniale. Toutefois, Paris a été accusé par le GNA de soutenir l’ANL. Après que Paris a démenti en appelant à « un processus sous l’égide de l’ONU », le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves a répondu aux questions du Figaro à ce propos.

En premier lieu, la France se dit impliquée dans le dossier libyen pour « combattre le terrorisme », qui représente « l’objectif prioritaire » de Paris dans la région depuis plusieurs années. La chute de l’Etat islamique – ou du moins de sa dimension territoriale – aurait ainsi des répercussions directes sur la Libye, le ministre français indiquant que des djihadistes auraient gagné des villes libyennes, telles que Syrte, ancien bastion de Daech libéré par les milices de Misrata ou Sabratha, autre foyer terroriste d’où avaient été planifiés des attentats visant la Tunisie. Le ministre n’a pas précisé la nationalité de ces anciens combattants de Daech, où le contingent tunisien était un des plus importants.

La dimension sécuritaire explique par la même l’engagement de Paris, qui dispose d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU qui lui confère une « responsabilité particulière dans les grandes crises internationales ». En effet, « le chaos libyen fait peser un gros risque » pour les pays de la région dont la Tunisie et l’Egypte qui incarnent des pays clés pour la stabilité de la zone sur lesquels la France s’appuie.

Jean-Yves Le Drian, qui s’était entretenu avec le maréchal Haftar à Benghazi le 19 mars dernier, assure ne pas avoir été mis au courant de l’offensive sur Tripoli qui se préparait. Si le ministre rappelle le rôle tenu par Haftar durant son opération contre-terroriste lancée à l’est sur Derna et Benghazi en 2014 et approuvée par les autorités reconnues internationalement à l’époque, la position française affiche un soutien ferme aux accords d’Abu Dhabi devant aboutir à des élections. En effet, l’absence d’élections a engendré une situation chaotique où deux hommes forts se disputent la légitimité du pouvoir. En ce sens, le chef de la diplomatie française déclare : « Je constate que l’absence de perspective politique a entraîné l’immobilisme des uns (Sarraj) et l’imprudence des autres (Haftar). On retourne toujours au même point. Sans élection, aucun acteur libyen ne peut prétendre être totalement légitime ».

En Libye, l’homme fort de l’ANL connait des revers, de nombreuses milices s’étant réunies dans un front anti-Haftar. Parmi elles, Jean-Yves Le Drian évoque des « groupes mafieux de passeurs qui torturent et mettent en esclavage des migrants ». Face aux accusations de soutien au clan Haftar, le ministre rétorque au journaliste « je vous laisse juge » et se défend : « C’est triste. La France a continûment soutenu le gouvernement de Sarraj. Nous l’avons beaucoup soutenu aux Nations unies et sur le plan de la sécurité ».

Face à une situation qui se détériore, la position de la France est la même depuis juillet 2017, date à laquelle le président de la République française Emmanuel Macron a reçu Khalifa Haftar et Fayez al-Sarraj à La Celle-Saint-Cloud. Pour autant, la France ne dément pas un soutien à l’homme fort de l’ANL pour son action contre le terrorisme, en dépit d’exactions commises et de la présence au sein de l’ANL de la brigade salafiste/madkhaliste Tariq Bin Ziyad.

Apparition d’Abou Bakr al-Baghdadi : la nouvelle stratégie de l’Etat islamique

 

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Pour la première fois depuis cinq ans, l’Etat islamique a diffusé une vidéo lundi 29 avril du « calife » Abou Bakr al-Baghdadi.

Cette vidéo intervient plus d’un mois après la chute de Baghouz, permise par l’offensive des combattants arabes et kurdes soutenus par la coalition internationale. Il s’agissait du dernier bastion territorial du « califat » autoproclamé en 2014 sur des territoires syriens et irakiens.

Si cette vidéo relayée par al-Fourqane, « l’agence de presse » de l’Etat islamique, ne donne aucune indication sur la date et le lieu de tournage, son enregistrement est récent. Abou Bakr al-Baghdadi y évoque en effet la chute de Baghouz – le 23 mars 2019 – la victoire de Benjamin Netanyahou aux législatives israéliennes et la chute « des tyrans en Algérie et au Soudan », en l’occurrence Abdelaziz Bouteflika et Omar el-Bechir. Toutefois, les attentats survenus au Sri Lanka le 21 avril dernier, lors du dimanche de Pâques, sont évoqués sous la forme d’un audio, ce qui suggère que cette vidéo a été enregistrée antérieurement à ces attentats.

A l’issue de la défaite territoriale de l’organisation terroriste, le message de son chef est clair : l’Etat islamique survivra. Le djihadiste, âgé aujourd’hui de 47 ans, promet une vengeance au nom de ses combattants tués et déclare à l’Occident une « longue bataille ». L’Etat islamique entend prouver qu’il existe toujours et que sa capacité de nuisance est bien réelle. Par la même occasion, Abou Bakr al-Baghdadi, donné à plusieurs reprises mort ou blessé, prouve qu’il est vivant et qu’il est toujours à la tête du mouvement. Avec cette vidéo, une première de ce genre depuis sa proclamation à la tête du califat, Abou Bakr al-Baghdadi se met en scène. A l’image d’Oussama Ben Laden, il pose aux côtés d’un fusil d’assaut AKS74, donnant l’image d’un combattant.

Il est évident que l’Etat islamique, affaibli par la disparition de son empreinte au sol, cherche à se renouveler. Son chef, qui a survécu à plusieurs attaques aériennes, vit reclus. Selon Hicham al-Hachémi, spécialiste des mouvements djihadistes, al-Baghdadi n’est entouré que de trois personnes – qui apparaissent par ailleurs dans la vidéo. Il s’agit de « son frère Joumouaa, plus âgé que lui, son chauffeur et garde du corps Abdellatif al-Joubouri, qu’il connaît depuis l’enfance, et son estafette, Seoud al-Kourdi ». Les quatre hommes, vivraient selon l’expert dans une zone désertique entre la Syrie et l’Irak. 

Cette mise en scène, qui pourrait potentiellement donner des indications sur la localisation du fugitif est pour certains observateurs une prise de risque traduisant une nécessité pour l’organisation terroriste d’exister médiatiquement et de mobiliser ses troupes. En ce sens, le chef djihadiste a énuméré les origines de ses combattants, qu’il a félicités. Parmi eux, les djihadistes français Fabien et Jean-Michel Clain, neutralisés dans la région de Baghouz en février dernier. Il a par là même salué les nouvelles allégeances des groupes terroristes à l’EI dans le dessein de souligner le caractère internationaliste de l’organisation. Ces derniers mois, l’organisation ne cesse de gagner des fidèles dans les pays du Sahel, en particulier au Mali et au Burkina Faso.

Abou Bakr al-Baghdadi est l’homme le plus recherché du monde. Les Etats-Unis offrent 25 millions de dollars pour sa capture.

Le terrorisme jihadiste salafiste de basse intensité

Compte rendu de la conférence prononcée par Louis CAPRIOLI, le 18 janvier 2019. Les analyses décrites ci-dessous représentent les seules opinions du conférencier et n’engagent pas l’institut FMES.

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L’institut FMES a eu le plaisir de recevoir Louis Caprioli, inspecteur général honoraire de police, conseiller et spécialiste en géostratégie et ancien sous-directeur chargé de la lutte contre le terrorisme à la Direction de la Surveillance du Territoire (DST).

Pendant deux heures, Louis Caprioli a fait un retour sur les évènements terroristes qui ont bousculé le monde et plus particulièrement la France ces dernières années.

Bien avant l’effondrement de l’Etat Islamique en 2017, l’organisation s’était engagée dans un terrorisme de basse intensité en s’adressant via les réseaux sociaux à une frange de ses sympathisants installés dans les pays occidentaux mais incapables de rejoindre les terres de djihad. Ce terrorisme low-cost est un mode opératoire de l’organisation qui n’est plus capable aujourd’huide mettre en place des frappes du type du 13 novembre 2015. Daech apparaît défait mais se trouve dans un état de veille sur les terres de djihad du monde entier en attendant une opportunité due à la lassitude des Occidentaux pour relancer suivant d’autres modalités ses frappes. L’organisation continue à envoûter des extrémistes.

  • La situation en France

L’attentat commis le 26 juin 2015 à Saint Quentin Fallavier par Yassin SALHI qui a égorgé son patron et tenté de faire exploser une usine en projetant le camion de l’entreprise sur des bouteilles de gaz, a marqué le début de ce que Louis CAPRIOLI qualifie de « terrorisme de basse intensité ». Les auteurs de ce terrorisme se caractérisent de plusieurs façons : ils n’ont jamais séjourné en zone syro-irakienne, sont radicalisés et formés sur les réseaux sociaux, certains ont été en contact avec un correspondant de Daech et les armes utilisées sont principalement des armes à feu (pistolet, révolver, Kalachnikov) ou des armes blanches (couteau, sabre, marteau, bombe avec bouteille de gaz).

Depuis cette date, ce ne sont pas moins de 24 attaques de basse intensité qui ont été commises en France. Louis CAPRIOLI a tracé un historique rapide de ces attentats terroristes que nous connaissons malheureusement tous. Ces attaques ont provoqué la mort de 249 personnes et fait plus de 900 blessés. Elles ont impliqué 151 auteurs directs et donneurs d’ordre, plus de 20 femmes et une vingtaine de mineurs. Les cibles prioritaires de ces attentats sont des civils, des militaires ainsi que des cibles confessionnelles.

Malgré tout, les services œuvrent quotidiennement pour lutter contre ces attaques. Depuis 2011, 86 projets d’attentats ont été déjoués. 8 projets d’attentats préparés par des salafistes djihadistes ont été empêchés en 2018.

Concernant les individus radicalisés en France, Louis CAPRIOLI nous donne plusieurs chiffres-clés. 21.000 individus radicalisés sont inscrits au Fichier des Signalements pour la Prévention et la Radicalisation à caractère Terroriste (FSPRT) et 12.000 sont fichés S. 730 individus sont détenus pour terrorisme et entre 1.800 à 3.000 sont des détenus de droit commun radicalisés. 3.391 sont de nationalité étrangère et 619 ont une double nationalité. Il s’agit majoritairement d’hommes à 75% contre 20% de femmes et 5% de mineurs.

  • Les revenants

Louis CAPRIOLI nous dresse un historique des « revenants », ces djihadistes européens partis combattre qui reviennent en Europe et en France, de 1979 à aujourd’hui. Il nous dépeint les différentes filières selon les différentes époques :

–      Les premières filières afghanes : En 1979 on assiste aux premières filières afghanes à la suite de l’intervention soviétique le 25 décembre. 20.000 volontaires, dont quelques Français, avaient rejoint, entre 1980 et 1988, les combattants afghans.

–      Les deuxièmes filières afghanes entre 1990 et 2001 : en Afghanistan, de nombreux individus ont suivi des formations dans des camps dédiés au terrorisme, chargés de préparer des attaques en Europe, aux Etats-Unis, dans le Sud-Est de l’Asie ou encore au Moyen-Orient. De nombreux Français ou résidents français s’y sont rendus et les services français ont alors démantelé de nombreux réseaux empêchant la commission d’attentats, notamment celui du marché de noël de Strasbourg en 2000.

–      Les premières filières irakiennes dès 2003 : des milliers d’individus, dont de nombreux Français, s’y sont rendus afin de combattre les Américains. Entre 2004 et 2008 ces filières ont été démantelées et Al Qaïda entre dans la clandestinité en Irak.  En 2006, Al Qaïda prend le nom d’Etat Islamique. Son réveil en Syrie et en Irak correspond au Printemps arabe de 2011 et au retrait des troupes américaines.

–      Les deuxièmes filières irakiennes à partir de 2011 : On assiste à l’essor de la branche d’Al Qaïda en Syrie, Jabat Al Nosra. On dénombre plus de 2 000 Français sur les 40 000 volontaires étrangers.

Louis CAPRIOLI constate que les revenants de ces quatre filières ont pour beaucoup été impliqués dans des cellules terroristes. Il nous donne également plus en détail le nombre de Français et d’étrangers engagés sur la scène syro-irakienne. De 2011 à 2017 ce sont 2 000 individus français ou résidents en France qui ont rejoint l’Etat Islamique. Plus globalement ce sont 42 000 étrangers venant de 120 pays dont 5 000 d’Europe qui ont rejoint la zone syro-irakienne. En 2018, 730 Français ou résidents en France, dont 350 à 500 mineurs, sont présents en zone syro-irakienne.

  • Daech et Al Qaida, le cas de la Syrie

Le spécialiste des réseaux islamistes quantifie les combattants en Irak et en Syrie : ils seraient respectivement entre 15 500 et 17 000 et 14 000. Concernant la renaissance de Daech en 2018, force est de constater que les combattants de ces organisations ont été résistants et déterminés. Ils se sont notamment adaptés à la pression antiterroriste accrue en Irak et en Syrie, en Afghanistan, en Libye, en Somalie et au Yémen.

Monsieur CAPRIOLI dresse également la situation d’Al Qaïda en Syrie et nous explique : « La plus grande base de djihadistes se trouve dans la province d’Idlib au Nord-Ouest de la Syrie, contrôlée à plus de 80 % par une coalition dominée par l’ancienne représentation d’Al Qaïda en Syrie, le Front Al Nosra, qui – en théorie – a abandonné Al Qaïda et a muté en juillet 2016 par opportunisme en devenant Fatah Al Cham. Après absorption d’autres groupes djihadistes salafistes, il est devenu en janvier 2017 Hayat Tahrir Al Sham (HTS) – L’Organisation de la Libération du Levant. Les estimations des effectifs du HTS sont d’environ 25 à 30 000 combattants. Une organisation, Tanzim Hurras ad Din, qui a fait allégeance à Al Qaïda le 12 avril 2018, et dont les combattants proviennent de Hayat Tahrir Al Sham – Les Gardiens de la Religion, a émergé en février 2018. En avril Tanzim Hurras ad Din fusionne avec Ansar al Tawhid, les Partisans de l’Unicité pour devenir Nusrat Al Islam – Le Front de L’Islam –  comportant 2 à 3 000 combattants qui sont actifs à Idlib, Lattaquié et Hama. Dans l’avenir, Nusrat Al Islam se renforcera et selon l’évolution de HTS, un rapprochement avec Al Qaïda n’est pas à écarter ».

En bref, Al Qaïda est toujours présent et a su s’adapter aux diverses attaques à son encontre. Al Qaïda est également déployé en Tunisie, en Algérie, au Sahel, au sud de la Libye, en Somalie, au sud du Yémen ou encore dans les zones tribales du Pakistan.

  • Des futures frappes contre la France ?

Louis CAPRIOLI précise que la France est un acteur majeur des croisés de la lutte contre le djihadisme salafiste partout dans le monde. La laïcité est perçue comme une agression contre les musulmans et les français ne sont pas moins que les héritiers des conquêtes coloniales en terres d’islam.

Plusieurs constats sont faits :

–      en France, des centaines de djihadistes salafistes sont en prison ;

–      des cellules dormantes clandestines existent un peu partout en France et en Europe et sont chargées de frapper dans les mois à venir.

Plusieurs inquiétudes :

–      la libération des prisonniers radicalisés dès 2019 (environ 450) ;

–      la gestion des revenants ;

–      les radicalisés isolés en mesure de réaliser du terrorisme de basse intensité.

  • Comment faire face au terrorisme de basse intensité ?

Pour Louis CAPRIOLI, plusieurs actions peuvent être mises en place afin de lutter contre le terrorisme de basse intensité. Tout d’abord, l’exploitation systématique des renseignements collectés serait une clé fondamentale dans cette lutte, mais il s’accorde pour dire que cela reste difficile à mettre en œuvre. En revanche, il serait nécessaire de réaliser des opérations d’interpellations systématiques qui prendraient le relais sur l’état d’urgence, afin de déstabiliser des individus prêts à passer à l’acte, à recruter des informateurs ou encore à créer un sentiment d’insécurité. Louis CAPRIOLI reste lucide sur les limites de ces actions, notamment la saturation du personnel, la durée des gardes à vue, l’exploitation des saisies, etc…

Louis Caprioli souligne que l’organisation des services est performante mais pourrait être améliorée. Depuis juin 2018, le gouvernement a annoncé un Plan d’Action contre le Terrorisme – PACT. Ce ne sont pas moins de trente-deux actions publiques qui sont identifiées dans cinq domaines prioritaires.

Concernant la communauté du Renseignement français on retrouve : la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE), la Direction du Renseignement et de la Sécurité de la Défense (DRSD), la Direction du Renseignement Militaire (DRM), la Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI), la Direction Nationale du Renseignement et des Enquêtes Douanières (DNRED), le Bureau Central du Renseignement Pénitentiaire (BCRP).

En ce qui concerne le Ministère de l’Intérieur la lutte anti-terroriste a été centralisée en quatre directions générales. La Direction Générale de la Police Nationale, elle-même segmentée en quatre sous-directions, la Préfecture de Police de Paris, la Direction Générale de la Gendarmerie Nationale composée de deux sous-directions et enfin la Direction Générale de la Sécurité Intérieure dans laquelle on retrouve la sous-direction du renseignement et la sous-direction judiciaire.

Cette multiplication des services rend le dispositif trop lourd et moins performant. Le renforcement de la DGSI est une piste à creuser, notamment par l’intégration de personnels d’autres services (police, gendarmerie, etc…) et par le rattachement de la Direction du Renseignement de la Préfecture de Police.

  • Conclusion

En conclusion Louis CAPRIOLI dresse un avenir plutôt sombre, un avenir dans lequel nous devrons vivre avec cette menace permanente. Il constate que bien qu’affaiblis, les djihadistes salafistes ont diversifié leurs modes d’actions et reprendront tôt ou tard leurs attaques.. De nombreuses années seront nécessaires pour sortir de cette spirale délétère. Notre faiblesse principale ? Notre méconnaissance du religieux en tant qu’Occidentaux et notre incapacité à contrer la doctrine salafiste par un discours qui ferait écho aux combattants.

Conférence : « Le terrorisme de basse intensité, une nouvelle menace » par Louis CAPRIOLI

Louis CAPRIOLI – Inspecteur général honoraire de police, en charge de la lutte contre le terrorisme international, et ancien membre du directoire du groupe GEOS

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Bien avant l’effondrement de l’Etat Islamique en 2017, l’organisation s’était engagée dans un terrorisme de basse intensité en s’adressant via les réseaux sociaux à une frange de ses sympathisants installés dans les pays occidentaux mais incapables de rejoindre les terres de Jihad. Ce terrorisme low-cost est un mode opératoire qui survit à l’organisation incapable de mettre en place des frappes du types du 13 novembre 2015. Daech apparaît défait mais se trouve dans un état de veille sur les terres de Jihad du monde entier attendant une opportunité due à la lassitude des Occidentaux pour relancer suivant d’autres modalités ses frappes meurtrières dès lors que son idéologie le salafisme jihadiste continue à envoûter des extrémistes.

Cliquez ici pour vous inscrire à la conférence…

 

N.B. : La conférence est gratuite pour les adhérents à jour de leur cotisation et pour les étudiants (sur présentation d’une carte d’étudiant en cours de validité)

Pour les non-adhérents : 10 € pour une personne – 15 € pour un couple

 

Bulletin d’adhésion 2019

G5 Sahel : recrudescence des tensions et manque de moyens

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Jeudi 15 novembre 2018, la situation au Sahel a fait l’objet de discussions au Conseil de sécurité. Jean-Pierre LACROIX, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l’ONU et Maman SIDIKOU, Secrétaire permanent de la Force conjointe du Groupe de cinq pays du Sahel, le G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad), ont mis en garde le Conseil face au terrorisme qui se répand dans la région, aggravant de fait la crise sécuritaire et humanitaire.

Le G5 Sahel, créé en 2014, est un cadre institutionnel de coordination et de coopération régionales entre les 5 Etats membres dans les domaines du développement et de la sécurité. Dans son rapport du 12 novembre dernier, le Secrétaire général Antonio GUTERRES écrit : « le Conseil de sécurité a salué les progrès accomplis pour rendre opérationnelle la Force conjointe du Groupe de cinq pays du Sahel ». Toutefois, il fait référence à l’insécurité, la situation dans la région s’étant détériorée au cours de ces derniers mois. Le document mentionne l’attentat terroriste du 29 juin 2018 au Mali contre le quartier général de la Force conjointe à Sévaré, ayant porté un « coup sévère » aux efforts entrepris.

Devant le Conseil de sécurité, Jean-Pierre LACROIX et Maman SIDIKOU ont souligné la « recrudescence » de l’insécurité, marquée par « la hausse des attaques contre des civils, des responsables gouvernementaux, des forces de sécurité et de défense au Burkina Faso, au Mali et au Niger ». Jean-Pierre LACROIX alerte sur la situation sécuritaire « extrêmement préoccupante » où « la population civile paie le plus lourd tribut ».

Ainsi, les délégations présentes ont insisté « sur l’importance de réaliser la pleine capacité opérationnelle de la Force » mais le manque de moyens reste un frein majeur à la stabilisation de la région. Dans le rapport, est stipulé qu’« en raison d’un manque important de matériel et de formation, il a été nécessaire de reporter par deux fois la date limite de réalisation de la pleine capacité opérationnelle et un nouveau calendrier n’a pas encore été défini ». A titre d’exemple, la Force conjointe du G5 Sahel n’a bénéficié que de 17,9 millions d’euros en équipements et services alors que 414 millions d’euros lui ont été promis lors de la Conférence internationale de Bruxelles du 23 février 2018. Pour Pierre BUYOYA, Haut-représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, la communauté internationale doit affirmer son soutien à la région, dans un moment qu’il considère comme étant un « tournant décisif ».

Question soulevée lors du dernier Sommet de l’Union africaine et réitérée par Jean-Pierre LACROIX, la Force conjointe du G5 peut-elle être placée sous un mandat du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies et bénéficier alors d’un financement suffisant ? Par la voix de son représentant, François DELATTRE, la France espère relancer une initiative au Conseil de sécurité afin d’obtenir ce financement pérenne et appelle à une « matérialisation sans délai » de l’aide promise par la communauté internationale afin de combattre les groupes terroristes. Soutien des pays africains, le point de vue de Paris diffère de celui des autres délégations à l’instar des Etats-Unis, pour qui l’option militaire n’est pas suffisante à elle seule. Dans cette optique, Washington reste convaincu que la « meilleure manière » de résoudre la situation passe par un plan bilatéral. Le pays a de fait presque doublé son aide financière envers les pays du Sahel ces dernières années.

Alors qu’elle devait être opérationnelle, la Force conjointe est encore loin d’être efficiente au Sahel, où la situation interne qui se dégrade au Mali représente une menace pour toute la région.

Mali : prorogation de l’Etat d’urgence

Le président malien Ibrahim Boubacar KEITA.
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L’Etat malien a adopté mercredi 24 octobre, en conseil des ministres, la prolongation de l’état d’urgence pour une année supplémentaire, à compter du 31 octobre 2018.

Depuis 2015, le Mali est en situation d’état d’urgence, conséquence de l’attentat contre l’hôtel Radisson Blu de Bamako le 20 novembre ayant fait 20 victimes et revendiqué par le groupe terroriste Al-Mourabitoune. L’état d’urgence permet aux forces de sécurité maliennes d’intervenir en matière de fouilles, de restrictions de circulation et de rassemblements. En octobre 2017, il a été prolongé d’une année supplémentaire, permettant selon le gouvernement de « renforcer les mesures de prévention, de proroger les effets des poursuites judiciaires liées à l’état d’urgence et d’accroitre les actions de contrôle et les capacités opérationnelles des forces de sécurité sur le territoire national ».

Deux mois après la réélection du Président Ibrahim Boubacar KEITA, qui a fait de la sécurité malienne sa priorité, la prorogation de l’état d’urgence jusqu’au 31 octobre 2019 est apparue comme « nécessaire » selon le communiqué du gouvernement malien.

Le nord du pays, en proie aux revendications jihadistes depuis le début de 2012, a fait l’objet d’une intervention internationale à l’initiative de la France. Aujourd’hui encore, l’ONU intervient au Mali à travers la MINUSMA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali), appuyée par la force Barkhane. La mission de l’ONU a également été prorogée jusqu’au 30 juin 2019.

Toutefois, la stabilité au Mali reste un objectif lointain et des zones échappent encore au contrôle des forces maliennes, françaises et onusiennes. Ces dernières font régulièrement l’objet d’attaques malgré la signature d’un accord de paix censé isoler les jihadistes. Début octobre 2018, un militaire malien mais également des civils ont péri lors d’une embuscade tendue par les jihadistes au Nord du pays. Cette attaque succède celle de Gao du 1erjuillet 2018, ayant causé la mort de deux civils et visant trois véhicules blindés de la force Barkhane. L’état d’urgence n’a donc pas permis de contenir les violences. Pire, elles se sont propagées du Nord en direction du centre et du Sud du pays. Le Burkina Faso et le Niger, pays voisins, sont également victimes de cette contagion et de conflits intercommunautaires. Les multiples facteurs d’instabilité au Mali mêlent luttes interethniques et terrorisme jihadiste. Les quinze millions de Maliens se divisent en groupes ethniques. Parmi eux, les Bambaras, les Songhaïs et les nomades constitués des Peulhs, des Touaregs et des Maures.

Le communiqué ne précise pas les moyens supplémentaires mis en œuvre pour endiguer l’instabilité lors de cette année supplémentaire d’état d’urgence. Depuis le début de l’année 2018, les Nations Unies estiment à plus de 500 le nombre de civils morts dans les violences intercommunautaires dans le centre du pays. Depuis le déploiement de la MINUSMA, plus de cent casques bleus ont également perdu la vie.

Syrie : les jihadistes d’Idleb veulent poursuivre le combat

 

Le groupe terroriste jihadiste Hayat Tahrir al-Cham en 2017.
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La province d’Idleb en Syrie a fait l’objet, en septembre 2018, d’un accord russo-turc. A Sotchi, le président turc Recep Tayyip ERDOGAN, soutenant la rébellion syrienne et son homologue russe Vladimir POUTINE, allié indéfectible de Bachar AL-ASSAD, se sont accordés sur la mise en place d’une zone démilitarisée et sous contrôle russo-turc à Idleb au 15 octobre 2018 ainsi que le retrait des armes lourdes. Cet accord aurait pour but d’éviter la « pire catastrophe humanitaire du XXIème siècle », selon les mots de Marc LOWCOCK, secrétaire général adjoint de l’ONU.

Se situant dans le nord-ouest du pays et comptant en son sein près de 3 millions d’habitants, Idleb est le fief du groupe Hayat Tahrir Al-Cham (HTC) et représente le dernier territoire contrôlé par l’insurrection contre le pouvoir en place.

Tandis que certains groupes rebelles ont accepté de rendre leurs armes lourdes conformément à l’accord de Sotchi, Hayat Tahrir al-Cham, issu de l’ex-branche syrienne d’al-Qaïda et incarnant le groupe le plus important dans la région, a annoncé dimanche 14 octobre continuer le combat face au régime syrien. Dans le communiqué publié, les jihadistes s’expriment : « Nous n’abonnerons pas le choix du jihad et du combat pour réaliser les objectifs de notre révolution bénie, en premier lieu faire tomber le régime criminel ». Alors que le plan russo-turc prévoyait le retrait de la zone tampon des jihadistes pour que l’accord tienne, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) déclare qu’aucun retrait visible n’a été constaté de la part d’Hayat Tahrir Al-Cham.

En réponse, Walid MOUALLEM, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères syrien, a prévenu que « les forces syriennes se tiennent prêtes » en cas d’intervention.

De fait, le sort de la province d’Idleb semble incertain. Un assaut du régime syrien est envisageable en représailles, à l’heure où Idleb est contrôlée à plus de 60% par les jihadistes. Dans la nuit de samedi à dimanche, des tirs à l’arme lourde ayant causé la mort d’au moins deux soldats syriens ont été entendus et répertoriés par l’OSDH. David BEASLEY, directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (PAM) a déclaré que son agence se préparait à l’arrivée massive de réfugiés à la frontière turque.

Le risque d’un effondrement de l’accord russo-turc a ravivé les craintes parmi la population et les ONG et ébranle la région, déjà lourdement fragilisée.

Opération « Sinaï 2018 » : hausse du nombre de terroristes abattus


Soldats de l’armée égyptienne en position dans le Nord-Sinaï, aux abords d’al-Arich, 4 mars 2018.
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La police égyptienne a annoncé le 9 octobre 2018 avoir tué dix djihadistes présumés à al-Arich, au nord du Sinaï. Cette déclaration fait suite au communiqué de la veille, dans lequel l’armée égyptienne a déclaré la perte de trois de ses militaires dans deux opérations différentes des forces de sécurité ayant permis d’abattre 52 islamistes. Selon le communiqué, ces djihadistes étaient armés de fusils automatiques, de grenades et même d’un drone.

Le Caire engage ses forces depuis février dans le cadre de l’opération « Sinaï 2018 », une campagne antiterroriste qui vise la Wilayat Sinaï, affiliée au groupe Etat islamique en Irak et au Levant (Daech). Depuis le début de l’offensive, le nombre d’islamistes tués s’élève à 509, selon les chiffres officiels. Depuis la destitution en 2013 du président islamiste issu des Frères musulmans Mohamed MORSI par l’armée, des centaines de policiers et de soldats mais également de nombreux civils ont péri lors d’attaques djihadistes. A l’issue d’un attentat attribué à Daesh dans une mosquée en novembre 2017, ayant causé plus de 300 morts, « Sinaï 2018 » est lancée à la demande du président égyptien, le maréchal Abdel Fattah AL-SISSI. La région est en effet en proie à l’instabilité et aux affrontements permanents entre les forces armées égyptiennes et l’organisation terroriste Daesh, incarnée par ses chefs locaux au Sinaï.

Ces derniers jours, l’armée égyptienne multiplie les offensives à l’encontre des « takfiristes » (extrémistes) de la nébuleuse Etat islamique. Le 3 octobre, l’annonce de la mort d’Abou Hamza AL-MAQDESSI et de 15 autres djihadistes se répand. AL-MAQDESSI, d’origine palestinienne est l’un des chefs locaux de Daech. Chargé de la planification des attaques et de l’entrainement des combattants au Sinaï, il est connu pour avoir pris part aux opérations contre l’armée. L’Etat islamique a confirmé sa mort sur Telegram, sans en préciser les circonstances précises.

La presse n’étant pas autorisée à se rendre librement dans la zone, seule une visite organisée en juillet par l’armée a permis aux médias étrangers d’aller à al-Arich, chef-lieu du Nord-Sinaï.