Somalie

La piraterie en Somalie reste une réalité

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Il y a un peu plus de dix ans, le 4 avril 2008, le voilier français Ponant était pris d’assaut par une douzaine de pirates somaliens. Le vice-amiral d’escadre Gérard VALIN, aujourd’hui directeur du centre méditerranéen enjeux et stratégies maritimes de l’institut FMES, est alors, pour la Marine nationale, commandant la zone maritime de l’océan Indien. Le 6 juin de la même année, le Conseil de sécurité des Nations unies adoptait la résolution 1816 engageant « les États dont les navires de guerre et les aéronefs militaires opèrent en haute mer au large des côtes somaliennes, ou dans l’espace aérien international situé au large de ces côtes, à faire preuve de vigilance à l’égard des actes de piraterie et des vols à main armée ».

Le 6 novembre 2018, le Conseil de sécurité a demandé, pour une nouvelle période de 13 mois, par sa résolution 2442, aux États et aux organisations régionales, « qui en ont les moyens, de déployer des navires de guerre, des armes et des aéronefs militaires; de fournir des bases et un appui logistique aux forces antipiraterie; et de saisir et de mettre hors d’état de nuire les embarcations, navires et matériel apparenté qui servent à commettre des actes de piraterie et des vols à main armée au large de la côte somalienne ».

Le rapport distribué le 10 octobre 2018 relatif à la « situation concernant la piraterie et les vols à main armée au large des côtes somaliennes » se félicite de la réduction du nombre global d’actes de piraterie et comptabilise uniquement cinq « actes importants de piraterie », qui ont tous échoué. Mais, la situation en Somalie ne s’étant pas améliorée depuis 1992 et le rapport souligne que « les causes profondes de la piraterie subsistent et que les réseaux de piraterie restent très actifs ».

L’Union européenne est très active dans la région. Depuis le 10 novembre 2008, elle mène une opération militaire en vue de contribuer « à la protection des navires du Programme alimentaire mondial qui acheminent l’aide alimentaire aux populations déplacées de Somalie » et « à la protection des navires vulnérables naviguant au large des côtes de Somalie, ainsi qu’à la dissuasion, à la prévention et à la répression des actes de piraterie et des vols à main armée au large des côtes de la Somalie ». Au 8 novembre 2018, la force navale est constituée de la frégate italienne Federico Martinengo, septième unité de la classe FREMM, et du bâtiment amphibie espagnol Castilla.

Conséquences directes du BREXIT, le vice-amiral italien Antonio Martorell Lacave succèdera le 29 mars 2019 au général de corps d’armée britannique Charlie Stickland en tant que commandant de l’opération de l’Union européenne. Il dirigera l’opération depuis Rota, qui accueillera à la même date l’état-major de l’opération aujourd’hui établi à Northwood. Le Centre de sécurité maritime – Corne de l’Afrique (MSCHOA), sera quant à lui établi à Brest.

Sous l’autorité du vice-amiral Scott A. Straerney, commandant de la cinquième flotte américaine, trente-trois nations participent à trois Combined Task Forces dont la CTF 151, force dédiée à la lutte contre la piraterie, créée en janvier 2009 en réponse aux résolutions du Conseil de sécurité.

La Chine est également très active depuis dix ans. En décembre 2008, une première force antipiraterie composée des frégates Wuhan et Haikou et du bâtiment de soutien Weishanhu ralliait les eaux de la Somalie. La marine chinoise est désormais très présente, et a démontré ses aptitudes opérationnelles par l’évacuation de ses ressortissants du Yémen en 2015 ou, en 2017, par la libération d’un cargo panaméen sous le feu d’une attaque de pirates somaliens.

L’OTAN a également conduit des opérations au large de la Somalie à partir d’octobre 2008. Considérant que les objectifs avaient été atteints, l’opération Ocean Shield, axée sur la lutte contre la piraterie en mer au large de la Corne de l’Afrique et approuvée le 17 août 2009 par le Conseil de l’Atlantique Nord a pris fin le 15 décembre 2016.

Enfin, la marine russe, également mentionnée par le Conseil de sécurité comme les marines japonaise, indienne et sud-coréenne, participe à la protection du trafic maritime.

La résolution 2442 demande également à tous les États « d’ériger la piraterie en infraction pénale dans leur droit interne et d’envisager favorablement de poursuivre les personnes soupçonnées de piraterie qui ont été appréhendées au large des côtes somaliennes ». La législation française répond depuis 2011 à cette requête par la loi n°94-589 du 15 juillet 1994, « relative à la lutte contre la piraterie et aux modalités de l’exercice par l’Etat de ses pouvoirs de police en mer ». Le décret 2011-1213 du 29 septembre 2011 pris pour application de l’article 4 de cette loi habilite ainsi les commandants et commandants en second d’un élément naval « à rechercher et à constater les infractions commises en matière de piraterie en mer ».

Comme l’indique le rapport du 10 octobre 2018, les causes profondes de la piraterie subsistent. Il est donc impératif que les navires marchands et les bâtiments de plaisance continuent de respecter les règles recommandées par le BMP (Best Management Practices for Protection against Somalia Based Piracy). La destruction le 28 octobre 2018 d’un baleinier utilisé comme bâtiment mère d’embarcations de pirates démontre que le risque reste élevé.

 

Bulletin de l’Union africaine et de la Corne de l’Afrique

Ce bulletin traite des questions africaines de paix et de sécurité à travers les décisions et résolutions de l’Union africaine (principalement par son Conseil de Paix et de Sécurité) et celles des Nations Unies. Il aborde aussi l’actualité sécuritaire à travers la presse internationale.

(01 décembre 2017 au 31 janvier 2018)

Patrick Ferras
Directeur de l’Observatoire de la Corne de l’Afrique
et du Centre de recherche sur l’Union africaine

Corne de l’Afrique – 2015 10 30 – Evolutions politiques et sécuritaires – dir. P. Ferras – OCA

L’objectif de cet ouvrage est simple : permettre à des universitaires, chercheurs, enseignants, journalistes, voyageurs et citoyens de découvrir la Corne de l’Afrique. Il s’agit d’aborder cette région par des analyses géopolitiques transversales et de souligner des particularités contemporaines. Le dernier livre paru sur la Corne de l’Afrique en langue française remonte à 1971 avec l’Histoire sommaire de la Corne orientale de l’Afrique de Jean Doresse. « La Corne de l’Afrique – Évolutions politiques et sécuritaires » répond à un besoin de connaissances actualisées sur une région située à 6 000 kilomètres de la métropole et qui reste stratégique pour bon nombre d’acteurs des relations internationales. La visite du Président américain au Kenya et en Éthiopie en juillet 2015 témoigne de la dynamique de cette région…