Serbie

Visite d’Emmanuel Macron en Serbie : le Kosovo au cœur des discussions

Emmanuel Macron et Aleksandar Vučić à Belgrade, le 15 juillet 2019.
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Les 15 et 16 juillet 2019, le président de la République française Emmanuel Macron a effectué une visite en Serbie. Accueilli en grande pompe par la population serbe, Emmanuel Macron est le premier Président français à se rendre dans le pays en 18 ans – la dernière visite étant celle de Jacques Chirac en 2001. A cette occasion, le chef de l’Etat a déclaré : « Je suis ici pour parler de tous nos passés communs et pour ouvrir une nouvelle page entre nos deux pays ».

Paris et Belgrade entretiennent de très anciennes relations diplomatiques, puisque : « nous en célébrons le 180ème anniversaire » a-t-il rappelé dès son arrivée en Serbie et « cette histoire ancienne, enracinée très profondément, qu’il y a entre la Serbie et la France, est celle qui nous oblige, celle aussi dans laquelle nous nous inscrivons très profondément ».

A l’issue d’un entretien avec son homologue serbe, le Président Aleksandar Vučić, les deux chefs d’Etat ont inauguré un monument dédié à l’amitié franco-serbe à Belgrade. Lors de son discours, le Président français n’a pas hésité à aborder l’épineuse question du Kosovo. Appelant les Serbes à « chercher le bon compromis » avec leur voisin kosovar, Emmanuel Macron aborde un sujet particulièrement sensible qu’il qualifie de « combat difficile ». Le président de la République française a d’ailleurs promis une réunion sous l’égide de l’Union européenne avec les dirigeants de Belgrade et Pristina, en présence de la chancelière allemande Angela Merkel. Paris et Berlin tentent depuis des mois de pousser la Serbie à renouer avec son ancienne province, le Kosovo, dont elle ne reconnait pas l’indépendance, proclamée en 2008. Vingt ans après la guerre du Kosovo, les relations ne sont pas normalisées et se sont même tendues depuis l’automne dernier. Plus de dix ans après la proclamation de son indépendance, le Kosovo bénéficie pour sa part d’un bilan médiocre. Le pays de 1,8 million d’habitants, gangréné par la corruption, la percée de l’islamisme radical, le chômage de masse et les conflits multiethniques, figure parmi les Etats les plus pauvres du continent.

Le dossier kosovar est pourtant essentiel à l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne. Sur ce point, Emmanuel Macron se montre prudent en considérant que rejoindre rapidement l’UE « ne serait ni profitable pour la Serbie ni pour l’Europe ». Si l’Union des 28 est en proie à une crise existentielle, la Serbie est souvent pointée du doigt par Bruxelles sur les questions de l’Etat de droit et de liberté d’expression, conditions essentielles à l’intégration européenne. La « dérive autoritaire » du Président dénoncée par son opposition a toutefois été évitée lors de la conférence de presse des chefs d’Etat français et serbe.

La volonté de la France – et de l’UE – de maintenir à distance l’adhésion serbe à l’UE pour l’heure pourrait inciter Belgrade à se rapprocher des autres puissances présentes dans la région, en l’occurrence la Russie et la Chine. Ces deux Etats, membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU ne reconnaissent d’ailleurs pas l’indépendance du Kosovo.

Si la France a reconnu l’Etat du Kosovo, son indépendance est discutée à l’échelle internationale. Sur les 193 Etats représentés à l’ONU, ils sont aujourd’hui 144 à l’avoir reconnu. Au sein même de l’UE, les pays membres sont divisés. 5 Etats ne reconnaissent pas le Kosovo. Parmi eux, trois sont issus du bassin méditerranéen : l’Espagne, la Grèce et Chypre. Face à ses propres enjeux internes, avec les volontés séparatistes catalanes, Madrid qui n’entend pas reconnaitre cet Etat, a sans doute intérêt à conserver cette posture. Quant à la Grèce, si elle a reconnu récemment la Macédoine du Nord au terme d’un long conflit nourri par revendications historiques, la question kosovare reste en suspens.

La situation du Kosovo reste donc un point de vulnérabilité de l’espace euro-méditerranéen.

La France, l’Allemagne et l’UE à l’initiative d’un Sommet pour la stabilité régionale des Balkans

 

Sommet pour la stabilité régionale des Balkans à Berlin sous l’égide de la haute représentante de l’UE. Tous droits réservés.

Lundi 29 avril 2019, un sommet informel concernant la stabilité régionale des Balkans a eu lieu à Berlin à l’initiative de la France et de l’Allemagne et sous l’égide de la haute représentante de l’Union européenne (UE), Frederica Mogherini. Cette réunion a réuni les dirigeants de la Slovénie, de la Croatie, de la Macédoine du Nord, de l’Albanie, de la Bosnie-Herzégovine, du Monténégro, de la Serbie et du Kosovo, afin de discuter des relations économiques, de la connectivité et la collaboration en matière de trafics d’armes et de lutte contre la criminalité. Néanmoins, le cœur du sommet était consacré à l’opportunité de relancer le dialogue entre la Serbie et le Kosovo. En effet, le président de la République française Emmanuel Macron a déclaré : « Nous réunissons les pays des Balkans occidentaux avec deux priorités : 1. Renouer le dialogue entre la Serbie et le Kosovo. 2. Travailler à la stabilité de la région ». Le dialogue entre Belgrade et Pristina a été interrompu en novembre 2018 après que la Serbie s’est opposée à la candidature du Kosovo à Interpol. En réponse, le Kosovo a instauré une hausse de ses droits de douane sur les produits d’importations de fabrication Serbe.

La présidence française souhaite « apporter l’expérience historique de la réconciliation et de la coopération active entre l’Allemagne et la France ». Quant au gouvernement allemand, il déclare vouloir procéder à un « échange de vue » visant à promouvoir la « stabilité de la région et en particulier de trouver un moyen pour relancer le dialogue entre la Serbie et le Kosovo ».

Vingt ans après la fin des guerres de l’ex-Yougoslavie et des déclarations d’indépendance, des tensions subsistent toujours dans la région, notamment entre la Serbie dirigée par le Président Aleksandar Vucic et le Kosovo, présidé par Hashim Thaci.

Le Kosovo a déclaré unilatéralement son indépendance en 2008. La Serbie ne reconnaît pas son ancienne province, berceau historique des Serbes, en tant qu’Etat. S’en est suivie une prise de position internationale, avec des Etats aux points de vue divergents : 144 Etats parmi les 193 Etats membres de l’Assemblée générale des Nations unies reconnaissent l’indépendance du Kosovo. Parmi les Etats ne reconnaissant pas le Kosovo, l’Espagne estime par la même que le Kosovo est une province de la Serbie, comme stipulée par la résolution 1244 du Conseil de Sécurité des Nations unies, votée en 1999, prévoyant le respect de « la souveraineté et l’intégrité territoriale » de l’ex-Yougoslavie. La Russie, qui soutient Belgrade, et la Chine estiment que l’ONU n’a pas rempli son rôle d’arbitre dans le conflit au Kosovo. Ces trois pays considèrent cette déclaration unilatérale d’indépendance comme étant une menace qui renvoie aux questions sensibles que représentent la Catalogne, le Pays Basque espagnol, la Tchétchénie ou encore Taiwan.

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Reconnaissance internationale du Kosovo : Kosovo ; États reconnaissant formellement l’indépendance du Kosovo ; États prévoyant de reconnaître formellement le Kosovo ; États s’étant déclarés préoccupés par une déclaration d’indépendance unilatérale ; États ayant déclaré ne pas reconnaître l’indépendance du Kosovo ; États n’ayant pas exprimé de position.

Avant le sommet, le Président Serbe a affirmé qu’« à l’heure actuelle je ne vois pas bien comment et de quoi parler avec Priština ». Pour sa part, le Président du Kosovo a jugé que l’événement « pourrait ouvrir des opportunités », ou être « décevant ».

Les enjeux futurs pour Belgrade et Priština sont la stabilisation de la région afin d’éviter tout nouveau conflit meurtrier, mais également l’adoption d’un nouveau accord de normalisation de leurs relations, à la vue d’une possible future intégration à l’UE. La Serbie, déjà sur la voie de cette intégration européenne a, depuis septembre 2013, conclu un accord de stabilisation et d’association avec l’UE, dont les négociations d’adhésion ont débuté depuis le 21 janvier 2014. L’un des facteurs clés pour l’acceptation d’entrée à l’UE est cette normalisation du conflit avec le Kosovo. Quant à Priština l’enjeu est également de taille. Souhaitant bénéficier d’une reconnaissance internationale et d’une autonomie complète, elle verrait également, par la stabilité régionale, une opportunité de se structurer et de demander le statut d’adhésion à l’UE.

Encore très marqués par les récents conflits, les Balkans représentent toujours une zone de tensions où le jeu des influences se fait ressentir, dont celles de la Chine, qui fait désormais connaître son intérêt croissant envers cette région, afin de l’associer à ses nouvelles routes de la soie, mais aussi celles de l’UE qui veut conforter la stabilité régionale.

Cependant, ce sommet peut être considéré comme une réussite par les parties, dans le sens où Priština et Belgrade ont accepté de reprendre les pourparlers et prévoit d’autant plus, une nouvelle rencontre début juillet à Paris. C’était aussi l’occasion pour la France de se « réengager […] d’une façon plus active dans la région ».

Serbie – Kosovo : une histoire de querelles

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Ces dernières semaines, la région des Balkans fait face à une nouvelle escalade des tensions entre le Kosovo et la Serbie.

A la fin des années 1990, l’OTAN était intervenue suite au conflit ayant opposé la Serbie à la guérilla albanaise de l’actuel Kosovo. La Force internationale de sécurité au Kosovo (KFOR) veille depuis 1999 à la sécurité de ce nouveau Etat indépendant au travers d’une opération de soutien de la paix autorisée par les Nations unies. Le Kosovo a créé des « Forces de sécurité », regroupant environ 2 500 hommes équipés d’armes légères. Alors que les contours de cette force n’ont pas été réellement définis, le Parlement du Kosovo a voté trois textes de loi, le 19 octobre 2018, engageant le processus de création d’une armée. Il s’agit de transformer ces forces de sécurité en une véritable armée. Proposés par le gouvernement de Ramush HARADINAJ, ces textes ont été adoptés à la quasi-unanimité, cette armée étant chargée de veiller à « la souveraineté et l’intégrité territoriale du Kosovo ». Cette idée est une référence directe aux projets de « correction des frontières » avancés par Belgrade ces derniers mois.

Plus de 10 ans après la proclamation d’indépendance, le Kosovo n’est pas reconnu par tous les Etats, à commencer par la Serbie. Malgré les tentatives de normalisation menées par les deux gouvernements, les relations entre les deux pays restent compliquées. En réponse à ce qu’il considère comme une « attitude destructive » de la Serbie, le Kosovo a mis en place, le 21 novembre dernier, des droits de douane sur les marchandises importées de Serbie à travers une taxe de 100%. Cette annonce intervient après la quatrième tentative du Kosovo de rejoindre Interpol, la Serbie ayant fait campagne contre l’adhésion de son voisin.

Ces initiatives suscitent la colère de la Serbie qui y voit des « provocations ». Les partenaires occidentaux, en l’occurrence l’UE et les Etats-Unis désapprouvent ces taxes, les considérant comme « une violation claire » des engagements pris par Pristina. Ils s’efforcent de vouloir rétablir une situation pérenne dans les Balkans. Le commissaire européen Johannes HAHN s’est rendu le 3 décembre à Belgrade et à Pristina pour tenter de débloquer la crise des taxes douanières.

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens STOLTENBERG, s’est entretenu avec Aleksandar VUCIC et Ramush HARADINAJ, le président de la Serbie et le premier ministre du Kosovo. Après les tensions entre les deux parties, Jens STOLTENBERG a « souligné que Belgrade et Pristina devaient faire preuve de calme et de retenir et éviter toute provocation, dans les paroles ou dans les actes ». Face au souhait du Kosovo de se doter d’une armée, certains Etats ont affirmé leur soutien au Kosovo. Les Etats-Unis ne semblent plus s’opposer à la création d’une armée kosovare selon les paroles de l’ambassadeur américain à Pristina Philip KOSNETT. Toutefois, le secrétaire général de l’OTAN considère, comme bon nombre de partenaires occidentaux du Kosovo, cette initiative « malvenue » tant elle est « susceptible de compromettre les perspectives d’intégration euro-atlantiques du Kosovo ». Au Président serbe, Jens STOLTENBERG a évoqué « la nécessité d’apaiser les tensions actuelles ». Aussi, poursuivre le dialogue « sous les auspices de l’Union européenne » est « le seul moyen d’instaurer une paix et une stabilité durables dans la région ».

Pour le chef de la diplomatie russe Sergueï LAVROV, la situation dans les Balkans « suscite de l’inquiétude ». Moscou dénonce l’OTAN et l’UE de jouer un rôle « déstabilisateur », le Kosovo demeurant « le principal foyer de déstabilisation ».

Le Parlement du Kosovo doit se prononcer vendredi 14 décembre en deuxième lecture concernant la transformation en armée régulière de sa Force de sécurité. Il reste à savoir comment évolueront ses relations avec la Serbie au regard de toutes ces tensions.

Grèce – 2015 07 04 – Les risques géopolitiques d’un Grexit – Le Monde

Ce n’est pas par amour de Platon et Aristote que le président américain Barack Obama, dès le début de la crise grecque, s’est inquiété d’un éventuel « Grexit », jugé dangereux non seulement pour la stabilité financière mondiale ou la cohésion de l’Union européenne, mais aussi – surtout ? – pour la sécurité du commandement militaire de l’OTAN en Méditerranée orientale…