Russie

OTAN : exercice Trident Juncture au large de la Norvège

Un tank allemand durant l’exercice Trident Juncture en octobre 2018.
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Du 25 octobre au 7 novembre 2018, se tient l’exercice trisannuel de l’OTAN, Trident Juncture. Regroupant environ 50 000 militaires issus des 29 pays membres de l’Alliance et de la Finlande et la Suède, pays partenaires, l’exercice couvre les domaines maritime, naval et terrestre. Environ 65 navires, 250 aéronefs et 10 000 véhicules participeront à cet exercice se déroulant dans le centre et l’est de la Norvège ainsi que dans les espaces aériens et maritimes norvégiens, suédois et finlandais. Véritable défi sur le plan logistique, l’exercice interarmées et interalliés a pour objectif de planifier, préparer et soutenir une NATO Response Force (NRF, Force de réaction de l’OTAN) dans le cadre d’une opération au titre de l’article 5 du traité de l’Atlantique nord.

Le secrétaire général de l’OTAN et ex-Premier ministre norvégien, Jens STOLTENBERG a présidé un point de presse préalable à l’exercice, le mercredi 24 octobre. Il déclare : « Cet exercice est une démonstration éclatante de nos capacités et de notre détermination à travailler ensemble ». Tandis que Trident Juncture est l’occasion de tester la NRF pour l’année à venir, Jens STOLTENBERG a précisé : « l’exercice envoie un message clair, non seulement à nos pays membres, mais aussi à tout adversaire potentiel : l’OTAN ne cherche pas la confrontation, mais reste prête à défendre tous les Alliés contre toute menace ».

L’exercice se déroule principalement en Norvège, cette dernière étant résolument atlantiste et attachée à ce que l’OTAN fasse de la défense collective, sur la base de l’article 5, une priorité. Oslo et Moscou partagent des frontières terrestres et maritimes. La Russie voit donc d’un mauvais œil ces manœuvres d’une ampleur inédite depuis la fin de la Guerre froide. Alors que le ministre norvégien de la Défense, Frank BAKKE-JENSEN, a déclaré : « la Russie ne représente pas une menace militaire directe pour la Norvège. Mais dans une situation sécuritaire aussi compliquée qu’aujourd’hui […], un incident ailleurs pourrait très bien accroitre la tension dans le Nord et nous souhaitons préparer l’Alliance à éviter tout incident malheureux », Maria ZAKHAROVA, porte-parole de la diplomatie russe considère que « de telles actions irresponsables mèneront forcément à la déstabilisation de la situation politique et militaire dans le Nord, à une hausse des tensions ».

En sus de bénéficier d’observateurs conviés à assister à l’exercice, Moscou a déployé, la veille du début de Trident Juncture, deux corvettes, un pétrolier et un ravitailleur et entend tester des missiles en mer de Norvège entre le 1er et le 3 novembre. En effet, Moscou craint l’encerclement de son territoire par les forces alliées. Pourtant, les agissements russes près des lieux d’exercice interarmées ne semblent pas alerter l’OTAN, le secrétaire général avançant que la Russie a émis un NOTAM préalable, un message aux navigants aériens. L’OTAN et la Norvège jouent donc la carte de l’apaisement face à une potentielle dégradation des relations russo-otaniennes.

Syrie : sommet inédit entre la France, la Turquie, la Russie et l’Allemagne

Angela MERKEL, Vladimir POUTINE, Recep Tayyip ERDOGAN et Emmanuel MACRON à Istanbul le 27 octobre.
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Samedi 27 octobre 2018, se sont réunis à Istanbul les présidents turc, français et russe, Recep Tayyip ERDOGAN, Emmanuel MACRON et Vladimir POUTINE ainsi que la chancelière allemande Angela MERKEL. Ce sommet quadrilatéral, auquel s’est joint l’émissaire des Nations Unies pour la Syrie, Staffan de MISTURA, avait pour thème l’amorce d’une solution politique en Syrie.

Dans une déclaration commune, les quatre chefs d’Etat et de gouvernement ont exprimé leur « inquiétude commune concernant les risques et les menaces du conflit pour la sécurité régionale comme pour la sécurité et la stabilité mondiale ». Ce sommet intervient afin de préserver la fragile trêve à Idlib, dernier bastion des insurgés, situé au nord-ouest du pays. Alors qu’un cessez-le-feu précaire a été négocié entre la Russie, la Turquie et la Syrie, les jihadistes entendent poursuivre le combat. En représailles, des frappes du régime ont fait sept morts vendredi 26 octobre. Pour le Président français, l’enjeu est « la stabilité en Syrie pour éviter un nouveau désastre humanitaire ».

Cette rencontre quadrilatérale est inédite s’agissant de ce conflit qui a causé la mort de plus de 360 000 personnes et engendré le départ massif de dizaines de milliers de déplacés et réfugiés. Si aucune annonce majeure n’était attendue à l’issue de ce sommet aux « attentes modestes », cette réunion est l’occasion pour les quatre dirigeants de trouver des terrains d’entente pour l’avenir du régime de Damas. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri PESKOV a d’ailleurs appelé à « harmoniser les positions ».

Moscou et Ankara occupent, avec Téhéran, le devant de la scène concernant la situation en Syrie, où ils y ont investi d’importantes ressources militaires. Le rôle de Paris et Berlin, membres du « small group » (Allemagne, Arabie saoudite, Égypte, États-Unis, France, Jordanie et Royaume- Uni) en charge de trouver une solution politique à la Syrie, est éclipsé par les actions iraniennes, turques et russes. Par le biais d’une coopération solide avec la Turquie, hôte de ce sommet, les deux principales puissances de l’Union européenne espèrent revenir au premier plan des négociations.

De fait, les quatre Etats, en réaffirmant « leur fort engagement à la souveraineté, l’indépendance, l’unité et l’intégrité territoriale de la République arabe syrienne et aux principes de la Charte des Nations Unies », soulignent « leur ferme conviction qu’il ne peut y avoir une solution militaire pour régler ce conflit ». Ils préconisent ainsi un « processus politique négocié, en rapport avec la résolution 2254 » de 2015 et insistent sur une « coordination internationale dans le but de trouver une solution crédible et durable au conflit syrien ». Les discussions ont également abordé le retour des personnes réfugiées et déplacées dans de bonnes conditions. En s’engageant à travailler conjointement dans le dessein de « créer des conditions de paix et de stabilité en Syrie », les Etats affirment « renforcer le consensus international ».

Le Président français s’était entretenu le 21 octobre avec son homologue américain, Donald TRUMP et avait, entre autres sujets, « abordé la situation en Syrie ». Les Etats-Unis et l’Iran sont les grands absents de ce sommet à la configuration exceptionnelle, qui réunit des Etats aux avis divergents sur l’avenir de Bachar al-ASSAD mais partageant l’objectif commun d’une Syrie stable.

Ukraine : derrière le schisme religieux, le conflit russo-ukrainien

Le patriarche Filaret de l’église orthodoxe de Kiev s’est félicité, le 11 octobre lors d’une conférence de presse, de la décision du patriarche de Constantinople de mettre fin à la tutelle de la Russie sur son église.
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L’indépendance de l’Eglise orthodoxe ukrainienne a été reconnue jeudi 11 octobre 2018 par Bartholomée Ier, patriarche de Constantinople et incarnant la principale autorité spirituelle des 300 millions de chrétiens orthodoxes à travers le monde. A Istanbul, le Saint Synode a annulé un décret datant de 1686, stipulant la dépendance de l’Eglise ukrainienne sous l’autorité du patriarcat de Moscou, l’autre grande branche de l’orthodoxie mondiale.

Depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991, les chrétiens orthodoxes du pays se partageaient entre le Patriarcat de Moscou et celui de Filaret DENISENKO, patriarche autoproclamé de l’Eglise orthodoxe ukrainienne qu’il a créée. Persécutées durant l’ère soviétique, les églises orthodoxes de Russie et d’Ukraine sont redevenues très influentes. Pays tiraillé entre l’orthodoxie russe et l’Occident catholique, Kiev est devenue une véritable poudrière religieuse à la chute du communisme.

Cette déclaration exprime le désir ukrainien de s’émanciper de la tutelle moscovite, le président ukrainien Petro POROCHENKO l’ayant d’ailleurs érigé en argument de campagne, qualifiant en juillet dernier l’Eglise relevant du Patriarcat de Moscou de « menace directe à la sécurité nationale ». Le patriarche Bartholomée a même remercié le président ukrainien dans ses efforts d’unir les chrétiens orthodoxes d’Ukraine.

Ce schisme religieux illustre le divorce entre les deux voisins slaves qui se livrent une guerre à l’Est de l’Ukraine. En Russie, le journal Komsomolskaya Pravda, décrit l’Eglise ukrainienne comme dirigée par des nationalistes et d’anciens collaborateurs nazis et estime que Constantinople s’est ingéré dans l’affaire russo-ukrainienne. Il explique d’ailleurs que Moscou devra en retour « acter la division irréconciliable entre les deux pôles de l’orthodoxie ». Vladimir Poutine et Cyrille de Moscou, patriarche, partagent une vision de l’orthodoxie où la civilisation russe est le ciment. Ce « ferment russe » doit se diffuser en Ukraine et en Biélorussie qui constituent selon eux et avec l’actuel Russie « la Sainte Russie ». A Kiev, Petro POROSHENKO, au micro de Radio Svoboda s’engager à garantir aux ukrainiens le libre-choix quant à leur église de rattachement et dénonce Moscou : « C’est la volonté du Kremlin de provoquer une guerre religieuse en Ukraine. »

En réponse à cette décision, le patriarche russe annonce lundi 15 octobre, la rupture de ses relations avec Constantinople. Le porte-parole de l’Eglise russe, Hilarion de Volokolamsk a déclaré : « Nous ne pourrons garder le contact avec cette Eglise, qui est en situation de schisme ».

Reste à savoir ce que deviendront les églises et les paroisses ukrainiennes, la moitié d’entre elles étant la propriété de Moscou, qui voit dans cette décision une trahison.

Syrie : les jihadistes d’Idleb veulent poursuivre le combat

 

Le groupe terroriste jihadiste Hayat Tahrir al-Cham en 2017.
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La province d’Idleb en Syrie a fait l’objet, en septembre 2018, d’un accord russo-turc. A Sotchi, le président turc Recep Tayyip ERDOGAN, soutenant la rébellion syrienne et son homologue russe Vladimir POUTINE, allié indéfectible de Bachar AL-ASSAD, se sont accordés sur la mise en place d’une zone démilitarisée et sous contrôle russo-turc à Idleb au 15 octobre 2018 ainsi que le retrait des armes lourdes. Cet accord aurait pour but d’éviter la « pire catastrophe humanitaire du XXIème siècle », selon les mots de Marc LOWCOCK, secrétaire général adjoint de l’ONU.

Se situant dans le nord-ouest du pays et comptant en son sein près de 3 millions d’habitants, Idleb est le fief du groupe Hayat Tahrir Al-Cham (HTC) et représente le dernier territoire contrôlé par l’insurrection contre le pouvoir en place.

Tandis que certains groupes rebelles ont accepté de rendre leurs armes lourdes conformément à l’accord de Sotchi, Hayat Tahrir al-Cham, issu de l’ex-branche syrienne d’al-Qaïda et incarnant le groupe le plus important dans la région, a annoncé dimanche 14 octobre continuer le combat face au régime syrien. Dans le communiqué publié, les jihadistes s’expriment : « Nous n’abonnerons pas le choix du jihad et du combat pour réaliser les objectifs de notre révolution bénie, en premier lieu faire tomber le régime criminel ». Alors que le plan russo-turc prévoyait le retrait de la zone tampon des jihadistes pour que l’accord tienne, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) déclare qu’aucun retrait visible n’a été constaté de la part d’Hayat Tahrir Al-Cham.

En réponse, Walid MOUALLEM, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères syrien, a prévenu que « les forces syriennes se tiennent prêtes » en cas d’intervention.

De fait, le sort de la province d’Idleb semble incertain. Un assaut du régime syrien est envisageable en représailles, à l’heure où Idleb est contrôlée à plus de 60% par les jihadistes. Dans la nuit de samedi à dimanche, des tirs à l’arme lourde ayant causé la mort d’au moins deux soldats syriens ont été entendus et répertoriés par l’OSDH. David BEASLEY, directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (PAM) a déclaré que son agence se préparait à l’arrivée massive de réfugiés à la frontière turque.

Le risque d’un effondrement de l’accord russo-turc a ravivé les craintes parmi la population et les ONG et ébranle la région, déjà lourdement fragilisée.

Renforcement de la défense aérienne syrienne par Moscou : Israël inquiété

Benjamin NETANYAHU et Vladimir POUTINE à Moscou le 29 janvier 2018

Près d’une semaine après la perte de l’avion de renseignement russe Iliouchine-20 après un missile tiré par la défense aérienne syrienne, la Russie a décidé de livrer des systèmes de missiles sol-air S-300 à l’armée syrienne.

Alors que 15 militaires russes ont perdu la vie, pour Moscou, la responsabilité revient à l’aviation israélienne, accusée de s’être servie de l’avion russe comme « couverture ». De fait, la Syrie aurait tiré sur son allié par erreur. L’état-major israélien a contesté cette version et si une délégation israélienne s’est par ailleurs rendue à Moscou présentant les documents concernant l’opération menée dans la région de Lattaquié, la Russie ne s’est pas montrée convaincue. Le Kremlin a en effet soutenu que la perte de son avion était due à l’action des F-16 israéliens et a annonce par le biais de son ministre de la Défense, Sergeï CHOIGOU, des mesures afin de renforcer les troupes en Syrie.

La première de ces mesures concerne la livraison des systèmes de défense aérienne S-300 à l’armée syrienne dans les deux prochaines semaines, ces systèmes étant en mesure de frapper plusieurs cibles simultanément et d’intercepter des appareils à plus de 250 kilomètres de distance. Cette livraison de systèmes d’armement hautement sophistiqués n’est pas une idée nouvelle : alors que la Syrie avait déjà commandé de tels systèmes en 2010, la transaction n’avait pu être finalisée du fait de l’opposition israélienne. D’ailleurs, en avril dernier, Avigdor LIEBERMAN, ministre israélien de la Défense s’était exprimé : « Si des systèmes d’armes russes sont utilisés contre nous en Syrie, nous agirons contre eux ». Toutefois, « la situation a changé » a fait valoir CHOIGOU.

Cette décision peut envenimer les relations israélo-russes puisqu’elle vient compliquer les opérations israéliennes dans la région, lesquelles cherchent à contrer les transferts d’armes vers le Hezbollah et à empêcher l’implantation militaire iranienne en Syrie. De manière générale, cette acquisition de systèmes de défense russes par Damas peut perturber les actions des forces occidentales.

Lundi 24 septembre 2018, le Premier ministre israélien Benyamin NETANYAHU s’est entretenu avec le Président russe Vladimir POUTINE pour lui faire part des dangers d’une telle décision. Alors qu’il a réitéré la crédibilité de la version israélienne concernant l’avion abattu, NETANYAHU a souligné que cette fourniture d’armements contribuera à renforcer les dangers déjà inhérents dans la région. Son service de presse indique que « la remise d’armes de pointes dans des mains irresponsables fera croître les risques dans la région » alors même que l’Etat hébreu n’entend pas abandonner ses opérations militaires en Syrie.

Agitations autour de l’avion russe abattu en Syrie

Visite de Bachar AL ASSAD à Vladimir POUTINE au Kremlin en octobre 2015

Dans la nuit de lundi à mardi 17 septembre 2018, la défense antiaérienne syrienne aurait accidentellement abattu, dans le nord-ouest du pays, un Illiouchine-20 russe, un avion de reconnaissance. Quinze membres d’équipage russes ont perdu la vie. Alors que la Russie est l’alliée de la Syrie de Bachar AL ASSAD, cet incident survient à l’issue d’un accord entre la Turquie et la Russie portant sur la création d’une zone tampon autour de la province syrienne d’Idleb, entre les territoires insurgés des groupes rebelles appuyés par Ankara et les zones gouvernementales. Cette entente entre Turquie et Russie sur la Syrie est porteuse d’espoirs dans un pays déchiré par la guerre ayant engendré plus de 360 000 morts depuis 2011.

Dans le même temps, Israël est soupçonné de multiplier les tirs en Syrie contre le régime dans une logique de lutte contre l’Iran. En premier lieu, la Russie a jugé Israël comme « entièrement responsable » du drame, les forces syriennes ayant ouvert le feu pour contrer les tirs de missiles israéliens sur Lattaquié, bastion d’AL ASSAD. Selon le ministère de la Défense russe, les F-16 israéliens se seraient cachés derrière l’avion russe. Le même jour, Moscou accuse Paris d’avoir tiré des missiles à partir d’une frégate stationnée en Méditerranée. Ces déclarations successives influent sur le climat de tensions ambiant. De son côté, Tsahal se défend et avance une version différente. Des chasseurs-bombardiers israéliens ont bien visé une installation militaire syrienne supposée fabriquer des armes « précises et meurtrières » devant être transférées au Hezbollah au nom de l’Iran. Toutefois, Israël avance que les appareils engagés n’étaient plus dans la zone au moment de l’incident. Selon elle, les tirs syriens souffrant d’imprécision ont causé l’accident.

Mercredi 19 septembre, Vladimir POUTINE a tenté de calmer les esprits. A l’issue d’une conversation avec son homologue israélien Benjamin NETANYAHU, le Président russe a parlé d’un « enchaînement de circonstances accidentelles tragiques » tout en rappelant à Israël sa violation à la souveraineté syrienne en procédant à ces tirs.

Macédoine : tensions et blocages autour d’un nom

Jim MATTIS, Secrétaire à la Défense américain et Radmila SHEKERINSKA, Ministre de la Défense macédonienne à Skopje, le 17 septembre 2018.
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Le 17 septembre, Jim MATTIS, Secrétaire à la Défense des Etats-Unis, s’est rendu à Skopje, la capitale macédonienne, dénonçant une « campagne d’influence » de la Russie dans la région concernant le vote du référendum. En effet, la Macédoine doit faire l’objet le 30 septembre prochain, d’un référendum portant sur un changement de nom, les Macédoniens devant accepter ou non le nom de « Macédoine du Nord ».

Depuis l’indépendance de cette ancienne république yougoslave en 1991, la Grèce voit dans le maintien du nom Macédoine une usurpation de son héritage historique, une région grecque portant le même nom. Face au véto d’Athènes, le changement de nom est nécessaire pour une intégration à l’OTAN et une potentielle adhésion à l’Union européenne.

Les Etats-Unis affichent une position claire en faveur du oui, appuyés par les Etats occidentaux et affirment leur soutien au Premier ministre macédonien Zoran ZAEV. La Russie, par la voix de son ambassadeur auprès de l’Union européenne Vladimir TCHIJOV, avait estimé en juin 2018 que la volonté macédonienne de rejoindre l’OTAN était « une erreur pouvant avoir des conséquences ». Moscou est soupçonnée par les pays occidentaux de vouloir conserver une influence dans ses anciens territoires et de vouloir tenir les électeurs loin des urnes. Lui sont reprochés une campagne de désinformation en Macédoine par le biais des réseaux sociaux et le financement de groupes politiques pro-russes. L’ambassadeur russe à Skopje, Oleg SHCHERBAK, se défend, accusant le camp occidental d’exercer une « très forte pression médiatique et psychologique » sur les électeurs macédoniens tout en niant les faits qui lui sont reprochés. Les déclarations diplomatiques des deux parties engendrent la recrudescence des tensions près de deux semaines avant le référendum, cette supposée ingérence russe ayant déjà suscité une crise diplomatique entre Moscou et Athènes.

Si les médias macédoniens œuvrent majoritairement en faveur du oui, ce scrutin est consultatif. Le résultat obtenu devra faire l’objet à l’issue du référendum d’un vote par le Parlement à la majorité des deux-tiers.

« La diplomatie publique américaine et la désinformation russe : un retour des guerres de l’information ? »

Depuis l’élection présidentielle de 2016, le contexte politique américain est marqué par la défiance vis-à-vis de ce qui est présenté comme de nouvelles stratégies d’influence russes. Les décideurs civils et militaires s’interrogent sur leurs capacités de riposte et envisagent de restaurer des dispositifs de guerre froide. Le département d’État étant affaibli, de facto l’appareil de diplomatie publique de l’ère Trump est fortement militarisé, et les stratégies de riposte en matière de désinformation se heurtent à quatre écueils principaux : le déséquilibre des outils employés, le manque de coordination des stratégies retenues par les différents acteurs poursuivant un même objectif, la capacité à évaluer leur impact sur les publics ciblés, et le contrôle de la communication du président. Cette note vise à clarifier les termes du débat et à mettre en perspective les stratégies américaines en matière de lutte contre la désinformation en tirant les leçons de l’expérience de guerre froide.

Vers le site de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire ⇒

L’affaire Skripal

Dans un discours à la Chambre des communes, le Premier ministre britannique Theresa May est revenu le 26 mars 2018 sur la tentative d’assassinat perpétrée le dimanche 4 mars 2018 à Salisbury contre Sergei Skripal et sa fille Yulia. Sergei Skripal est un ancien colonel des services de renseignements militaires russes, arrêté pour trahison en décembre 2004 et échangé en 2010 contre une dizaine d’espions russes. Si aucune preuve formelle ne peut être avancée pour incriminer la Russie et son Président, Theresa May a énuméré les éléments à charge qui ont conduit les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne à condamner fermement la Russie, condamnation reprise dans les conclusions du Conseil.

Le Defence Science and Technology Laboratory britannique, établi à Proton Down, a identifié l’agent utilisé à Salisbury comme étant du Novichok, neurotoxique de qualité militaire développé par l’Union soviétique. La Russie a déjà dans le passé cautionné l’assassinat d’opposants et considère, selon Theresa May, que certains anciens « agents doubles » sont des cibles naturelles de tels assassinats, tel Alexandre Litvinenko, décédé en 2006 après avoir ingurgité du polonium. Enfin, la Grande-Bretagne détient des renseignements selon lesquels la Russie a produit du Novichok en quantités limités dans la dernière décennie afin de procéder à ces exécutions.

A ce titre, selon Theresa May, aucun autre Etat ne disposait à la fois de la capacité, la volonté et la motivation pour conduire cette attaque. « Il n’existe aucune autre explication plausible ». De plus, toujours selon Theresa May, la Russie n’a apporté aucune réponse valable aux demandes britanniques. Au contraire, cette tentative d’assassinat arrive dans un contexte de crise ouverte. Dans les dernières années, la Russie a annexé la Crimée et soutenu activement le séparatisme dans la région du Donbass, et conduit des campagnes d’espionnage et d’influence à l’encontre des Etats occidentaux.

Le même jour, le ministre français de l’Europe et des affaires étrangères a annoncé la décision d’expulser du territoire français, dans un délai d’une semaine, quatre personnels russes sous statut diplomatique. Qualifiant l’attaque de Salisbury de menace grave à notre sécurité collective et au droit international, Jean-Yves Le Drian s’est référé aux conclusions du Conseil européen des 22 et 23 mars 2018, qui a affirmé, reprenant les termes de Theresa May, qu’il n’existait pas d’autre explication plausible que celle de la responsabilité de la Fédération de Russie.

Les Etats-Unis ont quant à eux décidé l’expulsion d’une soixantaine d’agent de renseignement russes et la fermeture du consulat situé à Seattle, invoquant la proximité d’une base de sous-marins et du siège de Boeing. Parmi ceux-ci figurent douze agents de la mission russe auprès des Nations Unies à New York, accusés d’avoir profité de leur statut pour mener des actions de renseignement préjudiciables à la sécurité des Etats Unis.

Enfin, le 27 mars 2018, le Secrétaire général de l’OTAN a annoncé le retrait de l’accréditation d’une dizaine de membres de la mission russe, qualifiant la réponse de l’OTAN de message clair adressé à la Russie en réponse à son comportement inacceptable et dangereux. Il a toutefois laissé la porte ouverte au dialogue, rappelant que la tenue de la prochaine réunion du Conseil OTAN-Russie n’était pas remise en cause.

La Russie a dès le début du mois de mars réfuté toutes les accusations. Lors d’une conférence réunissant les ministres des affaires étrangères, de la défense et de l’industrie, Moscou a affirmé que l’arsenal d’armes chimique russe avait été totalement détruit le 27 septembre 2017, destruction confirmée par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC). Après avoir publié un « aide-mémoire » sur l’affaire Skripal niant toute responsabilité dans la tentative d’empoisonnement, le ministère des affaires étrangères a souligné le 23 mars 2018 que l’absence d’autre explication possible ne pouvait faire office de preuve, regrettant que le Conseil européen s’aligne sur la position britannique. Moscou réclame que les investigations soient menées par les équipes de l’OIAC, niant avoir reçu des question précises de la part du Royaume Uni et regrettant l’absence de collaboration entre les deux pays, pourtant signataires de la Convention. Les équipes de l’OIAC sont arrivées au Royaume-Uni le 19 mars, mais leurs conclusions ne sont pas encore connues.

Au total, plus de 140 agents de renseignement russes auront été expulsés par une vingtaine de nations de l’Union européenne et de l’OTAN ainsi que par les Etats-Unis, le Canada, l’Australie ou l’Ukraine. Malgré les dénégations de Moscou, il est probable que la Russie soit à l’origine de cette tentative d’assassinat, qui constitue la première attaque neurotoxique sur le territoire européen depuis la Seconde guerre mondiale. Alors que Vladimir Poutine vient d’être réélu à la tête de la Russie, il reste incompréhensible que le nouveau tsar, s’il est réellement coupable, ait tellement sous-estimé la réaction des Etats occidentaux.

VA(2S) Alain Christienne, directeur du Centre méditerranéen des études stratégiques

L’indépendance énergétique de l’Europe au filtre du conflit entre Gazprom et Naftogaz

L’Institut d’arbitrage de la chambre de commerce de Stockholm a rendu le 28 février 2018 ses conclusions sur le conflit opposant les compagnies ukrainienne Naftogaz et russe Gazprom. Jugeant que Gazprom avait failli à ses obligations, l’Institut a condamné la compagnie russe à rembourser 2,56 Mds de dollars et revu les conditions d’exécution du contrat qui lie les deux entreprises jusqu’en 2019. En réaction, Gazprom a coupé dès le 1er mars l’approvisionnement en gaz de l’Ukraine. Le vice-président de la Commission européenne Maroš Šefčovič s’est inquiété dès le 2 mars de cette situation et a enjoint « la Russie et l’Ukraine de retrouver toutes deux leur place respective de fournisseur fiable et de pays de transit du gaz ».

Sans surprise, la Pologne a immédiatement apporté un soutien à l’Ukraine. Le président de la compagnie polonaise PGNiG a mis en avant à cette occasion la diversification de son approvisionnement en gaz, en particulier grâce au gaz liquéfié en provenance du Qatar et des Etats-Unis. Cette sécurité de l’approvisionnement en gaz naturel de l’Union européenne est une des préoccupations de la Commission européenne, qui fait l’objet d’un règlement[1] applicable depuis le 1er novembre 2017. S’appuyant sur une analyse d’octobre 2014 sur « les effets d’une rupture partielle ou totale des approvisionnements en gaz en provenance de la Russie », la Commission recommande ainsi l’interconnexion des réseaux gaziers et la diversification des sources d’approvisionnement.

Selon les chiffres de l’office statistique de l’Union européenne, la part de la Russie dans les importations de gaz naturel de l’Union européenne se situe juste en-deçà de 30 % après un pic relatif de 32,4 % enregistré en 2013. La Norvège demeure le deuxième plus grand fournisseur de gaz naturel importé par l’Union européenne, sa part s’élevant à 25,9 % en 2015. Alors que l’approvisionnement en gaz naturel originaire d’Algérie a été réduite de près de la moitié entre 2005 et 2015, celle du Qatar a été elle presque multipliée par cinq[2].

Si 80% du gaz russe transitait par l’Ukraine avant 1989, les tensions entre Moscou et Kiev, exacerbées depuis 2014, ont conduit la Russie, avec l’appui intéressé de l’Allemagne et de la Turquie, à contourner l’Ukraine en développant des réseaux alternatifs par la mer Baltique ou la mer Noire. En 2009, une première interruption des livraisons gazières de l’entreprise russe Gazprom à Naftogaz avait privé l’Union européenne de près de 20% de ses approvisionnements pendant quatorze jours avec douze pays touchés. La dernière crise n’a pas eu d’impacts sur les pays de l’Union européenne, ce qui a permis au président ukrainien Petro Poroshenko de se féliciter de l’attitude de son pays, un « partenaire fiable ».

Ce nouvel épisode a également donné l’occasion à Petro Porochenko de critiquer ouvertement la construction du gazoduc Nord Stream 2[3] alors que « la Russie peut couper l’approvisionnement en gaz de l’Union européenne à n’importe quel moment et sans aucun préavis ? ». En septembre 2015, cinq entreprises européennes de poids, dont Engie, ont en effet signé un accord avec Gazprom en vue de doubler le Nord Stream, qui achemine depuis l’automne 2011 jusqu’à 55 milliards de m3 de gaz russe jusqu’en Allemagne par voie maritime. A terme, ce projet permettra à l’Allemagne de faire transiter par son territoire la quasi-totalité du gaz russe destiné à l’Europe, au détriment de l’Ukraine qui perdra jusqu’à deux milliards de dollars de rentes financières[4].

VA(2S) Alain Christienne, directeur du Centre méditerranéen des études stratégiques

[1] Règlement 2017/1938 du 25 octobre 2017

[2] Les importations française de gaz naturel proviennent principalement de quatre fournisseurs : la Norvège (42% des importations en 2015), la Russie (11%), les Pays-Bas (11%) et l’Algérie (9%)

[3] Et également le gazoducs Turkish Stream qui traverse la mer Noire

[4] Céline Bayou, « Nord Stream 2. Un gazoduc à contre-courant de la politique énergétique européenne ? », P@ges Europe, 9 mars 2016 – La Documentation française © DILA