RDC

Elections en RDC : Un résultat contesté

 

Félix TSHSEKEDI, lors d’un meeting à Kinshasa, le 21 décembre 2018. Tous droits réservés.

En République Démocratique du Congo, l’élection présidentielle du 30 décembre 2018 qui opposait principalement Felix TSHIKEDI, chef du parti historique de l’opposition, Martin FAYULU et Emmanuel SHADARY, soutenu par le président sortant Joseph KABILA. Elle a été sujette à des contestations. La Commission électorale nationale indépendante (CENI), l’une des institutions veillant à appuyer la démocratie du pays, était chargée de donner les résultats. Dans la nuit de mercredi 9 à jeudi 10 janvier 2019, la CENI a annoncé Félix TSHISEKEDI gagnant avec 38,5% des voix contre 35% pour Martin FAYULU et 23,8% pour Emmanuel SHADARY.

A l’issue des résultats, alors que Félix TSHISEKEDI s’est présenté comme le Président « de tous les Congolais », la coalition Lamuka autour de Martin FAYULU dénonce une « fraude électorale ». Ce dernier revendique une victoire avec 61% des suffrages et entend saisir la Cour constitutionnelle dans le dessein de recompter les votes.

Les résultats donnés par la CENI sont également discutés par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO)l’Eglise catholique ayant une grande influence dans le pays – qui affirme que les résultats communiqués ne correspondent pas aux données collectées par ses observateurs.

Le 10 janvier 2019, le ministère des Affaires étrangères français « salue l’engagement démocratique des Congolais qui ont voté dans le calme » mais également « le travail effectué par les missions d’observation des organisations régionales ». Il espère que le « choix démocratique des Congolais soit respecté ». Toutefois, interrogé sur CNEWS le même jour, Jean-Yves le DRIAN, Ministre des Affaires étrangères déclare : « il semble bien que les résultats proclamés ne soient pas conformes aux résultats que l’on a pu constater ici ou là (…). Cela peut mal tourner parce que M. FAYULU était a priori le leader sortant de ces élections. »

Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio GUTERRES « appelle toutes les parties prenantes à s’abstenir d’actes violents et à régler tout contentieux électoral par les mécanismes institutionnels établis conformément à la Constitution de la République démocratique du Congo et aux lois électorales pertinentes. »

Au lendemain de l’annonce des résultats provisoires de l’élection présidentielle, le Conseil de sécurité des Nations Unies a écouté la cheffe de la Mission l’ONU en RDC (MONUSCO), Leila ZERROUGUI, le Président du CENI, Corneille NANGAA et un représentant de la CENCO, l’Abbé OTEMBI. Pour la Représentante spéciale de l’ONU, « les prochains jours seront donc déterminants pour la conclusion de ce processus électoral historique ». En réponse, le président de la CENI a reconnu que « les élections n’ont pas pu être organisées dans la perfection absolue » mais souligne que la CENI « a fait ce qu’elle pouvait faire », l’essentiel étant que « les résultats sont là ». Corneille NANGAA avertit que « la CENCO sera responsable de ce qui adviendra » et réclame de la communauté internationale un soutien au président élu. L’Abbé OTEMBI appelle le Conseil de sécurité à être « solidaire du peuple congolais » et exige la publication des procès-verbaux pour chaque bureau de vote « afin que soient comparées les données des candidats avec celles de la CENI, et afin de lever tout doute et apaiser les esprits ». Tandis que la Russie, la Chine et l’Afrique du Sud préconisent d’accepter les résultats de ces élections, la France, la Belgique, les Etats-Unis et le Royaume-Uni désirent plus de transparence et invitent la commission électorale à communiquer les procès-verbaux.

Les résultats ont provoqué des manifestations de joie et de protestation. De graves incidents ont été constatés dans le pays, 12 personnes ayant perdu la vie le jeudi 10 janvier. Les résultats définitifs seront annoncés par la Cour constitutionnelle dans une semaine.

Elections en RDC : « une occasion historique » malgré les tensions

 

Le candidat aux élections Emmanuel SHADARY.
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Le 23 décembre 2018 se tiendront en République Démocratique du Congo les élections présidentielles qui désigneront le successeur du président Joseph KABILA. Alors qu’il est en fonction depuis 2001, la Constitution lui interdit de briguer un troisième mandat.

Parmi les nombreux candidats en lice, trois d’entre eux captent la plus grande attention. Il s’agit d’Emmanuel SHADARY, considéré comme le successeur du président actuel, et des candidats de l’opposition, Félix TSHISEKEDI et Martin FAYULU. L’une de leurs priorités est celle de la sécurité, notamment dans l’Est du pays. Toutefois, cette élection est émaillée de violences, notamment envers les deux candidats de l’opposition.

A ces violences s’ajoutent les affrontements inter-ethniques. Ayant causé la mort de plus de 150 personnes, ces conflits ont fait de nombreux blessés graves et ont causé le départ de personnes en direction du Congo-Brazzaville.

Le climat de violence est tel que les Etats-Unis ont annoncé, dimanche 16 décembre, avoir évacué leur personnel « non-essentiel » dans une « mesure de prudence ». Washington exhorte également ses ressortissants à quitter le pays.

Dans un communiqué du mardi 18 décembre, le Conseil de sécurité des Nations unies considère qu’ « en tant qu’expression de la souveraineté du peuple et du gouvernement de la République démocratique du Congo, les élections du 23 décembre prochain constituent une occasion historique de procéder au premier transfert démocratique et pacifique du pouvoir, à la consolidation de la stabilité dans le pays et à la création des conditions de son développement ». Les progrès réalisés dans la préparation technique de ces élections ont été soulevés. Toutefois, le Conseil de sécurité s’est inquiété des divers incidents se tenant à quelques jours des élections. Les 15 membres invitent le gouvernement de la RDC à « enquêter rapidement sur ces incidents » et appellent « tous les acteurs politiques à défendre la liberté d’expression, de réunion et de campagne sans entrave, qui caractérise l’exercice démocratique de la volonté du peuple au cours de cette période », conformément à la Constitution et à l’Accord du 31 décembre 2018.

Déjà, le 14 décembre 2018, la Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle BACHELET, dénonçait ces violations à l’aube des élections : « je suis profondément préoccupée par les informations faisant état d’un usage excessif de la force, y compris de balles réelles, par les forces de sécurité contre les rassemblements de l’opposition ». Selon la Haut-Commissaire, « il est primordial que les autorités veillent à ce que les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique soient pleinement protégés et qu’elles prennent toutes les mesures possibles pour prévenir les actes de violence ». De même, la cheffe de la mission de l’ONU pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), Leila ZERROUGI, est « préoccupée par la succession d’incidents graves qui entravent le bon déroulement de la campagne électorale ». Elle « déplore les pertes en vies humaines et demande aux autorités congolaises de prendre les mesures nécessaires pour éviter de nouveaux incidents ».

Il reste à savoir quelle sera l’issue du scrutin dans ce climat difficile. Emmanuel SHADARY, surnommé « le dauphin » de Joseph KABILA connait depuis longtemps le chef de l’Etat dont il a été nommé vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur. En mars 2017, il a été sanctionné par l’Union européenne pour « entraves au processus électoral » et « violations des droits de l’homme ».