RCA

Centrafrique : le massacre de civils met en péril l’accord de Khartoum

Le général Sidiki Abass, leader du groupe armé 3R en RCA.
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Mercredi 22 mai, au moins 34 personnes ont perdu la vie dans le nord-ouest de la République centrafricaine. Le massacre, qui s’est déroulé dans deux villages situés près des frontières avec le Tchad et le Cameroun – Koundjili et Djoumdjoum – est imputé au groupe armé 3R (Retour, réclamation, réconciliation). Ce mouvement était apparu à la fin de 2015 pour protéger la minorité Peul et s’est immédiatement fait remarquer par la violence de ses exactions.

Il s’agit de la tuerie la plus meurtrière depuis la signature de l’accord de Khartoum le 6 février 2019 entre le gouvernement centrafricain et 14 groupes armés. Ce texte, qui représente le 8ème accord de paix conclu depuis le début de la crise en 2013 a nécessité une coordination des Nations unies et de l’Union africaine lors de sa mise en œuvre.

La MINUSCA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique) a « condamné très fermement » l’événement et s’est montrée « particulièrement indignée par le caractère cruel et délibéré de ces attaques qui, en plus d’être planifiées et coordonnées, témoignent de l’intention des auteurs à infliger des atrocités entrainant la mort d’une large partie de la population présente. » Mankeur Ndiaye, représentant du Secrétaire général de l’ONU en Centrafrique et chef de la MINUSCA a déclaré : « La MINUSCA condamne avec la dernière énergie les tueries intervenues aujourd’hui dans les villages de Koundjili et Djoumjoum, en RCA, avec plus de 26 morts [ndlr : le nombre de morts est supérieur] et de nombreux blessés. Les auteurs de tels crimes seront recherchés, arrêtés et traduits devant la justice ».

Le groupe 3R étant signataire de l’accord de paix, son chef Souleymane Sikidi Abass a été nommé en mars « conseiller spécial militaire » après du Premier ministre, chargé de la mise en place des unités mixtes associant membres des Forces armées centrafricaines et groupes armés. Le gouvernement et la MINUSCA exigent du chef du groupe 3R l’arrestation des auteurs du massacre. Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement centrafricain, Ange Maxime Kazagui a déclaré : « Le gouvernement s’associe à la MINUSCA pour exiger de Monsieur Sidiki l’arrestation et la remise des auteurs de ces massacres aux autorités dans les 72 heures sous peine d’être tenu personnellement responsable et de répondre de ces actes. Le même délai est donné au mouvement 3R pour démanteler ses bases et barrières illégales faute de quoi la MINUSCA et le gouvernement prendront les mesures qui s’imposent ».

Ce massacre dans l’ouest du pays fait suite à l’assassinat d’une religieuse franco-espagnole âgée de 77 ans, retrouvée lundi décapitée dans le sud-ouest. Le pape François a évoqué un acte « barbare ». Toutefois, les circonstances de sa mort ne sont pas encore élucidées.

Tandis que la MINUSCA a fait part de sa décision de poursuivre les auteurs, commanditaires et complices de ces meurtres en justice, cet événement symbolise la fragilité de l’accord de Khartoum et plus globalement de l’Etat centrafricain, où les groupes armés contrôlent 80% du territoire. Depuis 2013 et le renversement du président François Bozizé, la RCA est en proie à l’insécurité. Les civils figurent parmi les principales victimes et la situation humanitaire s’est dégradée. Le nombre total de réfugiés et de déplacés internes concerne environ 4,6 millions de Centrafricains, soit près d’un quart de la population du pays.

En Centrafrique, l’ONU et l’UA se coordonnent pour la mise en œuvre de l’accord de paix de Khartoum.

 

Le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix (à droite), et Smaïl Chergui, Commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine, lors d’une conférence de presse en février 2019. Tous droits réservés.

Dimanche 14 avril 2019, une délégation des Nations unies (ONU) et de l’Union africaine (UA) est arrivée à Bangui. Cette nouvelle visite dans la capitale centrafricaine a pour objectif la mise en œuvre de l’accord de paix de Khartoum, 8ème accord de paix conclu depuis le début de la crise en 2013, signé le 6 février 2019 entre le gouvernement centrafricain et 14 groupes armés.

Le Secrétaire général adjoint des Nations unies pour les opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, et Smaïl Chergui, le Commissaire à la paix et à la sécurité de l’UA, veulent renforcer et matérialiser l’accord politique pour la paix et la réconciliation alors que de nouvelles tensions se font ressentir.

En effet, le renversement d’Omar el-Béchir au Soudan fragilise l’accord de paix. Ce dirigeant, pourtant inculpé par la Cour pénale internationale, était en effet considéré comme « le garant moral » selon Abdoulaye Hissène, chef militaire du Front pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC). De plus, d’autres chefs de guerre estiment que le Président centrafricain Touadéra est en position de faiblesse. A ce titre, un responsable de l’ex-Seleka (coalition ethnique à coloration religieuse musulmane) considère que les groupes armés peuvent imposer ce qu’ils veulent.

La nécessité d’une mise en œuvre de l’accord de paix se fait donc sentir plus que jamais. Pour le Secrétaire général adjoint des Nations unies aux opérations de paix, il est temps de mobiliser tout le monde « pour avancer rapidement dans la mise en œuvre de l’Accord ».

Le Commissaire à la paix et à la sécurité rappelle que « le moment est venu de faire taire les armes ». Il a ajouté : « C’est l’un des objectifs de cette visite conjointe, à savoir rappeler aux uns et aux autres les responsabilités qui sont les leurs qui découlent de l’Accord de paix. Nous attendons que la paix, la stabilité, le dialogue se renforcent chaque jour ».

M. Lacroix dénonce lui aussi la violence, précisant que ceux qui y ont recours « mettent en péril l’Accord et la seule chance pour que la paix revienne en RCA ».

Selon la Mission des Nations unies en République centrafricaine (MINUSCA), le directeur Afrique de l’Union européenne, Koen Vervaeke a rejoint lundi 15 avril le Commissaire à la paix et à la sécurité de l’UA et le Secrétaire général adjoint des Nations unies pour les opérations de paix dans une mission tripartite UA-ONU-UE qui durera jusqu’au 18 avril.

Mercredi 17 avril, ces trois représentants s’entretiendront avec le Président, le gouvernement, ainsi que des représentants de partis politiques dans le cadre de la réunion du Groupe international de Soutien (GIS) à la RCA.

RCA : Début des pourparlers entre le gouvernement et les groupes armés.

Smail CHERGUI et Jean-Pierre LACROIX.
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Jeudi 24 janvier 2019 s’est ouvert à Khartoum le grand dialogue national centrafricain. Sous l’égide de l’Union africaine (UA) avec l’appui des Nations unies sur les bases des conclusions du Forum de Bangui de 2015, les pourparlers réunissent 14 groupes armés et le gouvernement afin d’amorcer une sortie de crise.

Il a fallu près d’un an et demi pour réunir les différents camps et harmoniser les revendications des groupes armés. La situation en République centrafricaine est préoccupante. Le pays est enlisé dans une guerre depuis 2012 et aujourd’hui, les groupes armés sont en position de force. Ils détiennent en effet près de 80% du territoire et sont bien armés.

Ces groupes revendiquent entre autres l’amnistie et l’autonomisation des régions de la Centrafrique, ce qui paraît difficile à atteindre sans compromettre le Forum de Bangui.

Interrogé par RFI, Parfait Onanga-Anyanga, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Centrafrique considère ce dialogue comme « historique » : « Nous attendons que tous les acteurs y aillent dans un esprit de compromis, qu’il en sorte de ces consultations historiques, un répit pour la population centrafricaine qui n’a que trop souffert, un espoir de paix, d’une paix durable ». S’il reconnaît que ce ne sera pas chose aisée d’aboutir à des conclusions pacifiques, « ne pas aller à Khartoum, c’est se mettre au ban de l’histoire et donc s’interdire l’opportunité de pouvoir faire quelque chose de bien pour son pays pour une fois, faire quelque chose de bien pour la Centrafrique ». Finalement, toutes les factions ont participé à la rencontre.

Smail Chergui, Commissaire à la paix et à la sécurité de l’UA s’est rendu au Soudan pour faciliter ce dialogue direct entre les différentes parties. En vue d’obtenir une réconciliation, il s’est adressé aux participants : « En ces moments cruciaux pour la République centrafricaine, vous avez autant que nous une obligation de résultat ». Il a par la même, réitéré le soutien de l’Union africaine « Je voudrais une fois de plus vous assurer de l’entière mobilisation de la Commission de l’Union africaine pour accompagner les parties prenantes centrafricaines dans le règlement durable du conflit dévastateur ».

A l’issue de la rencontre, Jean-Pierre Lacroix, qui a fait le déplacement à Khartoum, a déclaré : « Je suis encouragé de voir présents des représentants des partis politiques, de l’Assemblée nationale, des femmes, des jeunes, de la plate-forme religieuse et des victimes ».

Toutefois, l’ancien président centrafricain François Bozizé, renversé en 2013 et vivant en exil en Ouganda, a écrit à Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’Union africaine, chargé de chapeauter ces négociations. Il dénonce l’exclusion des anciens chefs d’Etat de Centrafrique du dialogue. Il tient pour responsable le gouvernement actuel de son pays, présidé par Faustin-Archange Touadéra. Il espère être convié à y participer avant la fin des négociations pour une résolution définitive de la situation en RCA.

Le dialogue devrait se poursuivre jusqu’au 2 février.