Raymond Barre

In Memoriam

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Grand officier de la Légion d’honneur, l’Amiral Pierre Lacoste vient de tirer discrètement sa révérence alors qu’il s’apprêtait à fêter son 96e anniversaire, à l’issue d’une vie bien remplie consacrée à la marine nationale, au renseignement, puis à la réflexion stratégique. Marin dans l’âme, il avait rejoint les Forces Françaises Libres dès 1943 et s’était engagé sur un escorteur, naviguant en Atlantique Nord et participant aux convois meurtriers de Mourmansk, expérience qui l’avait profondément marquée et lui inspirait volontiers quelques anecdotes. Dès la fin des hostilités, il avait rejoint le cursus de l’école navale et poursuivi une brillante carrière d’officier de Marine qui le conduisit en Indochine, puis sur la plupart des mers du Globe. Il termina sa carrière opérationnelle en 1980 à la tête de l’Escadre de la Méditerranée, après avoir été Chef du cabinet militaire du Premier ministre Raymond Barre.

C’est le Président François Mitterrand qui assura sa notoriété en le nommant Directeur général de la sécurité extérieure. Cette dernière expérience professionnelle lui vaudra une célébrité médiatique dont il se serait bien passé, mais qu’il a toujours totalement assumée avec beaucoup de classe. C’est en effet sous sa responsabilité que se déroulera l’affaire du Rainbow Warrior qui le contraindra à la démission, en 1985. Moins nombreux sont ceux qui savent qu’il a joué un rôle clé, dans l’ombre, pour maintenir d’excellentes relations avec nos alliés américains et européens, pour contenir l’expansion soviétique et pour lutter contre les acteurs moyen-orientaux bien décidés à chasser la France du Moyen-Orient, tout particulièrement au Liban. C’est lui aussi qui entama le processus de civilianisation et de réforme de la DGSE.

Une fois à la retraite, Pierre Lacoste dirigea brièvement la Fondation pour les études de défense nationale et se consacra à la promotion de l’intelligence économique, mais aussi à la lutte contre les mafias, certain que ces deux défis étaient vitaux pour la défense des intérêts français et européens. Il appuya fortement la mise en place de cursus universitaires dédiés à l’étude du renseignement, permettant à plusieurs professeurs de forger une « école française » dans cette matière, à l’instar d’Olivier Forcade (Paris Sorbonne) et de Sébastien-Yves Laurent (université de Bordeaux) dont il était très proche. Il reste l’auteur de cinq ouvrages oscillant entre témoignage (Un amiral au secret, Flammarion, 1997) et essais consacrés à la stratégie (Stratégies navales du présent, JC Lattès, 1986) et à ce monde du renseignement qu’il connaissait si bien (Les maffias contre la démocratie, JC Lattès, 1992 ; Approches françaises du renseignement, La documentation française, 1997 ; Services secrets et géopolitique, Lavauzelle, 2001).

Malgré la différence d’âge, Pierre Lacoste était devenu l’ami de nombreux chercheurs. Son sourire espiègle, son humour caustique, sa bienveillance, son élégance, son sens du commandement, son extrême probité intellectuelle et son analyse toujours pertinente resteront à jamais gravées dans leurs mémoires. Il n’en était pas moins exigeant et savait convaincre avec passion ses subordonnés, ses amis et les chercheurs qui venaient recueillir ses avis éclairés. Il n’hésitait pas d’ailleurs à les réveiller pour échanger avec eux sur des questions d’actualité qu’il jugeait importantes. Sa voix chevrotante et malicieuse était reconnaissable entre toutes. L’un des auteurs de cet hommage lui reste profondément reconnaissant d’avoir accepté de préfacer plusieurs de ses ouvrages.

Nous nous associons à la peine de sa famille et de ses amis et les assurons de nos plus sincères condoléances.

 

Pierre Razoux, directeur de recherche à l’IRSEM, associé à la FMES

Amiral Pascal Ausseur, directeur de la FMES