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Tunisie : mort du président Béji Caïd Essebsi

Le président de la République Béji Caïd Essebsi, mort le 25 juillet 2019.  

Le jeudi 25 juillet et quelques mois avant la fin de son mandat, le président de la République tunisienne, Béji Caïd Essebsi, est mort le jour de la fête de la République. A 92 ans, le premier Président élu démocratiquement en Tunisie a traversé toute l’histoire de la Tunisie indépendante et incarnait la transition post-2011.

Avocat de formation, il est, dès ses études, un fervent militant dans les réseaux du Néo-Destour – le parti du président Habib Bourguiba – et a occupé les postes de ministre de l’intérieur, de ministre de la défense et d’ambassadeur à Paris dans les années 1960-1970. Actif également durant les premières années de règne de Ben Ali, « BCE » a été nommé ministre des affaires étrangères et président de l’assemblée nationale dans les années 1980-1990. Prenant conscience de la dérive autoritariste du chef de l’Etat, le « cacique du régime » a préféré s’en éloigner. Sa prise de distance avec Ben Ali lui aura finalement permis, lors de la révolution tunisienne de 2011, de bénéficier d’une image positive auprès de l’opinion publique.

Farouche opposant à l’islam politique, il fonde le parti Nidaa Tounès à l’issue de la victoire du parti islamiste Ennahdha lors des élections, dans le dessein de rallier toutes les forces hostiles aux fréristes. Nidaa Tounès ayant remporté le scrutin l’année suivante, il est démocratiquement élu en 2014 et fait le choix de tendre la main aux islamistes afin de former une majorité au parlement. La « politique du consensus » a ainsi permis à la Tunisie d’éviter les tensions politiques et de faire front uni lors des attentats en 2015. Toutefois, le consensus s’est peu à peu délité. Au sein même du parti présidentiel, qui perd progressivement en influence, la scission est de plus en plus importante. La nomination du fils d’Essebsi à la tête du parti confère au parti une dimension dynastique et finit d’éloigner le Président de son Premier ministre Youssef Chahed.

Confrontée à des tensions internes, la Tunisie s’est tout de même illustrée dans le monde arabo-musulman après l’épisode des printemps arabes, Essebsi ayant incarné le Président de la stabilité. Ayant évité les dérives islamiste et militaire, Tunis se targue d’être une exception et d’avoir maintenu de bonnes relations, tant avec les pays arabes qu’avec l’Occident. Ces derniers mois, des progrès sociétaux ont vu le jour. En autorisant les mariages entre Tunisiennes et non-musulmans – une première dans les sociétés maghrébines – BCE, en prenant exemple sur Bourguiba, se fait l’allié des femmes, lui permettant de donner une image moderne de la Tunisie. Dans cette lignée, le Président avait lancé le projet d’une égalité homme-femme dans l’héritage. En dépit du soutien massif des associations féministes et des capitales occidentales, Béji Caïd Essebsi a pointé du doigt une question sensible ancrée dans les mentalités et qui prend racine dans la religion. Finalement, malgré les ambitions historiques du chef d’Etat, le texte s’est heurté au rejet du parlement.

Selon l’article 84 de la Constitution, le président de l’assemblée des représentants du peuple (ARP) est chargé d’occuper la présidence par intérim et d’assurer ainsi la continuité de l’Etat en cas de décès du Président. Le consensuel Mohamed Ennaceur, âgé de 85 ans, dispose donc de 90 jours pour organiser les prochaines élections. Le jeudi 25 juillet, il s’est exprimé à la télévision tunisienne, en présence du chef du gouvernement, Youssef Chahed. Félicitant l’œuvre du président de la République, il appelle par la même les Tunisiens à « resserrer les rangs et à faire preuve de solidarité ». Il incomberait à la cour constitutionnelle de constater la vacance du pouvoir. Néanmoins, le pays n’est pas doté d’un tel organe, n’ayant pu être mis en place, en raison des multiples divergences politiques.

Dorénavant, la question qui se pose est la façon dont la Tunisie vivra cette nouvelle transition. Au sein de Nidaa Tounès, les luttes intestines cristallisent l’affaiblissement du camp présidentiel et profitent aux islamistes. Dans une région propice à l’instabilité et aux soulèvements, la Tunisie s’est illustrée durant des années comme un « havre de paix ». Pourtant, derrière la façade démocratique se cachent des revendications sociales, un chômage de masse et une économie en berne. Autant de défis à relever pour le prochain chef d’Etat qui devra faire face à une famille politique divisée et à un processus constitutionnel inachevé.

La République de Moldavie en pleine rupture politique dans un pays divisé

Igor Dodon à gauche et Pavel Filip à droite. Tous droits réservés.

Depuis les élections législatives du 24 février 2019, la Moldavie connaît une crise gouvernementale et parlementaire qui a atteint son paroxysme durant le weekend du 9 juin. En effet, aucune majorité n’ayant été clairement dégagée au Parlement à l’issue de ces élections, l’hémicycle est divisé entre trois grands partis : le parti des socialistes, le parti démocrate moldave (PDM) et l’Alliance ACUM composée des deux partis « Plateforme vérité et dignité » et « Parti action et solidarité ». L’incapacité parlementaire à décider de la formation d’un gouvernement avait conduit au blocage complet des institutions et poussé le président pro-russe Igor Dodon à fixer un ultimatum aux députés, leur donnant jusqu’à la mi-juin pour former un gouvernement, faute de quoi les électeurs moldaves retourneraient aux urnes.

La situation moldave incarne les tensions autour du bassin méditerranéen, tiraillée entre forces prorusses et proeuropéennes.

L’article 85-1 de la Constitution moldave prévoit en effet qu’« en cas d’impossibilité de formation du Gouvernement ou de blocage de la procédure de l’adoption des lois pendant un délai de 3 mois, le président de la République, après avoir consulté les fractions parlementaires, peut dissoudre le Parlement ». A la surprise de tous, le 8 juin, les socialistes d’Igor Dodon et l’Alliance ACUM se sont entendus sur une coalition afin de former un gouvernement inédit entre prorusses et proeuropéens, nommant Maia Sandu Premier ministre.

Le lendemain, la Cour constitutionnelle a été saisie par le PDM – parti du Premier ministre Pavel Filip – présidé par l’oligarque Vladimir Plahotniuc, l’homme fort de la République moldave, dans l’objectif de contester la formation du nouveau gouvernement. Selon le PDM, dans un argumentaire repris ultérieurement par la Cour constitutionnelle, la date butoir du 7 juin pour la formation d’un gouvernement n’avait pas été respectée. Mais, selon les partis des socialistes et de l’ACUM, le délai de formation du gouvernement courait jusqu’au 9 juin, trois mois après la confirmation des résultats officiels et non le 7 juin, trois fois trente jours après le 7 mars.

Dimanche 9 juin 2019, au motif de ne pas avoir dissous le Parlement, le président Igor Dodon a donc été démis de ses fonctions par la Cour constitutionnelle moldave, faisant du Premier ministre Pavel Filip le chef d’Etat par intérim. Celui-ci a immédiatement décider de convoquer de nouvelles élections législatives anticipées le 6 septembre. La Cour constitutionnelle a également déclaré le 10 juin l’« inconstitutionnalité du décret présidentiel du 8 juin nommant Maia Sandu en tant que Première ministre ». En réaction à cette décision, le Parlement élu a refusé la dissolution, la déclarant « d’illégale », ce que Vladimir Plahotniuc qualifie en retour de « coup d’Etat ».

Le même jour, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Pologne et la Suède ont conjointement déclaré : « dans la crise constitutionnelle actuelle, nous considérons le parlement de Moldavie comme le représentant du peuple de Moldavie et comme le lieu le plus approprié pour débattre des questions politiques, y compris les plus controversées, et nous le soutenons comme tel ». La haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Frederica Mogherini, appelle à son tour « au calme et à la retenue » et se dit prête à « travailler avec le gouvernement démocratiquement légitime ».

Le 11 juin, faisant fi de la décision de la Cour constitutionnelle, le Président Igor Dodon, a annulé le décret signé par Pavel Filip portant sur la dissolution du Parlement et l’annonce d’élections législatives anticipées au 6 septembre. Après une semaine de confusion et de tensions, le gouvernement dirigé par le PDM de Vladimir Plahotniuc a cédé le pouvoir au gouvernement de Maia Sandu. La Première ministre annonce dans un communiqué s’adressant aux citoyens moldaves que « les dirigeants de ce clan mafieux, qui ont usurpé le pouvoir et terrorisé les citoyens de la République de Moldavie pendant de nombreuses années, ont quitté le pays. Nous voulons vous assurer que le système de justice deviendra fonctionnel et indépendant ». Washington salue cette transition pacifique et se dit « prêt à travailler avec tous les Moldaves dans la construction d’un futur plus démocratique ».

Soudan : le président Omar el-Béchir destitué

Omar el-Bechir. Tous droits réservés.

Un mouvement populaire sans précédent secoue le Soudan, où la population réclame depuis quatre mois le départ du président Omar el-Béchir. Les protestations se sont intensifiées à partir du samedi 6 avril avec des manifestations de masse devant les bâtiments de l’armée pour réclamer le soutien des militaires dans la mobilisation contre le président. Finalement, jeudi 11 avril, les Soudanais ont appris par le biais de l’armée la destitution de leur président. En direct à la télévision nationale, le vice-président et ministre de la Défense, Awad Ahmed Ibn Awf a déclaré à la mi-journée : « J’annonce la chute du régime et le placement en détention dans un lieu sûr de son chef ». Plusieurs cadres du régime ont également été destitués. Le militaire a par la même annoncé l’établissement d’un Conseil de transition militaire pour une période de deux ans. Par ailleurs, Khartoum est également soumise à l’état d’urgence pour trois mois, qui engendre la mise en place d’un couvre-feu et la fermeture des aéroports.

Dès le début de la journée du 11 avril, l’armée avait annoncé l’imminence d’un communiqué très important. Plusieurs médias avaient alors prédit le départ du président. Alors qu’au début de la journée les Soudanais ont célébré le potentiel départ d’Omar el-Béchir, la mainmise de l’armée et la tournure autoritaire que prend ce mouvement provoquent l’ire de la population et suscitent une nouvelle vague de tension dans le pays. Des milliers de personnes se sont rendus devant le siège du ministère de la Défense en signe de protestation. Ils réclament en effet que le pouvoir soit confié à un « gouvernement civil de transition représentant les forces de la révolution ».

Arrivé à la tête du Soudan à la faveur d’un coup d’Etat en 1989, Omar el-Béchir a pris le pouvoir avec l’aide des islamistes et a instauré dans le pays un régime islamo-militaire. Le chef d’Etat incarne est un personnage clivant et son pays connait des périodes d’isolement depuis les années 1990 en raison de sa proximité avec les milieux militants islamistes. Le président soudanais est aussi sous le coup de deux mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale, l’un émis en mars 2009 et le second en juillet 2010. Il est en effet accusé de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité suite aux exactions commises au Darfour. De plus en plus contesté au sein de son pays, Omar el-Béchir s’est retrouvé isolé et a finalement été lâché par l’armée, ce qui a provoqué sa destitution.

S’agissant des puissances internationales, la chute du vieux président est une mauvaise nouvelle pour la Russie. Khartoum représente en effet l’une des portes d’entrée de Moscou en Afrique centrale. Pour son voisin tchadien, la perspective du départ d’Omar el-Béchir peut signifier un danger moindre concernant ses frontières orientales. Il est très probable que l’Egypte, qui considère historiquement le Soudan comme son pré-carré – le pays était d’ailleurs appelé « le Soudan anglo-égyptien » – s’implique dans la transition à venir. Il ne serait pas surprenant qu’Omar el-Béchir, actuellement détenu, s’exile en Egypte. Si l’Organisation des Nations unies ne s’est pas encore exprimée publiquement à ce sujet, les ambassadeurs américain, britannique et norvégien ont appelé à la mise en œuvre d’un « plan de transition politique crédible ». Quant au ministère des Affaires étrangères français, il s’est dit « attentif à l’évolution de la solution » et souhaite que « la voix du peuple soudanais soit entendue et que les évolutions en cours se fassent sans violence ».

L’insurrection populaire pacifique aura eu raison du président âgé de 75 ans. Cet événement fait écho à l’actualité algérienne. Depuis quatre mois, les Soudanais prônent un mouvement contestataire non-violent. Pourtant, au moins 49 personnes ont perdu la vie dans des violences liées aux manifestations depuis les premiers rassemblements en décembre.