Pétrole

Réunion des membres de l’OPEP, à l’exception de l’Iran : la République islamique au cœur des débats

 

Réunion des principaux membres de l’OPEP, sans l’Iran, le tout sur fond de tensions dans le Golfe persique. Tous droits réservés.

Dimanche 19 mai, une réunion des ministres de l’Energie des principaux membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) s’est tenue dans la ville de Djeddah. Cette réunion a permis aux pays de l’OPEP de se coordonner afin de stabiliser le marché mondial du pétrole. En effet, les crises iranienne et vénézuélienne ont entrainé une baisse dans la production quotidienne de barils et une chute des exportations. Toutefois, les stocks de brut continuent d’augmenter selon le ministre de l’Energie saoudien, Khaled al-Faleh, malgré les tensions croissantes entre les Etats-Unis et l’Iran – grande absente de cette rencontre.

Le 19 mai, le Président des Etats-Unis a mis en garde sur Twitter la République islamique :« si l’Iran veut se battre, ce sera la fin officielle de l’Iran ». Il prévient la théocratie : « Ne menacez plus jamais les Etats-Unis ! ». Le lendemain, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif a répondu : « les Iraniens sont restés debout pendant des millénaires alors que leurs agresseurs [sont] tous partis ». Il ajoute : « Le terrorisme économique et les railleries génocidaires ne mettront pas fin à l’Iran ».

Ces attaques verbales font suite aux sanctions américaines prises à l’encontre de Téhéran avec une volonté de « porter à zéro les exportations » iraniennes dans le secteur pétrolier. L’Iran étant le 4ème exportateur mondial de pétrole en 2018, ces sanctions fragilisent le marché de l’or noir, qui craint des hausses des stocks mondiaux. Toutefois, les pays de l’OPEP sont « unanimes dans leur volonté de continuer à travailler pour arriver à la stabilité entre l’offre et la demande » a indiqué le ministre de l’Energie saoudien.. Riyad et Abou Dhabi assurent qu’ils « seront flexibles » et qu’il faut rester prudents. « Produire davantage ferait enfler les stocks et conduirait à une chute des cours du baril » selon les mots de Khaled al-Faleh.

La menace iranienne – brandie à plusieurs reprises par la République islamique en cas de conflit aggravé avec Washington – de fermer le détroit d’Ormuz aggrave davantage la situation. Ce couloir, hautement stratégique, est « le point de passage le plus important au monde » selon l’administration américaine. Cependant, l’Iran, auquel les Etats-Unis ont également imposé des sanctions dans le secteur bancaire, et sur les exportations de fer, d’acier, d’aluminium et de cuivre, est au bord de l’implosion économique et ne veut probablement pas envenimer la situation.

La réunion des membres de l’OPEP était également l’occasion de revenir sur les actes de « sabotage » déplorés contre quatre navires au large des côtes orientales des Emirats et l’attaque contre un oléoduc saoudien revendiquée par des rebelles yéménites, soutenus par Téhéran. Néanmoins, le ministre saoudien de l’Energie a voulu se montrer rassurant déclarant que « les actions destructives qui ont été commises la semaine dernière, ne produisent aucun effet à l’encontre de la distribution pétrolière ». Il ajoute concernant le marché pétrolier : « Je ne suis pas sûr qu’il y ait une pénurie de l’offre, mais nous regarderons l’analyse du marché. Nous serons sans aucun doute réactifs et le marché sera fourni ».

Riyad a demandé la convocation de sommets extraordinaires du Conseil de coopération du Golfe ainsi que la Ligue arabe, à La Mecque le 30 mai prochain afin de « discuter des agressions et de leurs conséquences sur la région » selon l’agence de presse officielle saoudienne. Il s’agit également de débattre sur « tous les sujets susceptibles de renforcer la sécurité et la stabilité dans la région ».

Pétrole iranien : la nouvelle décision de Donald Trump

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Lundi 22 avril 2019, le président américain Donald Trump a annoncé sa volonté de « porter à zéro les exportations » iraniennes à partir du 2 mai, afin de « priver le régime de sa principale source de revenus ».

Depuis le mois de novembre 2015, le président américain, après être sorti unilatéralement de l’accord sur le nucléaire iranien, avait déclaré le retour des sanctions à l’égard de l’Iran. Les Etats-Unis, tout en sanctionnant le pétrole iranien, avaient tout de même accordé quelques dérogations. En effet, huit pays pouvaient encore importer du pétrole brut iranien. Il s’agit de la Chine, de la Corée du Sud, de la Grèce, de l’Inde, de l’Italie, du Japon et de la Turquie. Or, ces dérogations prendront fin dès le mois de mai prochain sous peine de sanctions. Parmi ces pays, la plupart sont des alliés américains et il apparait peu crédible que ces derniers résistent à la décision américaine. Quant à la Turquie, son ministre des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a fait savoir que le pays n’accepterait pas cette décision : « La Turquie est opposée à ce type de contraintes, elle l’exprime depuis le début, et nous ne les acceptons pas ». Pour autant, le volume de pétrole acheté par Ankara à Téhéran est peu important. En définitive, seules la Chine et l’Inde, en tant que puissances significatives, sont en mesure de questionner le choix américain. Par la voix du porte-parole du ministère des affaires étrangères, Pékin s’est insurgé contre ces « sanctions unilatérales » qui « augmenteront inévitablement l’instabilité du Moyen-Orient et du marché pétrolier global ». Plus prudemment, New-Dehli a tenu à rassurer sa population sur la sécurité de « l’approvisionnement des raffineries indiennes en pétrole à partir de mai 2019 ».

Si la volonté de réduire à néant les exportations iraniennes semble difficile à atteindre, il n’en reste pas moins que cette action politique de Donald Trump sera lourde de conséquences pour Téhéran. Pour le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, « la campagne de pression » américaine sur l’Iran a déjà porté ses fruits : le chef de la diplomatie estime que « les sanctions ont privé le régime de beaucoup plus de 10 milliards de dollars ». La décision iranienne a fait grimpant les cours du pétrole brut. Après une augmentation de 3%, ils atteignent dorénavant 74,28 dollars, ce qui correspond à leur plus haut niveau depuis le début de l’année 2019. Dans un pays où les ventes de pétrole représentent traditionnellement 60 à 70% des exportations iraniennes, le retrait américain du JCPoA a déjà ébranlé l’économie iranienne qui ne cesse d’être fragilisée. Sans surprise, la population iranienne représente la première victime de cette décision. Le marasme économique que connait le pays a engendré une inflation supérieure à 25%. Alors que le pays subit depuis quelques semaines des inondations importantes, il n’est pas en mesure de recevoir l’aide financière étrangère du Croissant-Rouge du fait des sanctions américaines.

Du côté de la communauté internationale, l’Arabie et les Emirats arabes unis accueillent d’un bon œil la décision américaine. En effet, Riyad et Abu Dhabi, à l’instar des Etats-Unis, entendent réduire l’influence de Téhéran au Moyen-Orient, leur principal rival dans la région. De fait, le royaume wahhabite a appelé mardi 23 avril 2019 à maintenir la pression exercée sur l’Iran afin que le pays cesse sa « politique de déstabilisation ». Les pays européens signataires de l’accord sur le nucléaire iranien, restent attachés à cet accord mais surveillent d’un œil attentif les agissements américains. Quant à la France, le ministère des Affaires étrangères a déclaré : « Avec ses partenaires européens, la France entend poursuivre ses efforts pour que l’Iran tire les bénéfices économiques liés à la levée des sanctions aussi longtemps qu’il respectera l’ensemble de ses obligations nucléaires ».

 

L’outil de troc de l’UE pour commercer avec l’Iran

 

Jean-Yves Le DRIAN, Jeremy HUNT, et Heiko MAAS à Bucarest, le 31 janvier 2019.
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Jeudi 31 janvier 2019, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, avec le soutien de l’Union européenne, ont officialisé la mise en place d’un « véhicule spécial » destiné à faciliter le commerce avec l’Iran, contournant ainsi les sanctions décrétées par les Etats-Unis.

Baptisé INSTEX (Instrument in Support of Trade Exchanges ou Instrument de soutien aux échanges commerciaux), ce mécanisme a été annoncé par Jean-Yves le DRIAN pour la France, Heiko MAAS pour l’Allemagne et Jeremy HUNT pour le Royaume-Uni. La déclaration conjointe des ministres des Affaires étrangères du groupe E3 rappelle que cette création est conforme « à leur ferme engagement et à leurs efforts constants visant à sauvegarder le Plan d’action global commun » (PAGC ou JCPoA Joint Comprehensive Plan of Action), entériné par le Conseil de sécurité des Nations unies dans sa résolution 2231. INSTEX SAS, implantée à Paris et dirigée par le banquier allemand Per FISCHER, est destinée à soutenir « les transactions commerciales européennes légitimes avec l’Iran ». Toutefois, pour que ce mécanisme fonctionne, il est nécessaire que l’Iran établisse une structure identique.

Le projet fait suite à la décision américaine de rétablir les sanctions à l’égard de l’Iran et au retrait de Washington de l’accord de Vienne de 2015. Le but poursuivi par le président Donald TRUMP, qui estime contrairement à l’avis de ses services de renseignement que l’Iran ne respecte pas ses engagements, est d’isoler le pays de ses principales sources de revenus et des canaux financiers internationaux. De fait, cette décision extraterritoriale vise l’ensemble des entreprises commerçant avec la République islamique. Alors que la plupart des grandes sociétés, dont Total ou PSA, se sont retirées du marché iranien pour éviter les sanctions américaines, les exportations de pétrole de Téhéran ont chuté de presque 50%. Pour éviter les transactions et les flux financiers libellés en dollars, les entreprises européennes auront recours à un troc sophistiqué : un exportateur iranien vendant en Europe sera payé par un importateur iranien qui importe depuis l’Europe et inversement.

La cheffe de la diplomatie de l’UE, Federica MOGHERINI s’est félicitée de la mise en place d’INSTEX et espère qu’il « fournira aux opérateurs économiques le cadre nécessaire pour poursuivre le commerce légitime avec l’Iran ». Elle affirme que l’Union européenne « reste attachée à la mise en œuvre complète et effective du JCPoA sous tous ses aspects » et souligne le respect des engagements pris de la part de l’Iran. Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammed Javad ZARIF salue « la première étape attendue depuis longtemps » concernant les engagements de l’UE pris en mai 2018 afin de « sauver le JCPOA ». Il déclare que le pays reste « prêt pour un engagement constructif avec l’Europe sur un pied d’égalité et avec un respect mutuel ».

Pour l’heure, INSTEX se concentre sur les « secteurs les plus essentiels pour la population iranienne », en l’occurrence les produits pharmaceutiques, les dispositifs médicaux et les produits agro-alimentaires. Le « véhicule » dispose ainsi d’une portée symbolique qui illustre la résistance des trois nations européennes aux Etats-Unis.

Pour le moment, seuls Paris, Berlin et Londres, signataires de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien de 2015, sont partie prenante, mais « INSTEX a pour visée, à long terme, de s’ouvrir à des acteurs économiques de pays tiers désireux de commercer avec l’Iran ».

Les enjeux énergétiques au cœur de nombreux conflits méditerranéens

Par le capitaine de vaisseau Eric LAVAULT, auditeur de la 29ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques.

Compte rendu de la conférence éponyme prononcée par Jacques PERCEBOIS, le 13 décembre 2018. Les analyses décrites ci-dessous représentent les seules opinions du conférencier et n’engagent pas l’institut FMES.

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L’institut FMES a eu le plaisir de recevoir Jacques PERCEBOIS, Professeur émérite à l’Université de Montpellier, Doyen honoraire de la Faculté d’économie et directeur du CREDEN (Centre de Recherche en Economie et Droit de l’Energie).

Pendant plus d’une heure et à travers des exemples chiffrés et illustrés, Jacques PERCEBOIS s’est adressé aux vingt auditeurs de la 29ème Session Méditerranéenne des Hautes Etudes Stratégiques et aux adhérents de l’Institut FMES.

Les éléments de crises internationales liés à l’accès aux énergies sont nombreux à l’orée de ce siècle. Dans la continuité du précédent, l’accès au pétrole et au gaz reste un facteur de tensions au Proche-Orient. A contrario, le pétrole saoudien n’aura plus la même importance dans l’équation énergétique des Etats-Unis. L’approvisionnement en gaz de l’Europe est en revanche au cœur des tensions entre Russie et Etats-Unis. L’énergie nucléaire est par ailleurs une source de friction entre Européens et de tensions avec l’Iran. Enfin, l’Europe comme l’Afrique doivent être vigilants à l’égard des investissements chinois dans leurs infrastructures énergétiques.

Le vice-amiral d’escadre (2) et directeur des opérations de l’Institut FMES, Pascal AUSSEUR introduisant la présentation de Jacques PERCEBOIS.
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  • L’énergie comme fondement des conflits

Première caractéristique, l’énergie est une arme. L’Histoire est jalonnée d’exemples illustrant le lien de causalité entre énergies et conflits pour tenter de se les approprier. Derrière les fondements politique, culturel, religieux ou idéologique d’une guerre, le spectateur avisé trouvera souvent un enjeu de contrôle énergétique.

Pétrole et gaz sont invariablement des sources de tensions et de crises politiques au Moyen-Orient. Au retour de la conférence de Yalta en février 1945, le président ROOSEVELT fait une halte en Arabie Saoudite afin de sceller avec le roi Ibn Séoud le pacte énergétique du Quincy, qui a lié jusqu’à ce jour les Etats-Unis d’Amérique au pétrole du royaume wahhabiste.

La guerre du Kippour de 1973 et la première guerre du Golfe en 1990 ont le pétrole pour arrière pensée. L’obsession du président TRUMP à l’égard de l’Iran chiite trouve d’abord sa cause dans la compétition avec le royaume saoudien sunnite pour l’exportation de l’or noir.

L’approvisionnement du gaz de Russie vers l’Europe génère inquiétudes et débats au sein d’une Union européenne qui recherche systématiquement une diversification de ses sources d’approvisionnement.

Les enjeux de l’exploitation du gaz du Levant en Méditerranée orientale suscitent tensions et convoitises et font l’objet de l’étude de la 29ème session de la FMES.

Enfin, la maîtrise de l’énergie nucléaire est stratégique et constitue un enjeu majeur de souveraineté pour de nombreux états.

  • Les tendances de fond du siècle à venir.

Seconde caractéristique, les évolutions dans l’usage des énergies comportent de très fortes inerties, en raison des équipements et des infrastructures qu’elles imposent pour leur exploitation. Certaines tendances se dessinent néanmoins pour le siècle à venir.

A l’horizon de 2035-2040, nous devrions ainsi assister à l’explosion de la consommation de l’Inde et de la Chine, dans une moindre mesure de l’Afrique. Cette explosion est lourde de menaces au plan environnemental, avec une augmentation exponentielle des rejets de CO2 par ces pays ou continent.

L’Europe, et dans une moindre mesure, les Etats-Unis comme le Japon, devraient entrer dans une ère de sobriété relative au plan énergétique.

Sans être grand clerc, le baril pourrait se stabiliser autour de 70 à 80 dollars.

Les Etats-Unis deviendront vraisemblablement indépendants du Moyen-Orient sur le plan pétrolier. Ils sont d’ores et déjà quasi auto-suffisants, grâce au pétrole non conventionnel. Cette « indépendance » énergétique pourrait dès lors conduire à un nouvel isolement diplomatique des Etats-Unis, à l’exception de tout ce qui aura trait à Israël et sa protection.

A contrario, Chine et Inde vont devenir de gros importateurs en pétrole.

  • L’énergie, source de synergies économiques

Source de tensions, l’énergie peut également être à l’origine de coopérations économiques en contradiction avec les postures diplomatiques. La coopération énergétique n’est pas nécessairement en phase avec la coopération politique.

La relation énergétique liant l’Iran et l’Irak est un bon exemple.

Autre exemple, l’Iran pourrait être un compétiteur sérieux pour l’approvisonnement de gaz de l’Union européenne.

Un projet de gazoduc relierait également le Qatar (qui vient de quitter l’OPEP) à la Turquie. Il passerait pourtant par l’Arabie Saoudite.

Enfin, malgré les déclarations hostiles de part et d’autre du continent eurasiatique, la Russie reste le premier partenaire en gaz, charbon et pétrole de l’UE qui importe 53% de son énergie.

 

  • Panorama des énergies.

Le charbon, cause majeure du réchauffement climatique, est moins stratégique que le pétrole, dans la mesure où sa distribution est plus uniforme sur la planète. Il a été détrôné aux Etats-Unis par le gaz. On assiste au processus inverse en Europe où le charbon russe pourrait détrôner le gaz. Les réserves américaines, pays continent béni des dieux au plan énergétique, sont énormes. L’évaluation de celles de la Chine est en revanche incertaine. Ainsi, pour des raisons économiques, les émissions de CO2 ont diminué aux USA.

En matière de production gazière, on assiste à une guerre des gazoducs. L’objectif des Russes est de contourner l’Ukraine. Ainsi, le gazoduc Northstream approvionnant l’Europe est sur le point d’être doublé. Le projet Turkstream, inauguré par les présidents POUTINE et ERDOGAN, vise à irriguer les pays de l’est de l’Europe. Enfin, les pays avoisinants la mer Caspienne s’en arrachent les ressources gazières en multipliant les pipelines. La Chine cherche à obtenir sa part du gateau, au détriment de l’Europe notamment, en développant ses projets vers l’est asiatique.

Dans le domaine nucléaire, la puissance installée est stable, avec 58 réacteurs en construction (notamment à Abu Dhabi, en Iran, en Arabie Saoudite ou en Egypte) dont 18 en Chine pour elle seule. A cet égard, les réacteurs de taille réduite (SMR pour small regular reactor) présentent d’intéressantes perspectives. L’Iran, très dépendant du gaz, souhaite se diversifier avec le nucléaire. L’UE est le principal producteur d’énergie nucléaire. L’EPR de troisième génération devra céder la place à la quatrième génération des surgénérateurs de type Superphénix.

Les principales réserves d’uranium se trouvent en Australie, Afrique du Sud, Brésil et au Kazakhstan, premier fournisseur de la France. Australie et Brésil sont des partenaires stratégiques de la France, notamment en matière de coopération militaire.

  • Le péril du dumping chinois sur l’électricité, énergie décarbonée

Au-delà des sources énergétiques, les infrastrutures et technologies afférentes sont des enjeux majeurs.

Les Chinois, conscients de cet enjeu, ont massivement investi dans les technologies du solaire. Pratiquant ici comme ailleurs un dumping agressif, ils ont réduit à néant les industries européennes dans le domaine photovoltaïque.

 

La Chine porte désormais ses efforts dans cette même logique de compétition économique sur la production européenne de batteries et les infrastructures électriques du Vieux Continent. Elle a ainsi pris le contrôle du réseau portugais et lorgne désormais sur les pays de l’est européen. Il convient pour les Européens d’être vigilants ; en amont des réseaux électriques se trouvent notamment la technologie nucléaire et en aval, le numérique, enjeu des rivalités technologiques du futur.

L’électricité est une énergie décarbonée permettant à la Chine, loin des préoccupations environnementales de réduction des émissions de CO2, de faire face à une pollution de plus en plus préoccupante.

L’électricité est au cœur des stratégies technologiques de ce siècle et du projet mondial chinois. Elle est le vecteur des applications numériques.

En France, l’électricité est totalement décarbonée. Elle a connu une hausse d’imposition de 500% ces dernières années, permettant la subvention des énergies renouvelables, actuellement non rentables par rapport aux autres sources d’énergie.

Derrière cette énergie et ses équipements se trouvent les métaux et terres rares, dont le lithium, essentiel pour la fabrication des batteries. Les Chinois en contrôlent actuellement une grande partie des ressources connues.

Il est aujourd’hui nécessaire que l’Europe se dote d’une politique commune en ce domaine, face à la menace chinoise de sa « route de la soie électrique ». Le manque de vigilance de la part de l’Europe est inquiétant face aux menaces de dumping industriel et de dépendance à l’égard des Chinois.

OPEP : Le retrait du Qatar

Lundi 3 décembre 2018, le nouveau ministre de l’Energie et de l’Industrie du Qatar, Saad AL-KAABI a annoncé lors d’une conférence de presse le retrait de Doha de l’OPEP.

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP, en anglais Organization of the Petroleum Exporting Countries (OPEC)) a été créée en septembre 1960 lors de la Conférence de Bagdad par l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Iran, le Koweït et le Venezuela. L’OPEP est une organisation intergouvernementale permanente dont le siège est à Vienne. Elle a pour mission de coordonner et d’unifier les politiques pétrolières de ses pays membres et d’assurer la stabilisation des marchés du pétrole. L’objectif officiel poursuivi est « de garantir aux producteurs de pétrole des prix justes et stables, aux pays consommateurs un approvisionnement efficace et régulier et aux investisseurs un juste retour sur capital ». Le Qatar a été le premier pays à rejoindre ces cinq membres fondateurs en 1961 et a été rejoint par 9 autres Etats. Actuellement, l’OPEP concentre plus de 40% de la production de pétrole mondiale. Parmi les Etats-membres figurent deux Etats d’Amérique latine, la plupart sont issus du Moyen-Orient et d’Afrique. Deux acteurs de la rive sud de la Méditerranée, l’Algérie et la Libye en sont membres.

Lors de la conférence de presse, Saad AL-KAABI, également PDG de Qatar Petroleum, société d’Etat appartenant au Qatar exploitant les activités pétrolières et gazières, a déclaré : « Le Qatar a décidé de se retirer comme membre de l’OPEP avec effet en janvier 2019 ». Cette décision, annoncée comme« difficile » par le ministre,  est officiellement liée à la faible quantité de pétrole produite par l’émirat qui est l’un des plus petits producteurs de l’OPEP au sein de laquelle il bénéficie d’une influence limitée. Le pays continuera de produire du pétrole mais « notre potentiel, c’est le gaz » a affirmé le ministre, l’industrie gazière étant affichée comme la priorité à moyen et long terme dans ce petit Etat de 2,6 millions d’habitants et de 12 000 kilomètres carrés. En effet, Doha est le premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL) avec une production de 77 millions de tonnes par an qui sera de l’ordre de 110 millions en 2024. Le secteur gazier a permis de transformer et d’enrichir l’économie qatarie.

Cette décision est à rapprocher des tensions avec l’Arabie saoudite. La monarchie apparait isolée sur la scène régionale depuis juin 2017, subissant un embargo économique et diplomatique de la part de Riyad, qui a fermé ses liaisons terrestres, maritimes et aériennes. Le régime wahhabite, qui domine actuellement le cartel, est suivi par ses alliés dont font partie les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte. Tous soupçonnent le Qatar de soutenir des mouvements terroristes, de favoriser les Frères musulmans et de se rapprocher de l’Iran. Sans surprise Saad AL-KAABI a assuré qu’il ne s’agissait pas d’une décision politique mais d’une réflexion sur les moyens de renforcer le profil international du pays par son industrie gazière.

L’annonce du ministre intervient alors qu’une réunion cruciale doit se tenir les 6 et 7 décembre à Vienne entre les pays membres de l’OPEP et leurs partenaires.  Les discussions porteront notamment sur une baisse de la production de pétrole pour enrayer la baisse du prix des barils. Le Qatar y participera, probablement pour la dernière fois. Cet épisode illustre le clivage croissant au sein du Moyen-Orient.

 

L’électricité dans l’Union de l’énergie : éclairer l’avenir

Rapport d’information de MM. Claude KERN et Michel RAISON, fait au nom de la commission des affaires européennes

n° 147 (2017-2018) – 7 décembre 2017

« Combattre les émissions de gaz à effet de serre liées à la sphère énergétique est un objectif dont l’importance justifie amplement qu’il soit traité de façon complète. Il convient d’identifier clairement les trois fractions du mix énergétique par nature à même d’y contribuer : les énergies renouvelables – intermittentes ou non – et la filière électronucléaire.

Symétriquement, la substitution du gaz au charbon est à court-moyen terme l’évolution la plus prometteuse du mix énergétique. Le progrès de l’efficacité énergétique ne peut être négligé, ni pour contenir le réchauffement climatique, ni pour diminuer les émissions de substances toxiques dans l’air.

Les énergies obtenues à partir de sources renouvelables intermittentes sont vraisemblablement destinées à jouer un rôle très important à l’avenir, à condition que leur prix de revient soit raisonnable et que le stockage permette l’utilisation continue d’électricité obtenue à partir d’une ressource intermittente.

Ce rapport d’information examine les évolutions qui devront se faire à un rythme compatible avec la compétitivité industrielle du Vieux Continent et la défense du pouvoir d’achat des citoyens. Cette condition est loin d’être neutre pour les réseaux de transport et de distribution d’électricité, dont l’évolution doit systématiquement être guidée par la sécurité de l’approvisionnement et son coût.

Les pouvoirs publics nationaux – notamment les autorités de régulation – ne sauraient être écartées ni des grands choix stratégiques, ni de la gestion permanente du système énergétique, enjeux majeurs pour les citoyens. »

Vers le site du Sénat ⇒

MARITIME – PORTS – 2016 12 – Dynamique portuaire le Havre et Rouen – ISEMAR N°185

Les deux grands ports de la Seine constituent ensemble la principale façade portuaire française (91 Mt, 40 000 emplois). Leur rôle est fondamental pour les flux conteneurisés, le pétrole et les produits agricoles. Néanmoins, si l’emprise du Havre sur le Bassin parisien et le Centre Ouest de la France est forte, la concurrence est dure sur les régions plus éloignées des Hauts de France et du Grand Est. De même pour les grains, Rouen doit rester le port privilégié d’une grande partie des exportations françaises…

Offshore – 2016 02 – Espoir d’un indépendance énergétique retrouvée en Egypte – IFRI

Le destin pétrolier et gazier de l’Égypte semblait encore scellé en juillet 2015. Cet État, producteur de pétrole depuis près de cent ans1 et de gaz depuis 19752 devait composer avec une dépendance énergétique de plus en plus importante vis-à-vis des marchés extérieurs. En 2010, le pays a pour la première fois, et ce depuis fort longtemps, consommé davantage de produits pétroliers (765 000 barils par jour (b/j)3) qu’il n’a produit de brut (725 000 b/j) et cette tendance s’est ensuite poursuivie…