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La visite du pape François au Maroc en faveur de la paix et d’une société multiculturelle

Le pape François et le roi Mohammed VI au Palais royal de Rabat au Maroc, le 30 mars.
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Les 30 et 31 mars, le pape François a effectué une visite au Maroc, sa première au Maghreb. Placée sous le thème « Pape François : Serviteur d’Espérance », cette visite du souverain pontife s’est déroulée sous le signe du développement interreligieux, de la compréhension mutuelle entre les fidèles et de la promotion des valeurs de paix et de tolérance.

L’Eglise catholique compte environ 30 000 fidèles au Maroc, pour la plupart des expatriés français et européens et des migrants originaires d’Afrique subsaharienne. Parmi eux, entre 4 000 et 8 000 sont des chrétiens marocains selon l’Association des chrétiens marocains (ACM). Depuis 2017, ces convertis réclament le droit de vivre « sans persécution » et « sans discrimination ». Pour autant, le Maroc fait partie des rares pays musulmans garantissant la conversion comme un droit, contrairement aux Emirats arabes unis (où le pape s’est rendu en février dernier) où cet acte peut encourir la mort. Pour autant, ni le souverain pontife ni le monarque chérifien n’ont fait allusion aux milliers de Marocains discrètement convertis au catholicisme.

Lors de sa première journée, le pape s’est entretenu avec le roi Mohammed VI. Alors que le monarque marocain a assuré protéger « les Juifs marocains et chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc », le souverain pontife a plaidé, devant 25 000 personnes rassemblées sur la grande esplanade de la mosquée Hassan à Rabat en faveur de « la liberté de conscience » et « la liberté religieuse ». La rencontre entre les deux hommes a été marquée par la signature de « l’Appel d’Al Qods ». Le roi Mohammed VI, en tant que président du Comité Al Qods et le souverain pontife entendent « conserver et promouvoir le caractère spécifique multi religieux, la dimension spirituelle et l’identité particulière de la ville sainte ». En effet, les deux considèrent important de préserver Jérusalem comme « patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue ». Cet appel s’inscrit alors que la ville connait une judéisation, notamment par la reconnaissance par certains Etats, en premier lieu les Etats-Unis, de Jérusalem comme capitale d’Israël.

Le pape a également fait des migrations l’un des fers de lance de sa papauté et de sa visite au Maroc. Ainsi, il a fait la rencontre de 80 migrants dans un centre humanitaire Caritas où il a mis en garde contre « l’indifférence et le silence ». Il a, par la même, prôné une « immigration sûre, ordonnée et régulière », dans l’esprit du Pacte de Marrakech des Nations unies, signé le 10 décembre dernier. Depuis quelques années, le Maroc est devenu le premier pays de départs clandestins des migrants africains en direction de l’Europe. Ces migrants ont d’ailleurs transformé le visage de l’Eglise catholique dans le pays et ont été très mobilisés à l’occasion du voyage du pape à Rabat.

Dimanche, après un discours à la cathédrale Saint-Pierre, le pape a clôturé son séjour avec une messe au Complexe sportif Moulay Abdellah à Rabat où plus de 10 000 fidèles ont fait le déplacement. En ce quatrième dimanche de carême, le souverain pontife a mis en garde contre le prosélytisme : « les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse ». La requête du pape résonne dans un pays où le prosélytisme actif auprès de musulmans peut valoir jusqu’à trois ans de prison et ce, en dépit du droit à la conversion. La visite du pape s’achève avec ces paroles adressées à l’audience : « Je voudrais vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue avec nos frères et sœurs musulmans et contribuer à rendre visible cette fraternité universelle ».

L’événement a été massivement relayé par la presse marocaine et arabe. TelQuel souligne le caractère international de cette rencontre et la diversité du culte qui mêle différentes nationalités tandis que Le Courrier de l’Atlas évoque une « visite historique ». Quant au journal Le 360, il considère cette visite comme un « événement planétaire retentissant ». Le journal libanais L’Orient-le Jour note que « pour une nouvelle fois, le chef des catholiques a plaidé pour la tolérance religieuse et la coexistence pacifique des croyants ». Enfin, le média qatari Al Jazeera souligne la priorité du pontife argentin de faire de l’amélioration des relations avec les autres religions une « priorité ».

Si le nombre de chrétiens était dix fois supérieur avant l’indépendance au Maroc et qu’il ne représente aujourd’hui qu’1% de la population, le déplacement du souverain pontife à Rabat a une portée symbolique et adresse un message fort en faveur d’un dialogue de paix et d’un vivre ensemble entre les différentes confessions.