Ormuz

Détroit d’Ormuz : quelle réponse ?

Depuis le mois de mai 2019, les tensions autour du détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 20.7 millions de barils de pétrole par an, soit 20% du commerce de pétrole, s’accroissent. Des sabotages de pétroliers ont été attribués à l’Iran. En juin dernier, les iraniens ont abattu un drone américain, puis les américains ont annoncé avoir abattu un drone iranien le 18 juillet 2019, ce que l’Iran a démenti.

Si ces accrochages se sont d’abord produits principalement entre les Etats-Unis et l’Iran, au début du mois de juillet, le Royaume-Uni a saisi un pétrolier iranien au large de Gibraltar. Selon Londres, le navire transportait du pétrole à destination de Syrie, en dépit des sanctions européennes à l’encontre du pays. L’Iran a répondu en saisissant un pétrolier britannique empruntant le détroit d’Ormuz   au motif que celui-ci a enfreint la loi maritime internationale.

Face à cette escalade, deux propositions ont été faites pour assurer la liberté et la sécurité de navigation dans le détroit d’Ormuz. Les Etats-Unis vont mettre en place l’opération « Sentinel », qui consiste à équiper les navires de caméras et à fournir si besoin une escorte militaire. Une autre opération de dimension européenne a été proposée par l’ancien ministre des affaires étrangères britannique, Jeremy Hunt : elle consiste à déployer une force européenne dans la zone pour protéger les navires.

Des pays européens tels que la France et l’Allemagne ont refusé de rejoindre l’initiative américaine. Les Européens considèrent que la stratégie de « maximum pressure » appliquée à l’Iran par les Etats-Unis fait courir le risque d’une escalade des tensions.

En revanche la France, l’Italie et le Danemark ont affiché un enthousiasme mesuré à l’égard de la proposition britannique. Très vite d’ailleurs,  le Royaume-Uni a décidé de participer à l’opération américaine effaçant de fait leur proposition initiale. L’arrivée de Boris Johnson au gouvernement n’est évidemment pas étrangère à ce revirement. Le lien entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis, déjà très fort, s’affirme ainsi un peu plus dans un contexte où le Brexit modifie substantiellement la nature des relations à établir avec les grands partenaires.

Pour les Etats-Unis, il est important que l’Opération « Sentinel » soit composée de plusieurs nations. Cela s’inscrit dans la stratégie du Président américain qui n’entend plus supporter le fardeau de la sécurité à lui seul comme le montre le message tweeter par Donald Trump le 24 juin 2019. Ainsi, la Chine et le Japon, précise-t-il, sont terriblement concernés par la sécurité du détroit d’Ormuz pour leurs approvisionnements en pétrole. Ils le sont d’ailleurs plus que les Etats-Unis sont devenus le premier producteur mondial de pétrole.

Ces tensions s’inscrivent naturellement dans la continuité de celles sous-tendues par la position des Etats-Unis sur le programme nucléaire iranien et plus largement pour contrer le soutien de l’Iran au terrorisme. Le désengagement américain du Golfe persique souligne néanmoins l’importance que les autres nations devront accorder à la libre circulation dans cette zone. A terme, une question similaire pourrait se poser pour la Méditerranée.

 

Photo satellite du détroit d’Ormuz. Tous droits réservés.