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Un nouveau revirement dans le plan de « paix » pour résoudre le conflit israélo-palestinien par l’administration Trump


Le Président des Etats-Unis, Donald Trump (à gauche), rencontre le Premier ministre Israélien, Benyamin Netanyahou, à New-York le 18 septembre 2017. Tous droits réservés.

Le conflit israélo-palestinien sévit depuis plus de 70 ans. Le plan de « paix » de l’administration Trump s’inscrit dans une longue lignée de consortium d’idées pour résoudre ce conflit.

Conformément à ses promesses de campagne, le Président Trump a assuré régler ce conflit. Selon les dernières informations, le plan prévu ne verra le jour qu’à la mi-juin, après de multiples repousses  en raison du contexte tendu. Encore faut-il que ce plan soit accepté par les parties concernées et plus majoritairement qu’il y ait un consensus international.

Historiquement, les tentatives de compromis et d’accords entre Israël et la Palestine sont nombreuses. La première d’entre elles concerne le plan Peel de 1937qui prévoyait un partage de la Palestine entre un Etat juif, un Etat arabe et un corridor contrôlé par les Britanniques. La proposition Peel a été mise en échec par le refus des pays arabes. Les accords d’Oslo entre Israël et l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) de 1993 avaient pour but de poser les premiers jalons d’une résolution du conflit. Cependant,  le processus s’est brusquement arrêté en 1995 après l’assassinat du Premier ministre israélien Itzhak Rabin. Depuis, les conflits s’enlisent et aucune solution ne semble frayer son chemin.

Depuis deux ans, l’administration Trump échafaude un plan présenté comme « l’affaire du siècle » censé résoudre le conflit israélo-palestinien. Toutefois, le plan ne cesse d’être modifié. En effet, en mars, le plan prévoyait la création d’une entité palestinienne souveraine, comprenant la bande de Gaza et une partie du Sinaï égyptien. Pourtant, en avril 2019, il est envisagé qu’il n’y ait plus d’entité palestinienne, mais des propositions « réalistes […] qui permettent aux gens de mieux vivre » selon le conseiller et gendre du Président Trump, Jared Kushner. Alors que ce texte devait être dévoilé après les élections législatives israéliennes du 9 avril 2019, la teneur du plan reste sous le sceau du secret.

Si le 45ème Président des Etats-Unis venait à proposer ce plan, il s’agirait d’un revirement sans précédent. Après avoir reconnu Jérusalem comme la capitale de l’Etat hébreu et avoir validé l’occupation du plateau du Golan, alors que le CSNU (Conseil de sécurité des Nations Unies) l’a qualifiée dans sa résolution 497 de « nulle et non avenue, et sans effet juridique international », il paraît logique de penser que Donald Trump veut en finir avec l’idée d’une solution à deux Etats.

De plus, le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo a déclaré samedi 13 avril sur CNN qu’« il y a eu beaucoup d’idées depuis quarante ans. Aucune n’a apporté la paix entre Israéliens et Palestiniens ». Il a ajouté « [l]a nôtre est de proposer une vision qui présente des idées nouvelles, différentes, uniques, qui tentent de reformuler et de remodeler ce qui est un problème insoluble ».

D’un côté le Premier ministre Israélien, Benyamin Netanyahou, proche de son homologue américain, refuse le retrait des colonies installées sur les territoires palestiniens et affirme que « si [le plan propose le retrait des colonies], alors Israël n’y souscrira pas ».

De l’autre côté, le Président de l’autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, refuse tout contact et rejette toutes les démarches de l’administration Trump depuis la reconnaissance de la souveraineté d’Israël sur Jérusalem. Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Shtayyeh dénonce pour sa part « un chantage financier » de la part des Etats-Unis, notamment après la réduction de plusieurs centaines de millions de dollars d’aides aux Palestiniens.

En Europe ce nouveau projet ne fait pas l’unanimité non plus. En effet, d’anciens ministres des Affaires étrangères, des Premiers ministres et deux anciens secrétaires généraux de l’OTAN ont signé un courrier envoyé à l’UE et à l’ensemble des gouvernements européens pour rejeter le plan de « paix ». Ils mettent en garde contre la création d’une entité palestinienne « dépourvue de souveraineté ». On peut y lire : « [i]l est temps que l’Europe maintienne ses paramètres de principe pour la paix en Israël-Palestine ».

Les signataires de cette lettre estiment donc qu’il serait préférable que l’Europe travaille aux côtés des Etats-Unis – dont l’implication historique en tant que médiateur au sein du conflit a récemment perdu sa neutralité affichée.

L’avenir du conflit israélo-palestinien, semble découler du plan de « paix » que les Etats-Unis proposeront à la mi-juin. En cas de refus d’une partie ou de l’autre, la situation restera bloquée une fois de plus.

En Centrafrique, l’ONU et l’UA se coordonnent pour la mise en œuvre de l’accord de paix de Khartoum.

 

Le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix (à droite), et Smaïl Chergui, Commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine, lors d’une conférence de presse en février 2019. Tous droits réservés.

Dimanche 14 avril 2019, une délégation des Nations unies (ONU) et de l’Union africaine (UA) est arrivée à Bangui. Cette nouvelle visite dans la capitale centrafricaine a pour objectif la mise en œuvre de l’accord de paix de Khartoum, 8ème accord de paix conclu depuis le début de la crise en 2013, signé le 6 février 2019 entre le gouvernement centrafricain et 14 groupes armés.

Le Secrétaire général adjoint des Nations unies pour les opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, et Smaïl Chergui, le Commissaire à la paix et à la sécurité de l’UA, veulent renforcer et matérialiser l’accord politique pour la paix et la réconciliation alors que de nouvelles tensions se font ressentir.

En effet, le renversement d’Omar el-Béchir au Soudan fragilise l’accord de paix. Ce dirigeant, pourtant inculpé par la Cour pénale internationale, était en effet considéré comme « le garant moral » selon Abdoulaye Hissène, chef militaire du Front pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC). De plus, d’autres chefs de guerre estiment que le Président centrafricain Touadéra est en position de faiblesse. A ce titre, un responsable de l’ex-Seleka (coalition ethnique à coloration religieuse musulmane) considère que les groupes armés peuvent imposer ce qu’ils veulent.

La nécessité d’une mise en œuvre de l’accord de paix se fait donc sentir plus que jamais. Pour le Secrétaire général adjoint des Nations unies aux opérations de paix, il est temps de mobiliser tout le monde « pour avancer rapidement dans la mise en œuvre de l’Accord ».

Le Commissaire à la paix et à la sécurité rappelle que « le moment est venu de faire taire les armes ». Il a ajouté : « C’est l’un des objectifs de cette visite conjointe, à savoir rappeler aux uns et aux autres les responsabilités qui sont les leurs qui découlent de l’Accord de paix. Nous attendons que la paix, la stabilité, le dialogue se renforcent chaque jour ».

M. Lacroix dénonce lui aussi la violence, précisant que ceux qui y ont recours « mettent en péril l’Accord et la seule chance pour que la paix revienne en RCA ».

Selon la Mission des Nations unies en République centrafricaine (MINUSCA), le directeur Afrique de l’Union européenne, Koen Vervaeke a rejoint lundi 15 avril le Commissaire à la paix et à la sécurité de l’UA et le Secrétaire général adjoint des Nations unies pour les opérations de paix dans une mission tripartite UA-ONU-UE qui durera jusqu’au 18 avril.

Mercredi 17 avril, ces trois représentants s’entretiendront avec le Président, le gouvernement, ainsi que des représentants de partis politiques dans le cadre de la réunion du Groupe international de Soutien (GIS) à la RCA.

Au Mali, une paix qui se fait toujours attendre

Des soldats de la MINUSMA en patrouille à Kidal, le 23 juillet 2015. Tous droits réservés.

Au Mali, la situation dégénère. Après le massacre le 23 mars dernier à Ogossagou  ayant causé la mort d’au moins 157 villageois, l’Elysée a annoncé mardi 2 avril le décès de Marc Laycuras, médecin militaire français, lors d’une opération « de lutte contre les groupes armés terroristes ».

Déployé dans le cadre de l’opération Barkhane depuis le 12 février 2019 afin de soutenir le groupement tactique interarmes, le médecin capitaine Marc Laycuras est mort après l’explosion d’une mine au passage de son véhicule dans le centre du pays. Il est le 24ème militaire français ayant perdu la vie au Mali depuis 2013.

L’armée française était intervenue au Mali à la demande du gouvernement malien dans le cadre de l’opération Serval afin de contenir l’offensive djihadiste menaçant Bamako. En raison du caractère transfrontalier de la menace terroriste, Serval s’est achevée le 31 juillet 2014 pour laisser place à l’opération Barkhane, élargie aux pays de la bande sahélo-saharienne. Depuis plus d’un an et demi, les forces françaises mènent une série d’opérations militaires dans le nord-est du Mali et étendent leur action dans la zone frontalière avec le Burkina Faso.

En 2015, un accord de paix censé isoler les djihadistes et réconcilier les irrédentistes touaregs et le pouvoir central avait été conclu par le gouvernement malien. Pour autant, cet accord n’est toujours pas mis en œuvre et la situation s’enlise. De fait, des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et onusiennes. Le Mali connait une situation critique et les groupes terroristes se multiplient. Parmi eux, l’Etat islamique au Grand Sahara, la katiba Gourma et le groupe Ansar al-Islam.

A cette menace terroriste toujours présente s’ajoutent désormais les violences intercommunautaires. La situation au Mali suscite l’inquiétude de l’Organisation des Nations unies qui craint de nouveaux massacres. L’organisation a déployé les Casques bleus dans le centre du pays et le 3 avril, le Conseil de sécurité a encouragé Bamako à adopter une feuille de route révisée pour « parachever l’application de l’accord pour la paix et la réconciliation ». Sous la présidence du Représentant permanent de l’Allemagne, Christoph Heusgen, le Conseil de sécurité préconise l’adoption par les parties maliennes d’un calendrier « clair, réaliste et contraignant ». S’il reconnait certains progrès accomplis, notamment depuis l’investiture du président Keita en septembre 2018, l’organe de l’ONU déplore la non-application de plusieurs dispositions, en dépit de la résolution 2423 du 28 juin 2018 dans laquelle le Mali s’est engagé à mettre en œuvre la Feuille de route adoptée le 22 mars 2018. L’ONU craint que ces « délais prolongés sur le plan de l’application » engendrent un « vide politique et sécuritaire » et mettent en péril la sécurité du pays. Enfin, le Conseil prie le Secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, dans le cadre de ses rapports avec la MINUSMA (Mission multidimensionnelle des Nations unies pour la situation au Mali qui doit permettre l’application de l’accord de paix) d’intégrer dans son prochain rapport trimestriel des recommandations sur les mesures concrètes à adopter. Il préconise le renforcement de la MINUSMA afin qu’elle augmente son soutien à la mise en œuvre de l’accord de paix « sans pour autant mettre en péril la stabilité du Mali et de sa région ».

Selon le ministre de la Sécurité, Salif Traoré, 150 militaires maliens et étrangers et 440 civils ont été tués depuis trois mois. Face à l’instabilité grandissante, le président Ibrahim Boubacar Keita a annoncé des limogeages au sein de l’armée. Pour l’opposition, ces mesures ne sont pas suffisantes pour rétablir la sécurité dans le pays, et notamment au centre.

Pour une coopération plus poussée entre UE et ONU

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En écho à l’appel de l’OSCE le 7 mars dernier, Federica Mogherini a plaidé devant le Conseil de sécurité des Nations unies, mardi 12 mars 2019, en faveur du multilatéralisme.

En premier lieu, la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne souligne le haut niveau de coopération de l’UE avec le système onusien « comme jamais auparavant », dans un dessein « d’assumer sa part de responsabilité dans notre maison commune ». La Haute-Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité a également souligné le renforcement de la coopération et de la coordination au sein du Conseil de sécurité entre les Etats-membres de l’UE. En effet, en sus de la France qui dispose d’un siège permanent et qui préside pour le mois de mars les travaux du Conseil de sécurité, 3 autres Etats de l’UE siègent au Conseil de sécurité pour un mandat de deux ans : Pays-Bas, Suède et Pologne.

Selon la cheffe de la diplomatie de l’UE, il existe une « voie européenne » vers la paix et la sécurité, similaire à la voie de l’ONU. Les deux organisations travaillent conjointement et œuvrent chacune en faveur de la paix et de la sécurité à travers le monde.

Dans son discours, Federica Mogherini a dressé l’inventaire de tous les théâtres de conflits. En faisant le point sur l’action de l’UE, elle a par là même traité les dossiers d’actualité. Ainsi, elle a abordé la question de la résolution des conflits, notamment en Syrie, en Libye et au Yémen. S’agissant de la Syrie, la diplomate soutient la mise en œuvre de la résolution 2254 ainsi qu’une transition politique négociée. De plus, la Haute-Représentante a fait savoir que l’UE et l’ONU coprésideront mercredi 13 mars la troisième Conférence de Bruxelles sur la Syrie afin de mobiliser l’aide humanitaire. Quant à l’Afghanistan, où les Talibans négocient discrètement avec Washington, elle juge la coopération UE-ONU « essentielle ». La ministre a également abordé la crise au Venezuela, qui a cristallisé les clivages du bassin méditerranéen. A Caracas « aucune intervention militaire, qu’elle vienne de l’intérieur ou de l’extérieur du pays, ne serait acceptable à nos yeux ». En Afrique, elle déplore la remise en cause du rôle des Casques bleus de l’ONU qu’elle juge « essentiels » et soutient les actions menées de manière trilatérale entre l’ONU, l’UE et l’Union africaine dans le cadre du traitement du dossier migratoire en Libye.

En Europe, les défis sont nombreux pour l’UE qui assure, dans le cas du Kosovo, « qu’aucun accord ne pourra être conclu sans l’appui du Conseil de sécurité ». Concernant les relations avec la Russie, la Haute-Représentante considère Moscou comme un interlocuteur incontournable mais s’inquiète de la situation dans l’est de l’Ukraine. Enfin, Federica Mogherini confirme la volonté de l’Union européenne de maintenir ses relations avec l’Iran, notamment dans le cadre de l’accord nucléaire mais se montre préoccupée par le rôle que joue l’Iran dans la région.

L’Union européenne œuvre en faveur de la paix et le message de la cheffe de la diplomatie est clair : un multilatéralisme accru entre UE et ONU permet une plus grande efficacité dans le cadre de la résolution des conflits, les deux organisations internationales ayant des intérêts convergents.

Accord sur la « Macédoine du Nord » : nouvelle étape décisive

Zoran ZAEV et Alexis TSIPRAS, le 17 juin 2018 lors de la signature de l’accord de Prespa.
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Le 25 janvier 2019, le Parlement grec a voté la loi ratifiant l’accord de Prespa. Conclu le 17 juin 2018 entre les chefs des gouvernements grec et macédonien, il concerne la dénomination de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine, désormais baptisée « Macédoine du Nord ».

Depuis 1991, Athènes s’oppose à l’utilisation du nom de « Macédoine », retenu par le premier gouvernement issu de la partition de l’ex-Yougoslavie. Le pays y voit une usurpation de son héritage historique, une de ses régions portant le même nom. Le changement d’appellation était nécessaire afin d’éviter à Skopje le véto grec en vue d’une intégration à l’OTAN et une potentielle adhésion à l’Union européenne. Après plusieurs jours de débats, le parlement hellénique a entériné le changement de nom par 153 voix sur 300.

Négocié sous les auspices des Nations unies avec l’appui de l’Union européenne et de Washington, cet accord a reçu un bon accueil en Occident. De fait, les Nations unies saluent la ratification grecque et le secrétaire général de l’ONU, Antonio GUTERRES a félicité les dirigeants des deux pays à l’instar de Matthew NIMETZ, son Envoyé personnel qui a déclaré : « Cet accord historique entre deux voisins ouvre la voie à une nouvelle relation entre eux et inaugure une nouvelle ère de consolidation de la paix et de la sécurité dans les Balkans ». Dans une déclaration commune, Jean-Claude JUNCKER, Federica MOGHERINI et Johannes HAHN « se félicitent chaleureusement de la prochaine étape cruciale dans la ratification de l’accord de Prespa ». Le président de la Commission européenne, la Haute représentante de l’UE et le Commissaire européen à l’élargissement et à la politique européenne de voisinage relèvent le « courage politique, le leadership et la responsabilité de la part de toutes les parties pour résoudre l’un des conflits les plus enracinés de la région », et affirment qu’ « Athènes et Skopje ont écrit ensemble une nouvelle page de notre avenir européen commun ». Par le biais de Mike POMPEO, Secrétaire d’Etat à la Défense, Washington félicite également le Parlement grec et souligne « la vision, le courage et la persévérance pour trouver une solution face à cette querelle autour d’un nom » des dirigeants grecs. Cet accord permettra à la Macédoine du Nord de prendre « sa place légitime dans l’OTAN et dans l’UE ». A son tour, la France approuve « cette étape politique essentielle » et salue « le courage et la détermination dont ont fait preuve les responsables grecs et macédoniens, en particulier les ministres TSIPRAS et ZAEV ». Paris assure son soutien à la Macédoine du Nord dans son rapprochement européen et en vue de son adhésion à l’Alliance atlantique.

Les principaux artisans de cet accord, les Premiers ministres grec et macédonien se montrent satisfaits du résultat. Alexis TSIPRAS a déclaré : « La Macédoine du Nord est née aujourd’hui et sera une amie et une alliée de la Grèce ». De son côté, Zoran ZAEV souligne « la victoire historique » de la Grèce : « Que l’accord de Prespa soit éternel, que la paix et le progrès dans les Balkans et en Europe soient éternels ». Les deux, accusés de traitrise par leurs oppositions respectives, ont été confrontés à une forte résistance. Si le camp du oui a reçu 91% des suffrages, seulement 37% des Macédoniens s’étaient rendus aux urnes le 30 septembre. En Grèce, l’opinion publique reste divisée et l’opposition politique a refusé de voter en faveur de l’accord de Prespa. A la veille du vote, un sondage de Pulse SKAI TV estime que 62% des personnes interrogées étaient opposées au texte. Au lendemain du vote, la presse est elle aussi partagée. Pour Angelos CHRISSOGELOS, spécialiste grec en relations internationales, le processus de Prespa illustre la pression de Bruxelles sur deux gouvernements « particulièrement faibles et dépendants de l’UE ».

Après près de 30 ans de querelles, le vote grec entend normaliser les relations entre les deux Etats. En acceptant le nouveau nom, la Grèce devrait lever son véto à l’entrée de son voisin dans l’OTAN et par la même permettre l’examen de sa candidature à l’UE, exprimée en décembre 2005.

Sahara Occidental : un tour pour rien ?

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La table ronde sur le Sahara occidental s’est déroulée les 5 et 6 décembre 2018 au Palais des Nations au siège des Nations Unies à Genève. Initiée par l’Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara occidental, Horst KOHLER, cette rencontre a réuni le Front Polisario, le Maroc, la Mauritanie et l’Algérie. Elle permet de faire renaitre un processus bloqué depuis 2012.

La première séance de cette table s’est déroulée conformément à la résolution 2440 du Conseil de sécurité de l’ONU du 31 octobre 2018 qui enjoint le Maroc et le Front Polisario, les deux parties au conflit, à reprendre les négociations. Elle a été présentée par l’ONU comme « un premier pas vers un processus renouvelé de négociations en vue de parvenir à une solution, juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara occidental ». Cet événement a suscité de vifs espoirs d’autant plus qu’en octobre dernier, le Conseil de sécurité a prorogé sa mission au Sahara occidental pour une durée supplémentaire de 6 mois.

Le Sahara occidental représente un territoire de 266 000 kilomètres carrés. Ancienne colonie espagnole, la République arabe sahraouie démocratique (RASD) déclare son indépendance en 1976. Toutefois, le Maroc contrôle toujours 80% de son territoire. Le Sahara occidental fait l’objet de tensions dans la région, notamment entre l’Algérie et le Maroc.

Alors que le Secrétaire général de l’ONU Antonio GUTERRES les avait exhortés à se présenter « de bonne foi et sans pré conditions » comme le stipule la résolution 2440, Maroc et Front Polisario ont campé sur leur position. Nasser BOURITA, ministre des Affaires étrangères marocain a relevé la « très bonne atmosphère » durant les discussions mais a prévenu que le royaume chérifien n’était « pas prêt à s’engager dans des réunions sans fin ». De plus, il affirme que « l’autodétermination est une chose, le référendum en est une autre. L’autodétermination se fait par les négociations. Le référendum n’est pas à l’ordre du jour ». Le Front Polisario par la voix de sa représentante en Suisse, Omeima MAHMOUD ABDEL SALAM, a réitéré le rejet du peuple sahraoui de toute solution « en dehors de l’exercice de son droit inaliénable à l’autodétermination ». Le président du « Parlement » sahraoui Khatri ADDOUH a quant à lui déclaré : « si les Marocains ont vraiment la réelle volonté d’en finir avec cela et de façon plus rapide qu’en organisant un référendum, ils doivent reconnaitre la République sahraouie ».

Dans un communiqué du 6 décembre, après « ces deux jours de discussions intenses », l’ancien président allemand Horst KOHLER s’est félicité que les parties se soient « engagées ouvertement et dans un esprit de respect mutuel ». Il poursuit : « Toutes les délégations ont reconnu que la coopération et l’intégration régionale, plutôt que la confrontation, étaient les meilleurs moyens de relever les nombreux et importants défis auxquels la région est confrontée ». Selon lui, aucune partie n’aurait intérêt à maintenir le statu quo et une solution pacifique serait possible. Toutefois, les blocages entre les protagonistes sont restés entiers et certains sujets épineux ont été délibérément évités. Au terme de cette rencontre, aucune avancée significative n’a donc été retenue si ce n’est la tenue à l’horizon 2019 d’une nouvelle rencontre. Cette future table ronde permet d’envisager des conclusions plus concrètes.

Conférence de Marrakech sur les migrations, un sujet qui divise

Des demandeurs d’asile et des migrants à bord d’un canot dans les eaux internationales au large des côtes libyennes en novembre 2016.Tous droits réservés.

Les 10 et 11 décembre 2018 se tient à Marrakech une conférence des Nations Unies concernant les migrations. L’objectif de cette Conférence de Marrakech est d’adopter officiellement un pacte global afin de « rendre les migrations plus sûres et plus dignes pour tous ».

Le texte de l’accord, le « Pacte mondial pour des migrations plus sûres, ordonnées et régulières », a été approuvé par les Etats membres de l’ONU le 13 juillet 2018. Il entend mieux gérer les migrations internationales, renforcer le droit des migrants et à contribuer au développement durable et répond à la Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants du 19 septembre 2016. Pour la première fois, les Etats se sont accordés pour négocier un accord couvrant toutes les dimensions des migrations internationales. « Réalisation importante » pour le Secrétaire général de l’ONU Antonio GUTERRES, il s’agit d’un « moment historique » pour Miroslav LAJCAK, président de l’Assemblée générale jusqu’au 18 septembre 2018, puisqu’en décembre ce pacte « deviendra officiellement le premier cadre global sur la migration que le monde ait jamais vu ».

Ce Pacte mondial mentionne 23 objectifs à atteindre qui reposent sur des valeurs telles que la souveraineté des Etats, le partage des responsabilités, la non-discrimination et les droits de l’homme afin d’encadrer les migrations. Toutefois, ce texte propose des pistes de réflexion. Même s’il aura de facto une valeur normative, il ne sera pas contraignant juridiquement.

La Canadienne Louise ARBOUR, Représentante spéciale des Nations Unies pour les migrations internationales, présidera la Conférence et espère après adoption du Pacte « une nette amélioration des aspects développement, de l’aspect humanitaire et de tous les avantages économiques que la migration peut produire » à condition que cette dernière soit « bien gérée de manière coopérative ». Si la migration n’est pas un phénomène nouveau, le nombre de migrants s’est accru ces dernières années. « Aujourd’hui, 3,4% de la population mondiale sont des migrants. En 2000, il était de 2.7% » déclare la Représentante spéciale de l’ONU qui affirme que les changements climatiques donneront également lieu à une hausse significative de ce nombre.

L’adoption de cet accord apparait essentielle à l’heure où les conséquences de la migration deviennent préoccupantes. Selon l’OIM, plus de 3 300 personnes ont péri sur les routes migratoires au courant de l’année 2018. Parmi elles, plus de 1700 sont mortes en Méditerranée en tentant de rejoindre l’Europe. Les préoccupations d’un autre ordre se font également entendre. Les pays d’émigration perdent une partie de leurs compétences, les migrants étant souvent qualifiés. Les pays d’accueil sont confrontés à l’inquiétude liée à la perception de concurrence et de vulnérabilité culturelle générée par l’arrivée des migrants.

Ce Pacte fait donc l’objet de critiques dans plusieurs pays craignant qu’il ne devienne un « droit à la migration ». Les gouvernements français et belge annoncent qu’ils signeront ce pacte en accord avec l’ONU mais font face à une vive opposition. Quant aux Etats-Unis, ils se sont retirés des négociations du texte. D’autres Etats, soutenant une ligne ferme en matière de politique d’asile des migrants, ont annoncé pour leur part qu’ils ne signeraient pas le document. Il s’agit en l’occurrence de l’Autriche, la Bulgarie, la Hongrie, Israël, la Pologne, la Slovaquie ou encore la République Tchèque. Face à ces absences, Louise ARBOUR défend que « l’écrasante majorité des Etats membres de l’ONU soutient ce projet de coopération » qui « réaffirme la souveraineté des Etats en terme de politique migratoire ».

La conférence de Palerme : un bilan mitigé

De gauche à droite : le président du Conseil d’Etat en Libye, Khaled al-Mechri, le président du Conseil italien Giuseppe Conte, l’émissaire de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, le 13 novembre à Palerme.
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La conférence de Palerme s’est tenue les 12 et 1novembre 2018. Organisée par l’Italie pour régler la situation en Libye, elle a réuni 38 délégations. Parmi les pays représentés, figurent les Etats voisins et acteurs du dossier libyen, principalement d’Afrique. Ghassan SALAME, émissaire du secrétaire général de l’ONU pour la Libye, était présent, tout comme la représentante de l’Union africaine pour la Libye, Wahida AYARI. Jean-Yves le DRIAN s’est rendu à Palerme le mardi 13 novembrele ministère de l’Europe et des affaires étrangères souhaitant « le succès de cette conférence (…) organisée dans le prolongement de la conférence de Paris du 29 mai ».

La rencontre s’est achevée mardi 13 novembre au soir par un bilan mitigé, lconférence n’ayant abordé aucune des véritables questions de fond.

La venue du maréchal Khalifa HAFTAR a monopolisé toutes les discussions. Reçu par le président du conseil italien Giuseppe CONTE le mois dernier, il avait confirmé sa présence à la conférence. Pourtant, l’homme fort de l’est libyen, chef autoproclamé de l’Armée nationale libyenne et rival du chef de gouvernement d’accord national Faïez al-SARRAJ, n’est arrivé que lundi 12 novembre au soir, laissant les spéculations autour sa venue se multiplier. Avec son attitude, le maréchal HAFTAR envoie un message à Rome, qu’il juge trop proche du gouvernement tripolitain d’al-SARRAJ. S’il a boycotté la première journée, il a accepté mardi matin, de retrouver plusieurs pays actifs dans le dossier libyen (dont l’Egypte, la Russie, l’Algérie, la Tunisie et la France) lors d’une réunion en marge de la conférence.

L’autre événement marquant est le départ de la Turquie. Exclu de la réunion informelle du mardi matin, le pays représenté par son vice-président Fuat OKTAY, s’est déclaré « profondément déçu ». Pour la Turquie, toute réunion sans sa participation serait « contre-productive pour régler le problème ». Ankara déplore les actions de certains Etats qui « continuent de détourner le processus libyen au profit de leurs propres intérêts ».

Durant la conférence de presse finale, Giuseppe CONTE souligne le bon déroulement de la réunion, tous les protagonistes importants en Libye étant présents. D’ailleurs, les deux leaders libyens se sont rencontrés brièvement en marge de la conférence et se sont symboliquement serré la mainToutefois, le président du conseil des ministres italiens a tout de même déclaré : « Nous n’avons jamais eu la prétention de fournir à travers cette conférence, la solution à la crise libyenne ». En effet, la rencontre n’a débouché sur aucune avancée significative. L’Italie souhaitait pourtant faire de cette conférence son grand rendez-vous diplomatique. En rivalité avec la France sur le dossier libyen qui espérait des élections à la fin de l’année 2018, l’Italie a tenté depuis de reprendre la main depuis l’échec de la proposition d’Emmanuel MACRON, jugée « intenable » pour la plupart des observateurs. 

Le nouvel élan au processus politique espéré par Rome n’a pas obtenu l’effet escompté. Avec sa portée symbolique, cette conférence de Palerme entretient toutefois l’espoir de la tenue d’élections générales au printemps 2019, à la suite d’une Conférence nationale organisée par la Libye dans les premières semaines de 2019, annoncée dans le plan d’action présenté le 8 novembre par Ghassan SALAME.

 

Yémen : les appels pour mettre fin au conflit

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Depuis 2015, le Yémen est le théâtre d’affrontements violents entre les Houthis et les forces loyales au président Hadi. L’intervention en faveur de ces dernières d’une coalition dirigée par l’Arabie Saoudite du prince héritier Mohamed ben SALMAN, a aggravé le conflit et occasionné une famine dévastatrice. Pour les Nations Unies, il s’agit de la « pire crise humanitaire au monde ». L’affaire KHASHOGGIa considérablement affecté la crédibilité de Riyad sur la scène internationale et sa légitimité au Yémen pâtit de ce meurtre. Le royaume wahhabite fait l’objet de pressions de la part des puissances occidentales, mais le revirement de son plus fidèle allié en Occident, les Etats-Unis, sera déterminant.

Le 30 octobre 2018, par la voix de Mike POMPEO, secrétaire d’Etat américain, Washington réclame en effet la fin du conflit yéménite : « les Etats-Unis appellent toutes les parties à soutenir l’envoyé spécial des Nations Unies, Martin GRIFFITHS, dans la recherche d’une solution pacifique au conflit au Yémen ». Les Etats-Unis demandent « la cessation des hostilités », qu’il s’agisse des « frappes de missiles et de drones depuis les zones contrôlées par les Houthis en direction du royaume d’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis » mais également des « frappes aériennes de la coalition (…) dans toutes les zones peuplées du Yémen ». En recommandant le recours à la voie politique, les Washington considère qu’« il est temps de mettre fin à ce conflit, de le remplacer par un compromis et de permettre au peuple yéménite de guérir par la paix et la reconstruction ». Les Etats-Unis réclament l’ouverture de négociations de paix d’ici trente jours. La déclaration américaine surprend, l’administration de Donald TRUMP n’ayant jamais caché son soutien à l’Arabie saoudite.

A Washington pourtant, l’opposition, notamment au Congrès, espérait depuis des mois que Donald TRUMP incite Riyad à plus de discernement dans la conduite de cette guerre. D’ailleurs, mardi 30 octobre, le New York Times a publié un articlealertant sur la situation au Yémen, entrecoupé par des photographies glaçantes d’enfants yéménites mourant de faim.

Dans les capitales européennes, un débat a émergé quant à la fourniture d’armes à l’Arabie saoudite. La ministre des Armées, Florence PARLY, invitée de l’émission de Jean-Jacques BOURDIN sur BFM-TVmardi 30 octobre, assure que « la France est un fournisseur modeste d’armes à l’Arabie saoudite ». Toutefois, la ministre affiche un positionnement clairement défavorable à l’encontre de cette guerre, déclarant qu’ « il est plus que temps qu’elle cesse ».

Les déclarations française et américaine rejoignent les positions des associations et ONG, à l’instar d’Amnesty Internationalqui militent depuis des mois afin d’interpeler la communauté internationale sur les atrocités commises à Sanaa.

Les différentes parties yéménites se montrent cependant réticentes à l’idée d’un accord commun, suggéré par Mike POMPEO et par l’ONU le 14 avril 2015 au travers de la résolution 2216. Selon les estimations d’Acled (The Armed Conflict Location & Event Data Project), une organisation indépendante chargée de collecter les données des violences politiques étatiques, plus de 50 000 personnes sont mortes entre janvier 2016 et septembre 2018 dans ce pays de 22 millions d’habitants où 8,4 millions ont besoin d’aide et de protection selon les Nations Unies.

 

Rencontre CONTE-HAFTAR, l’Italie sur le dossier libyen

Giuseppe CONTE et Khalifa HAFTAR à Rome, le 28 octobre 2018.
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Dimanche 28 octobre 2018, le maréchal Khalifa HAFTAR, l’homme fort de l’Est libyen et commandant autoproclamé de l’Armée nationale libyenne, s’est entretenu avec le président du Conseil des ministres italien, Giuseppe CONTE. Cette réunion a pour but de préparer la conférence internationale concernant la Libye, qui se tiendra à Palerme, les 12 et 13 novembre prochains.

La conférence de Palerme, organisée par Rome, a pour dessein de réunir les principaux acteurs libyens et vise à « soutenir les conditions de sécurité et de développement économique, ainsi que le renforcement du cadre politico-constitutionnel ». Le but est de résoudre l’impasse politique que connait la Libye, représentée par deux hommes : le maréchal HAFTAR et Fayez al-SARRAJ, Premier ministre du Gouvernement National d’Accord, reconnu par la communauté internationale.

Giuseppe CONTE, exhortant Khalifa HAFTAR à participer à la conférence de Palerme, a précisé qu’elle sera une « conférence pour la Libye et non sur la Libye ». Le chef de l’Armée nationale libyenne a confirmé sa venue, qui permettra un débat constructif débouchant à terme sur un « véritable processus d’unification conforme aux attentes permanentes du peuple libyen ».

La rencontre avec le maréchal HAFTAR s’est faite à l’issue de deux entretiens, vendredi 26 octobre, avec Fayez al-SARRAJ puis Ghassan SALAME, envoyé spécial de l’ONU en Libye. Considérant la conférence de Palerme comme un « signe essentiel de l’appui de la communauté internationale au processus politique », Ghassan SALAME a félicité « l’approche inclusive suivie par l’Italie en faveur d’une implication totale des principaux acteurs libyens dans l’organisation de la conférence ». Fayez al-SARRAJ a également confirmé sa présence en novembre prochain et espère une évolution positive de la situation en Libye, dans « l’intérêt de ses populations et de ses institutions ».

Le président Conte entend s’ériger en « facilitateur » dans les questions libyennes. Il espère bénéficier de la présence de nombreux membres de la communauté internationale.

Le président Emmanuel MACRON avait réuni fin mai à Paris, Fayez al-SARRAJ et Khalifa HAFTAR. Dans une « déclaration politique finale » les deux leaders libyens s’étaient engagé sur la tenue d’élections au 10 décembre 2018. Toutefois, si la France espère maintenir ce calendrier, l’Italie, rejointe par les Etats-Unis et des experts, le considère prématuré, au regard de la fragilité libyenne. En effet, la situation en Libye est délicate. Dans la nuit de dimanche à lundi 29 octobre, quatre personnes ont été tuées et plusieurs autres enlevées au centre du pays, lors d’une attaque armée commise par le groupe terroriste Daesh. Le sud du pays est en proie aux groupes armés étrangers, émanant notamment du Soudan et du Tchad. Les deux pouvoirs en place en Libye peinent à éradiquer ce phénomène dans cet Etat libyen en déliquescence.