Omar el-Béchir

Soudan : le président Omar el-Béchir destitué

Omar el-Bechir. Tous droits réservés.

Un mouvement populaire sans précédent secoue le Soudan, où la population réclame depuis quatre mois le départ du président Omar el-Béchir. Les protestations se sont intensifiées à partir du samedi 6 avril avec des manifestations de masse devant les bâtiments de l’armée pour réclamer le soutien des militaires dans la mobilisation contre le président. Finalement, jeudi 11 avril, les Soudanais ont appris par le biais de l’armée la destitution de leur président. En direct à la télévision nationale, le vice-président et ministre de la Défense, Awad Ahmed Ibn Awf a déclaré à la mi-journée : « J’annonce la chute du régime et le placement en détention dans un lieu sûr de son chef ». Plusieurs cadres du régime ont également été destitués. Le militaire a par la même annoncé l’établissement d’un Conseil de transition militaire pour une période de deux ans. Par ailleurs, Khartoum est également soumise à l’état d’urgence pour trois mois, qui engendre la mise en place d’un couvre-feu et la fermeture des aéroports.

Dès le début de la journée du 11 avril, l’armée avait annoncé l’imminence d’un communiqué très important. Plusieurs médias avaient alors prédit le départ du président. Alors qu’au début de la journée les Soudanais ont célébré le potentiel départ d’Omar el-Béchir, la mainmise de l’armée et la tournure autoritaire que prend ce mouvement provoquent l’ire de la population et suscitent une nouvelle vague de tension dans le pays. Des milliers de personnes se sont rendus devant le siège du ministère de la Défense en signe de protestation. Ils réclament en effet que le pouvoir soit confié à un « gouvernement civil de transition représentant les forces de la révolution ».

Arrivé à la tête du Soudan à la faveur d’un coup d’Etat en 1989, Omar el-Béchir a pris le pouvoir avec l’aide des islamistes et a instauré dans le pays un régime islamo-militaire. Le chef d’Etat incarne est un personnage clivant et son pays connait des périodes d’isolement depuis les années 1990 en raison de sa proximité avec les milieux militants islamistes. Le président soudanais est aussi sous le coup de deux mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale, l’un émis en mars 2009 et le second en juillet 2010. Il est en effet accusé de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité suite aux exactions commises au Darfour. De plus en plus contesté au sein de son pays, Omar el-Béchir s’est retrouvé isolé et a finalement été lâché par l’armée, ce qui a provoqué sa destitution.

S’agissant des puissances internationales, la chute du vieux président est une mauvaise nouvelle pour la Russie. Khartoum représente en effet l’une des portes d’entrée de Moscou en Afrique centrale. Pour son voisin tchadien, la perspective du départ d’Omar el-Béchir peut signifier un danger moindre concernant ses frontières orientales. Il est très probable que l’Egypte, qui considère historiquement le Soudan comme son pré-carré – le pays était d’ailleurs appelé « le Soudan anglo-égyptien » – s’implique dans la transition à venir. Il ne serait pas surprenant qu’Omar el-Béchir, actuellement détenu, s’exile en Egypte. Si l’Organisation des Nations unies ne s’est pas encore exprimée publiquement à ce sujet, les ambassadeurs américain, britannique et norvégien ont appelé à la mise en œuvre d’un « plan de transition politique crédible ». Quant au ministère des Affaires étrangères français, il s’est dit « attentif à l’évolution de la solution » et souhaite que « la voix du peuple soudanais soit entendue et que les évolutions en cours se fassent sans violence ».

L’insurrection populaire pacifique aura eu raison du président âgé de 75 ans. Cet événement fait écho à l’actualité algérienne. Depuis quatre mois, les Soudanais prônent un mouvement contestataire non-violent. Pourtant, au moins 49 personnes ont perdu la vie dans des violences liées aux manifestations depuis les premiers rassemblements en décembre.

Soudan : la colère gronde autour du prix du pain

 

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Le président  soudanais Omar el-BECHIR. Tous droits réservés.

Depuis plus d’un mois, un mouvement de colère sévit au Soudan. Initiées le 19 décembre contre la flambée du prix du pain, les manifestations réclament actuellement le départ du président Omar el-BECHIR, au pouvoir depuis 30 ans.

Les soulèvements ont débuté à Atbara. Au nord-est du Soudan, cette ville est connue pour être un lieu phare des activités antigouvernementales. Face au mouvement, les autorités ont rapidement réprimé les manifestations et ont déclaré l’état d’urgence dans la ville. Toutefois, la révolte s’est diffusée à travers le pays. Il s’agit de l’un des événements les plus graves depuis le début du règne du Président. Pour l’analyste politique soudanais Mohammad OSMAN : « ce ne sont plus des manifestations. C’est presque une révolution à part entière ». Cette vive réaction du peuple soudanais illustre la crise économique profonde que connait le pays depuis la sécession du Sud après un référendum en 2011. Cette indépendance a privé Khartoum des trois quarts de ses réserves de pétrole et a engendré une inflation de près de 70%. Les manifestants accusent le président d’être responsable de cette scission.

A mesure que la colère gronde, le gouvernement exerce une répression. Omar el-BECHIR est le chef du parti du Mouvement islamique et son idéologie rejoint celle des Frères musulmans. Depuis son arrivée au pouvoir, il a décerné les postes clés de l’armée et de la sécurité du pays à des membres issus de son parti. Face aux vagues de protestations sans précédent, le président Omar el-BECHIR a assuré lundi 14 janvier 2019 à Niyala, capitale du Darfour-Sud, que ces « manifestations ne conduiront pas à un changement de pouvoir ». Le président, âgé de 75 ans et dont une troisième candidature à l’élection présidentielle est pressentie, enjoint le peuple soudanais à patienter jusqu’aux élections : « Il y a une seule voie vers le pouvoir, et c’est celle des urnes. Le peuple soudanais décidera en 2020 qui doit les gouverner ». Cette déclaration apparait ironique puisque le président a pris le pouvoir à l’issue d’un coup d’Etat en 1989. Pourtant, pour pouvoir se représenter, il devra modifier la Constitution soudanaise. L’opposition politique du pays rejoint le rang des manifestants, dirigé principalement par un groupe appelé l’Association des professionnels soudanais.

Depuis le mois de décembre 2018 et selon les autorités, au moins 24 personnes auraient perdu la vie et des centaines de Soudanais seraient blessés. A contrario, les activistes estiment le nombre de morts à 40. Selon le ministre de l’Intérieur, Ahmed BILAL OSMANE, « le nombre total de manifestants arrêtés jusqu’à maintenant est de 816 » au 7 janvier.

La question du Soudan inquiète la communauté internationale. Si Khartoum a été pendant longtemps isolé du fait des sanctions économiques et commerciales imposées par Washington, le président soudanais cherche à améliorer ses relations avec les Etats-Unis depuis la levée des sanctions en 2017. Dans le même temps, le pays s’est rapproché de Moscou. La colère populaire dans le pays suscite par la même l’inquiétude des pays arabes, en premier lieu l’Arabie Saoudite. Déjà, en 2011, Riyad a tenté de freiner la chute des clans MOUBARAK et BEN ALI de peur de subir le même sort. Les journaux saoudiens retranscrivent ce point de vue, à l’instar The Arab Times qui met en garde les Soudanais contre « le vent toxique des printemps arabes » et écrit : « Quand un pays se soulève après avoir été appâté par des politiciens et que le régime légitime s’écroule, c’est tout le pays qui va sombrer dans le chaos ». De plus, Khartoum est un acteur clé dans la Corne de l’Afrique et son implantation géographique fait de lui une voie de transit pour les migrants africains désireux de rejoindre l’Europe par la Méditerranée.

De fait, ce qui a commencé comme une protestation autour des conditions de vie s’est muée en une véritable manifestation contre le régime en place. Cet événement fait naturellement écho aux révoltes connues dans la région il y a huit ans.