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Nouvelles routes de la soie : L’Union européenne fait front commun face au président chinois

Rencontre à Paris entre Emmanuel Macron, Angela Merkel, Jean-Claude Juncker et Xi Jinping, le 26 mars 2019. Tous droits réservés.

Lundi 25 mars, le président chinois Xi Jinping a rencontré à Paris le président Emmanuel Macron afin de discuter des enjeux et thèmes bilatéraux et nationaux. Mardi 26 mars, pour sa deuxième et dernière journée en France, le président chinois a rencontré sous l’égide de l’Elysée Angela Merkel et Jean-Claude Juncker. La présence de la chancelière allemande et du président de la Commission européenne a imposé l’image d’un front européen commun et uni s’adressant à une Chine qui consolide ses positions dans le continent.

En effet, la visite du chef de l’Etat chinois intervient dans un contexte de développement des échanges commerciaux de Pékin avec le reste du monde. Initié par le président Xi Jinping en 2013, le projet des nouvelles routes de la soie – en référence aux routes de la soie, symboles de la puissance de la Chine ancestrale – consiste à la mise en œuvre d’une ceinture terrestre et maritime reliant la Chine à l’Europe occidentale et à l’Afrique. Pour la période allant de 2014 à 2018, les investissements chinois étaient de 410 milliards de dollars. Ils sont estimés à plus de 1 200 milliards pour 2027. Ce développement des routes de la soie suscite l’inquiétude au sein de l’Union européenne. Si Pékin justifie l’objectif de ce projet en affirmant qu’il favorise le libre-échange, Français et Allemands se montrent réticents face à ces initiatives. A l’inverse, les pays de l’Europe orientale, à l’instar de la Hongrie, et ceux des Balkans sont favorables aux échanges. De plus, à la fin du mois de mars, l’Italie est devenue le premier pays du G7 à rejoindre l’accord des routes de la soie.

Le 25 mars, lors de sa rencontre avec son homologue chinois, Emmanuel Macron a déclaré : « L’initiative des routes de la soie que vous proposez au monde est un geste extrêmement structurant qui peut contribuer à la stabilité, au développement, à la coexistence pacifique entre les peuples ». Le 26 mars, en présence d’Angela Merkel et de Jean-Claude Juncker, il a ajouté : « Nous respectons la Chine (…) et nous attendons naturellement de nos grands partenaires qu’ils respectent eux aussi l’unité de l’Union européenne comme les valeurs qu’elle porte ». Et le président français de continuer : « La coopération rapporte plus que la confrontation, et nous avons plus à gagner à l’ouverture qu’à la fermeture ». Les paroles du président font écho à son discours prononcé en janvier 2018 à Xi’An lors de sa première visite en Chine dans lequel il a averti que ces routes de la soie ne pouvaient pas être « univoques » ni « être les routes d’une nouvelle hégémonie, qui viendraient en quelque sorte mettre état de vassalité les pays qu’elles traversent ».

Face à l’ampleur que prend la Chine dans le secteur économique mondial, l’Union européenne plaide ainsi en faveur d’une coopération. Si les routes de la soie sont « un projet très important » selon Angela Merkel, la chancelière allemande déplore un manque de réciprocité. Elle est rejointe par Jean-Claude Juncker qui désirerait que les « entreprises européennes trouvent le même degré d’ouverture que les entreprises chinoises en Europe ». De son côté, Xi Jinping met en garde contre une méfiance mutuelle et déclare : « Certes il y a des points de désaccord, de la compétition mais il s’agit de compétition positive (…). Nous sommes en train d’avancer ensemble ».

La configuration de la rencontre est inédite pour le président chinois qui est davantage coutumier aux relations bilatérales. Emmanuel Macron, Angela Merkel et Jean-Claude Juncker sont considérés comme des poids lourds sur la scène européenne et entendent passer un message commun face à Pékin dont l’empreinte est grandissante à l’échelle planétaire.

Chine – Pakistan : une alliance économique solide

Le Premier ministre pakistanais, Imran KHAN, et son homologue chinois, Li KEQIANG, signant des accords au palais du Peuple à Pékin, le 3 novembre 2018.
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Au début du mois de janvier 2019, la presse chinoise a annoncé la construction de la première des quatre frégates commandées par le Pakistan. Les frégates, de type 054AP (dérivé du type O54A, Jiangkai II) seront livrables à partir de l’année prochaine. Ce programme représente un contrat majeur pour l’industrie navale chinoise et favorise sa politique de développement à l’échelle internationale.

A la même période, le Pakistan annonce avoir commandé 600 chars de combat modernes, 360 à la Russie et 240 à la Chine. Le char chinois vendu, de type VT4, rencontre depuis sa présentation officielle en 2017 un succès commercial. Vendu à environ 6 millions de dollars, il présente un rapport qualité-prix difficilement contestable du fait de ses performances.

Ces commandes importantes permettent au Pakistan de rénover son industrie militaire sur terre et sur mer et de conserver les liens existants avec Pékin. Chine et Pakistan sont en effet des partenaires solides. En matière d’armement, le Pakistan a commandé huit sous-marins d’attaque de type Yuan (77 mètres et 2 700 tonnes en surface) à la Chine, livrables à partir de 2022 et dont la moitié seront réalisés à Karachi. Déjà, en 2009, la Chine a construit au profit du Pakistan quatre frégates de 123 mètres, livrées entre 2009 et 2013 et réalisées en transfert de technologie.

Selon le New York Times, les deux pays auraient conclu un « accord secret » au mois de décembre 2018 dans le dessein de créer des liens entre leurs deux armées. Cet accord intervient dans le cadre de la China’s Belt and Road Initiative qui fait référence à un programme de grands chantiers d’infrastructures lancé en 2013 et financé par Pékin auprès de 70 pays. En effet, la Chine de Xi JINPING s’est lancée dans ces nouvelles routes de la soie et le Pakistan en est un site phare puisque l’Etat bénéficie d’un accès privilégié à la mer d’Arabie et par conséquent au détroit d’Ormuz où transite un nombre important des ressources de pétrole. De plus, Chine et Pakistan ont mis en place la China-Pakistan Economic Corridor (CPEC) qui représente un programme d’investissements d’infrastructures à hauteur de 54 millions de dollars. Si les initiatives entreprises dans le cadre de cette politique ne cessent d’être annoncées comme « purement économiques » par les autorités chinoises, les ambitions militaires de Pékin sont perceptibles et préoccupantes pour certains Etats.

La Chine est une alliée traditionnelle du Pakistan où elle investit massivement. La proximité entre les deux se renforce tandis que le Pakistan est en conflit historique avec l’Inde. De plus, depuis l’arrivée de Donald TRUMP au pouvoir, Washington et Islamabad connaissent un froid diplomatique, ce qui est un avantage pour le gouvernement chinois.