Naval Group

Premier sous-marin Scorpène brésilien : des ambitions maritimes affichées

Mise à l’eau le 14 décembre du sous-marin Riachuelo, à la base d’Itaguaí.
Tous droits réservés.

Tête de série de 4 sous-marins réalisés sous assistance française[1], le Riachuelo[2] a été mis à l’eau le 14 décembre. Il s’agit du premier sous-marin conventionnel de type Scorpène construit au Brésil et destiné à remplacer ses submersibles conventionnels de conception allemande. De conception assurée par Naval Group, ces nouveaux sous-marins sont réalisés au Brésil avec un transfert de technologie. Sans aucun doute l’un des plus importants réalisé par l’industrie française de défense[3], ce programme comprend également une assistance à la réalisation d’un chantier de construction navale et d’une nouvelle base navale. Si ces réalisations sont conséquentes, l’essentiel de ce programme réside bien dans le transfert de technologie qui permet aux Brésiliens d’acquérir l’autonomie nécessaire pour concevoir et réaliser un sous-marin nucléaire d’attaque à l’horizon 2030. Comme la propulsion nucléaire[4], le système de combat sera national et issu de l’expérience acquise lors de la conception et réalisation largement partagée de Subtics, le système de combat du Scorpène.

Des programmes ambitieux pour des ambitions stratégiques avérées

De taille plus importante que les Scorpène[5] déjà livrés au Chili, à la Malaisie et à l’Inde[6], cette nouvelle série offre un gain en autonomie (vivres, carburants) et par conséquent un avantage opérationnel important. Sous-marin océanique par excellence, ce Scorpène brésilien semble parfaitement adapté pour assurer la protection de ses 8 500 kilomètres de côtes[7], de ses ressources naturelles et plus particulièrement de ses champs de pétrole offshore pré-salifères[8] en eaux profondes dont les concessions ont commencé à être négociées par les grands groupes pétroliers.

Le Brésil a également lancé récemment un programme très ambitieux de quatre corvettes de 2 800 tonnes[9].

L’Amérique latine ne connaissant aucun conflit entre Etats, son espace maritime est soumis aux menaces traditionnelles : trafics illicites, pêche, immigration illégale, etc. Mais au-delà de cet aspect « police des mers », les enjeux maritimes de la région évoluent nettement vers la protection des ressources pétrolières et gazières, nouvelle richesse de l’Atlantique Sud. Aussi, les différents pays d’Amérique latine lancent de nouveaux programmes pour développer leurs moyens navals. Citons le récent contrat de vente entre la France et l’Argentine qui prévoit l’acquisition de quatre patrouilleurs[10].

Outre ces enjeux sécuritaires et énergétiques communs aux autres pays de l’Atlantique Sud, le Brésil est un pays émergent qui s’appuie sur des ambitions maritimes affichées pour conforter sa place de leader régional[11] et au sein des grandes nations. En effet, l’acquisition d’un savoir-faire en matière de propulsion nucléaire navale fera entrer le Brésil dans le club très fermé des pays[12] capables de mettre en œuvre ces technologies complexes.

Enfin, pour le Brésil fervent militant de l’élargissement du Conseil de Sécurité des Nations Unies aux pays émergents, ce programme de sous-marin nucléaire constitue une brique supplémentaire à son dossier de candidature. Une fois de plus, ce programme de sous-marin brésilien démontre que les capacités clés de la puissance navale que sont les porte-avions et les sous-marins à propulsion nucléaire possèdent une dimension stratégique qui dépasse largement leurs seules capacités militaires.

[1] A la suite de l’accord de coopération stratégique de défense signé en décembre 2008 à Rio de Janeiro entre les gouvernements français et brésilien, le programme PROSUB porte sur plusieurs lots : construction des 4 Scorpène, assistance pour la réalisation d’un chantier de construction navale et la base navale adéquate et, assistance pour la conception du futur sous-marin nucléaire d’attaque.
[2] Le Riachuelo débutera ses essais en mer en 2019 pour une livraison en 2020. L’Humaita sera livré en 2021 puis Le Tonelera et L’Angostura respectivement en 2022 et 2023.
[3] Une société commune a été créée « Itaguaí Construções Navais » (détenue à 59% par Odebrecht et à 41% par Naval Group).
[4] La partie nucléaire reste dans le giron des Brésiliens qui comptent sur leur savoir-faire acquis lors de la mise en œuvre de leurs centrales nucléaires civiles. Un démonstrateur est déjà en cours d’assemblage.
[5] Le Scorpène brésilien nommé S-BR a un déplacement de 1 870 tonnes et mesure 71,6 m de long tandis que les autres Scorpène mesurent 66,4m pour 1 700 tonnes.
[6] 14 Scorpène sont aujourd’hui en service opérationnel ou en construction : deux pour le Chili, deux pour la Malaisie, six pour l’Inde et quatre pour le Brésil.
[7] Les eaux territoriales brésiliennes représentent 4,5 millions de km2 soit l’équivalent en superficie de l’Amazonie.
[8] Ces gisements de « pré-sal » sont enfouis sous une épaisse couche de sel.
[9] La short-list pour l’appel d’offre Tamandaré comprend quatre consortiums : Águas Azuis (Embraer et ThyssenKrupp Marine Systems), Damen et Saab Tamandaré, FLV (Fincantieri et Vard), et Villegagnon (Naval Group et Enseada). Cet appel d’offre fait partie du programme Prosuper qui comprend 12 corvettes (dont cinq frégates de 6 000 tonnes).
[10] Le contrat porte sur la vente de l’actuel patrouilleur hauturier « l’Adroit » et de 3 autres OPV construits en Bretagne.
[11] Le Brésil est déjà la première économie de ce sous-continent.
[12] La Chine, les Etats-Unis, la France, l’Inde, la Russie et le Royaume-Uni.

28° SMHES – Au cœur de Naval Group et de la 3ème division « Monsabert »

Les auditeurs de la session 2017-2018 méditerranéenne des hautes études stratégiques ont été accueillis le 15 mars 2018 sur le site d’Ollioules par monsieur Julien Mifsud, directeur et DRH du site.

Situé au cœur du Technopôle de la Mer, le site Naval Group de Toulon-Ollioules est le centre névralgique des activités de haute technologie du Groupe et plus largement des systèmes navals de défense made in-France. Naval Group rassemble à Ollioules plus de mille cadres et ingénieurs spécialisés dans le développement de systèmes de combat complexes équipant les navires militaires.

Avant de visiter le showroom, vitrine des évolutions technologiques développées par Naval Group au profit des prochaines frégates et sous-marins de la Marine nationale, les auditeurs ont profité d’une présentation des grands enjeux de Naval Group face à la concurrence internationale. Malgré d’excellents résultats financiers, le Groupe est en effet confronté à une concurrence acharnée des acteurs industriels européens et mondiaux. Si des partenariats ont été trouvés, tels celui passé avec Fincantieri, illustré par le lancement quasi-simultané des frégates Antonio Marceglia et Normandie, l’arrivée de nouveaux constructeurs, turc ou chinois nécessite d’être toujours à la pointe de la technologie et de l’innovation, qualités qui caractérisent les fleurons de Naval Group, tels que la corvette Gowind, déjà commandée à plus d’une dizaine d’exemplaires, ou la frégate de taille intermédiaire Belh@rra.

L’évocation de cette frégate « numérique » introduisait tout naturellement aux présentations dédiées aux technologies de l’information, avec une visite consacrée à la nouvelle infrastructure navale embarquée ACCESS (Afloat Common Computing Evolutive and Secured System Project) qui sera mise en œuvre de façon native sur cette frégate. Les auditeurs ont achevé cette journée par une présentation de la vision Naval Group de la cybersécurité, caractérisée par la création récente du CSIRT (Computer Security Information Response Team), équipe d’une dizaine d’ingénieurs dédiée à l’anticipation et à l’analyse de la menace et à la réponse aux incidents.

*
**

La journée du 15 mars s’est achevée par une conférence donnée par monsieur Moïse Moyal, référent sécurité des systèmes d’information pour la région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur à l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information). Créée par le décret n° 2009-834 du 7 juillet 2009, l’ANSSI assure la fonction d’autorité de défense et de sécurité des systèmes d’information. Elle a notamment pour mission de proposer les mesures destinées à répondre aux crises affectant ou menaçant la sécurité des systèmes d’information des autorités publiques et des opérateurs d’importance vitale mais également de proposer les mesures de protection des systèmes d’information.

L’importance de ces missions essentielles à la sécurité nationale a été souligné par l’étude d’impact annexée au projet de loi relatif à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 : « à l’issue de la révélation d’une vulnérabilité majeure affectant les systèmes Windows, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information avait réalisé début 2017 des tests techniques lui permettant d’identifier plusieurs milliers d’adresses IP vulnérables en France. L’agence avait alors demandé aux opérateurs de communications électroniques d’alerter les détenteurs des systèmes concernés, mais n’a reçu aucun engagement de la part de ces derniers. Quelques mois plus tard, le code malveillant WannaCry utilisait cette même vulnérabilité pour se propager massivement en France. »

*
**

Après une journée centrée sur les nouvelles technologies, le 16 mars 2018 a remis l’homme au cœur du système avec une visite de l’état-major de la 3ème division, établi au quartier Rendu, dans le 9ème arrondissement de Marseille. L’ancre de marine conservée à l’entrée du quartier rappelle que le 72ème régiment (puis bataillon) d’infanterie de marine a occupé les lieux de 1991 à 2009.

Créée le 20 juin 2016 dans le cadre du projet « au contact » de l’armée de terre, la 3ème division Scorpion reprend les traditions de la 3ème division d’infanterie algérienne, qui avait libéré la cité phocéenne en 1944, emmenée par le général Joseph de Goislard de Monsabert. Elle engerbe sous les ordres du général de division Bruno Guibert trois brigades, la 11ème brigade parachutiste, la 6ème brigade légère blindée et la 2ème brigade blindée.

Accueillis par le général de brigade Michel Ledanseur, les auditeurs ont bénéficié d’une présentation générale des récentes évolutions de l’armée de terre et de l’activité de la 3ème division, complétant ainsi les éléments recueillis au Cannet-des-Maures en décembre 2017. Répondant totalement aux attentes de l’Institut FMES et à l’importance de montrer la réalité de l’action des forces armées, les officiers ont fait part de leur expérience au sein de la force Barkhane, mais également dans les entités de l’Union européenne (EUTM Mali) ou des Nations Unies (MINUSMA), offrant ainsi une superbe transition entre le séminaire de février, dédié à l’Union européenne, et celui d’avril, qui se déroulera au Palais des Nations de Genève.

De ces deux journées, c’est sans doute la vidéo présentée dans un silence de cathédrale par le GB Michel Ledanseur qui aura le plus marqué nos auditeurs, qui pendant 1 minute et 15 secondes, auront partagé la vie de nos forces spéciales.

VA(2S) Alain Christienne, directeur du centre méditerranéen des études stratégiques.