multilatéralisme

Sommet du G20 : quelle place pour la Méditerranée ?

Photo de famille du sommet du G20. Osaka, le 26 juin 2019.
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Le sommet du G20 s’est ouvert le 27 juin à Osaka au Japon avec les chefs d’Etats des dix-neuf pays membres dont certains représentent l’Union européenne.

Créé en 1999 pour faire face aux crises touchant les économies émergentes, le G20 réunissait au préalable les ministres des finances et les gouverneurs des banques centrales. Depuis 2008 – année de la crise financière – le Sommet a été élevé au plus haut niveau avec la présence des chefs d’Etats et de gouvernement. Ayant pour objectif principal de promouvoir la stabilité financière, il est le principal forum de gouvernance économique mondiale. Le G20 est parfois critiqué car il n’a pas la vocation universelle qu’a l’assemblée générale des Nations unies. Les Etats partie au G20 représentent 85% du PIB, 2/3 de la population mondiale, 75% du commerce mondial et 80% de l’investissement global.

Dans son discours d’accueil, le Premier ministre japonais Shinzo Abe, hôte de la rencontre – le Japon exerçant depuis le 1er décembre 2018 la présidence du G20 pour la première fois – espère une « belle harmonie ». Cependant, le multilatéralisme est en berne et les divergences sont croissantes entre les « Grands » de ce monde. L’unilatéralisme, la dénonciation des accords et la potentielle remise en cause des alliances semblent désormais caractériser le nouvel ordre mondial. La rencontre se déroule par ailleurs dans un contexte de tensions croissantes sur fond de guerre commerciale entre Washington et Pékin. Ce sujet risque de concentrer l’attention des membres au cours de ce Sommet. Certains Etats appellent à un multilatéralisme plus marqué au service de la croissance mondiale.

La France se montre volontariste. Elle préconise ce multilatéralisme et le Président Emmanuel Macron espère gagner le soutien des ses alliés européens pour peser dans le combat Etats-Unis – Chine. Par ailleurs, il fait de l’environnement une priorité pour la protection de la planète. L’accord de Paris en constitue le fer de lance. Or, le sujet ne fait pas consensus à l’échelle internationale. Les Etats-Unis ont quitté l’accord de Paris et d’autres pays, à l’instar du Brésil et de la Turquie sont tentés de faire de même. Pourtant le Président Macron a averti ne signer aucun texte si les membres ne défendaient pas « l’ambition climatique ».

Cette panne de multilatéralisme global induit d’inévitables conséquences au plan régional. Ceci explique, pour partie, le difficile dialogue dans l’espace méditerranéen. De fait, les enjeux en Méditerranée ne trouvent pas d’écho dans les discussions.  La sous-représentation des pays méditerranéens dans le cadre de l’institution du G20 n’aidera pas au développement des sujets autour de la mare nostrum. En effet, parmi les pays qui composent le G20, seuls quatre bénéficient d’une dimension méditerranéenne : la France, l’Italie, l’Arabie saoudite et la Turquie. Alors que Paris essaie de peser de tout son poids en faveur du climat et des questions environnementales, aucun des autres pays ne met en avant les questions autour du bassin qui font l’objet d’un désintérêt sur la scène internationale. Par ailleurs, sur fond de tensions entre l’Arabie saoudite et la Turquie, ces deux derniers entendent incarner séparément le leadership régional. Les nouveaux enjeux du monde se trouvent donc principalement déplacés en Asie avec la Chine en compétition avec les Etats-Unis. De plus, le manque de coopération et de discussion entre les Etats des rives sud de la Méditerranée contribue à la désunion alors que cette région soulève des enjeux cruciaux et de réels sujets sensibles.

L’OSCE à la recherche d’un multilatéralisme « efficace »

Miroslav Lajčák, Président de l’OSCE.

Le 7 mars, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, Miroslav Lajčák, ministre slovaque des Affaires étrangères et européennes et Président en exercice de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a plaidé en faveur d’un multilatéralisme « efficace » entre l’Organisation des Nations Unies et l’OSCE.

En effet, en sus de l’insécurité grandissante, les deux organisations font face à des enjeux nouveaux, à l’instar du changement climatique, du cyber terrorisme ou des violences liées à l’extrémisme. Il s’agit donc de renforcer la coopération déjà existante entre OSCE et ONU.

Créée en 1973 lors de la Conférence d’Helsinki, l’OSCE est la plus grande organisation régionale de sécurité au monde. Composée de 57 Etats issus d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie, elle œuvre en faveur de la stabilité, de la paix et de la démocratie. En Europe, l’OSCE opère dans plusieurs foyers de tensions tels que la Transnistrie, le Haut Karabagh ou l’Ossétie du Sud. Le non règlement de ces conflits, pouvant être qualifiés de « gelés, prolongés ou zones noires », représente un risque d’escalade. Si Miroslav Lajčák s’est félicité des progrès dans la région, il a néanmoins déploré les événements autour de l’Ukraine et le non-respect des accords de Minsk. A ce titre, le président en exercice a assuré se tenir prêt à toute discussion du Conseil de sécurité concernant la création d’une mission de l’ONU en Ukraine. Toutefois, la mise en place d’un tel mécanisme est difficile à envisager, compte tenu des antagonismes grandissants et du statut de membre permanent de la Russie au Conseil de sécurité lui permettant d’opposer son droit de véto à toute résolution lui étant défavorable.

Les accords de Minsk, conclus en 2015 sous l’égide de l’OSCE entre l’Ukraine, la Russie, la France et l’Allemagne devaient permettre un cessez-le-feu et un règlement du conflit dans la région du Donbass. En parallèle, le Groupe de contact trilatéral regroupant des représentants de l’Ukraine, de la Fédération de Russie et de l’OSCE veut faciliter la voie diplomatique. Alors qu’au Conseil de sécurité, les Etats-Unis, par la voix de leur représentant Jonathan R. Cohen, confirment le maintien des sanctions l’égard de la Russie et espèrent que le pays replace la Crimée sous contrôle de l’Ukraine, le représentant de Moscou estime que « Kiev sabote délibérément les accords de Minsk ». De plus, la Russie regrette que les pays occidentaux ne se focalisent que sur le Donbass et sur l’ancienne aire de domination soviétique. Le lendemain pourtant, Ertugrul Apakan, observateur en chef de la mission de surveillance spéciale de l’OSCE, et Martin Sajdik, représentant spécial du président en exercice de l’OSCE en Ukraine et du groupe de contact trilatéral, se sont félicités « du renouvellement de l’engagement du Groupe de contact trilatéral de respecter le cessez-le-feu », débuté le 8 mars.

Lors des échanges, les Etats ont affirmé leur soutien à la Mission spéciale d’observation de l’OSCE en Ukraine. Le but de cette mission civile non-armée, instaurée à la demande du gouvernement ukrainien en 2014, est de faciliter le dialogue entre les différentes parties à la crise et de rendre compte objectivement de la situation dans le pays. Pour François Delattre, représentant permanent de la France aux Etats-Unis, « la crise ukrainienne constitue l’une des violations les plus graves et les plus meurtrières des principes fondateurs de l’OSCE ». Alors que le diplomate français déplore « l’annexion illégale de la Crimée par la Fédération de Russie », il salue le rôle de l’OSCE dans la région toute entière et met l’accent sur le multilatéralisme.

Les conflits gelés en Europe de l’Est préoccupent l’OSCE. De fait, alors que les grandes puissances fragilisent le multilatéralisme, une coordination plus accrue de l’OSCE avec l’ONU serait un moyen d’inverser cette tendance. Le défi est d’ampleur, tant les aspirations divergentes s’accroissent au sein de ces organisations.