Méditerranée

Conséquences géopolitiques de l’exploitation des gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale

Jean-Loup Hautefaye, étudiant en Master 2 Géostratégie, Défense et Sécurité Internationale à l’IEP d’Aix-en-Provence
Elie Baladou, étudiant en Master 2 Expertise Internationale à l’IEP d’Aix-en-Provence

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En décembre 2017, les parlementaires français votaient la loi 2017-1839 mettant fin à la recherche ainsi qu’à l’exploitation des hydrocarbures. Au même moment, les représentants israéliens, italiens, chypriotes et grecs se réunissaient à Nicosie et signaient un protocole d’accord pour la construction du plus long pipeline sous-marin de gaz naturel au monde. La volonté française d’assurer la cohérence de sa politique avec l’Accord de Paris sur le climat s’oppose ainsi aux perspectives offertes par la multiplication des prospections sous-marines en Méditerranée orientale.

Dans un contexte de raréfaction des ressources énergétiques primaires, les découvertes récentes (2009-2015) de gisements d’hydrocarbures offshore dans le bassin levantin offrent aux États riverains de nouveaux débouchés économiques.

 

En quelques années, la Méditerranée orientale est devenue un espace maritime clef de la géopolitique de l’énergie. Cette dynamique nouvelle a amené les États du bassin à redéfinir leurs priorités stratégiques afin de sécuriser leurs ressources et de garantir leur indépendance énergétique. Ces gisements d’hydrocarbures considérables, qui contiennent l’équivalent de la production mondiale annuelle de gaz, font de la délimitation des frontières maritimes un enjeu majeur et un point de fixation central, prolongement des contentieux historiques. De l’application stricte du droit maritime international à la projection de puissance militaire, les actions des pays concernés contribuent à faire de la Méditerranée orientale le théâtre d’un jeu à haut risque.

Ces nouvelles ressources conduiront-elles à une simple accentuation des rapports de force préexistants ou à un véritable bouleversement de l’échiquier politique levantin ?

En premier lieu, la Méditerranée orientale doit être analysée comme une artère économique et stratégique vitale répondant à des logiques juridiques qui cristallisent les conflits d’intérêts. Ensuite, la gestion des hydrocarbures implique des capacités techniques dont les États sont inégalement dotés. C’est à ce titre que la maîtrise du triptyque exploitation, exportation, sécurisation des gisements mérite d’être étudiée comme un déterminant de l’autonomie stratégique des États. Finalement se dessine en filigrane une compétition entre l’Égypte, Israël et la Turquie, autour de laquelle s’articulent les relations géopolitiques régionales. C’est très certainement de cet impossible triumvirat qu’émergera le futur hégémon régional.

Enjeux et perspectives du théâtre méditerranéen

Par Vincent CALLIES, Conseiller régional Île-de-France et auditeur de la 29ème session SMHES

Article inspiré de la conférence éponyme prononcée par le préfet maritime de la mer Méditerranée le 20 octobre 2018.

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L’Institut FMES a eu l’honneur de recevoir le vice-amiral d’escadre et préfet maritime de la mer Méditerranée, Charles-Henri LEULIER de la FAVERIE du CHE, dans le cadre de la cérémonie d’ouverture de la 29ème Session Méditerranéenne des Hautes Etudes Stratégiques.

Sur le thème des enjeux et perspectives du théâtre méditerranéen, la conférence a été ouverte par le président de la FMES, le vice-amiral 2s Benoit le MASNE de CHERMONT.

Le président de l’Institut FMES, le vice-amiral (2s) Benoit le MASNE de CHERMONT, introduisant la cérémonie d’ouverture de la 29èmeSession Méditerranéenne des Hautes Etudes Stratégiques. A ses côtés, le vice-amiral d’escadre et préfet maritime de la mer Méditerranée, Charles-Henri LEULIER de la FAVERIE du CHE.

Pendant plus d’une heure, le préfet maritime de la Méditerranée s’est adressé à son auditoire comprenant entre autres les vingt auditrices et auditeurs de la 29èmeSession, des personnalités du monde militaire ainsi que des élus régionaux.
L’officier général, grâce à une conférence étayée et structurée, a permis à son auditoire de mieux comprendre les enjeux du bassin méditerranéen.

En premier lieu, l’espace de la Méditerranée est un laboratoire remarquable de géostratégie, l’ensemble des problématiques du monde étant rassemblé dans un espace restreint. Lieu de confrontations des acteurs extérieurs et des puissances régionales, la Méditerranée est également un terrain d’action pour deux puissances européennes, l’Italie et la France.

  • Tyrannie des distances et du temps :

En tant qu’espace géographique, la Méditerranée est une petite zone d’opération, non-homogène, rendant l’anticipation et la profondeur difficiles. Elle est composée de quatre bassins :

  • La mer Noire, fermée par le détroit du Bosphore, sous la responsabilité de la Turquie.
  • La Méditerranée orientale, un lieu où les grandes puissances se jaugent, aujourd’hui marquée par la crise syrienne qui cristallise les tensions.
  • La mer de Syrte, face à la Libye.
  • La Méditerranée occidentale, « bastion français », et région la plus stable. Ce quatrième bassin est cependant sujet aux trafics illiciges, de drogues et de migrants.
  • Des enjeux économiques essentiels :

Les enjeux du bassin méditerranéen sont perceptibles au travers de trois chiffres significatifs : la mer Méditerranée concentre 25% du commerce mondial, 30% des transports d’hydrocarbure et deux tiers des approvisionnements français. Elle concentre également un réseau important de câbles sous-marins stratégiques.
Deux exemples permettent de constater l’interdépendance des flux sur ce territoire étroit :

  • Le Port de Marseille accueille à hauteur de 75% les provenances du Canal de Suez. Dans cette perspective, la stabilité de l’Égypte (et donc du canal) n’est pas une option : elle est cruciale au bon fonctionnement du bassin méditerranéen dans son ensemble.
  • La mer Méditerranée concentre la moitié des yachts de luxe. Cibles potentielles ou vecteurs de trafics, ils sont aussi des révélateurs de la branche économique du tourisme, importante dans la région.

Le discours du préfet maritime sur la Méditerranée en tant qu’enjeu stratégique.

En s’appuyant sur les situations étatiques de plusieurs pays du bassin méditerranéen, un tableau de la région peut être dressé.

  • L’Ukraine

Cette zone incarne la guerre larvée et d’attente et explique les comportements de chaque Etat partie au conflit. Parmi ces Etats se retrouve indéniablement la Russie mais également la Roumanie et la Bulgarie, membres de l’Union européenne. Les conséquences de la situation en Ukraine s’étendent au-delà de son espace territorial puisqu’elles créent des volontés de rattachement à l’OTAN. C’est le cas de la Géorgie notamment.

  • Syrie

Les accords de zones démilitarisées retardent la prise d’Idleb, le dernier bastion des opposants du régime de Bachar EL-ASSAD, président de la République arabe syrienne. Il convient de noter que le contrôle des villes par le régime en place se sont faits par le biais d’accords permettant aux opposants de quitter la zone vers cette région du nord-ouest de la Syrie. La chute d’Idleb est annoncée et Moscou a intérêt à favoriser cette reprise. Toutefois, il s’agit pour l’Occident d’éviter une catastrophe humanitaire. En effet, avec plus de 3 millions d’habitants à Idleb, la reprise par EL-ASSAD pourrait donner lieu à des départs massifs vers Chypre et la Turquie.
S’intéresser à cette zone est d’autant plus crucial qu’elle impacte Israël, Gaza et leurs voisins. En cas de problème, le phénomène se diffuserait et, par contagion, toucherait des pays tels que l’Egypte, donnant lieu à des conséquences importantes pour l’ensemble de la Méditerranée.

  • Libye

La Libye et ses trois grandes régions, Tripolitaine, Cyrénaïque et Fezzan, connait une situation politique compliquée. Le contrôle du Fezzan, riche en pétrole, est revendiqué par Tripoli comme par Tobrouk. Fayez el-SARRAJ, chef du gouvernement d’entente nationale reconnu par la communauté internationale, voit son autorité contestée par le maréchal Khalifa HAFTAR, chef autoproclamé de l’Armée nationale libyenne, soutenu par le parlement de Tobrouk. De fait, en manque d’interlocuteur unique, la Libye ne connait ni d’unité ni de politique globale.
Le seul « succès » a été permis par les Italiens qui ont œuvré pour le renforcement des garde-côtes, permettant de diviser par dix le flux des migrants. Cependant, ce flux s’est déplacé vers le Maroc, l’Espagne étant redevenu le premier pays d’accueil.

  • Algérie

L’avenir politique de ce pays n’est pas garanti. Les interrogations se multiplient concernant le potentiel départ du président Abdelaziz BOUTEFLIKA, chef de l’Etat depuis 1999. Si l’on espère une stabilité, un débordement est tout de même envisageable. L’Algérie est le plus proche voisin de la France au Sud et une vigilance est donc nécessaire.

  • Zoom : Analyse du dispositif russe de septembre 2018

En mer Méditerranée, les grandes puissances se jaugent. Elle incarne le théâtre d’affrontements et de convoitises. La Russie entend faire passer un message clair aux autres puissances, celui de maitriser les techniques du déni d’accès.
La politique russe suit depuis des siècles la même constante, préserver un accès aux mers chaudes. Le « Syrian Express », surnom donné au ravitaillement de l’armée syrienne par la Russie à travers un flot continu de navires, en est une parfaite illustration. En contrepartie, la moitié du port de Tartous a été confiée à la Russie qui y positionne deux sous-marins classiques équipés de missiles de croisière mais également des frégates. Lors d’un grand exercice naval, Moscou a fait la démonstration de sa capacité à maitriser l’espace aéromaritime. D’une durée d’un mois, l’exercice a permis aux Russes de montrer leurs progrès en termes de coopération navale.

  • Décryptage des enjeux à travers le travail du préfet maritime, aux niveaux militaire et sécuritaire

Dans une mer de nature fermée et petite, il est primordial d’anticiper, d’autant plus que les effets sont liés, imbriqués, complémentaires et se nourrissent, de la terre à la mer.

Les fonctions du préfet maritime témoignent de la singularité en Méditerranée, ce dernier disposant de plusieurs rôles :

  • Préfet de l’urgence en mer : son objectif est la sauvegarde de la vie humaine. Cette mission concerne l’assistance aux navires en difficulté, la lutte contre les pollutions, le déminage ou encore la surveillance de la navigation. En dépit des efforts de prévention et des interventions de sauvetage, environ 30 personnes perdent la vie chaque été.
  • Préfet de police en mer : le dessein poursuivi est celui de la surveillance des approches maritimes. Il s’agit de la lutte anti-terroriste en mer, la sûreté des navires, la coordination de la lutte contre les activités illicites et la répression des pollutions.
  • Préfet “gouverneur” de l’espace marin : le but est la prévention des conflits et des usages. Cette mission relève de la protection de l’environnement, la planification de l’espace maritime ainsi que le développement économique.

Ainsi, en Méditerranée, la gouvernance n’est pas chose aisée. Une bonne illustration en a été la récente catastrophe écologique évitée de justesse, suite à la collision le 7 octobre 2018 entre l’ULYSSE et le SLC VIRGINIA, à une trentaine de kilomètres au Nord-ouest du Cap Corse, ayant provoqué 530 m3de pollution. Le préfet maritime a été chargé de coordonner le pompage et le chalutage des nappes de pétrole. S’agissant de la collision, de très gros moyens ont été mis en œuvre : 34 navires, 11 aéronefs et 500 hommes en permanence déployés.

Illustrant son rôle de commandant de zone maritime, le vice-amiral d’escadre du CHE a exposé la politique française de défense de la liberté en mer, qui applique le principe de « courtoise fermeté ». Des bâtiments de la Marine nationale sont déployés en permanence en Méditerranée. L’un deux se situe entre Chypre et la Syrie et utilise avec profit ses radars performants. Un autre est généralement présent au large de la Libye afin de lutter contre les trafics en tous genres. Il a été récemment déplacé en mer d’Alboran entre l’Espagne, le Maroc et l’Algérie, les flux de migrants en Libye ayant presque disparus. Un troisième navire sert le plus souvent de relai entre la haute mer et l’action à proximité des côtes.

Enfin, trois fois par an, la Marine nationale se déploie en mer Noire. Il s’agit d’un message politique, notamment à la Russie et à la Turquie, pour réaffirmer qu’il s’agit bien d’une haute mer, au terme de la convention de Montego Bay. Cette présence est notamment l’occasion d’afficher un soutien à la Bulgarie et la Roumanie.

Session de questions-réponses concluant la conférence.

  • Conclusion : le prisme de l’économie

Les activités en Méditerranée sont régies par l’aspect financier. Les flux, les détroits, les gazoducs et les câblages sous-marins en sont des exemples.
L’exemple de Chypre est édifiant. Les Chypriotes sont concernés par la découverte d’un gisement d’hydrocarbures à leur sud. Ce gisement ne concerne pas les Turcs qui occupent le nord de l’île, Chypre étant de facto scindée depuis 1974. Toutefois, si elle n’est pas partie prenante, la Turquie s’impose en Méditerranée orientale en envoyant des navires de guerre dans la zone. La compagnie pétrolière italienne ENI a même été interdite d’accès par Ankara. La Turquie bloque ainsi l’exploration de gisements de gaz au large de Chypre.

Au-delà des acteurs régionaux, les grandes puissances entrent en action, la situation chypriote s’érigeant en problème régional majeur.
La Méditerranée cristallise en son sein plusieurs types de problème. Sa situation en fait un enjeu majeur pour les Etats riverains. Plus encore, elle attire la présence d’acteurs mondiaux, à l’instar de la Chine qui a divisé par deux les effectifs de son armée de terre et multiplié par cinq ceux de sa Marine. En définitive, la situation en Méditerranée est une priorité française, la France cherchant à éviter l’escalade des tensions.

L’intervention du préfet maritime a permis d’éclairer l’auditoire sur les priorités françaises en Méditerranée mais également sur la position de la Turquie.

Cette conférence est aussi le moyen d’introduire le sujet de la 29èmeSession Méditerranéenne des Hautes Etudes Stratégiques. Les auditrices et auditeurs, des cadres civils et militaires, doivent rédiger un rapport sur les conséquences géopolitiques des gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale.

Escale à Toulon de la 4ème session nationale « Enjeux et stratégies maritimes »

Les auditeurs de la 4ème session « Enjeux et stratégies maritimes » après la visite du sous-marin nucléaire d’attaque Perle

Pour leur première escale dans un port, les auditeurs de la 4ème Session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » se sont rendus à Toulon les 12 et 13 octobre, en pleine opération de sauvetage et d’antipollution à la suite d’une collision en mer entre deux navires. Ils ont ainsi pu suivre en temps réel ce que représente la mise en œuvre en mer des moyens des différentes administrations de l’État coordonnées par le préfet maritime, le vice-amiral d’escadre Charles-Henri du CHE. Les auditeurs ont particulièrement apprécié avoir pu partager leurs réflexions avec des interlocuteurs au temps très compté par les circonstances.

La première matinée a été consacrée aux grands enjeux stratégiques de la France en Méditerranée, présentés par le contre-amiral Laurent HEMMER, adjoint territorial au préfet maritime. Après quoi les auditeurs se sont entretenus dans le cadre d’une table ronde avec les grands acteurs des opérations aéronavales en Méditerranée et de la mise en condition opérationnelle des forces aéromaritimes : les contre-amiraux Jean-Frédéric PLOEBNER, adjoint « opérations » du commandant en chef et Olivier LEBAS, commandant la force aéromaritime française de réaction rapide, le vice-amiral d’escadre Jean-Philippe Rolland, commandant la force d’action navale et le capitaine de vaisseau Laurent Machard de Gramont, adjoint « entraînement-opérations » de l’amiral commandant la force maritime de l’aéronautique navale. Pour la plus grande satisfaction des auditeurs, les débats sur les nouveaux équipements français et de la gestion des équipages ont été d’une grande franchise.

Pendant la table ronde « Action de l’État en mer : risques, menaces et enjeux »

L’après-midi, dédiée à l’action de l’État en mer, débuta par une visite du Cross MED. Les auditeurs y furent accueillis par son commandant, l’administrateur en chef des affaires maritimes Philippe Michaud, et l’administrateur général des affaires maritimes Éric Levert, directeur interrégional de la mer. Les grands acteurs méditerranéens de l’action de l’État en mer, le commissaire général de la Marine Thierry Duchesne, adjoint du préfet maritime, Éric Levert, administrateur supérieur des Douanes, Max Ballarin, directeur régional des garde-côtes de Méditerranée et le colonel Jean-Guillaume Remy, commandant du groupement de Gendarmerie maritime de la Méditerranée se sont ensuite réunis autour d’une nouvelle table ronde. Les auditeurs ont ainsi découvert la complicité et la coopération qui lient ces acteurs, très satisfaits de la coordination exercée par le préfet maritime, notamment à l’occasion des opérations en cours.

Cette journée s’acheva par une plongée dans les abysses à travers une conférence de Frédéric Leroy, directeur adjoint du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drasm), consacrée à l’archéologie sous-marine. Les auditeurs mesurent mieux désormais, à quel point le « plus grand musée du monde » recèle des richesses à préserver, qui constituent parfois de véritables enjeux stratégiques et géopolitiques.

Sur la plate-forme hélicoptère de la frégate anti-aérienne Cassard

Le lendemain, les visites de la frégate antiaérienne Cassard et du sous-marin nucléaire d’attaque Perle ont permis d’aborder plus concrètement les concepts et théories abordés la veille. Les auditeurs ont été saisis à cette occasion, par l’enthousiasme, le professionnalisme et le niveau de responsabilité confiés à des marins dont la jeunesse les a surpris. Pour conclure ces journées, ils se sont finalement livrés aux études concoctées par la direction de l’IHEDN avant de rejoindre plein d’émotions fortes en tête leurs pénates.

Conférence : « Enjeux et perspectives du théâtre méditerranéen »

Le vice-amiral d’escadre Charles-Henri LEULIER de la FAVERIE du CHE – Commandant la zone et l’arrondissement maritimes Méditerranée – Préfet maritime de la Méditerranée
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A l’occasion de l’inauguration de la 29ème session des SMHES, l’institut FMES vous convie à la conférence « Enjeux et perspectives du théâtre méditerranéen » donnée par le préfet maritime de la Méditerranée, le Vice-Amiral d’Escadre Charles Henri LEULIER de la FAVERIE du CHE.

 

L’événement se tiendra dans l’amphithéâtre de la Maison du Numérique et de l’Innovation (Place Georges Pompidou, Toulon), à partir de 9 heures. Pour plus d’informations, veuillez nous contacter par courriel ou bien par téléphone au 04 94 05 55 55.

Mare Ionio en Méditerranée « défie la politique européenne »

Le Mare Ionio, dans le port d’Augusta, début octobre.
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Ce jeudi 4 octobre 2018, l’ONG allemande de sauvetage de migrants en mer Sea-Watch a annoncé, conjointement avec d’autres associations humanitaires en faveur des migrants, avoir affrété le bateau Mare Ionio, battant pavillon italien. Sur Twitter, l’ONG allemande annonce : « Nous sommes de nouveau en mer, pour garder un œil vigilant et défier la politique européenne qui laisse les gens couler ».

Remorqueur long de 37 mètres (l’Aquarius en mesure 77) conçu pour repérer et sécuriser les embarcations en détresse et assurer une présence civile dans la zone, le Mare Ionio est parti mercredi soir du port d’Augusta, à l’Est de la Sicile et fait route vers le Sud.  Il lui faudra environ 24 heures en mer pour atteindre les côtes libyennes. Il rejoindra l’Astral, un voilier de l’ONG espagnole Proactiva Open Arms qui mène une mission similaire tandis que l’Aquarius, ayant perdu son pavillon panaméen, a rejoint le port de Marseille jeudi 4 octobre au matin. Face à cette situation, l’ONG SOS Méditerranée appelle les gouvernements européens dans le but de poursuivre cette mission « en attribuant un pavillon à l’Aquarius, déterminé à reprendre la mer au plus vite » et a organisé une vague de manifestations dans plusieurs villes françaises et européennes le samedi 6 octobre 2018.

Affrété par des militants de la gauche italienne, le Mare Ionio a commencé sa mission mercredi soir, pour rappeler symboliquement le 3 octobre 2013, date à laquelle un bateau de pêche a coulé au large de Lampedusa, causant la mort de 366 migrants. Les ONG affirment avoir créé « un réseau qui ne passe plus par les gouvernements », ajoutant que certaines villes européennes telles qu’Amsterdam, Berlin, Palerme et Bologne soutiendraient la mission et accepteraient d’accueillir les personnes secourues. En érigeant ce bateau en symbole, les associations affirment qu’en cas de fermeture des ports, elles appelleraient la mobilisation massive de la population. Alors que l’Organisation mondiale pour les migrations (OIM) rappelle que 1 741 migrants ont péri dans la Méditerranée en 2018, les ONG relaient ce chiffre afin d’alerter l’opinion publique.

En réponse, le ministre de l’Intérieur et vice-président du Conseil des ministres italien Matteo SALVINI a déclaré au Mare Ionio : « Fais ce que tu veux, mais en Italie tu n’y arriveras jamais ». Rome connait depuis quelques mois un revirement de politique avec l’arrivée de la Ligue de M. SALVINI au pouvoir qui se démarque par un caractère eurosceptique et un renforcement assumé de la politique migratoire. Ainsi, les entrées de migrants sont à leur plus bas niveau depuis près de cinq ans. L’OIM note que moins de 1 000 arrivées de migrants ont été enregistrées en Italie pour le mois de septembre.

L’Espagne reste donc à ce jour la première porte d’entrée des réfugiés et des migrants en Europe, recensant 45% de toutes les arrivées irrégulières pour l’année en cours et recevant sept fois plus de migrants que l’Italie.

Décès d’Antoine SFEIR, spécialiste du monde arabe et musulman

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Dans la nuit de dimanche à lundi 1er octobre, est décédé des suites d’un cancer le journaliste et politologue franco-libanais Antoine SFEIR, à l’âge de 70 ans.

Né au Liban en 1948 dans une famille chrétienne maronite, Antoine SFEIR commence sa carrière au sein du quotidien francophone libanais L’Orient-le Jour. S’intéressant aux événements au Moyen-Orient, il est enlevé et torturé à l’âge de 27 ans par une milice du front de libération de la Palestine pendant sept jours durant la guerre du Liban en 1976. Ayant poursuivi sa carrière en France, il fonde en 1986 la revue d’études et de réflexion sur les mondes arabe et musulman Les Cahiers de l’Orient.

Surnommé « l’homme qui simplifie l’Orient compliqué », il est l’auteur de nombreux ouvrages et essais, conférencier et commentateur régulier dans les médias français des affaires moyen-orientales. Le journaliste et politologue présidait également le Centre d’Etudes et de Réflexion sur le Proche-Orient (CERPO). Chevalier de la Légion d’honneur et président de l’Iléri depuis 2014 (Institut libre d’étude des relations internationales), Antoine SFEIR était un proche collaborateur de l’Institut FMES au sein duquel il intervenait.

Son dernier ouvrage L’Islam contre l’Islam : l’interminable guerre des sunnites et des chiites, en 2013, a été plébiscité et a remporté le prix Livre et droits de l’homme de la ville de Nancy.

Reconnu pour son expertise et la qualité de ses analyses, l’annonce de son décès par Les Cahiers de l’Orient a été suivie d’une pluie d’hommages de la part des mondes politique et médiatique, de gauche comme de droite. Renaud MUSELIER, Président du Conseil régional de la Région SUD a exprimé sur Twitter sa tristesse :

« C’est avec une infinie tristesse que j’apprends le décès de mon ami Antoine Sfeir. Un esprit brillant mais avant tout un homme généreux et bon. Je garde en souvenir nos discussions passionnées sur l’avenir du monde et de la #Méditerranée. Au revoir mon ami #RIP »