Maroc

La crise vénézuélienne : cristallisation des clivages du bassin méditerranéen

Nicolas MADURO, recevant son homologue turc Recep Tayyip ERDOGAN, à Caracas en décembre 2018.
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Le 23 janvier 2019, Juan GUAIDO, président social-démocrate de l’Assemblée nationale s’est autoproclamé Président par intérim de la République bolivarienne du Venezuela. Qualifiant le Président en place, Nicolas MADURO d’usurpateur, il conteste sa réélection et promet un « gouvernement de transition » et des « élections libres ». Depuis quelques semaines, le président autoproclamé de 35 ans tente de fédérer l’opposition aux dépens du régime chaviste.

Juan GUAIDO a reçu le soutien immédiat des Etats-Unis, du Canada et d’un grand nombre de pays d’Amérique latine. Le 4 février 2019, une déclaration conjointe déclare que 19 pays de l’Union européenne « reconnaissent et soutiennent M. Juan GUAIDO, président de l’Assemblée nationale démocratiquement élue, comme président par intérim du Venezuela, pour qu’il convoque des élections présidentielles libres, équitables et démocratiques ». Cette déclaration intervient après que les Etats européens ont demandé à Nicolas MADURO d’organiser une nouvelle élection présidentielle. Le Président en exercice, faisant fi de la fronde sociale et politique, n’a pas accepté d’organiser cette nouvelle élection.

La crise vénézuélienne s’étend au-delà des frontières du pays et devient un enjeu géopolitique. Le positionnement des Etats en faveur de l’un ou l’autre des deux camps illustre les jeux d’alliances et les clivages autour du bassin méditerranéen.

Emmanuel MACRON a pris position dans le dossier vénézuélien : « Les Vénézuéliens ont le droit de s’exprimer librement et démocratiquement. La France reconnait Juan GUAIDO comme président en charge pour mettre en œuvre un processus électoral ». Cependant, l’Union européenne est divisée : l’Italie, l’Irlande et la Grèce ont notamment bloqué l’adoption d’une déclaration commune de l’UE.

Le président MADURO est soutenu par Ankara et Téhéran, à l’instar de Pékin et de Moscou, l’un des principaux créanciers de Caracas. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri PESKOV, dénonce par ailleurs « l’ingérence » états-unienne et européenne dans les affaires du Venezuela. S’agissant de la Turquie, l’ensemble du spectre politique a affiché son soutien à Nicolas MADURO. Le 5 février, lors d’une réunion de son parti, l’AKP, Recep Tayyip ERDOGAN a partagé le point de vue russe concernant l’ingérence de la part des pays occidentaux dans les affaires intérieures de Caracas. Il a déclaré : « Maduro, mon frère, tiens bon. Nous sommes avec toi ! ». Le fossé se creuse entre la Turquie de Recep Tayyip ERDOGAN et ses « partenaires » de l’OTAN, le pays s’affranchissant davantage de ses alliances d’hier. Les liens entre les présidents turc et vénézuélien n’ont cessé de se renforcer ces dernières années et les visites diplomatiques se sont multipliées. Ankara est également devenue en 2018 le premier importateur d’or en provenance du Venezuela. Les deux chefs d’Etat partagent un même anti-américanisme et la vive prise de position turque exprime la peur qu’Ankara soit victime d’une tentative de déstabilisation semblable. Pays détenant les premières réserves pétrolières au monde, le Venezuela de MADURO a également reçu le soutien de l’Iran, les deux pays étant à l’origine de la création de l’OPEP. Les deux pays se rejoignent par la même dans leur idéologie prônée d’anti-impérialisme.

Concernant les pays arabes, le Maroc est le seul à s’être exprimé officiellement sur la question. Le royaume chérifien affiche son soutien à Juan GUAIDO, en réaction aux déclarations de ce dernier sur le Sahara occidental. Alors que le Venezuela a reconnu la République arabe sahraouie démocratique (RASD) en 1982 et que les deux pays ont rompu leurs liens diplomatiques, Juan GUAIDO se montre plus enclin à reconsidérer cette reconnaissance. Pour sa part, Alger s’est abstenu de tout commentaire. Les deux pays sont toutefois liés historiquement et comparés du fait de la ressemblance de leurs structures économiques. L’Algérie et le Venezuela de MADURO partagent aussi de nombreux points communs idéologiques. Quant aux Emirats arabes unis et à l’Arabie saoudite, ils sont pour leur part dans une situation d’attentisme. Si le ministère de l’Energie saoudien se dit rassuré, la crise vénézuélienne a commencé à influer sur le prix du baril de pétrole.

Enfin, les Nations Unies, pour préserver leur « crédibilité », ont décidé de ne participer à aucun des groupes de discussion et de ne pas prendre parti. Le Secrétaire général Antonio GUTERRES se dit tout de même disposé à aider les deux parties à « trouver une solution politique ».

Le Maghreb central : bilan et perspectives

Un article de Mustapha BENCHENANE, docteur d’Etat en science politique, conférencier au Collège de l’OTAN et éditorialiste à l’institut FMES.

 

Le « Maghreb central » est composé de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie. Il est situé au cœur de la Méditerranée occidentale et par le détroit de Gibraltar, 14 kilomètres le séparent de l’Europe. Une autre de ses caractéristiques : la langue française est pratiquée par des millions de Maghrébins, au point qu’il faut la considérer comme l’une des composantes de l’identité de ces peuples. Historiquement, cette zone était berbère jusqu’à l’arrivée de l’islam à la fin du VIIe siècle et surtout au début du VIIIe siècle. Le Coran étant rédigé en langue arabe, les conversions ont modifié de façon profonde la personnalité de cette zone, devenue arabo-berbère.

Le Maroc et la Tunisie sont indépendants depuis 1956 et l’Algérie depuis 1962. Ces trois pays réalisent moins de 2 % de leur commerce extérieur entre eux. Ils attirent moins de 1 % des investissements de l’Union européenne. La population de cette région est d’environ 90 millions d’habitants. Les moins de 30 ans représentent 70 % du total.

Les trois États, ou ce qui en tient lieu, font partie de l’Union du Maghreb arabe créée par le Traité de Marrakech de février 1989. Elle comprend également la Mauritanie et la Libye, mais reste, 30 ans après, une fiction.

Où en sont ces pays du Maghreb central par rapport aux espoirs suscités par le recouvrement de leur indépendance ? La réponse n’est malheureusement pas positive si l’on prend en compte les résultats dans un éventail de domaines.

 

  • Des défis hors de portée.

Sur les plans économique et social, l’adaptation à l’économie de marché mondialisée constitue le plus grand défi. Pour le réussir, il aurait fallu de profondes réformes structurelles. Au cœur de ces réformes, il était impératif de placer un système éducatif performant. Cela signifie des maîtres compétents et intègres, capables de s’approprier et de transmettre la rationalité sous ses trois formes : théorique, critique et autocritique. Cette rationalité doit transparaître partout : dans les programmes, dans les méthodes pédagogiques et dans les comportements. Cela a permis à d’autres pays de faire face aux impératifs de la concurrence qui se déroule à l’échelle planétaire.

Dans la réalité, ces trois pays n’y arrivent pas. L’Algérie a disposé depuis son indépendance de dix fois l’équivalent du Plan Marshall, sans pour autant parvenir aux résultats escomptés. Si le Plan Marshall a bénéficié à l’Europe à partir de 1947 et a contribué à la reconstruction et à la modernisation de la quinzaine de pays qui l’ont accepté, c’est parce que, en Europe occidentale, étaient déjà réunies des conditions favorables : la rationalité avec ses bienfaits en termes d’organisation, de compétences, de sens de l’efficacité, de culture de l’effort et du travail…

Quelques chiffres permettent une illustration des difficultés que le Maghreb central ne parvient pas à surmonter : alors qu’il faudrait une croissance de 8 % sur 40 années afin de faire face au déficit dans le domaine de l’emploi, la croissance est de 3,5 % au Maroc, dans le meilleur des cas, de 2,8 % en Tunisie et de 3 % en Algérie. L’endettement de la Tunisie représente 24 % du PIB en 2018 et le Fonds Monétaire International (FMI) exige des réformes structurelles dont les conséquences immédiates seraient très douloureuses pour les catégories sociales les plus défavorisées. 35 % des diplômés sont au chômage. Le chaos qui prévaut en Libye est un problème supplémentaire pour les Tunisiens en terme de sécurité et de gestion de l’économie. Au Maroc, selon le FMI, un jeune sur quatre de 15 à 24 ans (1 685 000 jeunes) ne travaille pas, n’est pas à l’école et ne suit aucune formation. Cette proportion est de 44 % chez les femmes (1 319 000 femmes). Selon la Banque mondiale, le chômage des jeunes en milieu urbain était de 38,6 % en 2016. La révolte du Rif, région particulièrement déshéritée et négligée par le pouvoir, est révélatrice des dangers d’une explosion annoncée.

Après 56 années d’indépendance, l’Algérie n’exporte que son pétrole et son gaz : 97 % des recettes d’exportation proviennent de la vente de ces deux matières premières. Depuis 2014, le dinar algérien a perdu 48 % de sa valeur face au dollar américain.

 

  • Au plan politique : incertitudes et confusion

Si « printemps arabe » il y a eu, il n’a pas commencé en Tunisie en 2011, mais en Algérie lorsque, en octobre 1988, l’Armée nationale populaire (ANP) a tiré sur des manifestants. Le traumatisme a été si profond, que c’est le pouvoir qui a octroyé des libertés. En 1991, le Front islamique du salut (FIS) a été majoritaire au premier tour des élections législatives. L’armée est alors intervenue pour empêcher le déroulement du second tour. Des « islamistes » furent internés dans des camps au Sahara. Mais dès leur libération, beaucoup d’entre eux sont partis au maquis, optant pour la lutte armée. Le noyau dur de cette mouvance était constitué d’individus revenus d’Afghanistan où ils s’étaient battus au sein de la « Légion islamique » contre les troupes soviétiques qui avaient envahi ce pays en 1979.

La liberté d’expression est une réalité en Algérie. Pour le pouvoir, elle est une soupape de sécurité : par la parole, les mécontents s’ébrouent, puis rentrent chez eux regarder la télévision, de préférence, pour les uns, les chaînes françaises, pour les autres, les chaînes arabes du Moyen-Orient.

La succession du Président Bouteflika, gravement malade et incapable de gouverner, ne se fera pas dans le respect de la Constitution, mais en fonction des rapports de force entre les clans, l’armée elle-même étant divisée.

En Tunisie, il y a eu une révolte en 2011 contre la dictature du président Ben Ali. Comme en Algérie, les premières élections organisées après la fuite du dictateur ont été remportées par le parti « islamiste » Ennahda. Cependant, soumis à des pressions endogènes et exogènes, ce parti a renoncé – provisoirement – à exercer seul et directement le pouvoir, au profit d’une coalition à laquelle il participe.

Au Maroc, a démarré le 20 février 2011 un mouvement de protestation de nature politique, réclamant des réformes profondes du système en place et dénonçant les injustices dans tous les domaines. Le roi Mohamed VI s’est montré habile en lâchant du lest, acceptant de réviser la Constitution. Il s’est engagé à choisir le Premier ministre au sein du parti majoritaire aux élections législatives. La liberté d’expression est encadrée, les Marocains n’ayant pas le droit de remettre en cause le caractère monarchique du régime ou de critiquer le roi. Une autre « ligne rouge » est tracée par l’interdiction de contester la « marocanité » du Sahara occidental.  Les Marocains ne vivent plus sous la chape de plomb qu’était pour eux le régime de Hassan II.

Les régimes politiques des trois pays du Maghreb central ne sont plus des dictatures mais ne sont pas non plus des démocraties. Il leur manque, en effet, des composantes essentielles de la démocratie : une compétition ouverte et pacifique pour le pouvoir selon des règles très largement acceptées et strictement respectées. Un autre impératif figure au même rang que le précédent : l’État de droit. Cela signifie une justice indépendante du pouvoir, ce dernier étant lui-même soumis au droit. Ces conditions sont très loin d’être réunies car la culture démocratique n’est pas enracinée dans ces trois pays ni ailleurs, dans le « monde arabo-musulman ».

Dans les domaines de la sécurité, la Tunisie et le sud de l’Algérie sont sous la menace des terroristes de différentes obédiences « islamistes » qui bénéficient d’une liberté d’action en Libye où prévaut le chaos provoqué par l’intervention de l’OTAN contre Kadhafi. A l’ouest, l’affaire du Sahara occidental cristallise les rivalités entre l’Algérie et le Maroc. La communauté internationale fait preuve d’impuissance en n’imposant pas le respect du droit international qui préconise l’organisation d’un référendum d’autodétermination afin que les Sahraouis décident eux-mêmes de leur destin.

Les budgets de défense des trois pays augmentent sans que, pour autant, l’efficacité de leurs armées atteigne le niveau requis pour faire face à la gravité de la menace terroriste.

 

*  *  *

Compte tenu de l’ensemble de ces données, les flux migratoires du sud vers le nord de la Méditerranée s’accroîtront. La plupart des jeunes veulent aller en Europe, parfois en risquant leur vie. Du Sahel proviennent d’autres migrations que les États du Maghreb central tentent de refouler.

Plusieurs décennies après leur indépendance, la réalité de ces pays démontre qu’ils n’ont pas été en mesure de gérer efficacement leurs affaires, ni de coopérer de façon transversale. L’indicateur le plus significatif à cet égard est la fermeture de la frontière terrestre entre le Maroc et l’Algérie depuis 1994. L’Europe, et la France en particulier, ont des raisons légitimes de s’inquiéter des conséquences de ces difficultés non surmontées sur la stabilité de la région euro-méditerranéenne.

Sahara Occidental : le Conseil de sécurité prolonge la mission

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Le mercredi 31 octobre, le Conseil de sécurité des Nations Unies a prorogé pour six mois la MINURSO (Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental).

Créée en 1991 par la résolution 690, la MINURSO supervise une période transitoire pour l’organisation d’un référendum durant lequel le peuple sahraoui fera le choix entre l’indépendance ou l’intégration au royaume chérifien. Le 29 avril 2016, le Conseil de sécurité exhortait par la résolution 2285 les Etats parties à poursuivre leurs efforts en vue de négociations plus résolues. Une récente rencontre de ceux-ci a permis, le 31 octobre, l’adoption de la résolution 2440 prorogeant le mandat de la MINURSO jusqu’au 30 avril 2019.

Pour les Etats-Unis, porte-plume de cette résolution, le « processus politique ne fait que débuter ». La prolongation d’une durée de six mois est de fait un moyen de soutenir le processus politique entrepris dans la région. Parmi les 15 Etats membres du Conseil de sécurité, 12 ont approuvé le texte. Les 3 Etats restants, Bolivie, Russie et Ethiopie, ont préféré s’abstenir, estimant que « leurs remarques n’ont pas été considérées par les Etats-Unis ». Moscou n’a pas usé de son droit de véto, le mandat reconduit étant jugé nécessaire à la stabilité de la région. La France salue l’adoption de la résolution 2440 qui appelle à « la mise en œuvre d’une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable » et soutient fermement la MINURSO qui « joue un rôle essentiel en faveur de la paix et de la stabilité dans la région ». Toutefois, François DELATTRE, représentant permanent de Paris à l’ONU, considère que le renouvellement doit rester « exceptionnel » afin de ne pas perturber la capacité de la Mission.

Ce mandat prolongé témoigne du soutien du Conseil de sécurité au Secrétaire général de l’ONU, Antonio GUTERRES et à son Envoyé spécial au Sahara occidental, Horst KOHLER, qui ont fait de la relance du processus politique une priorité avant la fin de l’année 2018. Après plus d’une quarantaine d’années de conflits et de tensions qui envenime les relations entre Alger et Rabat, Antonio GUTERRES espère trouver une issue positive à ce dossier. Pour ce faire, est prévue une « table ronde » à Genève au sujet du Sahara occidental les 5 et 6 décembre prochains. Le secrétaire général a invité les quatre principaux acteurs : Front Polisario, Maroc, Algérie et Mauritanie. Tous ont répondu favorablement à l’appel, ce qui nourrit l’espoir de négociations plus approfondies. Si Alger accepte de se joindre à la réunion, le pays souligne tout de même que seule une négociation directe impliquant le Maroc et le Front Polisario pourra conduire à une solution. Pour l’heure, le Front Polisario ne cesse de réclamer un référendum d’autodétermination tandis que le Maroc envisage toujours un plan d’autonomie.

Cette table ronde permettra d’inclure les pays limitrophes au Sahara occidental, acteurs directs ou indirects de ce conflit et laisse présager les prémices d’une réelle négociation.

Algérie, Maroc et Sahara occidental : les rivalités des frères ennemis du Maghreb

Camps sahraoui de Tindouf en Algérie
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Assemblée générale des Nations-Unies : le Sahara occidental au cœur des discussions

Le chef du gouvernement marocain, Saâdeddine EL OTHMANI, dans une allocution prononcée lors de la 73ème Assemblée générale de l’Organisation des Nations-Unies mardi 25 septembre 2018, évoque le Sahara occidental. Le considérant comme un « conflit artificiel » qui « nuit à l’intégration maghrébine », EL OTHMANI qui représentait le monarque Mohammed VI à l’ONU, accuse l’Algérie dans le traitement de ce différend1. En rappelant son attachement à l’ONU, capable de trouver « une solution politique, réaliste, pratique et durable », le chef du gouvernement chérifien pointe du doigt l’Algérie, accusée de « continuer d’entretenir ce conflit2 »

« Nous appelons la communauté internationale à inciter l’Algérie à assumer pleinement sa responsabilité en autorisant le Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés (HCR) à enregistrer et à recenser cette population conformément aux résolutions du Conseil de sécurité et en réponse aux appels du Secrétaire général de l’ONU et des organisations humanitaires spécialisées».

Le diplomate marocain fustige l’Algérie, qu’il prétend coupable de faire « une situation tragique » aux réfugiés sahraouis dans les camps algériens.

Saâdeddine EL OTHMANI devant les délégations étrangères lors de la 73e Assemblée générale de l’ONU à New York le 25 septembre 2018.
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Parallèlement, Abdelkader MESSAHEL, ministre algérien des Affaires étrangères, a rencontré l’Allemand Horst KÖHLER, envoyé personnel du Secrétaire Général de l’ONU pour le Sahara le 25 septembre. Le 27 septembre, MESSAHEL s’est entretenu avec le Secrétaire Général Antonio GUTERRES pour évoquer les relations algéro-onusiennes, la situation au Mali et en Libye et le cas du Sahara occidental. L’Algérie s’affirme comme le soutien par excellence du Front Polisario, le mouvement politique et armé du Sahara occidental qui milite pour l’indépendance.

Le dossier du Sahara occidental se diffuse au-delà des frontières marocaines et algériennes. Horst KÖHLER, l’émissaire de l’ONU pour le Sahara occidental, a rencontré mardi 25 septembre David HALE, sous-secrétaire d’Etat américain aux Affaires politiques afin de discuter de la question sahraouie quand l’ONU tente de relancer les négociations entre Rabat et le Front Polisario.

Cette position américaine fait écho à la déclaration de Washington en avril qui espérait relancer les pourparlers d’ici le mois d’octobre 2018, félicitant les efforts de médiation menés par KÖHLER et la MINURSO (Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental) en vue de l’organisation d’un référendum d’autodétermination dans cette région4.

Cette rencontre précède également la remise du rapport du Secrétaire Général de l’ONU concernant le Sahara occidental au Conseil de Sécurité. Devant être remis le 28 septembre 2018, sa présentation est prévue pour le mois d’octobre et vient relancer le processus de paix au Sahara occidental, dans l’impasse depuis 2012, date à laquelle le Maroc et le Front Polisario se sont rencontrés pour la dernière fois aux Etats-Unis.

Le Sahara occidental : un incubateur des tensions

« C’est bien l’Algérie qui a créé cette crise » affirme EL OTHMANI devant l’Assemblée générale de l’ONU pour qui ce différend relève de l’intégrité de son territoire. En sa qualité de représentant du roi marocain, il accuse Alger de négligence envers les réfugiés sahraouis présents sur le sol algérien notamment dans les camps de Tindouf, ville située à l’extrême sud-ouest algérien. Pourtant, Maria CAMELLO, chercheure au GRIP (Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la sécurité) dans le domaine des « armes légères et transferts d’armes », dans un rapport publié le 17 septembre 2018, condamne d’autre part la politique chérifienne à l’égard du Sahara occidental qui y mène des « pratiques répressives violentes et injustifiées concernant la liberté de mouvement, la liberté d’expression et d’association, le droit à un procès équitable ou encore la sauvegarde des droits économiques, sociaux et culturels » du peuple sahraoui5.

 

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Le statu quo de « ni guerre ni paix » nuit à la région et représente un facteur de risque6. Les deux pays s’accusent de désinformation à propos de ce différend et le prennent pour prétexte quant à la fermeture des frontières, initialement fermées à la suite d’un attentat perpétré à Marrakech. Accusant l’Algérie de ces attaques, les autorités marocaines ont annoncé l’instauration d’un visa obligatoire pour les ressortissants algériens. En réponse, l’Algérie a fermé ses frontières. Alors que des citoyens algériens et marocains réclament la réouverture de ces frontières, elles demeurent fermées depuis 1994. Cette question représente un point de crispation entre Alger et Rabat et vient maintenir l’état de rupture des deux pays, déjà brouillés autour du problème du Sahara occidental.

Des pays similaires en apparence mais hétérogènes en faits

Les deux pays sont frontaliers, partagent la même langue, la même religion et la même culture. Il est de prime abord aisé de croire qu’ils se rejoignent en tout point. Pourtant, tandis que les pays se montrent similaires dans plusieurs domaines, l’ancrage politique est toutefois différent entre le Maroc et l’Algérie.

Le Maroc se montre davantage libéral et attaché à l’Europe. Nabil Adghoghi, premier conseiller de la Mission du Royaume du Maroc auprès de l’Union européenne confirme que la politique extérieure du royaume chérifien est ancrée en Europe avec une ouverture économique marquée7. La volonté d’adopter le modèle européen est telle que le Maroc va même jusqu’à demander l’adhésion à l’Union européenne en 1984. Cette demande est rejetée trois ans plus tard pour une raison géographique, le Maroc n’étant pas européen. En réalité, le Maroc, jouant de cette appartenance à la fois arabe et musulmane d’un côté – le monarque chérifien étant légitime sur le plan religieux – fait office du bon élève de l’UE au Maghreb en adhérant à ses principes et en entretenant des relations cordiales avec les pays européens. À ce titre, Henry Kissinger, le diplomate et politologue américain écrit à propos du Maroc qu’il se trouve « depuis un siècle à l’intersection des grandes stratégies des puissances étrangères, ce qui contraint ses dirigeants à manœuvrer avec art, subtilité et autorité8 ». De plus, le Maroc fait partie des principaux partenaires de l’Union dans toute la Méditerranée9.

Quant à l’Algérie, elle est profondément marquée par son histoire empreinte d’une longue période de colonisation. Cette période impacte la vie politique algérienne qui perçoit dans l’Europe une menace néocolonialiste. Durant la Guerre froide, l’Algérie se montre beaucoup moins encline au libéralisme. A contrario, elle devient un pays socialiste et s’affiche avec les pays phares du tiers-mondisme.

Arrivent au même moment à la tête des deux États Abdelaziz BOUTEFLIKA côté algérien et le roi Mohammed VI pour le Maroc, à la fin des années 1990 et début des années 2000. Ces chefs d’Etats viennent ancrer davantage les différences entre Alger et Rabat. Ces derniers réhabilitent certains héros nationaux et confèrent à leur pays un passé propre. De fait, les idées de nationalisme priment sur l’idée d’un Maghreb unifié et éliminent le patriotisme maghrébin10.

Un dossier brûlant et des différends anciens

Le Sahara occidental représente aujourd’hui le dossier brûlant entre les deux pays. Pendant la Guerre froide déjà, Hassan II a instrumentalisé ce conflit en établissant un parallèle entre le conflit du Sahara occidental et la confrontation entre Est et Ouest, en avançant la proximité idéologique de l’Algérie avec l’URSS11.

D’ailleurs, les deux pays se sont déjà livrés à une guerre ouverte en 1963. Peu de temps après l’indépendance algérienne, la tension monte entre les deux pays. L’irrédentisme marocain, l’absence de frontières claires et la non volonté de l’Algérie de reconsidérer les frontières héritées de la période coloniale sont autant de raisons qui ont donné lieu au conflit.

Appelée la Guerre des Sables, cette guerre renvoie à l’attaque de l’armée algérienne en direction de troupes marocaines qui cause la mort de 12 soldats marocains. Ce conflit fait office de théâtre de la Guerre froide : l’Algérie est appuyée par l’Égypte et Cuba tandis que le Maroc bénéficie de l’appui américain12. Si cette guerre se solde par un cessez-le-feu permis par l’Organisation de l’Union Africaine (OUA) sous proposition du Président malien Modibo KEÏTA, le dossier du Sahara demeure un problème gênant à l’établissement de la paix dans la région.

Le Sahara occidental fait partie intégrante du Maroc pour Rabat. Toutefois, l’Algérie considère que le peuple sahraoui doit pouvoir accéder à l’indépendance et soutient le Front Polisario depuis 1975, date à laquelle l’Espagne cesse d’exercer son autonomie sur la région après des années de colonisation.

La crise du Sahara occidental ne cesse d’empoisonner les relations entre les deux États. Pour Alger, cette question relève de la décolonisation et de la prévalence du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, consacré par les Nations-Unies dès leur création en 1945. Alger en appelle donc à l’action des grandes puissances, notamment celles qui ont un siège au Conseil de sécurité de l’ONU afin de faire appliquer le droit dans le cadre de cette crise13. D’ailleurs, en 2002, le pays demande même par le biais de l’ONU que ce territoire soit partagé avec le Maroc14. La République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) créée en 1976 est soutenue par Alger qui accepte même d’abriter sur son sol ses dirigeants mais également des centaines de milliers de réfugiés sahraouis15. Pour Rabat, il s’agit de la défense pour l’intégrité de son territoire. Sa perception de la menace est obnubilée par la question des frontières.

Soldats de la MINURSO.
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Un cessez-le-feu entre les deux parties est maintenu depuis 1991 grâce aux casques bleus onusiens mais fait office d’une maigre consolation. De fait, l’ONU tente de trouver une solution durable pour la région.

Aujourd’hui, le Sahara occidental est considéré comme un territoire non autonome selon l’ONU à la suite d’une demande marocaine. Si son statut reste à déterminer à l’issue du référendum, seulement 32 Etats reconnaissent la RASD. 50 pays avaient dans le passé reconnu son existence mais sont revenus sur leur décision, jugeant que cette reconnaissance s’opposait avec le principe d’un référendum à l’autodétermination.

 


 

1 BENARGANE Yassine, « Sarah occidental : El Othmani fustige l’Algérie depuis New York », Yabiladi, 26 septembre 2018. Disponible sur : https://www.yabiladi.com/articles/details/69258/sahara-occidental-othmani-fustige-l-algerie.html

2 « Le Maroc attaque l’Algérie à l’Assemblée générale de l’ONU », TSA, 26 septembre 2018. Disponible sur : https://www.tsa-algerie.com/le-maroc-attaque-lalgerie-a-lassemblee-generale-de-lonu/

3 Discours de Saâdeddine EL OTHMANI devant l’Assemblée générale des Nations-Unies à New York le 25 septembre 2018.

4 ADAM Kenzi, « Sahara occidental : rencontre Köhler-Hale sur fond de relance des négociations », Algérie Patriotique, 25 septembre 2018. Disponible sur : https://www.algeriepatriotique.com/2018/09/25/sahara-occidental-rencontre-kohler-hale-sur-fond-de-relance-des-negociations/

5 CAMELLO Maria, Note d’analyse : Exportations d’armes au Maghreb : quelle conformité avec la Position commune ? Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la Sécurité, 17 septembre 2018, 16 pages. Disponible sur https://www.grip.org/sites/grip.org/files/NOTES_ANALYSE/2018/na_2018-09-17_fr_m-camello.pdf

6 BAGHZOUZ Aomar, « L’Algérie face à l’Europe : quelle place dans les dispositifs de coopération en Méditerranée ? », Maghreb – Machrek 2009/2 (N° 200), p. 50.

7 BERRAMDAME Abdelkhaleq, Le partenariat euro-méditerranéen à l’heure de l’élargissement de l’Union européenne, Karthala, Paris : 2005, p. 51.

8 KISSINGER Henry, Les Années orageuses, Fayard, Paris, 1982, p. 781.

9 BERRAMDAME Abdelkhaleq, Le partenariat euro-méditerranéen à l’heure de l’élargissement de l’Union européenne, Karthala, Paris : 2005, p. 52.

10 VERMEREN Pierre, « L’historiographie des deux côtés de la Méditerranée », Histoire@Politique 2011/3 (n° 15), p. 9.

11 SAIDY Brahim, « La politique de défense Marocaine : articulation de l’interne et de l’externe », Maghreb – Machrek 2009/4 (N° 202), p.126.

12 ALILAT Farid, « Début de la guerre des Sables », Jeune Afrique, 9 octobre 2007. Disponible sur : http://www.jeuneafrique.com/124805/archives-thematique/d-but-de-la-guerre-des-sables/

13 BAGHZOUZ Aomar, « L’Algérie face à l’Europe : quelle place dans les dispositifs de coopération en Méditerranée ? », Maghreb – Machrek 2009/2 (N° 200), p.50.

14 SAIDY Brahim, « La politique de défense Marocaine : articulation de l’interne et de l’externe », Maghreb – Machrek 2009/4 (N° 202), p. 124.

15 BERRAMDAME Abdelkhaleq, Le partenariat euro-méditerranéen à l’heure de l’élargissement de l’Union européenne, Karthala, Paris: 2005, p. 63.

Migrants : le Maroc intensifie la répression

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La Marine royale marocaine a tiré des coups de feu sur une embarcation de migrants ce mardi 25 septembre 2018. Sur les 25 personnes présentes à bord, une Marocaine de 22 ans a perdu la vie tandis que trois autres personnes sont blessées, l’une d’entre elles étant dans un état critique. Ces quatre individus sont originaires du Rif à l’extrême Nord du Maroc.

Au large de Tétouan et de l’enclave espagnole de Ceuta, un zodiac refusait d’obtempérer suite aux avertissements des autorités marocaines. La marine royale s’est dit « contrainte » de tirer sur ces migrants se dirigeant vers l’’Espagne.

Selon des chiffres publiés par l’Office International pour les Migrations, l’Espagne est depuis le début de l’année le premier pays d’arrivée des migrants illégaux en Europe. Depuis le 1er janvier, ils sont plus de 38 000 à avoir débarqué sur les côtes espagnoles par voies maritime et terrestre. Le porte-parole du gouvernement marocain affirme d’ailleurs avoir fait avorter plus de 54 000 tentatives de passages illégaux de migrants en direction de l’Union européenne, dont 7 100 Marocains.

Les Marocains constituent en effet 15% des migrants gagnant l’Espagne. Pour enrayer cette immigration massive, le Maroc intensifie la répression. Depuis le mois d’août, environ 6 500 Subsahariens ont été refoulés vers le Sud. L’Association Marocaine des Droits Humains (AMDH) s’indigne du sort de ces migrants, en particulier des citoyens marocains « tués de sang-froid parce qu’ils veulent quitter ce pays ». En effet, au Maroc, certaines personnes victimes de l’exclusion sociale et majoritairement les jeunes qui représentent un tiers de la population, veulent fuir le climat de répression où les disparités sociales et la pauvreté sont grandissantes.

Le 11 août dernier, la chancelière allemande Angela MERKEL et le Président du gouvernement espagnol Pedro SANCHEZ ont accepté d’aider le Maroc à contrôler ses côtes. Si le porte-parole du gouvernement chérifien Mustapha EL KHALFI insiste sur la coordination conjointe et une « responsabilité partagée » entre UE et le Maroc en matière d’immigration, refusant de faire du Maroc un gendarme, les déplacements forcés à l’égard des migrants se sont intensifiés depuis le début de l’été. Pour les ONG, cette politique répond au programme initié par l’UE en direction du Maroc et de la Tunisie d’un montant de 55 millions d’euros afin de protéger les frontières de l’Europe.

Tandis que le Maroc avait, ces cinq dernières années, mené une politique d’intégration à l’égard des migrants, ces efforts ont été balayés par la politique des déplacements forcés et les actions des autorités marocaines dont les ONG dénoncent les expulsions abusives et les arrestations arbitraires.

La réputation du Maroc dans le monde

Le présent rapport, réalisé en partenariat entre l’Institut Royal des Etudes Stratégiques (IRES) et « Reputation Institute », est la troisième édition de l’étude sur la réputation du Maroc dans le monde. Il a pour objet d’examiner les forces et les insuffisances du Maroc, en termes de réputation externe et interne ainsi que les leviers qui pourraient constituer des opportunités de communication sur l’image du Royaume à l’international.
L’édition 2017 se base sur un échantillon de 22 pays qui intègre les pays du G-8 et 14 pays développés et/ou émergents, relevant des principales régions du monde, qui constituent une priorité de la stratégie de positionnement international
du Maroc.
Au préalable, il est utile de préciser que la réputation est difficile à mesurer, mais personne ne conteste son importance ni la valeur économique qu’elle confère, particulièrement, à une entreprise ou à un pays. Les institutions, les entreprises et même les pays ont une réputation qui englobe l’ensemble des perceptions et des opinions que les individus développent, à partir de leur expérience directe ou à partir de celle transmise par des tiers. La réputation conditionne les choix et les décisions des agents économiques. Le choix des produits ou d’une marque se fait sur la base de la perception que les consommateurs ont pu forger sur les entreprises qui les fabriquent.
Réalité bien établie dans le monde de l’entreprise, l’économie de la réputation s’applique, également, au contexte des pays. Elle est encore plus déterminante puisqu’elle affecte, entre autres, la dynamique des exportations, l’attrait des investisseurs et des flux touristiques et influence, de plus, l’action diplomatique du pays et son positionnement au sein de la communauté
internationale.
La réputation d’un pays est déterminée sur la base d’un ensemble de variables : style de vie, attrait naturel, histoire et culture, environnement économique, institutions politiques et juridiques, dirigeants admirés, sociétés et marques, potentiel de croissance, ressources naturelles, produits de qualité, offre touristique et de loisirs… Les perceptions relatives à chacune de ces variables découlent des expériences personnelles ou d’autrui, de toute forme de communication reçue (directe et indirecte, contrôlée ou pas), mais, parfois, aussi des stéréotypes accumulés.

Vers le site de l’Institut Royal des Etudes Stratégiques ⇒

Algérie – 2015 10 18 – L’Algérie ferme ses frontières avec la Libye – par Ikram Ghioua – L’Expression

On s’attend à un repli important de terroristes vers la Libye devenue d’ailleurs un lieu de prédilection pour les groupes armés.

Les donnes sécuritaires changent de façon accélérée à une cadence qui donne le vertige. Seuls les plus avertis ayant développé une stratégie de prévention, seraient en mesure d’affronter les nouveaux défis qui s’imposent d’ailleurs avec des équations complexes…