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Bouteflika : un cinquième mandat confirmé par son clan

Amara BENYOUNES, Ahmed OUYAHIA, Mouad BOUCHAREB et Amar GHOUL le 2 février à Alger.
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Samedi 2 février, à l’issue d’une réunion de l’Alliance présidentielle, les représentants des quatre partis de la coalition au pouvoir en Algérie – Mouad BOUCHAREB, coordinateur du Front de libération nationale, Ahmed OUYAHIA, secrétaire général du Rassemblement national démocratique et Premier ministre, Amara BENYOUNES, président du Mouvement populaire algérien (MPA) et Amar GHOUL, président de Tajamou’e El-Djazaïr (TJA) – ont apporté leur soutien officiel à un cinquième mandat du président Abdelaziz BOUTEFLIKA. Dans un communiqué conjoint, les quatre hommes déclarent : « Le moudjahid Abdelaziz BOUTEFLIKA sera notre candidat pour la présidentielle du 18 avril 2019, en signe de reconnaissance de ses choix éclairés et des acquis importants que l’Algérie a réalisés sous sa direction, et en soutien à son programme ambitieux de réformes et de développement pour une Algérie épanouie, unie, solide et réconciliée ».  Pressentie depuis quelques mois, cette candidature fait débat en raison de l’état de santé du Président.  Affaibli par un AVC survenu en 2013 qui l’a laissé lourdement handicapé, Abdelaziz BOUTEFLIKA n’a plus donné de discours en public et ses apparitions, en chaise roulante, se font rares. Son Premier ministre, Ahmed OUYAHIA a donc affirmé que le chef de l’Etat « n’animera pas, personnellement, sa campagne électorale ».

Au-delà de l’Alliance présidentielle pourtant, les soutiens en faveur du Président sont nombreux, écrit El Moudjahid. Ils émanent des syndicats, des organisations patronales ou des personnalités politiques qui considèrent que seul le Président en place est capable de mener à bien les réformes entamées.

A contrario, les voix dissidentes se multiplient. Plusieurs formations politiques de l’opposition ont annoncé qu’elles ne participeront pas à ce scrutin, à l’instar du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) qui dénonce une « mascarade » électorale. Le mouvement Mouwatana (Citoyenneté), créé en juin 2018 et composé d’intellectuels et d’hommes politiques, milite pour empêcher une nouvelle candidature et œuvre en faveur d’une transition démocratique. En effet, empêcher que le chef de l’Etat se représente revient à éviter un cinquième mandat, tant il parait impossible qu’il ne soit pas élu en cas de candidature. Le Front des forces socialistes (FFS) – plus vieux parti de l’opposition –  appelle quant à lui à « boycotter activement, massivement et pacifiquement » le scrutin.

La presse algérienne accuse également le coup. Pour le Matin d’Algérie,  un cinquième mandat est « sûrement la plus mauvaise des options qui s’offre au pays et à sa population ». Le journal, qui décrit le modeste bilan de BOUTEFLIKA en presque vingt ans de règne, considère cette décision comme « un passage en force » impopulaire. Alger serait perçue par ses voisins « comme une réelle menace pour la région » du fait de son « instabilité systémique causée par le régime liberticide ». D’ailleurs, le Premier ministre a fait savoir que les manifestations publiques en faveur du boycott seront interdites, le pouvoir ayant déjà « prouvé qu’il maitrisait la rue ». El Watan dénonce pour sa part l’ « élan d’absurdité stupéfiante » des partisans de la « continuité », cette dernière menant le pays « sur le chemin périlleux du statu quo ». L’« impensable », l’ « irréparable », l’ « invraisemblable » candidature du Président malade aura pour conséquence d’ « accélérer la désintégration nationale, d’accentuer les facteurs de dislocation sociale et de rendre irréversible l’effondrement de l’Etat ». Enfin, pour Tout sur l’Algérie, le boycott prôné par certains serait le « premier allié de BOUTEFLIKA », la population algérienne et notamment la jeunesse – majoritaire numériquement dans le pays –  s’étant désintéressée du fait politique.

Cette élection présidentielle illustre ainsi le non-renouvellement de la classe politique algérienne et exacerbe l’éloignement entre l’élite dirigeante et le peuple. La longévité du Président, malgré son état de santé préoccupant, s’explique par son passé : la génération des combattants de novembre 1954 monopolise le pouvoir depuis l’indépendance.

Les candidats ont jusqu’au 3 mars pour déposer leur candidature. S’il n’y a « aucun doute » selon Ahmed OUYAHIA, le président n’a officiellement pas fait part de ses intentions.