Mali

Prorogation de la mission EUCAP Sahel Mali

 

Policiers bénéficiant d’une formation de pré-déploiement conduite par EUCAP Sahel Mali avec la MINUSMA au Nord du Mali. Décembre 2018.
Tous droits réservés.

Jeudi 21 février 2019, le Conseil de l’Union européenne a annoncé le prolongement du mandat de la mission EUCAP Sahel Mali jusqu’au 14 janvier 2021. Pour cette période, Bruxelles a alloué un budget de 67 millions d’euros.

EUCAP Sahel Mali est une mission civile de l’Union européenne, dans le cadre de sa Politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Lancée le 15 janvier 2015 à l’invitation des autorités maliennes, la mission EUCAP Sahel Mali « assiste et conseille les forces de sécurité intérieure du Mali dans la mise en œuvre de la Réforme du secteur de la sécurité (RSS) fixée par le gouvernement ». De plus, elle « fournit des formations et des conseils stratégiques à la police, à la gendarmerie et à la garde nationale maliennes, ainsi qu’aux ministères compétents du pays ». Basée à Bamako, la mission a pour dessein de permettre la restauration de l’Etat de droit dans le pays. Elle intervient alors que le Mali subit depuis 2012 une grave crise politico-sécuritaire. Dans ce contexte, l’extrémisme religieux, les conflits intercommunautaires, les trafics en tout genre et le terrorisme prennent de l’ampleur.

Le prolongement du mandat intervient après que l’Union européenne a adopté des nouvelles mesures pour renforcer son soutien au Sahel le 18 février dernier, notamment par le biais d’une coopération transfrontalière plus accrue et la mise en place de structures de coopération régionale pour les cinq Etats membres du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad). Dorénavant, la mission EUCAP Sahel Mali est en mesure de dispenser des activités de conseil stratégique et de formation dans ces pays. En somme, à l’extension temporelle s’ajoute une extension géographique, la mission recevant le pouvoir de dispenser des activités ponctuelles et ciblées aux pays voisins, dans le cadre de la régionalisation des missions PSDC.

Depuis octobre 2017, le général français Philippe RIO, officier de la gendarmerie nationale, est à la tête de la mission qui, en mars 2019, pourra compter jusqu’à 144 agents internationaux et 65 agents locaux.

Dans la région, deux autres missions sont déployées à l’échelle de l’Union européenne : l’EUTM Mali contribuant à la restructuration et à la réorganisation des forces armées maliennes à travers des formations et des conseils et l’EUCAP Sahel Niger soutenant la lutte contre la criminalité organisée et le terrorisme.

La situation dans le pays reste toutefois fragile et nécessite un soutien international. En sus des missions européennes, les Nations unies sont présentes dans le cadre de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA) depuis 2013. De plus, les forces françaises sont engagées au Mali depuis 2013. Intervenant initialement dans le cadre de l’opération Serval, elles sont impliquées depuis 2014 dans un processus régional, l’opération Barkhane. A ce titre, vendredi 22 février 2019, la ministre française des Armées, Florence Parly a annoncé l’élimination d’un des principaux chefs terroristes dans la région de Tombouctou par les forces françaises.

 

 

Premier sommet extraordinaire pour le G5 Sahel

Les chefs d’Etats des 5 pays membres du G5 Sahel. Tous droits réservés.

La capitale mauritanienne a accueilli les 5 et 6 décembre 2018 la Conférence de coordination des partenaires et des bailleurs du G5 Sahel, premier sommet extraordinaire destiné à mobiliser 2 milliards d’euros afin de financer la première phase du Programme d’investissement prioritaire (PIP).

Le G5 Sahel, né en février 2014, regroupe le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. Les chefs d’Etats des pays membres se sont rendus à Nouakchott à l’exception notable d’Ibrahim Boubacar KEÏTA, le président malien. L’organisation cherche à démontrer aux bailleurs de fonds ses atouts et sa capacité à favoriser le développement dans les zones frontalières. La somme attendue permettra de financer près de quarante projets communautaires dans la région où la menace djihadiste s’appuie sur la frustration générée par des conditions de vie difficiles.

Le PIP est un plan régional ambitieux nécessitant 1,9 milliard d’euros d’investissements sur la période 2019-2021. Les deux tiers de cette somme serviront aux infrastructures et au développement humain. A Nouakchott, des enjeux cruciaux seront débattus, cette jeune organisation rencontrant des problèmes financiers. Ces derniers mois, la Force du G5 Sahel peine à être efficace face à une recrudescence de l’insécurité et un manque de moyens. De fait, l’organisation a fait l’objet de discussions du Conseil de sécurité de l’ONU.

Les pays membres du G5 Sahel doivent développer une approche équilibrée soucieuse des problématiques frontalières, longtemps délaissées. International Crisis Group, dans son rapport du 12 décembre 2017, souligne que le G5 Sahel ne remplira sa mission que s’il parvient à gagner la confiance des populations.

Jean-Yves Le DRIAN, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères s’est rendu en Mauritanie. Depuis 2014, « la France soutient activement » le G5 Sahel. Le ministre a annoncé une contribution importante de la France à ce programme, cette action de Paris allant de pair avec l’engagement français pris au sein de l’Alliance Sahel. Lancée en juillet 2017 par le Président de la République française, la chancelière allemande et la Haute représentante de l’UE, l’Alliance Sahel a pour objectif de financer et de coordonner plus de 500 projets pour répondre à tous leurs défis actuels, sécuritaires, démographiques, économiques et sociaux en vue d’une stabilisation et d’un développement de la région.

Au terme des discussions, l’Union européenne et la France ont annoncé prendre en charge la plus grande partie du financement. Neven MIMICA, commissaire européen pour la Coopération internationale et le développement a déclaré : « Grâce aux 125 millions d’euros additionnels que l’Union européenne annonce aujourd’hui, l’accent sera mis sur des projets de développement dans les zones les plus fragiles, avec un impact immédiat sur les conditions de vie des populations locales. ». Au total, la contribution européenne s’élève à environ 800 millions d’euros. La France ajoutera quant à elle 220 millions d’euros de financements aux 280 millions déjà engagés. Selon Jean-Yves le DRIAN, « la moitié de cette somme concerne des projets déjà en gestation et en cours » et « l’autre moitié sera octroyée de manière accélérée dans les deux ans qui viennent » afin de permettre aux pays du G5 Sahel d’être « au rendez-vous de leurs priorités ».

In fine, les Etats du G5 Sahel sont parvenus à obtenir 1,3 milliard d’euros sur les 2 milliards escomptés. Cette somme, axée sur la prévention du terrorisme, permettra d’améliorer la lutte contre ce phénomène qui, depuis 2013, s’est progressivement répandu dans toute la région.

G5 Sahel : recrudescence des tensions et manque de moyens

Tous droits réservés.

Jeudi 15 novembre 2018, la situation au Sahel a fait l’objet de discussions au Conseil de sécurité. Jean-Pierre LACROIX, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l’ONU et Maman SIDIKOU, Secrétaire permanent de la Force conjointe du Groupe de cinq pays du Sahel, le G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad), ont mis en garde le Conseil face au terrorisme qui se répand dans la région, aggravant de fait la crise sécuritaire et humanitaire.

Le G5 Sahel, créé en 2014, est un cadre institutionnel de coordination et de coopération régionales entre les 5 Etats membres dans les domaines du développement et de la sécurité. Dans son rapport du 12 novembre dernier, le Secrétaire général Antonio GUTERRES écrit : « le Conseil de sécurité a salué les progrès accomplis pour rendre opérationnelle la Force conjointe du Groupe de cinq pays du Sahel ». Toutefois, il fait référence à l’insécurité, la situation dans la région s’étant détériorée au cours de ces derniers mois. Le document mentionne l’attentat terroriste du 29 juin 2018 au Mali contre le quartier général de la Force conjointe à Sévaré, ayant porté un « coup sévère » aux efforts entrepris.

Devant le Conseil de sécurité, Jean-Pierre LACROIX et Maman SIDIKOU ont souligné la « recrudescence » de l’insécurité, marquée par « la hausse des attaques contre des civils, des responsables gouvernementaux, des forces de sécurité et de défense au Burkina Faso, au Mali et au Niger ». Jean-Pierre LACROIX alerte sur la situation sécuritaire « extrêmement préoccupante » où « la population civile paie le plus lourd tribut ».

Ainsi, les délégations présentes ont insisté « sur l’importance de réaliser la pleine capacité opérationnelle de la Force » mais le manque de moyens reste un frein majeur à la stabilisation de la région. Dans le rapport, est stipulé qu’« en raison d’un manque important de matériel et de formation, il a été nécessaire de reporter par deux fois la date limite de réalisation de la pleine capacité opérationnelle et un nouveau calendrier n’a pas encore été défini ». A titre d’exemple, la Force conjointe du G5 Sahel n’a bénéficié que de 17,9 millions d’euros en équipements et services alors que 414 millions d’euros lui ont été promis lors de la Conférence internationale de Bruxelles du 23 février 2018. Pour Pierre BUYOYA, Haut-représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, la communauté internationale doit affirmer son soutien à la région, dans un moment qu’il considère comme étant un « tournant décisif ».

Question soulevée lors du dernier Sommet de l’Union africaine et réitérée par Jean-Pierre LACROIX, la Force conjointe du G5 peut-elle être placée sous un mandat du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies et bénéficier alors d’un financement suffisant ? Par la voix de son représentant, François DELATTRE, la France espère relancer une initiative au Conseil de sécurité afin d’obtenir ce financement pérenne et appelle à une « matérialisation sans délai » de l’aide promise par la communauté internationale afin de combattre les groupes terroristes. Soutien des pays africains, le point de vue de Paris diffère de celui des autres délégations à l’instar des Etats-Unis, pour qui l’option militaire n’est pas suffisante à elle seule. Dans cette optique, Washington reste convaincu que la « meilleure manière » de résoudre la situation passe par un plan bilatéral. Le pays a de fait presque doublé son aide financière envers les pays du Sahel ces dernières années.

Alors qu’elle devait être opérationnelle, la Force conjointe est encore loin d’être efficiente au Sahel, où la situation interne qui se dégrade au Mali représente une menace pour toute la région.

Mali : prorogation de l’Etat d’urgence

Le président malien Ibrahim Boubacar KEITA.
Tous droits réservés.

L’Etat malien a adopté mercredi 24 octobre, en conseil des ministres, la prolongation de l’état d’urgence pour une année supplémentaire, à compter du 31 octobre 2018.

Depuis 2015, le Mali est en situation d’état d’urgence, conséquence de l’attentat contre l’hôtel Radisson Blu de Bamako le 20 novembre ayant fait 20 victimes et revendiqué par le groupe terroriste Al-Mourabitoune. L’état d’urgence permet aux forces de sécurité maliennes d’intervenir en matière de fouilles, de restrictions de circulation et de rassemblements. En octobre 2017, il a été prolongé d’une année supplémentaire, permettant selon le gouvernement de « renforcer les mesures de prévention, de proroger les effets des poursuites judiciaires liées à l’état d’urgence et d’accroitre les actions de contrôle et les capacités opérationnelles des forces de sécurité sur le territoire national ».

Deux mois après la réélection du Président Ibrahim Boubacar KEITA, qui a fait de la sécurité malienne sa priorité, la prorogation de l’état d’urgence jusqu’au 31 octobre 2019 est apparue comme « nécessaire » selon le communiqué du gouvernement malien.

Le nord du pays, en proie aux revendications jihadistes depuis le début de 2012, a fait l’objet d’une intervention internationale à l’initiative de la France. Aujourd’hui encore, l’ONU intervient au Mali à travers la MINUSMA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali), appuyée par la force Barkhane. La mission de l’ONU a également été prorogée jusqu’au 30 juin 2019.

Toutefois, la stabilité au Mali reste un objectif lointain et des zones échappent encore au contrôle des forces maliennes, françaises et onusiennes. Ces dernières font régulièrement l’objet d’attaques malgré la signature d’un accord de paix censé isoler les jihadistes. Début octobre 2018, un militaire malien mais également des civils ont péri lors d’une embuscade tendue par les jihadistes au Nord du pays. Cette attaque succède celle de Gao du 1erjuillet 2018, ayant causé la mort de deux civils et visant trois véhicules blindés de la force Barkhane. L’état d’urgence n’a donc pas permis de contenir les violences. Pire, elles se sont propagées du Nord en direction du centre et du Sud du pays. Le Burkina Faso et le Niger, pays voisins, sont également victimes de cette contagion et de conflits intercommunautaires. Les multiples facteurs d’instabilité au Mali mêlent luttes interethniques et terrorisme jihadiste. Les quinze millions de Maliens se divisent en groupes ethniques. Parmi eux, les Bambaras, les Songhaïs et les nomades constitués des Peulhs, des Touaregs et des Maures.

Le communiqué ne précise pas les moyens supplémentaires mis en œuvre pour endiguer l’instabilité lors de cette année supplémentaire d’état d’urgence. Depuis le début de l’année 2018, les Nations Unies estiment à plus de 500 le nombre de civils morts dans les violences intercommunautaires dans le centre du pays. Depuis le déploiement de la MINUSMA, plus de cent casques bleus ont également perdu la vie.

Afrique – 2014 05 25 – « Défense et sécurité en Afrique : quel couple ? », par Jean-Jacques Konadje – Diploweb.com

Continent à la fois riche et appauvri, l’Afrique se définit la plupart du temps par son contraste saisissant. Qualifiée souvent de « scandale géologique », le berceau de l’humanité semble subir la malédiction de ses matières premières et de ses ressources minières. Et pour cause, depuis les indépendances, le continent n’a cessé d’être le théâtre de guerres et de crises qui ont jalonné son histoire et porté régulièrement un frein à son développement…

Algérie – 2016 03 03 – Terrorisme et Libye, l’Algérie en première ligne – Le Point Afrique

L’Algérie fait face à plusieurs défis sécuritaires intenses. D’abord, sur son flanc est, empêcher la Libye de devenir un « Libyenistan », selon l’expression du Premier ministre Abdelmalek Sellal, tout en surveillant d’un œil attentif les turbulences du voisin tunisien dont la révolution dite de Jasmin n’en finit pas de faner. Sur le plan interne se profile désormais une crise économique et sociale alors que le prix du baril est tombé à un niveau si bas qu’il ne permet plus à l’État de continuer à acheter, à grands coups de subventions, la déjà très relative paix sociale. Akram Kharief, journaliste spécialisé dans les questions de sécurité et animateur du très bien renseigné site Secretdifa3.net, analyse pour Le Point Afrique les enjeux sécuritaires que connaît l’Algérie.