Mali

Mali : les conflits interethniques se multiplient

 

Le village de Sobane dans le centre du Mali, le 11 juin 2019. Tous droits réservés.

Dimanche 10 juin, un massacre visant des civils au Mali aurait causé la mort d’au moins 95 personnes selon un bilan provisoire. Il s’agit principalement de Dogon, habitants du village de Sobane, dans la région de Mopti au centre du pays. Toutefois, mardi 11 juin, le bilan a été revu à la baisse à l’issue d’une mission d’enquête. Selon le gouvernement, 35 personnes dont 24 enfants ont en réalité perdu la vie. En sus d’avoir causé la mort d’une trentaine de personnes, les assaillants – dont 6 ont été interpellés, 2 d’entre eux par la MINUSMA – ont procédé à de multiples incendies.

Le dossier malien est devenu un sujet de préoccupation majeure avec la multiplication des massacres intercommunautaires. La vague de meurtres s’étant déroulée le 10 juin contre les Dogon – dans une région particulièrement touristique – se rapproche de celle du 23 mars dernier à Ogossagou à l’encontre des Peuls.

La situation brûlante suscite l’inquiétude de la population. Le blogueur malien Adam Thiam déplore « une morgue à ciel ouvert » dans cette région du monde « qui brûle ». Le gouvernement s’inquiète également à juste titre de l’escalade des tensions. Le Premier ministre Boubou Cissé a déclaré : « Toutes ces victimes de l’horreur et de la barbarie nous rappellent la responsabilité qui nous incombe, en tant que dirigeants, de renforcer et d’accélérer les efforts sécuritaires, économiques et politiques entrepris en faveur de la paix et de la réconciliation. » Sur le même ton, le président Ibrahim Boubacar Keïta a dénoncé à la télévision nationale « un carnage » et a appelé à des « retrouvailles » qui « seules vont nous permettre de rebondir et permettre à notre nation de survivre ».

Toutefois, si plusieurs habitants de Sobane ont imputé l’attaque à des Peuls originaires de villages voisins et appartenant à des groupes djihadistes, la situation malienne ne s’explique pas seulement par des considérations communautaires. Il ne faudrait en effet pas omettre la capacité de nuisance des djihadistes dans la région, qui tirent profit des tensions en tentant de recruter des Peuls dans leurs groupes. Ils favorisent alors les stéréotypes autour de la violence concernant ce groupe ethnique.

La question malienne s’étend en dehors des frontières du pays et préoccupe la communauté internationale. Lundi 11 juin 2019, le Secrétaire général des Nations unies et la Mission des Nations unies au Mali (MINUSMA) ont « vivement condamné » le massacre. Tandis que le chef de la MINUSMA Mahamat Saleh Annadif a appelé à « un sursaut national », Antonio Guterres s’est dit « outré » et appelle les autorités maliennes « à enquêter rapidement (…) et à traduire les responsables en justice ». Alors que la situation est à déplorer dans le pays, la MINUSMA pour qui « le seuil de l’intolérable est atteint » est amenée à prendre « toute sa part de responsabilité ». La veille, la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini s’est exprimée sur les massacres au Mali et au Burkina Faso : «ces exactions contre des populations peuvent constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ». L’UE affiche son soutien à ces pays du Sahel pour « contribuer à la paix, la sécurité et la satisfaction des besoins des populations ». Quant à la France, le ministère des Affaires étrangères « condamne avec la plus grande fermeté les violences d’une ampleur particulièrement préoccupante ».

Le massacre de Sobane a conduit le pays à décréter un deuil national de 3 jours en hommage aux victimes et à émettre ses premières sanctions. L’une d’entre elles concerne la révocation du gouverneur de la région de Mopti, en tant que représentant exécutif.

Le Mali connait actuellement l’un des pires conflits ethniques de la planète. La série d’événements tragiques perce à jour l’incapacité des forces armées maliennes à protéger leurs ressortissants et accroit le ressentiment des Maliens envers les forces étrangères présentes sur le pays, en particulier la MINUSMA. Pourtant, face à la demande du ministre malien des Affaires étrangères d’une présence renforcée de l’ONU dans le centre du pays, la communauté onusienne considère que la MINUSMA ne peut être une force d’interposition et que la sécurité intérieure du pays incombe en premier lieu aux forces maliennes.

Mali : un accord historique de gouvernance permettant la formation d’un nouveau gouvernement

 

Le Premier ministre malien Boubou Cissé.
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Depuis la réélection en août 2018 du président Ibrahim Boubacar Keïta, de nombreuses voix s’élevaient au Mali pour réclamer un gouvernement d’union nationale. Jeudi 2 mai, le Premier ministre malien Boubou Cissé et plusieurs partis politiques – dont des partis issus de l’opposition – ont enfin signé un « accord de gouvernance ».

En raison de la détérioration de la situation sécuritaire, les autorités maliennes et les partis politiques se sont engagés à former un gouvernement et à respecter l’accord de 2015, de manière à apaiser le climat social. Cet accord, obtenu après plusieurs jours de négociations, représente pour le chef du gouvernement « une opportunité unique de bâtir un Mali nouveau, un Mali fort, un Mali plus démocratique, un Mali prospère, un Mali où les communautés retrouvent la confiance ancestrale qu’elles avaient les unes en les autres ».

Cette décision émane du président malien, Ibrahim Boubacar Keita, qui a confié la mission à son Premier ministre, nommé le 22 avril pour former un nouveau « gouvernement de large ouverture ». Ce dernier a déclaré à l’occasion de la signature : « Le Président de la République a la conscience la plus aiguë des défis qui attendent notre pays et de la nécessité de rassembler tous les fils au chevet de la mère-patrie. Il a voulu un accord politique avec l’ensemble de la classe politique en vue d’une collaboration plus volontariste dans la recherche des solutions à la crise qui secoue notre pays. »

Cet accord, signé préalablement par 15 partis et groupements politiques et restant ouvert à l’adhésion d’autres groupes, a permis la formation d’un nouveau gouvernement dimanche 5 mai. Pour la première fois depuis son arrivée à la tête de l’Etat en 2013, le président partagera le pouvoir avec ses adversaires politiques. En effet, si certains ministres conservent une place au sein du gouvernement, plusieurs personnalités issues de l’opposition ont fait leur apparition. A leurs côtés, de nouveaux ministres ont été choisis par le président pour faire partie des 37 membres de cette nouvelle équipe gouvernementale. Ils incarnent ainsi un vent nouveau au sein de l’exécutif.

Sans surprise, le défi majeur de ce nouveau gouvernement est d’ordre sécuritaire. A ce titre, le ministère clé de la Défense revient au général Ibrahim Dahirou Dembélé, ancien chef d’état-major des armées. Poursuivi dans une affaire d’assassinat, son contrôle judiciaire a été levé en janvier 2018. Le nouveau ministre est toutefois considéré comme un homme de terrain capable d’être en charge d’un des portefeuilles les plus importants du pays.

Le 6 mai, le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guerres a salué la signature de cet accord politique. Son porte-parole Stéphane Dujarric a déclaré : « Le Secrétaire général félicite le Président Ibrahim Boubacar Keïta pour son leadership dans le cadre des consultations qui ont abouti à un accord politique et à un engagement renouvelé à mettre en œuvre l’accord de paix de 2015 ». L’ONU a par la même félicité les partis d’opposition pour leur « contribution constructive » et les exhorte, à l’instar du gouvernement malien, à mettre en œuvre de l’accord pour la paix de 2015 issu du processus d’Alger.

Au Mali, une paix qui se fait toujours attendre

Des soldats de la MINUSMA en patrouille à Kidal, le 23 juillet 2015. Tous droits réservés.

Au Mali, la situation dégénère. Après le massacre le 23 mars dernier à Ogossagou  ayant causé la mort d’au moins 157 villageois, l’Elysée a annoncé mardi 2 avril le décès de Marc Laycuras, médecin militaire français, lors d’une opération « de lutte contre les groupes armés terroristes ».

Déployé dans le cadre de l’opération Barkhane depuis le 12 février 2019 afin de soutenir le groupement tactique interarmes, le médecin capitaine Marc Laycuras est mort après l’explosion d’une mine au passage de son véhicule dans le centre du pays. Il est le 24ème militaire français ayant perdu la vie au Mali depuis 2013.

L’armée française était intervenue au Mali à la demande du gouvernement malien dans le cadre de l’opération Serval afin de contenir l’offensive djihadiste menaçant Bamako. En raison du caractère transfrontalier de la menace terroriste, Serval s’est achevée le 31 juillet 2014 pour laisser place à l’opération Barkhane, élargie aux pays de la bande sahélo-saharienne. Depuis plus d’un an et demi, les forces françaises mènent une série d’opérations militaires dans le nord-est du Mali et étendent leur action dans la zone frontalière avec le Burkina Faso.

En 2015, un accord de paix censé isoler les djihadistes et réconcilier les irrédentistes touaregs et le pouvoir central avait été conclu par le gouvernement malien. Pour autant, cet accord n’est toujours pas mis en œuvre et la situation s’enlise. De fait, des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et onusiennes. Le Mali connait une situation critique et les groupes terroristes se multiplient. Parmi eux, l’Etat islamique au Grand Sahara, la katiba Gourma et le groupe Ansar al-Islam.

A cette menace terroriste toujours présente s’ajoutent désormais les violences intercommunautaires. La situation au Mali suscite l’inquiétude de l’Organisation des Nations unies qui craint de nouveaux massacres. L’organisation a déployé les Casques bleus dans le centre du pays et le 3 avril, le Conseil de sécurité a encouragé Bamako à adopter une feuille de route révisée pour « parachever l’application de l’accord pour la paix et la réconciliation ». Sous la présidence du Représentant permanent de l’Allemagne, Christoph Heusgen, le Conseil de sécurité préconise l’adoption par les parties maliennes d’un calendrier « clair, réaliste et contraignant ». S’il reconnait certains progrès accomplis, notamment depuis l’investiture du président Keita en septembre 2018, l’organe de l’ONU déplore la non-application de plusieurs dispositions, en dépit de la résolution 2423 du 28 juin 2018 dans laquelle le Mali s’est engagé à mettre en œuvre la Feuille de route adoptée le 22 mars 2018. L’ONU craint que ces « délais prolongés sur le plan de l’application » engendrent un « vide politique et sécuritaire » et mettent en péril la sécurité du pays. Enfin, le Conseil prie le Secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, dans le cadre de ses rapports avec la MINUSMA (Mission multidimensionnelle des Nations unies pour la situation au Mali qui doit permettre l’application de l’accord de paix) d’intégrer dans son prochain rapport trimestriel des recommandations sur les mesures concrètes à adopter. Il préconise le renforcement de la MINUSMA afin qu’elle augmente son soutien à la mise en œuvre de l’accord de paix « sans pour autant mettre en péril la stabilité du Mali et de sa région ».

Selon le ministre de la Sécurité, Salif Traoré, 150 militaires maliens et étrangers et 440 civils ont été tués depuis trois mois. Face à l’instabilité grandissante, le président Ibrahim Boubacar Keita a annoncé des limogeages au sein de l’armée. Pour l’opposition, ces mesures ne sont pas suffisantes pour rétablir la sécurité dans le pays, et notamment au centre.

Burkina Faso : nouveaux heurts intercommunautaires visant les Peuls

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Depuis le 31 mars, le Burkina Faso connait un regain de violences intercommunautaires dans la région d’Arbinda. Entre le 31 mars et le 1er avril, sept personnes dont au moins trois Peuls ont été tuées et quatre autres blessées au Burkina Faso, près de la frontière malienne. Cet événement fait suite au massacre au Mali ayant causé la mort de 160 Peuls le 23 mars dernier.

A Ouagadougou comme à Bamako, les tensions envers les Peuls et les autochtones agricoles dégénèrent. Les Peuls sont traditionnellement des éleveurs nomades de confession musulmane, très présents en Afrique de l’Ouest.

Le colonel Peguy Hyacinthe Yoda, gouverneur de la région du Sahel a annoncé que le 31 mars, des hommes armés, venus des villages frontaliers du Burkina Faso et du Ghana, se sont introduits dans le village d’Hamkane. Ils ont abattu le chef coutumier du village ou « Cheikh » (chef religieux en arabe), son fils et son cousin, les trois hommes appartenant au groupe ethnique fulsé. La quatrième victime a été retrouvée dans un village voisin. Le ministère chargé de l’administration territoriale évoque un problème de « chefferie coutumière ».

A l’issue de l’attaque, Ouagadougou a déployé ses forces de défense et de sécurité afin de sécuriser les lieux et rechercher les auteurs de l’attaque. Peguy Hyacinthe Yoda a assuré que « la situation est maitrisée et sous contrôle » et affirme que les forces de défense « mènent des patrouilles dans le village pour rassurer les populations ». Les ministres de la Défense national et de l’Administration du territoire et de la Cohésion nationale se sont également rendus sur place.

Pour autant, durant l’inhumation du cheikh lundi 1er avril, des habitants, en pensant identifier les meurtriers de la veille, se sont livrés à un véritable lynchage et ont tué trois hommes d’origine peule. Selon un bilan provisoire au 3 avril 2019, ces affrontements ont fait 36 victimes. Parmi elles, 19 Fulsés et 17 Peuls. En sus des violences, ces heurts ont engendré l’incendie de deux huttes et d’une maisonnette.

Dans la région, les heurts entre les différentes communautés sont fréquents. En janvier dernier, l’un d’entre eux avait causé le décès de trois personnes, dont un ancien maire.

Aux affrontements communautaires s’ajoutent depuis plus de quatre ans des attaques djihadistes régulières et meurtrières. Les tensions communautaires sont exacerbées avec le ralliement de certains Peuls à des groupes djihadistes. Cette situation favorise l’amalgame entre Peuls et djihadistes et incite la population à opérer des représailles sur les Peuls comme au début du mois de janvier 2019, dans la commune de Yirgou dans le centre du pays. Malgré une enquête en cours, aucune arrestation n’a eu lieu.

Alors que le gouvernement estime à 48 le nombre de morts lors d’affrontements communautaires ou de représailles contre la communauté peule depuis le début de l’année 2019, la société civile en recense plus de 200. Les ONG déplorent la situation qui a engendré le déplacement forcé des Peuls qui doivent notamment fuir en direction des grandes villes. Malgré la présence des forces de sécurité et de défense dans la région, la peur anime les habitants de la région.

Prorogation de la mission EUCAP Sahel Mali

 

Policiers bénéficiant d’une formation de pré-déploiement conduite par EUCAP Sahel Mali avec la MINUSMA au Nord du Mali. Décembre 2018.
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Jeudi 21 février 2019, le Conseil de l’Union européenne a annoncé le prolongement du mandat de la mission EUCAP Sahel Mali jusqu’au 14 janvier 2021. Pour cette période, Bruxelles a alloué un budget de 67 millions d’euros.

EUCAP Sahel Mali est une mission civile de l’Union européenne, dans le cadre de sa Politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Lancée le 15 janvier 2015 à l’invitation des autorités maliennes, la mission EUCAP Sahel Mali « assiste et conseille les forces de sécurité intérieure du Mali dans la mise en œuvre de la Réforme du secteur de la sécurité (RSS) fixée par le gouvernement ». De plus, elle « fournit des formations et des conseils stratégiques à la police, à la gendarmerie et à la garde nationale maliennes, ainsi qu’aux ministères compétents du pays ». Basée à Bamako, la mission a pour dessein de permettre la restauration de l’Etat de droit dans le pays. Elle intervient alors que le Mali subit depuis 2012 une grave crise politico-sécuritaire. Dans ce contexte, l’extrémisme religieux, les conflits intercommunautaires, les trafics en tout genre et le terrorisme prennent de l’ampleur.

Le prolongement du mandat intervient après que l’Union européenne a adopté des nouvelles mesures pour renforcer son soutien au Sahel le 18 février dernier, notamment par le biais d’une coopération transfrontalière plus accrue et la mise en place de structures de coopération régionale pour les cinq Etats membres du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad). Dorénavant, la mission EUCAP Sahel Mali est en mesure de dispenser des activités de conseil stratégique et de formation dans ces pays. En somme, à l’extension temporelle s’ajoute une extension géographique, la mission recevant le pouvoir de dispenser des activités ponctuelles et ciblées aux pays voisins, dans le cadre de la régionalisation des missions PSDC.

Depuis octobre 2017, le général français Philippe RIO, officier de la gendarmerie nationale, est à la tête de la mission qui, en mars 2019, pourra compter jusqu’à 144 agents internationaux et 65 agents locaux.

Dans la région, deux autres missions sont déployées à l’échelle de l’Union européenne : l’EUTM Mali contribuant à la restructuration et à la réorganisation des forces armées maliennes à travers des formations et des conseils et l’EUCAP Sahel Niger soutenant la lutte contre la criminalité organisée et le terrorisme.

La situation dans le pays reste toutefois fragile et nécessite un soutien international. En sus des missions européennes, les Nations unies sont présentes dans le cadre de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA) depuis 2013. De plus, les forces françaises sont engagées au Mali depuis 2013. Intervenant initialement dans le cadre de l’opération Serval, elles sont impliquées depuis 2014 dans un processus régional, l’opération Barkhane. A ce titre, vendredi 22 février 2019, la ministre française des Armées, Florence Parly a annoncé l’élimination d’un des principaux chefs terroristes dans la région de Tombouctou par les forces françaises.

 

 

Premier sommet extraordinaire pour le G5 Sahel

Les chefs d’Etats des 5 pays membres du G5 Sahel. Tous droits réservés.

La capitale mauritanienne a accueilli les 5 et 6 décembre 2018 la Conférence de coordination des partenaires et des bailleurs du G5 Sahel, premier sommet extraordinaire destiné à mobiliser 2 milliards d’euros afin de financer la première phase du Programme d’investissement prioritaire (PIP).

Le G5 Sahel, né en février 2014, regroupe le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. Les chefs d’Etats des pays membres se sont rendus à Nouakchott à l’exception notable d’Ibrahim Boubacar KEÏTA, le président malien. L’organisation cherche à démontrer aux bailleurs de fonds ses atouts et sa capacité à favoriser le développement dans les zones frontalières. La somme attendue permettra de financer près de quarante projets communautaires dans la région où la menace djihadiste s’appuie sur la frustration générée par des conditions de vie difficiles.

Le PIP est un plan régional ambitieux nécessitant 1,9 milliard d’euros d’investissements sur la période 2019-2021. Les deux tiers de cette somme serviront aux infrastructures et au développement humain. A Nouakchott, des enjeux cruciaux seront débattus, cette jeune organisation rencontrant des problèmes financiers. Ces derniers mois, la Force du G5 Sahel peine à être efficace face à une recrudescence de l’insécurité et un manque de moyens. De fait, l’organisation a fait l’objet de discussions du Conseil de sécurité de l’ONU.

Les pays membres du G5 Sahel doivent développer une approche équilibrée soucieuse des problématiques frontalières, longtemps délaissées. International Crisis Group, dans son rapport du 12 décembre 2017, souligne que le G5 Sahel ne remplira sa mission que s’il parvient à gagner la confiance des populations.

Jean-Yves Le DRIAN, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères s’est rendu en Mauritanie. Depuis 2014, « la France soutient activement » le G5 Sahel. Le ministre a annoncé une contribution importante de la France à ce programme, cette action de Paris allant de pair avec l’engagement français pris au sein de l’Alliance Sahel. Lancée en juillet 2017 par le Président de la République française, la chancelière allemande et la Haute représentante de l’UE, l’Alliance Sahel a pour objectif de financer et de coordonner plus de 500 projets pour répondre à tous leurs défis actuels, sécuritaires, démographiques, économiques et sociaux en vue d’une stabilisation et d’un développement de la région.

Au terme des discussions, l’Union européenne et la France ont annoncé prendre en charge la plus grande partie du financement. Neven MIMICA, commissaire européen pour la Coopération internationale et le développement a déclaré : « Grâce aux 125 millions d’euros additionnels que l’Union européenne annonce aujourd’hui, l’accent sera mis sur des projets de développement dans les zones les plus fragiles, avec un impact immédiat sur les conditions de vie des populations locales. ». Au total, la contribution européenne s’élève à environ 800 millions d’euros. La France ajoutera quant à elle 220 millions d’euros de financements aux 280 millions déjà engagés. Selon Jean-Yves le DRIAN, « la moitié de cette somme concerne des projets déjà en gestation et en cours » et « l’autre moitié sera octroyée de manière accélérée dans les deux ans qui viennent » afin de permettre aux pays du G5 Sahel d’être « au rendez-vous de leurs priorités ».

In fine, les Etats du G5 Sahel sont parvenus à obtenir 1,3 milliard d’euros sur les 2 milliards escomptés. Cette somme, axée sur la prévention du terrorisme, permettra d’améliorer la lutte contre ce phénomène qui, depuis 2013, s’est progressivement répandu dans toute la région.

G5 Sahel : recrudescence des tensions et manque de moyens

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Jeudi 15 novembre 2018, la situation au Sahel a fait l’objet de discussions au Conseil de sécurité. Jean-Pierre LACROIX, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l’ONU et Maman SIDIKOU, Secrétaire permanent de la Force conjointe du Groupe de cinq pays du Sahel, le G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad), ont mis en garde le Conseil face au terrorisme qui se répand dans la région, aggravant de fait la crise sécuritaire et humanitaire.

Le G5 Sahel, créé en 2014, est un cadre institutionnel de coordination et de coopération régionales entre les 5 Etats membres dans les domaines du développement et de la sécurité. Dans son rapport du 12 novembre dernier, le Secrétaire général Antonio GUTERRES écrit : « le Conseil de sécurité a salué les progrès accomplis pour rendre opérationnelle la Force conjointe du Groupe de cinq pays du Sahel ». Toutefois, il fait référence à l’insécurité, la situation dans la région s’étant détériorée au cours de ces derniers mois. Le document mentionne l’attentat terroriste du 29 juin 2018 au Mali contre le quartier général de la Force conjointe à Sévaré, ayant porté un « coup sévère » aux efforts entrepris.

Devant le Conseil de sécurité, Jean-Pierre LACROIX et Maman SIDIKOU ont souligné la « recrudescence » de l’insécurité, marquée par « la hausse des attaques contre des civils, des responsables gouvernementaux, des forces de sécurité et de défense au Burkina Faso, au Mali et au Niger ». Jean-Pierre LACROIX alerte sur la situation sécuritaire « extrêmement préoccupante » où « la population civile paie le plus lourd tribut ».

Ainsi, les délégations présentes ont insisté « sur l’importance de réaliser la pleine capacité opérationnelle de la Force » mais le manque de moyens reste un frein majeur à la stabilisation de la région. Dans le rapport, est stipulé qu’« en raison d’un manque important de matériel et de formation, il a été nécessaire de reporter par deux fois la date limite de réalisation de la pleine capacité opérationnelle et un nouveau calendrier n’a pas encore été défini ». A titre d’exemple, la Force conjointe du G5 Sahel n’a bénéficié que de 17,9 millions d’euros en équipements et services alors que 414 millions d’euros lui ont été promis lors de la Conférence internationale de Bruxelles du 23 février 2018. Pour Pierre BUYOYA, Haut-représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, la communauté internationale doit affirmer son soutien à la région, dans un moment qu’il considère comme étant un « tournant décisif ».

Question soulevée lors du dernier Sommet de l’Union africaine et réitérée par Jean-Pierre LACROIX, la Force conjointe du G5 peut-elle être placée sous un mandat du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies et bénéficier alors d’un financement suffisant ? Par la voix de son représentant, François DELATTRE, la France espère relancer une initiative au Conseil de sécurité afin d’obtenir ce financement pérenne et appelle à une « matérialisation sans délai » de l’aide promise par la communauté internationale afin de combattre les groupes terroristes. Soutien des pays africains, le point de vue de Paris diffère de celui des autres délégations à l’instar des Etats-Unis, pour qui l’option militaire n’est pas suffisante à elle seule. Dans cette optique, Washington reste convaincu que la « meilleure manière » de résoudre la situation passe par un plan bilatéral. Le pays a de fait presque doublé son aide financière envers les pays du Sahel ces dernières années.

Alors qu’elle devait être opérationnelle, la Force conjointe est encore loin d’être efficiente au Sahel, où la situation interne qui se dégrade au Mali représente une menace pour toute la région.

Mali : prorogation de l’Etat d’urgence

Le président malien Ibrahim Boubacar KEITA.
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L’Etat malien a adopté mercredi 24 octobre, en conseil des ministres, la prolongation de l’état d’urgence pour une année supplémentaire, à compter du 31 octobre 2018.

Depuis 2015, le Mali est en situation d’état d’urgence, conséquence de l’attentat contre l’hôtel Radisson Blu de Bamako le 20 novembre ayant fait 20 victimes et revendiqué par le groupe terroriste Al-Mourabitoune. L’état d’urgence permet aux forces de sécurité maliennes d’intervenir en matière de fouilles, de restrictions de circulation et de rassemblements. En octobre 2017, il a été prolongé d’une année supplémentaire, permettant selon le gouvernement de « renforcer les mesures de prévention, de proroger les effets des poursuites judiciaires liées à l’état d’urgence et d’accroitre les actions de contrôle et les capacités opérationnelles des forces de sécurité sur le territoire national ».

Deux mois après la réélection du Président Ibrahim Boubacar KEITA, qui a fait de la sécurité malienne sa priorité, la prorogation de l’état d’urgence jusqu’au 31 octobre 2019 est apparue comme « nécessaire » selon le communiqué du gouvernement malien.

Le nord du pays, en proie aux revendications jihadistes depuis le début de 2012, a fait l’objet d’une intervention internationale à l’initiative de la France. Aujourd’hui encore, l’ONU intervient au Mali à travers la MINUSMA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali), appuyée par la force Barkhane. La mission de l’ONU a également été prorogée jusqu’au 30 juin 2019.

Toutefois, la stabilité au Mali reste un objectif lointain et des zones échappent encore au contrôle des forces maliennes, françaises et onusiennes. Ces dernières font régulièrement l’objet d’attaques malgré la signature d’un accord de paix censé isoler les jihadistes. Début octobre 2018, un militaire malien mais également des civils ont péri lors d’une embuscade tendue par les jihadistes au Nord du pays. Cette attaque succède celle de Gao du 1erjuillet 2018, ayant causé la mort de deux civils et visant trois véhicules blindés de la force Barkhane. L’état d’urgence n’a donc pas permis de contenir les violences. Pire, elles se sont propagées du Nord en direction du centre et du Sud du pays. Le Burkina Faso et le Niger, pays voisins, sont également victimes de cette contagion et de conflits intercommunautaires. Les multiples facteurs d’instabilité au Mali mêlent luttes interethniques et terrorisme jihadiste. Les quinze millions de Maliens se divisent en groupes ethniques. Parmi eux, les Bambaras, les Songhaïs et les nomades constitués des Peulhs, des Touaregs et des Maures.

Le communiqué ne précise pas les moyens supplémentaires mis en œuvre pour endiguer l’instabilité lors de cette année supplémentaire d’état d’urgence. Depuis le début de l’année 2018, les Nations Unies estiment à plus de 500 le nombre de civils morts dans les violences intercommunautaires dans le centre du pays. Depuis le déploiement de la MINUSMA, plus de cent casques bleus ont également perdu la vie.

Afrique – 2014 05 25 – « Défense et sécurité en Afrique : quel couple ? », par Jean-Jacques Konadje – Diploweb.com

Continent à la fois riche et appauvri, l’Afrique se définit la plupart du temps par son contraste saisissant. Qualifiée souvent de « scandale géologique », le berceau de l’humanité semble subir la malédiction de ses matières premières et de ses ressources minières. Et pour cause, depuis les indépendances, le continent n’a cessé d’être le théâtre de guerres et de crises qui ont jalonné son histoire et porté régulièrement un frein à son développement…

Algérie – 2016 03 03 – Terrorisme et Libye, l’Algérie en première ligne – Le Point Afrique

L’Algérie fait face à plusieurs défis sécuritaires intenses. D’abord, sur son flanc est, empêcher la Libye de devenir un « Libyenistan », selon l’expression du Premier ministre Abdelmalek Sellal, tout en surveillant d’un œil attentif les turbulences du voisin tunisien dont la révolution dite de Jasmin n’en finit pas de faner. Sur le plan interne se profile désormais une crise économique et sociale alors que le prix du baril est tombé à un niveau si bas qu’il ne permet plus à l’État de continuer à acheter, à grands coups de subventions, la déjà très relative paix sociale. Akram Kharief, journaliste spécialisé dans les questions de sécurité et animateur du très bien renseigné site Secretdifa3.net, analyse pour Le Point Afrique les enjeux sécuritaires que connaît l’Algérie.