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Macédoine ou Macédoine du Nord : un résultat contradictoire

En présence de Matthew NIMETZ, médiateur de l’ONU, Federica MOGHERINI, cheffe de la diplomatie de l’UE et Johannes HAHN, commissaire européen en charge de l’élargissement, Alexis TSIPRAS et Zoran ZAEV signent l’accord de Prespa le 17 juin 2018.
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Le 30 septembre 2018, les électeurs macédoniens se sont rendus aux urnes pour voter concernant le changement de nom lors du référendum consultatif. Conformément à l’accord passé avec la Grèce en juin dernier qui s’oppose à l’utilisation du nom Macédoine, faisant déjà référence à l’une de ses régions, les Macédoniens devaient décider s’ils désiraient devenir les « Macédoniens du Nord ». Entré à l’ONU sous le nom d’Ancienne République Yougoslave de Macédoine (ARYM, FYROM en anglais), le pays entend, grâce à cette décision, pouvoir outrepasser le blocage grec et adhérer à l’OTAN et à l’UE.

Si le camp du oui sort vainqueur avec plus de 91% de votes favorables, la victoire est en demi-teinte, ternie par le faible taux de participation. Moins de 37% des Macédoniens ont voté, influant de fait sur la légitimité du scrutin.

Dans un communiqué commun, Federica MOGHERINI, cheffe de la diplomatie européenne et Johannes HAHN, commissaire européen chargé de l’Elargissement, soulèvent « l’écrasante majorité de ceux ayant exercé leur droit de vote en faveur de l’accord de Prespa et de leur futur européen » et soulignent « la chance historique non seulement pour la réconciliation dans la région mais aussi pour faire avancer de manière décisive le pays vers la voie de l’Union ». Washington félicite également les résultats du scrutin et affirme son soutien à l’accord de Prespa qui permettra à Skopje « d’occuper la place qui lui revient au sein de l’OTAN et de l’UE, contribuant ainsi à la stabilité, à la sécurité et à la prospérité régionales ».  A l’issue du scrutin, Athènes se montre solidaire du camp du Oui. Le Premier ministre Alexis TSIPRAS, dans un appel téléphonique, a salué « la détermination et le courage » de son homologue macédonien. Le ministère des Affaires étrangères grec réaffirme son attachement à l’accord mais dénonce le « oui contradictoire » à la participation décevante. Athènes estime que les « grands avantages » de l’accord de Prespa sont évincés au profit d’un « climat de nationalisme et de suspicion, de fausses nouvelles quotidiennes et de fanatisme rampant », influant ainsi sur la compréhension mutuelle des peuples.

Au-delà de la perception occidentale du résultat, ce référendum consultatif est soumis à un problème d’ordre interne. La participation étant trop faible, Zoran ZAEV doit demander à l’opposition au Parlement de voter ce changement. En comptant ses alliés des partis de la minorité albanaise, il manque encore au Premier ministre social-démocrate 11 élus de l’opposition. Alors que l’opposition dénonce un vote illégitime et appelle au boycott, Radmila SEKERINSKA, ministre de la Défense, avance qu’un délai d’une semaine est accordé pour convaincre ces députés de droite. En cas d’échec, le gouvernement de Skopje organisera des élections parlementaires anticipées.

Macédoine : tensions et blocages autour d’un nom

Jim MATTIS, Secrétaire à la Défense américain et Radmila SHEKERINSKA, Ministre de la Défense macédonienne à Skopje, le 17 septembre 2018.
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Le 17 septembre, Jim MATTIS, Secrétaire à la Défense des Etats-Unis, s’est rendu à Skopje, la capitale macédonienne, dénonçant une « campagne d’influence » de la Russie dans la région concernant le vote du référendum. En effet, la Macédoine doit faire l’objet le 30 septembre prochain, d’un référendum portant sur un changement de nom, les Macédoniens devant accepter ou non le nom de « Macédoine du Nord ».

Depuis l’indépendance de cette ancienne république yougoslave en 1991, la Grèce voit dans le maintien du nom Macédoine une usurpation de son héritage historique, une région grecque portant le même nom. Face au véto d’Athènes, le changement de nom est nécessaire pour une intégration à l’OTAN et une potentielle adhésion à l’Union européenne.

Les Etats-Unis affichent une position claire en faveur du oui, appuyés par les Etats occidentaux et affirment leur soutien au Premier ministre macédonien Zoran ZAEV. La Russie, par la voix de son ambassadeur auprès de l’Union européenne Vladimir TCHIJOV, avait estimé en juin 2018 que la volonté macédonienne de rejoindre l’OTAN était « une erreur pouvant avoir des conséquences ». Moscou est soupçonnée par les pays occidentaux de vouloir conserver une influence dans ses anciens territoires et de vouloir tenir les électeurs loin des urnes. Lui sont reprochés une campagne de désinformation en Macédoine par le biais des réseaux sociaux et le financement de groupes politiques pro-russes. L’ambassadeur russe à Skopje, Oleg SHCHERBAK, se défend, accusant le camp occidental d’exercer une « très forte pression médiatique et psychologique » sur les électeurs macédoniens tout en niant les faits qui lui sont reprochés. Les déclarations diplomatiques des deux parties engendrent la recrudescence des tensions près de deux semaines avant le référendum, cette supposée ingérence russe ayant déjà suscité une crise diplomatique entre Moscou et Athènes.

Si les médias macédoniens œuvrent majoritairement en faveur du oui, ce scrutin est consultatif. Le résultat obtenu devra faire l’objet à l’issue du référendum d’un vote par le Parlement à la majorité des deux-tiers.