Libye

Libye : les combats se poursuivent

Des membres de l’Armée nationale libyenne, le 7 avril.
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De combats violents secouent la Libye depuis le jeudi 4 avril. L’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal autoproclamé Khalifa Haftar s’oppose aux forces loyales au Gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par la communauté internationale et dirigé par Fayez al-Sarraj. Le maréchal Haftar, qui contrôle l’est du pays et une partie du sud a lancé un assaut sur l’ouest, en particulier sur la capitale Tripoli où siège le GNA.

Dans un discours diffusé samedi soir, Fayez al-Sarraj a mis en garde contre la perspective d’une « guerre sans gagnant ». Il a ajouté bénéficier du soutien de toutes les régions de Libye pour faire face à l’offensive de l’ANL. Dans un pays en proie au chaos depuis 2011, cette escalade de tensions a fait au moins 32 morts et 50 blessés depuis le 4 avril selon le ministère de la Santé du GNA. D’après le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, ces événements autour de la capitale libyenne ont déplacé plus de 2 800 personnes et empêchent l’aide humanitaire d’atteindre civils et blessés.

Face aux violences, la mission d’assistance de l’Organisation des Nations unies en Libye (MANUL) a appelé au calme et a décrété dimanche une « trêve humanitaire » de deux heures dans la banlieue sud de Tripoli pour permettre l’évacuation des blessés et des civils. Le 4 avril, dans une déclaration commune, la France, l’Italie, le Royaume et les Emirats arabes unis, « préoccupés par les affrontements se déroulant en Libye », ont exhorté, sans jamais dénoncé l’agresseur, « toutes les parties à apaiser immédiatement les tensions qui entravent les perspectives de médiation politique des Nations unies ». Au contraire, rompant avec sa ligne diplomatique, les Etats-Unis se sont opposés le 7 avril à « l’offensive militaire menée par les forces de Khalifa Haftar » et ont appelé à « l’arrêt immédiat de ces opérations » mettant en danger les civils et « compromettant les perspectives d’un avenir meilleur pour tous les Libyens ». Le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, a invité les dirigeants libyens et les partenaires internationaux à reprendre les « négociations politiques menées par le représentant spécial de l’ONU ».

Malgré les demandes pour mettre fin aux hostilités, l’ANL du maréchal Haftar poursuit son offensive en direction de Tripoli. La courte trêve s’est achevée pour laisser place, dans la nuit de samedi à dimanche 8 avril, à une frappe aérienne contre l’aéroport de Mitiga, le seul aéroport fonctionnel de la capitale.

Ce raid, qui n’a fait aucune victime, n’a pas été revendiqué pour l’heure. Toutefois, l’Organisation des Nations unies l’impute à Haftar. Ghassan Salamé, l’émissaire de l’ONU « condamne l’attaque aérienne perpétrée par un avion de l’ANL ». Quant au Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, il a fermement condamné l’escalade de la violence et a appelé, dimanche 8 avril, à un arrêt immédiat de l’assaut. Son porte-parole a déclaré : « Le Secrétaire général demande instamment que toutes les opérations militaires cessent immédiatement afin de désamorcer la situation et de prévenir un conflit de grande ampleur ». Pour Antonio Guterres, il n’existe en effet aucune solution militaire au conflit libyen.

A l’issue d’une réunion avec les ministres des Affaires étrangères de l’UE au Luxembourg, Federica Mogherini, la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, a appelé « les dirigeants libyens et en particulier Haftar à mettre un terme aux activités militaires et à retourner à la table des négociations sous les auspices de l’ONU ».

Les deux hommes forts du pays se sont rencontrés à plusieurs reprises. En février aux Emirats arabes unis, soutien actif du camp de Tobrouk, al-Sarraj et Haftar s’étaient accordés pour organiser des élections avant la fin de l’année.

Cette escalade de violence survient alors qu’une conférence nationale, organisée sous l’égide de l’ONU était prévue le 14 avril dans le sud-ouest du pays. Cette réunion aurait permis de dresser une feuille de route. Alors que l’ONU a fait savoir le maintien de cette conférence, sauf cas de « circonstances majeures », elle a finalement fait savoir son annulation.

 

 

Opération Sophia : Suspension du déploiement des moyens navals

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Le déploiement des moyens navals de l’opération EUNAVFOR Med, également appelée opération Sophia, sera suspendu à partir du 31 mars 2019.

Décidée en 2015 par le Conseil européen dans le cadre de sa Politique de sécurité et de défense commune, l’opération Sophia, dont le quartier général est situé à Rome, est une réponse à la crise migratoire en Méditerranée. Sa mission est d’œuvrer au démantèlement du « modèle économique des réseaux de trafic de migrants et de traite des êtres humains dans la partie sud de la Méditerranée centrale ». A travers cette opération, l’UE contribue également à former la marine et les garde-côtes libyens et mène des activités de surveillance et de recueil des informations sur les trafics illicites, « y compris des informations sur le pétrole brut et d’autres exportations illégales ».

Si, en décembre 2018, la prorogation jusqu’au 31 mars 2019 du mandat de l’opération a été obtenue de justesse, le mercredi 27 mars, le Conseil européen a décidé de suspendre temporairement le déploiement des moyens navals. Cependant, les Etats membres se sont accordés pour que l’opération Sophia poursuive ses opérations pendant une durée de six mois et sur le renforcement de la surveillance par des moyens aériens ainsi que du soutien apporté aux garde-côtes libyens et à la marine libyenne.

Pour le journal autrichien Wiener Zeitung, il s’agit de « la première victime de la campagne des européennes ». En effet, l’opération Sophia cristallise les tensions et les clivages des pays membres de l’UE concernant le défi des migrations. Faute de compromis entre les Etats, le Conseil a dû suspendre les activités navales. En effet, les Etats membres ne sont pas parvenus à un partage des responsabilités s’agissant du dossier migratoire. Les débats se sont donc heurtés à la question du débarquement des migrants secourus, un grand nombre d’Etats européens se montrant réticents à les accueillir. Parmi eux, les principaux contributeurs (Royaume-Uni, Allemagne, Belgique, etc.) de l’opération se sont retirés. L’Italie, qui a le commandement de la mission, espère changer la politique en matière de secours des migrants et se montre fermement opposée à l’utilisation de ses ports.

Cette décision s’inscrit dans le calendrier des élections européennes : retirer les moyens maritimes de l’opération Sophia, dans un climat où prospèrent l’euroscepticisme et le nationalisme, permet de contrer le discours des partis populistes.

La suspension du volet naval de l’opération Sophia suscite l’ire des associations. Pour Matteo de Bellis, chercheur d’Amnesty International concernant les migrations, la décision de réduire les activités de EUNAVFOR Med est « une abdication scandaleuse de responsabilités des gouvernements de l’Union européenne ». Les associations dénoncent en effet la reconduite des personnes secourues en Libye alors que Tripoli est accusée d’infliger torture et détentions arbitraires aux migrants et réfugiés.

Faute d’accord, rien ne présage la reprise des activités navales. En janvier, le vice-amiral Enrico Credendino, commandant de l’opération, avait pourtant revendiqué le sauvetage de plus de 45 000 personnes par EUNAVFOR Med depuis son lancement, ce chiffre représentant 9% du total des migrants secourus en Méditerranée.

Pour autant, le sauvetage en mer des migrants, s’il est indispensable, n’a pas permis jusqu’à lors de résoudre les véritables enjeux de la crise migratoire.

 

Accord pour des élections en Libye

Le maréchal de l’Armée nationale libyenne, Khalifa Haftar, le président du Parlement libyen basé à Tobrouk, Aguila Saleh Issa, le chef du Gouvernement d’accord national Fayez al-Sarraj et le président du Haut Conseil d’Etat libyen Khaled Mechri, lors d’un congrès international.
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Jeudi 28 février 2019, la Mission d’appui des Nations unies en Libye (MANUL) a annoncé un nouvel accord sur l’organisation des élections en Libye. A Abu Dhabi, une rencontre organisée sans annonce préalable par l’Envoyé spécial de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé, a permis de réunir les deux hommes forts du pays : Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar. Dans un communiqué, la MANUL a déclaré : « Les deux parties se sont entendues sur la nécessité de mettre fin à la période de transition à travers des élections générales mais aussi sur les moyens de préserver la stabilité de la Libye et d’unifier ses institutions ».

L’appareil d’Etat libyen s’est écroulé à la chute du « Guide suprême » Mouammar Kadhafi en 2011, laissant le pays dans l’instabilité. A la situation économique alarmante se sont ajoutés l’émigration massive en direction de l’Europe et l’installation de multiples foyers terroristes. Le pays est le théâtre de luttes d’influence et deux autorités se disputent le pouvoir depuis de longs mois : Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar. Le premier est à la tête du Gouvernement d’accord national (GAN), reconnu par l’ONU et basé à Tripoli tandis que le maréchal Haftar, chef autoproclamé de l’Armée nationale libyenne (ANL), contrôle l’est du pays et est soutenu par la Chambre des représentants élue lors des élections du 25 juin 2014, et installée à Tobrouk. Un accord entre les deux hommes est nécessaire pour organiser des élections et parvenir à un retour à la sécurité.

Bien qu’aucun calendrier n’ait été communiqué à l’issue de la réunion, la rencontre est considérée comme une avancée significative, tant la communauté internationale peine à réunir les deux rivaux. Paris et Rome se sont ainsi disputé le dossier libyen : le président français Emmanuel Macron était parvenu à réunir Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar en mai dernier. A Paris, les deux hommes s’étaient déjà accordés pour organiser des élections présidentielles avant la fin de l’année 2018, sans effet concret. Ancienne puissance coloniale et partenaire historique de la Libye, l’Italie a tenté de régler cette question en organisant en novembre 2018 une conférence internationale à Palerme. Malgré la présence des deux hommes, le bilan de la conférence de Palerme fut mitigé, le maréchal Haftar ayant boudé les réunions.

Alors que Fayez al-Sarraj se montre affaibli, notamment au sein de son camp, Khalifa Haftar s’est lancé depuis le début de l’année 2019 à la conquête du sud du pays. Dans cette région, historiquement marginalisée par le pouvoir et devenue un repaire pour les djihadistes, le maréchal est parvenu à rallier les tribus locales. La rencontre des deux hommes s’est de plus déroulée à Abu Dhabi, soutien historique du camp Haftar. Dans une logique diplomatique, les Emirats arabes unis entendent s’ériger en médiateur et prouver qu’ils sont capables de régler la situation en Libye alors que les Occidentaux n’y sont pas parvenus.

Libye : Salamé « persona non grata » pour l’ANL

Ghassan SALAME. Tous droits réservés.

L’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa HAFTAR a déclaré l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies et chef de la Mission de soutien aux Nations unies en Libye (MANUL), Ghassan SALAME, « persona non grata » dans son pays.

Depuis la chute du « Guide suprême de la Révolution », la Libye s’est installée dans un régime de transition permanente avec deux gouvernements, deux parlements et deux hommes forts. D’un côté, Fayez el-SARRAJ, à la tête du gouvernement d’entente nationale et de l’autre le maréchal Khalifa HAFTAR. Ce dernier, à la tête de l’ANL, qui n’est ni une armée ni nationale, est surnommé l’homme fort de Cyrénaïque. Les deux hommes peinent à s’entendre mais ont convenu lors de la conférence de Palerme en novembre dernier de la tenue d’une conférence nationale, appuyée par les Nations unies.

Depuis 2011 et les débuts de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL), cinq représentants spéciaux se sont succédé. Depuis sa nomination, Ghassan SALAME tente de bousculer le statu quo dans ce pays où la crise politique s’est conjuguée à une crise économique et sécuritaire. Malgré les efforts entrepris par le représentant spécial et la MANUL, des combats se déroulent régulièrement en Libye entre factions rivales, dont l’ANL, qui mène également des opérations militaires dans le sud-ouest du pays.

Le 28 janvier 2019, Ahmad al-MISMARI, porte-parole de l’ANL, a déclaré Ghassan SALAME comme indésirable dans son pays. L’émissaire du secrétaire général de l’ONU fait en effet l’objet de critiques de la part des représentants de l’est libyen qui le décrivent comme un « opposant ». Ghassan SALAME est accusé de soutenir une partie des Libyens au détriment des autres, d’être incapable de ramener la paix, d’être à la fois juge et partie et enfin de prendre la défense des islamistes. Aguila SALEH, président du Parlement libyen qui siège à Tobrouk – en opposition avec le gouvernement de SARRAJ de Tripoli – l’accuse de s’être rangé du côté du Conseil présidentiel et du gouvernement d’entente nationale.

Toutefois, le 13 janvier 2019, l’émissaire s’était déjà défendu : « Nous sommes en Libye pour servir la population libyenne, pas les politiciens ». Le 18 janvier dernier, devant le Conseil de sécurité, Ghassan SALAME a déclaré que les acquis restaient « fragiles et réversibles » et fait la promotion de l’organisation d’une Conférence nationale qui permettrait d’ouvrir la voie à la tenue d’élections présidentielles. La réconciliation nationale escomptée est selon lui « un grand mot et un bel objectif » mais inadaptée à la situation du pays où le véritable enjeu consiste à « libérer les institutions pour que la volonté puisse s’exprimer ». Il considère en effet que la crise libyenne est due à la rivalité pour le contrôle des richesses nationales, notamment le pétrole. La conquête du sud par l’ANL en est une illustration. Quelques jours plus tard, il a estimé que ses déclarations ont été mal interprétées. Tandis que l’envoyé spécial se défend d’être « le premier à vouloir organiser ces élections », la date de ces dernières ne cesse d’être reculée, venant compliquer la mission de Ghassan Salamé.

La Libye est de plus en plus le théâtre de jeu des puissances étrangères qui soutiennent l’un ou l’autre camp. En Europe, Rome et Paris se disputent également le parrainage du processus de réconciliation.

Sommet arabe de Beyrouth : illustration des tensions entre sunnites et chiites – Arabie Saoudite et Iran

Photo de famille du sommet de Beyrouth, le 20 janvier.
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Après Koweït City (2009), Charm-el-Cheikh (2011) et Riyad (2013), Beyrouth a accueilli les 19 et 20 janvier 2019 la quatrième édition du Sommet arabe pour le développement économique et social.

A l’issue de la séance de clôture et devant Hussam ZAKI, secrétaire général de la Ligue arabe, Gebran Bassil a lu la « Déclaration de Beyrouth » : « Nous, dirigeants des pays arabes réunis au 4ème sommet socio-économique arabe de Beyrouth, réitérons notre engagement complet à réaliser les décisions des sommets précédents (…) et assurons la nécessité d’éliminer les obstacles qui entravent leur mise en œuvre, afin de poursuivre le processus économique, social et développemental arabe ».

La question des réfugiés a été très prégnante dans les débats. Le président libanais Michel Aoun, qui considère que les guerres ont des « conséquences destructrice sur l’économie et le développement des pays » a appelé les grandes puissances mondiales à « faire tous les efforts » afin que ces réfugiés puissent rentrer chez eux. La question des déplacés et réfugiés est essentielle pour le Liban qui en accueille environ 1,5 million, soit près d’un tiers de sa population totale. Parmi les orientations prises par la Déclaration de Beyrouth, l’accent a été mis sur le soutien au peuple palestinien et la préservation de l’identité de la ville de Jérusalem mais les Etats arabes se sont également penchés sur les progrès et besoins de l’union des Douanes, dans l’espoir d’établir un « marché arabe commun ».

Mais derrière cette unité de façade, les habituelles tensions ont marqué ce sommet. Seuls deux chefs d’Etat ont répondus à l’invitation du président libanais Michel Aoun : l’émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad al-Thani et le président mauritanien, Mohammad Ould Abdel Aziz. La présence de l’émir qatari, qui a permis d’éviter un camouflet total au Liban, se place dans un contexte de crise avec ses voisins du Golfe depuis presque deux ans. Ces derniers, menés par l’Arabie Saoudite, ont rompu leurs relations avec Doha, l’accusant de soutenir des mouvements islamistes radicaux et d’entretenir des liens étroits avec l’Iran. Les autres Etats ont fait le choix d’envoyer des délégations moins  prestigieuses. A l’issue du sommet, Gebran Bassil, ministre libanais des Affaires étrangères par intérim a constaté l’échec de cette rencontre : « Chaque pays a le droit de décider de son niveau de représentation. En toute franchise, je comprends que certains Présidents aient pris cette décision. Le Liban doit assumer ses responsabilités dans ce qui s’est passé. Il y a des façons de donner son avis ».

Si les chefs d’Etats et de gouvernements ont boudé ce sommet, c’est en raison de la question syrienne et de l’absence de délégation libyenne. Le positionnement du Liban sur l’axe syro-iranien déplait à de nombreux Etats arabes. Lors d’une rencontre préparatoire du sommet, Gebran Bassil avait ainsi plaidé pour une réintégration de la Syrie dans la Ligue arabe : « la Syrie devrait revenir vers nous… Nous devrions prendre la Syrie dans nos bras plutôt que la jeter dans les bras du terrorisme ». Toutefois, le siège de la Syrie est gelé depuis la fin de l’année 2011, en réaction à la répression du régime de Bachar al-Assad et la question de sa réintégration ne fait pas encore l’objet d’un consensus. La guerre en Syrie oppose les pays de la région et accentue les tensions à Beyrouth entre les alliés de Bachar al-Assad incarnés majoritairement par le Hezbollah chiite, et les mouvances favorables aux rebelles, principalement sunnites. L’Arabie saoudite, poids lourd de la région, se montre réticente à une normalisation de ses relations avec la Syrie de Bachar el-Assad. Pourtant, les signes d’ouverture en faveur du président syrien, qui a repris le contrôle d’une très large partie du territoire grâce à ses victoires militaires et au soutien russe, se multiplient ces dernières semaines. Alors que les Emirats arabes unis – soutien des opposants au régime en place – ont rouvert leur ambassade à Damas, le président soudanais Omar el-Béchir a rencontré Bachar al-Assad en décembre dernier – première visite d’un chef d’Etat arabe à Damas depuis 2011.

Deuxième point de discorde : l’absence de la Libye. Gebran Bassil, ministre libanais des Affaires étrangères a déclaré : « En tant qu’Etat libanais, nous regrettons que la Libye n’ait pas participé ». La chaise vide de Tripoli est un signe de protestation après que des partisans du mouvement chiite libanais Amal, qui ont pour tête de file le président de la Chambre des députés Nabih Berri, ont brûlé un drapeau libyen à Beyrouth. Ils soupçonnent la Libye d’être à l’origine de la disparition de l’imam Moussa Sadr en 1978. Le mouvement Amal, soutenu par le Hezbollah, espérait aussi obtenir la participation de la Syrie.

Le pays hôte du sommet est apparu dans toutes ses divisions. Ces désaccords ont percé à jour l’absence d’un pouvoir central et ont accru la crise politique. Huit mois après les élections législatives, le Premier ministre Saad Hariri ne parvient toujours pas à former un gouvernement.

Préoccupée par la crise migratoire, l’UE s’implique en Libye

 

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Le 10 décembre 2018, le Conseil européen a adopté des conclusions sur la Libye.

La conférence de Palerme, organisée par l’Italie, s’est déroulée il y a plus d’un mois. Si elle a permis de réunir les principaux protagonistes du dossier libyen, son bilan est mitigé. Le Conseil européen souligne toutefois qu’à Palerme, « les dirigeants libyens et la communauté internationale ont exprimé leur soutien sans réserve aux efforts que déploient les Nations unies en faveur d’un processus politique pris en charge par les Libyens ». En effet, le statu quo actuel est source d’instabilité et d’insécurité « pour les Libyens, leurs voisins et la région toute entière ». Pour ce faire, l’Union européenne soutient pleinement les actions menées par les Nations unies afin d’établir une situation stable dans le pays et l’accompagnera  dans son adaptation des volets politique, économique et sécuritaire. Face à l’impasse politique dans laquelle se trouve la Libye, l’UE demande à tous les acteurs libyens – dont la Chambre des représentants et le Haut Conseil d’Etat – de « coopérer de manière constructive avec le gouvernement d’entente nationale à la réalisation des objectifs arrêtés à Palerme, y compris la tenue en Libye de la conférence nationale au début de 2019, de progresser sur la question du cadre constitutionnel et législatif nécessaire et de mener à bien les processus constitutionnel et électoral d’ici le printemps 2019 ».

A travers une action diplomatique et un soutien important, l’UE maintient ses relations avec la Libye et agit en faveur de sa transition politique. Elle soutient les efforts entrepris par l’ONU et son représentant spécial, Ghassan SALAME. Depuis le début de la crise, l’UE apporte son soutien à Tripoli et a accordé près de 70 millions d’aide, principalement par le biais de l’Instrument européen de voisinage. Cette somme permet d’encadrer une vingtaine de projets dans différents secteurs tels que la société civile, la gouvernance, la santé, l’économie, l’éducation ou encore les activités de sécurité et de médiation.

La situation en Libye est une préoccupation essentielle de l’Union européenne. Outre les actions menées par la cellule de planification et de liaison et des missions telles que l’EUBAM, mission d’assistance aux frontières, l’opération EUNAVOR MED Sophia, lancée en juin 2015, doit apporter une réponse globale à la crise des migrations et des réfugiés. Cette opération a permis de sauver 45 000 personnes. La stabilisation dans le pays est primordiale, d’autant plus que l’UE se dit concernée par « la violation persistante du droit international humanitaire et des droits de l’homme, y compris les violences sexuelles et à caractère sexiste ». Les Etats-membres, dans leurs conclusions, affirment continuer à aider les Libyens « à faire face aux défis migratoires, en vue notamment de lutter contre le trafic de migrants et la traite des êtres humains ».

En 2017, l’UE a fourni 10 millions d’euros destinés au financement humanitaire et a mobilisé 286 millions d’euros pour des projets liés à la migration, dont 266 au titre du Fonds fiduciaire d’urgence de l’UE pour l’Afrique.

La conférence de Palerme : un bilan mitigé

De gauche à droite : le président du Conseil d’Etat en Libye, Khaled al-Mechri, le président du Conseil italien Giuseppe Conte, l’émissaire de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, le 13 novembre à Palerme.
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La conférence de Palerme s’est tenue les 12 et 1novembre 2018. Organisée par l’Italie pour régler la situation en Libye, elle a réuni 38 délégations. Parmi les pays représentés, figurent les Etats voisins et acteurs du dossier libyen, principalement d’Afrique. Ghassan SALAME, émissaire du secrétaire général de l’ONU pour la Libye, était présent, tout comme la représentante de l’Union africaine pour la Libye, Wahida AYARI. Jean-Yves le DRIAN s’est rendu à Palerme le mardi 13 novembrele ministère de l’Europe et des affaires étrangères souhaitant « le succès de cette conférence (…) organisée dans le prolongement de la conférence de Paris du 29 mai ».

La rencontre s’est achevée mardi 13 novembre au soir par un bilan mitigé, lconférence n’ayant abordé aucune des véritables questions de fond.

La venue du maréchal Khalifa HAFTAR a monopolisé toutes les discussions. Reçu par le président du conseil italien Giuseppe CONTE le mois dernier, il avait confirmé sa présence à la conférence. Pourtant, l’homme fort de l’est libyen, chef autoproclamé de l’Armée nationale libyenne et rival du chef de gouvernement d’accord national Faïez al-SARRAJ, n’est arrivé que lundi 12 novembre au soir, laissant les spéculations autour sa venue se multiplier. Avec son attitude, le maréchal HAFTAR envoie un message à Rome, qu’il juge trop proche du gouvernement tripolitain d’al-SARRAJ. S’il a boycotté la première journée, il a accepté mardi matin, de retrouver plusieurs pays actifs dans le dossier libyen (dont l’Egypte, la Russie, l’Algérie, la Tunisie et la France) lors d’une réunion en marge de la conférence.

L’autre événement marquant est le départ de la Turquie. Exclu de la réunion informelle du mardi matin, le pays représenté par son vice-président Fuat OKTAY, s’est déclaré « profondément déçu ». Pour la Turquie, toute réunion sans sa participation serait « contre-productive pour régler le problème ». Ankara déplore les actions de certains Etats qui « continuent de détourner le processus libyen au profit de leurs propres intérêts ».

Durant la conférence de presse finale, Giuseppe CONTE souligne le bon déroulement de la réunion, tous les protagonistes importants en Libye étant présents. D’ailleurs, les deux leaders libyens se sont rencontrés brièvement en marge de la conférence et se sont symboliquement serré la mainToutefois, le président du conseil des ministres italiens a tout de même déclaré : « Nous n’avons jamais eu la prétention de fournir à travers cette conférence, la solution à la crise libyenne ». En effet, la rencontre n’a débouché sur aucune avancée significative. L’Italie souhaitait pourtant faire de cette conférence son grand rendez-vous diplomatique. En rivalité avec la France sur le dossier libyen qui espérait des élections à la fin de l’année 2018, l’Italie a tenté depuis de reprendre la main depuis l’échec de la proposition d’Emmanuel MACRON, jugée « intenable » pour la plupart des observateurs. 

Le nouvel élan au processus politique espéré par Rome n’a pas obtenu l’effet escompté. Avec sa portée symbolique, cette conférence de Palerme entretient toutefois l’espoir de la tenue d’élections générales au printemps 2019, à la suite d’une Conférence nationale organisée par la Libye dans les premières semaines de 2019, annoncée dans le plan d’action présenté le 8 novembre par Ghassan SALAME.

 

Rencontre CONTE-HAFTAR, l’Italie sur le dossier libyen

Giuseppe CONTE et Khalifa HAFTAR à Rome, le 28 octobre 2018.
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Dimanche 28 octobre 2018, le maréchal Khalifa HAFTAR, l’homme fort de l’Est libyen et commandant autoproclamé de l’Armée nationale libyenne, s’est entretenu avec le président du Conseil des ministres italien, Giuseppe CONTE. Cette réunion a pour but de préparer la conférence internationale concernant la Libye, qui se tiendra à Palerme, les 12 et 13 novembre prochains.

La conférence de Palerme, organisée par Rome, a pour dessein de réunir les principaux acteurs libyens et vise à « soutenir les conditions de sécurité et de développement économique, ainsi que le renforcement du cadre politico-constitutionnel ». Le but est de résoudre l’impasse politique que connait la Libye, représentée par deux hommes : le maréchal HAFTAR et Fayez al-SARRAJ, Premier ministre du Gouvernement National d’Accord, reconnu par la communauté internationale.

Giuseppe CONTE, exhortant Khalifa HAFTAR à participer à la conférence de Palerme, a précisé qu’elle sera une « conférence pour la Libye et non sur la Libye ». Le chef de l’Armée nationale libyenne a confirmé sa venue, qui permettra un débat constructif débouchant à terme sur un « véritable processus d’unification conforme aux attentes permanentes du peuple libyen ».

La rencontre avec le maréchal HAFTAR s’est faite à l’issue de deux entretiens, vendredi 26 octobre, avec Fayez al-SARRAJ puis Ghassan SALAME, envoyé spécial de l’ONU en Libye. Considérant la conférence de Palerme comme un « signe essentiel de l’appui de la communauté internationale au processus politique », Ghassan SALAME a félicité « l’approche inclusive suivie par l’Italie en faveur d’une implication totale des principaux acteurs libyens dans l’organisation de la conférence ». Fayez al-SARRAJ a également confirmé sa présence en novembre prochain et espère une évolution positive de la situation en Libye, dans « l’intérêt de ses populations et de ses institutions ».

Le président Conte entend s’ériger en « facilitateur » dans les questions libyennes. Il espère bénéficier de la présence de nombreux membres de la communauté internationale.

Le président Emmanuel MACRON avait réuni fin mai à Paris, Fayez al-SARRAJ et Khalifa HAFTAR. Dans une « déclaration politique finale » les deux leaders libyens s’étaient engagé sur la tenue d’élections au 10 décembre 2018. Toutefois, si la France espère maintenir ce calendrier, l’Italie, rejointe par les Etats-Unis et des experts, le considère prématuré, au regard de la fragilité libyenne. En effet, la situation en Libye est délicate. Dans la nuit de dimanche à lundi 29 octobre, quatre personnes ont été tuées et plusieurs autres enlevées au centre du pays, lors d’une attaque armée commise par le groupe terroriste Daesh. Le sud du pays est en proie aux groupes armés étrangers, émanant notamment du Soudan et du Tchad. Les deux pouvoirs en place en Libye peinent à éradiquer ce phénomène dans cet Etat libyen en déliquescence.

Mare Ionio en Méditerranée « défie la politique européenne »

Le Mare Ionio, dans le port d’Augusta, début octobre.
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Ce jeudi 4 octobre 2018, l’ONG allemande de sauvetage de migrants en mer Sea-Watch a annoncé, conjointement avec d’autres associations humanitaires en faveur des migrants, avoir affrété le bateau Mare Ionio, battant pavillon italien. Sur Twitter, l’ONG allemande annonce : « Nous sommes de nouveau en mer, pour garder un œil vigilant et défier la politique européenne qui laisse les gens couler ».

Remorqueur long de 37 mètres (l’Aquarius en mesure 77) conçu pour repérer et sécuriser les embarcations en détresse et assurer une présence civile dans la zone, le Mare Ionio est parti mercredi soir du port d’Augusta, à l’Est de la Sicile et fait route vers le Sud.  Il lui faudra environ 24 heures en mer pour atteindre les côtes libyennes. Il rejoindra l’Astral, un voilier de l’ONG espagnole Proactiva Open Arms qui mène une mission similaire tandis que l’Aquarius, ayant perdu son pavillon panaméen, a rejoint le port de Marseille jeudi 4 octobre au matin. Face à cette situation, l’ONG SOS Méditerranée appelle les gouvernements européens dans le but de poursuivre cette mission « en attribuant un pavillon à l’Aquarius, déterminé à reprendre la mer au plus vite » et a organisé une vague de manifestations dans plusieurs villes françaises et européennes le samedi 6 octobre 2018.

Affrété par des militants de la gauche italienne, le Mare Ionio a commencé sa mission mercredi soir, pour rappeler symboliquement le 3 octobre 2013, date à laquelle un bateau de pêche a coulé au large de Lampedusa, causant la mort de 366 migrants. Les ONG affirment avoir créé « un réseau qui ne passe plus par les gouvernements », ajoutant que certaines villes européennes telles qu’Amsterdam, Berlin, Palerme et Bologne soutiendraient la mission et accepteraient d’accueillir les personnes secourues. En érigeant ce bateau en symbole, les associations affirment qu’en cas de fermeture des ports, elles appelleraient la mobilisation massive de la population. Alors que l’Organisation mondiale pour les migrations (OIM) rappelle que 1 741 migrants ont péri dans la Méditerranée en 2018, les ONG relaient ce chiffre afin d’alerter l’opinion publique.

En réponse, le ministre de l’Intérieur et vice-président du Conseil des ministres italien Matteo SALVINI a déclaré au Mare Ionio : « Fais ce que tu veux, mais en Italie tu n’y arriveras jamais ». Rome connait depuis quelques mois un revirement de politique avec l’arrivée de la Ligue de M. SALVINI au pouvoir qui se démarque par un caractère eurosceptique et un renforcement assumé de la politique migratoire. Ainsi, les entrées de migrants sont à leur plus bas niveau depuis près de cinq ans. L’OIM note que moins de 1 000 arrivées de migrants ont été enregistrées en Italie pour le mois de septembre.

L’Espagne reste donc à ce jour la première porte d’entrée des réfugiés et des migrants en Europe, recensant 45% de toutes les arrivées irrégulières pour l’année en cours et recevant sept fois plus de migrants que l’Italie.

Trafic des migrants : le Conseil de sécurité proroge ses mesures pour un an

Des migrants en Libye

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Le 3 octobre, les 15 membres du Conseil de sécurité des Nations unies ont adopté la résolution 2437, prorogeant pour une période de 12 mois, à compter de son adoption, les dispositions prises en 2015 contre le trafic des migrants et la traite des êtres humains en Libye.

Depuis 2011 et le renversement de l’ancien dirigeant et « Guide de la Révolution » Mouammar KADHAFI, la côte libyenne est en proie à la traite des êtres humains et au trafic des migrants. Des hommes et des femmes sont même vendus en tant qu’esclaves en Libye. L’ampleur de ce trafic engendre des conséquences humanitaires, politiques et sécuritaires pour la Libye et toute la région.

Sur proposition du Royaume-Uni, le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité la résolution. Les Etats-membres, pour une période supplémentaire d’un an, s’ils soupçonnent un trafic de migrants ou une traite d’êtres humains, sont autorisés à inspecter les bateaux naviguant en haute mer au large des côtes libyennes. Ils sont d’ailleurs en mesure de les saisir.

La France s’est félicitée du renouvellement des autorisations et souligne le soutien unanime du Conseil à l’engagement de l’Union européenne en faveur de la paix et de la stabilité en Libye à travers l’opération EUNAVFOR MEED Sophia. Cette dernière, décidée en 2015 par l’UE dans le cadre de sa PSDC, est chargée de lutter contre le trafic de migrants en Méditerranée en désorganisant les réseaux de passeurs tout en sauvant des dizaines de milliers de vies chaque année. Elle mène ses missions en lien avec le Gouvernement d’entente nationale incarné par le Premier ministre libyen EL-SARRAJ. L’autorisation permise par le Conseil permet à EUNAVFOR MEED Sophia de disposer des moyens adaptés pour remplir efficacement son rôle. Paris regrette tout de même que le texte ne soit pas plus explicite dans le rappel des positions sur le sort des migrants au regard du cadre juridique international et des conventions internationales sur le droit de la mer, le crime international organisé et les réfugiés.

A l’issue du vote, France et Royaume-Uni ont désiré prendre la parole pour rappeler la gravité du sujet. De nombreux migrants continuent de risquer leur vie en tentant de traverser la Méditerranée, victimes de passeurs exploitant leur détresse. La France rappelle, conformément aux résolutions 2240 (2015) et 2380 (2017), la nécessité de traiter les migrants avec humanité, dignité et dans le plein respect de leurs droits. Elle rappelle les obligations qu’imposent le droit international et notamment le droit international des droits de l’Homme et exhorte les Etats à protéger les droits de l’Homme des migrants, en dépit de leur statut migratoire.