Jérusalem

Le conflit israélo-palestinien au cœur de la visite du roi de Jordanie Abdallah II au Maroc

Le roi Abdallah II et le roi Mohammed VI. Tous droits réservés.

Mercredi 27 mars, le roi Abdallah II, souverain du Royaume hachémite de Jordanie, a débuté une « visite d’amitié et de travail » de deux jours au Maroc sur invitation du roi Mohammed VI.

Cette visite, la 6ème du roi Abdallah au Maroc, intervient alors que le contexte régional du Moyen-Orient est tendu, depuis la reconnaissance unilatérale de la souveraineté de l’Etat d’Israël sur le Golan syrien par le président américain Donald Trump. Ce soutien américain à l’occupation israélienne se fait à quelques semaines des élections législatives israéliennes auxquelles participe l’actuel Premier ministre Benjamin Netanyahou. Israël a conquis une grande partie du Golan syrien (environ 1.200 km2) lors de la guerre des Six Jours en 1967, avant de l’annexer en 1981. Alors que cette annexion n’a jamais été reconnue par la communauté internationale, la décision du président américain a été vivement critiquée par de nombreux pays, bien au-delà de la Syrie. Damas a d’ailleurs de nouveau dénoncé lundi 25 mars une « atteinte flagrante » à sa souveraineté.

En sus de la question du Golan, le conflit israélo-palestinien est au programme des discussions entre les deux monarques et notamment la préservation des lieux saints de la ville de Jérusalem. Abdallah II est en effet tuteur des lieux saints de Jérusalem, conformément au traité de paix signé en 1994 entre Israël et la Jordanie tandis que Mohammed VI est président du comité Al-Qods. Tous deux jouissent par la même d’une position de « Commandeurs des croyants » et de descendants du prophète. Dimanche 24 mars, le tribunal de Jérusalem a ordonné une nouvelle fois la fermeture d’un bâtiment sur l’esplanade des Mosquées, dans une logique de judéisation de la ville. A travers cette visite à Rabat, le monarque jordanien cherche un allié dans la sauvegarde de ces lieux saints. La rencontre entre les deux hommes répond aussi à un besoin de coordination et de concertation entre deux pays ayant une légitimité et une responsabilité dans la défense de la cause palestinienne.

Rabat et Amman, étroitement liées, entretiennent des relations économiques, de coopération et partagent une convergence de vues sur les questions d’intérêt commun. Les rois Mohammed VI et Abdallah II ont d’ailleurs préservé des relations historiques fortes héritées de leurs pères, les monarques Hassan II et Hussein. Les deux chefs d’Etats insistent sur l’importance d’œuvrer pour le renforcement de la solidarité et de l’unité arabe et islamique dans un monde arabo-musulman divisé par des querelles entre l’Arabie saoudite et ses alliés – Emirats arabes unis et Egypte en premier plan – avec le Qatar, l’Iran ou encore les rebelles yéménites. Les deux monarques affichent également un front sunnite alors que la menace chiite s’accroit dans la région.

Le roi Abdallah II entame cette visite alors que son pays peine à surmonter la crise socioéconomique et le problème lié aux réfugiés en provenance de la Syrie.

Après sa visite, le roi de Jordanie sera reçu vendredi à l’Elysée par le président Emmanuel Macron pour échanger sur les crises régionales, notamment la Syrie et le conflit israélo-palestinien. Il se rendra ensuite à pour le sommet de la Ligue arabe, le 31 mars.

La France et la Turquie, des relations vieilles de cinq cents ans

A l’occasion de la visite officielle du président turc Recep Erdoğan, le Président français, tout en notant les « désaccords sur la vision […] des libertés individuelles », a mis en avant la bonne santé de la coopération bilatérale. Recep Erdoğan a quant à lui rappelé que cette coopération est vieille de 500 ans[1], que 700 000 Turcs vivent en France et que les échanges commerciaux pourraient atteindre vingt milliards d’euros.

Si Emmanuel Macron a souligné l’exemplarité de cette coopération dans le champ de la lutte contre le terrorisme, citant les actions que la France mène sur son sol contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (Partiya Karkerên Kurdistan – PKK), le Président turc a insisté sur les liens existants entre le PKK et le Parti de l’Union Démocratique (Partiya Yekîtiya Demokrat – PYD) et sa branche armée des Unités de Protection du Peuple (Yekîneyên Parastina Gel – YPG), fer de lance des Forces démocratiques syriennes, bras armé de la Coalition dans sa lutte contre l’Etat islamique en Irak et au Levant en Syrie. En retour, Emmanuel Macron a dénoncé les processus d’Astana et de Sotchi, qui « ne construiront pas […] la paix parce qu’ils sont biaisés sur le plan politique ».

Sur le Proche-Orient, Emmanuel Macron a confirmé la convergence de vue entre la France et la Turquie, rappelant sa volonté « d’œuvrer pour une paix qui ne peut se construire qu’entre Israéliens et Palestiniens sur la base de la reconnaissance de deux États vivant en paix, ayant l’un et l’autre Jérusalem pour capitale ». Recep Erdoğan avait convoqué sur ce sujet le 13 décembre 2017 une session extraordinaire de l’’Organisation de la Conférence islamique, qui avait appelé « à l’internationalisation de la protection de la paix, à l’imposition de restrictions politiques et économiques en réponse à la décision américaine ».

A propos de la relation avec l’Union européenne, Emmanuel Macron a souhaité « sortir de l’hypocrisie »[2]. Recep Erdoğan a rappelé que la Turquie frappait à la porte de l’Union européenne depuis 54 ans et que cette attente vaine pourrait conduire la Turquie à « prendre des décisions ». La Turquie avait pourtant obtenu le statut de pays candidat à la suite de la réunion du Conseil européen tenue à Helsinki en décembre 1999, la réunion des 16 et 17 décembre 2004 du même Conseil décidant que « la Turquie remplissait suffisamment les critères pour que soient ouvertes des négociations d’adhésion ».

La visite de Recep Erdoğan a été l’occasion pour la Turquie de parapher l’accord portant sur un projet de défense antimissile porté par le consortium franco-italien Eurosam. Ce consortium développe entre autres la famille de missiles Aster 15 et 30 équipant les deux frégates de défense aérienne de la Marine nationale et les frégates européennes multi missions françaises et italiennes. Il équipe également les escadrons de défense sol-air de l’armée de l’air en systèmes sol-air moyenne portée terrestre (SAMP/T). Emmanuel Macron a également rappelé dans ce cadre des relations commerciales stratégiques « l’importance du projet de centrale nucléaire de Sinop, en partenariat avec le Japon ». Ce projet vient en « concurrence » de celui de la centrale d’Akkuyu, confié à la société russe ROSATOM.

Déclaration du Président de la république sur le site de l’Elysée =>

Compte-rendu de la conférence de presse sur le site de la Présidence turque (en anglais) =>

[1] Le traité d’alliance entre François Ier et Soliman le Magnifique a été conclu en février 1536.

[2] « il est clair que les évolutions récentes et les choix ne permettent aucune avancée du processus engagé »