Italie

Crise gouvernementale sans précédent en Italie

Matteo Salvini et Giuseppe Conte, le 20 août devant le Sénat.
Tous droits réservés.

« Ce gouvernement s’arrête ». En Italie, le président du Conseil Giuseppe Conte a démissionné. La coalition formée par deux partis populistes antisystème, le Mouvement 5 étoiles, plutôt à gauche, et la Ligue, à l’extrême droite, a explosé.

Ce gouvernement de coalition, né au printemps 2018 avait une configuration inédite.

Le 8 août dernier, le vice-président du Conseil, ministre de l’intérieur et chef de file de la Ligue annonçait déjà sa volonté de mettre un terme à la fébrile alliance gouvernementale. Pourtant, c’est Giuseppe Conte qui, lors de son discours devant la Chambre haute, a annoncé sa démission. Cette démission répondait à la motion de défiance déposée par Matteo Salvini. Giuseppe Conte a attaqué, par la même occasion son vice-président et ministre de l’intérieur, le qualifiant d’ « irresponsable » et d’ « opportuniste » et considérant par la même sa motion de défiance d’ « acte objectivement grave ».

Au Parlement, le mouvement 5 étoiles représente toujours le « premier parti », disposant d’une majorité relative mais Matteo Salvini, le ministre de l’intérieur est l’homme politique le plus populaire d’Italie. Dans un contexte de crise des migrants, le ministre a su capter le soutien des Italiens en faisant de la lutte contre l’immigration son fer de lance. Son objectif est de provoquer des élections anticipées le propulsant au pouvoir.

En effet, la démission de Giuseppe Conte suppose la formation d’un nouveau gouvernement. Il incombe au président de la République italienne, Sergio Mattarella de régler la situation de crise. Après plusieurs « consultations » auprès des différentes formations politiques du pays, il devra trancher. Parmi les scenarii envisageables, celui d’un scrutin anticipé en octobre prochain avait été évoquée. Toutefois, cette solution interviendrait au moment où Rome – troisième économie de l’Union européenne mais actuellement très endettée – doit présenter son budget 2020 à l’UE. La perspective la plus probable est donc celle de la formation d’une nouvelle majorité. Alors qu’il devait rendre sa décision vendredi 23 août, Sergio Mattarella a accordé jusqu’au mardi 27 août pour trouver une majorité capable de gouverner le pays.

La crise en Italie intervient alors que 87 migrants bloqués en mer depuis presque 20 jours à bord du navire Open Arms ont débarqué mardi 20 août sur l’île de Lampedusa. Compte tenu de la situation difficile à bord, la justice italienne, en l’occurrence le procureur d’Agrigente Luigi Patronaggio, a décidé de faire débarquer les migrants, en dépit de l’opposition du ministre de l’intérieur.

La commémoration du génocide arménien provoque la colère d’Ankara


Mémorial du génocide arménien à Erevan, avril 2015.
Tous droits réservés.

Plus de cent ans après le génocide arménien de 1915, son souvenir et sa commémoration provoquent toujours une réaction exacerbée de la Turquie. Jeudi 11 avril, le décret n° 2019-291 a ainsi confirmé la volonté et la promesse de campagne du président Emmanuel Macron de consacrer la journée du 24 avril à la commémoration du génocide arménien. Une cérémonie sera organisée à Paris, une « cérémonie analogue » pouvant être organisée dans chaque département « à l’initiative du préfet ». La France, qui abrite la troisième communauté d’Arméniens, a reconnu publiquement le génocide arménien en 2001. La commémoration de cet événement marquant du XXème siècle s’inscrit donc dans une dimension mémorielle.

Après publication du décret, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a condamné cette commémoration du 24 avril et a déclaré : « L’attitude de la France, qui est loin d’être amicale, aura inévitablement un impact négatif sur ses relations avec la Turquie ». Les ministres turcs de la Défense et des Affaires étrangères se sont également entretenus par téléphone avec leurs homologues français.

Ankara a également critiqué l’adoption par la Chambre des députés italiens d’une motion appelant le gouvernement à « reconnaitre officiellement le génocide arménien et à lui donner une résonance internationale ». Les députés italiens ont approuvé cette motion par 382 voix et 43 abstentions. Le parlement italien avait déjà reconnu le génocide en 2000 mais cette démarche entend donner une reconnaissance plus officielle. Le ministre turc des Affaires étrangères a vivement blâmé cette volonté de reconnaissance : « Ce n’est pas surprenant que cette motion ait été rédigée par La Ligue, le parti dirigé par Matteo Salvini, qui est engagé dans une opération de sabotage des relations entre la Turquie et l’Italie ». Le président turc a quant à lui « fermement condamné la motion proposée par le Parlement italien sur les événements de 1915 ». Le président du Parlement turc Mustafa Sentop a également fustigé la décision italienne : « Cette décision, qui n’a aucune base juridique et qui ne s’appuie que sur des allégations sans fondements, qui est loin du sérieux que demande la fonction étatique, et dont le seul objectif est politicien, ne peut avoir autre conséquence que politiser l’Histoire ».

Les relations entre Turcs et Arméniens sont conflictuelles et remontent à l’époque de l’Empire ottoman, période durant laquelle la population arménienne faisait partie de l’empire. Après sa défaite contre l’empire russe en 1878, la « Sublime Porte » accuse les Arméniens d’avoir pactisé avec l’ennemi. S’en suivent des massacres qui ont causé la mort de 250 000 Arméniens. Quelques décennies plus tard, à l’issue de la révolution des Jeunes Turcs en 1908, basée sur le nationalisme turc et la xénophobie, des massacres sont de nouveau orchestrés à l’encontre de la population arménienne, « ennemie de l’intérieur ». Enfin, durant la Première Guerre mondiale, l’Empire ottoman s’est engagé aux côtés de l’Allemagne et a mis en œuvre dès 1915 une véritable politique de destruction à l’encontre des Arméniens qui a reposé sur la déportation et l’extermination. La date du 24 avril correspond ainsi à la rafle et la déportation de plus de 650 notables arméniens en 1915 de Constantinople vers l’est de l’empire.

Si la Turquie admet qu’un grand nombre d’Arméniens ont été tués par les Turcs, elle inscrit ces morts dans le cadre d’une guerre civile et a toujours contesté l’idée d’une volonté systématique d’exterminer les personnes d’origine arménienne. Pourtant, Erevan estime à 1,5 million le nombre d’Arméniens ayant perdu la vie entre 1915 et 1917. Ce génocide, que le pape François a qualifié de « premier génocide du XXème siècle » en 2015, a engendré la disparition des deux tiers de la population arménienne.

Des décennies après ces massacres, la question arménienne empoisonne les relations de la Turquie avec le reste des nations et fragilise son dossier d’adhésion à l’Union européenne. Dès 1965, des Etats ont commencé à reconnaitre ce génocide, à commencer par l’Uruguay. En 1985, l’Organisation des Nations unies adopte un rapport évoquant le génocide. Elle est suivie deux ans plus tard – date à laquelle la Turquie réclame son adhésion – par l’Union européenne.

Opération Sophia : Suspension du déploiement des moyens navals

Tous droits réservés.

Le déploiement des moyens navals de l’opération EUNAVFOR Med, également appelée opération Sophia, sera suspendu à partir du 31 mars 2019.

Décidée en 2015 par le Conseil européen dans le cadre de sa Politique de sécurité et de défense commune, l’opération Sophia, dont le quartier général est situé à Rome, est une réponse à la crise migratoire en Méditerranée. Sa mission est d’œuvrer au démantèlement du « modèle économique des réseaux de trafic de migrants et de traite des êtres humains dans la partie sud de la Méditerranée centrale ». A travers cette opération, l’UE contribue également à former la marine et les garde-côtes libyens et mène des activités de surveillance et de recueil des informations sur les trafics illicites, « y compris des informations sur le pétrole brut et d’autres exportations illégales ».

Si, en décembre 2018, la prorogation jusqu’au 31 mars 2019 du mandat de l’opération a été obtenue de justesse, le mercredi 27 mars, le Conseil européen a décidé de suspendre temporairement le déploiement des moyens navals. Cependant, les Etats membres se sont accordés pour que l’opération Sophia poursuive ses opérations pendant une durée de six mois et sur le renforcement de la surveillance par des moyens aériens ainsi que du soutien apporté aux garde-côtes libyens et à la marine libyenne.

Pour le journal autrichien Wiener Zeitung, il s’agit de « la première victime de la campagne des européennes ». En effet, l’opération Sophia cristallise les tensions et les clivages des pays membres de l’UE concernant le défi des migrations. Faute de compromis entre les Etats, le Conseil a dû suspendre les activités navales. En effet, les Etats membres ne sont pas parvenus à un partage des responsabilités s’agissant du dossier migratoire. Les débats se sont donc heurtés à la question du débarquement des migrants secourus, un grand nombre d’Etats européens se montrant réticents à les accueillir. Parmi eux, les principaux contributeurs (Royaume-Uni, Allemagne, Belgique, etc.) de l’opération se sont retirés. L’Italie, qui a le commandement de la mission, espère changer la politique en matière de secours des migrants et se montre fermement opposée à l’utilisation de ses ports.

Cette décision s’inscrit dans le calendrier des élections européennes : retirer les moyens maritimes de l’opération Sophia, dans un climat où prospèrent l’euroscepticisme et le nationalisme, permet de contrer le discours des partis populistes.

La suspension du volet naval de l’opération Sophia suscite l’ire des associations. Pour Matteo de Bellis, chercheur d’Amnesty International concernant les migrations, la décision de réduire les activités de EUNAVFOR Med est « une abdication scandaleuse de responsabilités des gouvernements de l’Union européenne ». Les associations dénoncent en effet la reconduite des personnes secourues en Libye alors que Tripoli est accusée d’infliger torture et détentions arbitraires aux migrants et réfugiés.

Faute d’accord, rien ne présage la reprise des activités navales. En janvier, le vice-amiral Enrico Credendino, commandant de l’opération, avait pourtant revendiqué le sauvetage de plus de 45 000 personnes par EUNAVFOR Med depuis son lancement, ce chiffre représentant 9% du total des migrants secourus en Méditerranée.

Pour autant, le sauvetage en mer des migrants, s’il est indispensable, n’a pas permis jusqu’à lors de résoudre les véritables enjeux de la crise migratoire.

 

La crise vénézuélienne : cristallisation des clivages du bassin méditerranéen

Nicolas MADURO, recevant son homologue turc Recep Tayyip ERDOGAN, à Caracas en décembre 2018.
Tous droits réservés.

Le 23 janvier 2019, Juan GUAIDO, président social-démocrate de l’Assemblée nationale s’est autoproclamé Président par intérim de la République bolivarienne du Venezuela. Qualifiant le Président en place, Nicolas MADURO d’usurpateur, il conteste sa réélection et promet un « gouvernement de transition » et des « élections libres ». Depuis quelques semaines, le président autoproclamé de 35 ans tente de fédérer l’opposition aux dépens du régime chaviste.

Juan GUAIDO a reçu le soutien immédiat des Etats-Unis, du Canada et d’un grand nombre de pays d’Amérique latine. Le 4 février 2019, une déclaration conjointe déclare que 19 pays de l’Union européenne « reconnaissent et soutiennent M. Juan GUAIDO, président de l’Assemblée nationale démocratiquement élue, comme président par intérim du Venezuela, pour qu’il convoque des élections présidentielles libres, équitables et démocratiques ». Cette déclaration intervient après que les Etats européens ont demandé à Nicolas MADURO d’organiser une nouvelle élection présidentielle. Le Président en exercice, faisant fi de la fronde sociale et politique, n’a pas accepté d’organiser cette nouvelle élection.

La crise vénézuélienne s’étend au-delà des frontières du pays et devient un enjeu géopolitique. Le positionnement des Etats en faveur de l’un ou l’autre des deux camps illustre les jeux d’alliances et les clivages autour du bassin méditerranéen.

Emmanuel MACRON a pris position dans le dossier vénézuélien : « Les Vénézuéliens ont le droit de s’exprimer librement et démocratiquement. La France reconnait Juan GUAIDO comme président en charge pour mettre en œuvre un processus électoral ». Cependant, l’Union européenne est divisée : l’Italie, l’Irlande et la Grèce ont notamment bloqué l’adoption d’une déclaration commune de l’UE.

Le président MADURO est soutenu par Ankara et Téhéran, à l’instar de Pékin et de Moscou, l’un des principaux créanciers de Caracas. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri PESKOV, dénonce par ailleurs « l’ingérence » états-unienne et européenne dans les affaires du Venezuela. S’agissant de la Turquie, l’ensemble du spectre politique a affiché son soutien à Nicolas MADURO. Le 5 février, lors d’une réunion de son parti, l’AKP, Recep Tayyip ERDOGAN a partagé le point de vue russe concernant l’ingérence de la part des pays occidentaux dans les affaires intérieures de Caracas. Il a déclaré : « Maduro, mon frère, tiens bon. Nous sommes avec toi ! ». Le fossé se creuse entre la Turquie de Recep Tayyip ERDOGAN et ses « partenaires » de l’OTAN, le pays s’affranchissant davantage de ses alliances d’hier. Les liens entre les présidents turc et vénézuélien n’ont cessé de se renforcer ces dernières années et les visites diplomatiques se sont multipliées. Ankara est également devenue en 2018 le premier importateur d’or en provenance du Venezuela. Les deux chefs d’Etat partagent un même anti-américanisme et la vive prise de position turque exprime la peur qu’Ankara soit victime d’une tentative de déstabilisation semblable. Pays détenant les premières réserves pétrolières au monde, le Venezuela de MADURO a également reçu le soutien de l’Iran, les deux pays étant à l’origine de la création de l’OPEP. Les deux pays se rejoignent par la même dans leur idéologie prônée d’anti-impérialisme.

Concernant les pays arabes, le Maroc est le seul à s’être exprimé officiellement sur la question. Le royaume chérifien affiche son soutien à Juan GUAIDO, en réaction aux déclarations de ce dernier sur le Sahara occidental. Alors que le Venezuela a reconnu la République arabe sahraouie démocratique (RASD) en 1982 et que les deux pays ont rompu leurs liens diplomatiques, Juan GUAIDO se montre plus enclin à reconsidérer cette reconnaissance. Pour sa part, Alger s’est abstenu de tout commentaire. Les deux pays sont toutefois liés historiquement et comparés du fait de la ressemblance de leurs structures économiques. L’Algérie et le Venezuela de MADURO partagent aussi de nombreux points communs idéologiques. Quant aux Emirats arabes unis et à l’Arabie saoudite, ils sont pour leur part dans une situation d’attentisme. Si le ministère de l’Energie saoudien se dit rassuré, la crise vénézuélienne a commencé à influer sur le prix du baril de pétrole.

Enfin, les Nations Unies, pour préserver leur « crédibilité », ont décidé de ne participer à aucun des groupes de discussion et de ne pas prendre parti. Le Secrétaire général Antonio GUTERRES se dit tout de même disposé à aider les deux parties à « trouver une solution politique ».

Sommet des Etats du sud de l’UE à Chypre

Le ministre espagnol des Affaires étrangères, Josep BORRELL, le Premier ministre portugais, Antonio COSTA, le Premier ministre italien Giuseppe CONTE, le président chypriote Nikos ANASTASIADES, le président français Emmanuel MACRON, le Premier ministre grec Alexis TSIPRAS et le Premier ministre maltais Joseph MUSCAT. A Nicosie, le 29 janvier 2019.
Tous droits réservés.

Le 29 janvier 2019 s’est tenu le 7ème sommet des pays du sud de l’Union européenne à Nicosie (Chypre, Espagne, France, Grèce, Italie, Malte et Portugal). Réunissant les chefs d’Etats et de gouvernements dans la capitale chypriote, cette réunion devait permettre de réaffirmer le « profond attachement au projet européen et aux valeurs communes telles que l’Etat de droit, la liberté, la démocratie, les droits de l’homme et la solidarité » des 7 nations. Il s’agissait par la même de « relever de multiples défis en affichant solidarité et réponses collectives au niveau de l’UE ».

Au cours de ce sommet, la Déclaration de Nicosie a été adoptée dans laquelle les Etats, « convaincus qu’une Union européenne forte et unie constitue la meilleure voie à suivre », se montrent « déterminés à contribuer de manière constructive au débat » s’agissant de leur avenir commun.

Les discussions ont concerné de nombreux sujets d’intérêt commun. Le Brexit et ses conséquences sont évoqués dès le début de la déclaration commune. Les Etats ont déclaré rester « attachés au retrait ordonné du Royaume-Uni de l’Union européenne » et signeront donc l’accord de retrait.

Le problème chypriote a également été abordé. Les Etats ont réaffirmé leur soutien « indéfectible » aux efforts des Nations unies, alors que le Conseil de sécurité de l’ONU prorogeait le 30 janvier le mandat de la Force des Nations unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP). A travers la résolution 2453 adoptée à l’unanimité, ce mandat est prolongé pour une durée de six mois mais les discussions autour d’une réunification de l’île sont dans l’impasse. A Nicosie, les Etats ont fait unanimement état de leur volonté de trouver une solution qui réunifierait l’île dans le dessein de garantir « la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale » du pays « sans interventions étrangères, troupes et garanties », en référence à l’occupation turque du nord de l’île. Ankara a été priée de respecter la souveraineté de Nicosie et notamment dans son droit à l’exploitation des espaces maritimes sous sa juridiction. En effet, les gisements d’hydrocarbures et de gaz découverts au large de Chypre ces dernières années ont permis l’émergence de projets énergétiques, à l’instar du gazoduc EastMed qui pourrait réunir Grèce, Chypre et Israël, et qui provoquent régulièrement le courroux de la Turquie.

Une des principales préoccupations des Etats représentés dans la capitale chypriote a été la question migratoire. La Méditerranée occidentale est redevenue la première voie d’entrée dans l’UE pour les migrants, et les dirigeants chypriote, espagnol, français grec, italien, maltais et portugais ont reconnu n’avoir pas réussi à transformer en actes leur promesse de partager la responsabilité des migrants secourus en mer. Finalement, le premier ministre italien Giuseppe CONTE, a réussi à obtenir la prise en charge des 47 migrants bloqués depuis 12 jours à bord du Sea Watch 3 à travers un accord entre les 7 Etats européens.

Le Président français Emmanuel MACRON, dans son discours à l’issue du sommet a remercié son homologue chypriote Nikos ANASTASIADES tout en vantant l’ « excellente » relation bilatérale entre les deux pays, faite de « coopérations exemplaires, notamment dans les domaines de la défense et de l’énergie ». L’occasion pour le président français de considérer cette coopération comme un élément important dans le projet européen de la défense, renforcé au cours de l’année 2018.

La prochaine rencontre se tiendra à Malte et il conviendra de voir si les objectifs fixés dans la Déclaration de Nicosie seront atteints.

Rencontre CONTE-HAFTAR, l’Italie sur le dossier libyen

Giuseppe CONTE et Khalifa HAFTAR à Rome, le 28 octobre 2018.
Tous droits réservés.

Dimanche 28 octobre 2018, le maréchal Khalifa HAFTAR, l’homme fort de l’Est libyen et commandant autoproclamé de l’Armée nationale libyenne, s’est entretenu avec le président du Conseil des ministres italien, Giuseppe CONTE. Cette réunion a pour but de préparer la conférence internationale concernant la Libye, qui se tiendra à Palerme, les 12 et 13 novembre prochains.

La conférence de Palerme, organisée par Rome, a pour dessein de réunir les principaux acteurs libyens et vise à « soutenir les conditions de sécurité et de développement économique, ainsi que le renforcement du cadre politico-constitutionnel ». Le but est de résoudre l’impasse politique que connait la Libye, représentée par deux hommes : le maréchal HAFTAR et Fayez al-SARRAJ, Premier ministre du Gouvernement National d’Accord, reconnu par la communauté internationale.

Giuseppe CONTE, exhortant Khalifa HAFTAR à participer à la conférence de Palerme, a précisé qu’elle sera une « conférence pour la Libye et non sur la Libye ». Le chef de l’Armée nationale libyenne a confirmé sa venue, qui permettra un débat constructif débouchant à terme sur un « véritable processus d’unification conforme aux attentes permanentes du peuple libyen ».

La rencontre avec le maréchal HAFTAR s’est faite à l’issue de deux entretiens, vendredi 26 octobre, avec Fayez al-SARRAJ puis Ghassan SALAME, envoyé spécial de l’ONU en Libye. Considérant la conférence de Palerme comme un « signe essentiel de l’appui de la communauté internationale au processus politique », Ghassan SALAME a félicité « l’approche inclusive suivie par l’Italie en faveur d’une implication totale des principaux acteurs libyens dans l’organisation de la conférence ». Fayez al-SARRAJ a également confirmé sa présence en novembre prochain et espère une évolution positive de la situation en Libye, dans « l’intérêt de ses populations et de ses institutions ».

Le président Conte entend s’ériger en « facilitateur » dans les questions libyennes. Il espère bénéficier de la présence de nombreux membres de la communauté internationale.

Le président Emmanuel MACRON avait réuni fin mai à Paris, Fayez al-SARRAJ et Khalifa HAFTAR. Dans une « déclaration politique finale » les deux leaders libyens s’étaient engagé sur la tenue d’élections au 10 décembre 2018. Toutefois, si la France espère maintenir ce calendrier, l’Italie, rejointe par les Etats-Unis et des experts, le considère prématuré, au regard de la fragilité libyenne. En effet, la situation en Libye est délicate. Dans la nuit de dimanche à lundi 29 octobre, quatre personnes ont été tuées et plusieurs autres enlevées au centre du pays, lors d’une attaque armée commise par le groupe terroriste Daesh. Le sud du pays est en proie aux groupes armés étrangers, émanant notamment du Soudan et du Tchad. Les deux pouvoirs en place en Libye peinent à éradiquer ce phénomène dans cet Etat libyen en déliquescence.

Mare Ionio en Méditerranée « défie la politique européenne »

Le Mare Ionio, dans le port d’Augusta, début octobre.
Tous droits réservés

Ce jeudi 4 octobre 2018, l’ONG allemande de sauvetage de migrants en mer Sea-Watch a annoncé, conjointement avec d’autres associations humanitaires en faveur des migrants, avoir affrété le bateau Mare Ionio, battant pavillon italien. Sur Twitter, l’ONG allemande annonce : « Nous sommes de nouveau en mer, pour garder un œil vigilant et défier la politique européenne qui laisse les gens couler ».

Remorqueur long de 37 mètres (l’Aquarius en mesure 77) conçu pour repérer et sécuriser les embarcations en détresse et assurer une présence civile dans la zone, le Mare Ionio est parti mercredi soir du port d’Augusta, à l’Est de la Sicile et fait route vers le Sud.  Il lui faudra environ 24 heures en mer pour atteindre les côtes libyennes. Il rejoindra l’Astral, un voilier de l’ONG espagnole Proactiva Open Arms qui mène une mission similaire tandis que l’Aquarius, ayant perdu son pavillon panaméen, a rejoint le port de Marseille jeudi 4 octobre au matin. Face à cette situation, l’ONG SOS Méditerranée appelle les gouvernements européens dans le but de poursuivre cette mission « en attribuant un pavillon à l’Aquarius, déterminé à reprendre la mer au plus vite » et a organisé une vague de manifestations dans plusieurs villes françaises et européennes le samedi 6 octobre 2018.

Affrété par des militants de la gauche italienne, le Mare Ionio a commencé sa mission mercredi soir, pour rappeler symboliquement le 3 octobre 2013, date à laquelle un bateau de pêche a coulé au large de Lampedusa, causant la mort de 366 migrants. Les ONG affirment avoir créé « un réseau qui ne passe plus par les gouvernements », ajoutant que certaines villes européennes telles qu’Amsterdam, Berlin, Palerme et Bologne soutiendraient la mission et accepteraient d’accueillir les personnes secourues. En érigeant ce bateau en symbole, les associations affirment qu’en cas de fermeture des ports, elles appelleraient la mobilisation massive de la population. Alors que l’Organisation mondiale pour les migrations (OIM) rappelle que 1 741 migrants ont péri dans la Méditerranée en 2018, les ONG relaient ce chiffre afin d’alerter l’opinion publique.

En réponse, le ministre de l’Intérieur et vice-président du Conseil des ministres italien Matteo SALVINI a déclaré au Mare Ionio : « Fais ce que tu veux, mais en Italie tu n’y arriveras jamais ». Rome connait depuis quelques mois un revirement de politique avec l’arrivée de la Ligue de M. SALVINI au pouvoir qui se démarque par un caractère eurosceptique et un renforcement assumé de la politique migratoire. Ainsi, les entrées de migrants sont à leur plus bas niveau depuis près de cinq ans. L’OIM note que moins de 1 000 arrivées de migrants ont été enregistrées en Italie pour le mois de septembre.

L’Espagne reste donc à ce jour la première porte d’entrée des réfugiés et des migrants en Europe, recensant 45% de toutes les arrivées irrégulières pour l’année en cours et recevant sept fois plus de migrants que l’Italie.

Aquarius : après le Panama, la France dit non

Tous droits réservés.

L’Aquarius, navire humanitaire de secours en mer, a demandé, lundi 24 septembre, à la France de pouvoir débarquer à Marseille « à titre exceptionnel ». Géré par les ONG SOS Méditerranée et Médecins sans Frontières, 58 migrants sont à son bord, onze personnes ayant été recueillies jeudi 20 septembre, puis quarante-sept dans la nuit de samedi 22 à dimanche 23 septembre. Parmi elles se trouvent 17 femmes et 18 mineurs.

Cette demande à la France intervient après la décision du Panama de retirer son pavillon. Juridiquement, le pavillon, qui désigne la nationalité d’un navire, est obligatoire pour naviguer, accoster et être identifié en cas de problème. Sans pavillon, l’Aquarius risque de devenir un « bateau pirate » à qui il est interdit de prendre la mer. De plus, la marine libyenne pourrait monter à bord pour effectuer des vérifications sans accord du capitaine puisque les marines peuvent exercer des pouvoirs de police sur des navires sans nationalité en haute mer. Pour Francis VALLAT, Président de SOS Méditerranée « c’est une honte et c’est révoltant ». En effet, le Panama a reconnu avoir pris cette décision suite à une discussion avec l’Italie et affirme que le navire n’aurait pas respecté les conventions internationales. Pourtant, les conventions maritimes stipulent que toute personne secourue en mer doit être débarquée dans un lieu sûr, en dépit de sa nationalité. La Libye n’étant pas considérée comme tel selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations-Unies, l’Aquarius ne semble pas contrevenir au droit international. Pourtant, depuis cet été, les activités de l’Aquarius deviennent plus compliquées : les gouvernements italien et maltais ont décidé de fermer leurs ports aux ONG. La question divise l’Union européenne.

Paris entend trouver une solution européenne dans cette affaire. Interrogé mardi matin, le ministre de l’Economie Bruno LE MAIRE affirme que « pour l’instant, la France dit non » à la migration économique, en rappelant l’importance du respect des règles européennes. Il est vrai que depuis le début de la crise, la France avance l’argument du port le plus proche et n’a jamais accepté le débarquement de navires humanitaires. Sébastien LECORNU, secrétaire d’Etat rappelle le droit de la mer : s’il est vrai qu’un bateau en difficulté doit être accueilli dans « le port le plus proche », il n’en reste pas moins que Marseille n’est pas le port le plus proche, l’Aquarius étant actuellement près de Malte.

Malgré ces déclarations, les ONG sont en attente d’une réponse officielle du Président de la République et l’Aquarius continue sa route en direction de Marseille.

Des élections en Libye ?

Le Premier ministre AL SARRAJ, le Président français Emmanuel MACRON et le maréchal HAFTAR à La-Celle-Saint-Cloud, 25 juillet 2017
Tous droits réservés

« La Libye n’est pas prête pour des élections » déclarait le Premier ministre du Gouvernement National d’Accord (GNA) Faïez AL SARRAJ en septembre 2018. Depuis 2016, se font front en Libye deux hommes forts. D’un côté, Faïez AL SARRAJ, est le Premier ministre du GNA de Tripoli formé sous l’égide de l’ONU à l’issue de la deuxième guerre civile libyenne et de la progression de l’Etat islamique sur le territoire libyen. S’il incarne le pouvoir légitime et bénéficie du soutien italien, il n’est pas reconnu comme tel par l’ensemble du pays. Face à lui, le maréchal Khalifa HAFTAR est le chef de l’Armée nationale libyenne contrôlant l’Est de la Libye. Auréolé de la libération de la ville de Benghazi des djihadistes et bénéficiant de l’appui du Parlement de Tobrouk, il est considéré comme proche du Caire et de Paris.

Si les deux hommes se sont rencontrés en juillet 2017 à La-Celle-Saint-Cloud en présence du Président de la République française Emmanuel MACRON en s’engageant à un cessez-le-feu, il est promis en mai 2018 à Paris la tenue d’élections présidentielles et législatives pour le 10 décembre 2018.

Or, le Premier ministre estime que les conditions ne sont pas remplies pour organiser ces élections. La situation de cessez-le-feu ne semble tenir qu’à un fil : tandis que les combats entre milices rivales armées ne cessent de s’accroître, la menace djihadiste se montre grandissante, notamment dans la capitale. Le Parlement situé à Tobrouk, dans l’Est du pays, rejoint la position du Premier ministre et bloque l’adoption de la Loi électorale initiée par les Nations-Unies.

Ces points de vue viennent contredire les attentes françaises et onusiennes qui espèrent maintenir ces élections en décembre 2018. La question devient épineuse puisqu’elle envenime les relations franco-italiennes. Rome s’oppose depuis quelques semaines à la tenue de ces élections, dénonçant une volonté d’ingérence de la part de la France.  Toutefois, la France maintient sa position en soutenant les efforts des autorités libyennes et onusiennes quant à la poursuite du processus politique mis en place.

Alors que le calendrier défendu par Paris entend être le moyen de sortir le pays du chaos, Rome et Tripoli, appuyés par Washington, considèrent la réunification des institutions comme prioritaire aux élections.

Sept ans après la chute de Mouammar KADHAFI, la Libye baigne dans un climat d’insécurité et devient alors le théâtre d’influence entre la France et l’Italie.