Israël

Un cessez-le-feu à Gaza après une nouvelle vague de violence

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Lundi 6 mai, à l’issue d’un regain de violence, inédit depuis 2014 dans la région t qui a causé la mort de 31 Palestiniens et de 4 Israéliens, un cessez-le-feu a été décrété autour de la bande Gaza.

Samedi 4 mai, les roquettes gazouies ont marqué le premier jour de cette nouvelle escalade de tensions. Face aux 700 roquettes palestiniennes, 250 missiles israéliens ont été tirés. Faisant redouter la perspective d’un quatrième conflit ouvert depuis 2008, cet événement représente la plus grave vague de violence de ces cinq dernières années. De nombreuses réactions de la communauté internationale ont marqué le weekend, et en premier lieu de l’Organisation des Nations unies. Son Secrétaire général, Antonio Guterres, a condamné dimanche « avec la plus grande fermeté le lancement de roquettes depuis Gaza » et a exhorté toutes les parties à « faire preuve de la plus grande retenue ». Le président américain Donald Trump a dénoncé les attaques palestiniennes et a affirmé son soutien « à 100% » à l’Etat d’Israël. Le président Emmanuel Macron a quant à lui déclaré : « La France soutient la médiation de l’ONU et de l’Égypte. Je réaffirme le droit d’Israël à la sécurité, et la légitimité des aspirations du peuple palestinien. » Ankara s’est démarqué en condamnant « les attaques d’Israël contre Gaza », qualifiées d’« actes disproportionnés », sans jamais évoqué les tirs de roquettes depuis la bande de Gaza.

La région a connu plusieurs épisodes d’embrasement depuis plus d’un an avec un scénario similaire : une campagne de frappes aériennes mesurée de l’Etat hébreu est commandée en réaction aux tirs palestiniens. La situation dans la bande de Gaza, victime d’un blocus, est dans l’impasse. Si le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a accepté en novembre dernier le transfert d’une aide financière émanant du Qatar, l’absence d’un nouveau transfert a engendré des tensions ces dernières semaines. Le Hamas, confronté à la détresse sociale des habitants de la bande de Gaza, a ainsi réprimé des manifestations contre le coût de la vie. S’agissant de l’Etat hébreu, les différentes factions gazaouies considèrent que seule la violence est capable d’engendrer une réaction d’Israël.

Dans la nuit de dimanche à lundi, un cessez-le-feu a été négocié. Le Caire a assuré la médiation entre les deux entités dès les premiers tirs de roquettes, convoquant les deux principales factions armées de la bande de Gaza, le Hamas et le Jihad islamique dont les actions menacent le dernier accord en date de mars 2019.

La trêve, qui intervient le premier jour du Ramadan, s’explique par l’organisation du concours de l’Eurovision, dont la finale doit se tenir le 18 mai à Tel Aviv. Pour l’Etat hébreu, les tensions avec les Palestiniens ne doivent pas ternir cet événement incarnant un enjeu de visibilité à l’échelle internationale. En effet, il s’agit d’un événement médiatique réunissant plus de 200 millions de téléspectateurs. Toutefois, pour ne pas attiser davantage les critiques de l’opinion publique israélienne, Benjamin Netanyahou n’a pas prononcé le terme de cessez-le-feu et déclare que : « la campagne n’est pas terminée (…). Nous sommes prêts à continuer ».

Le cessez-le-feu représente par la même un intérêt côté palestinien. En effet, les représailles israéliennes se sont manifestées par raids aériens menés sur des positions militaires et sur des bureaux du Hamas et du Jihad islamique.

En somme, l’accord prévoit des mesures d’allègement du blocus imposé à l’enclave de Gaza. Du côté palestinien, le mouvement islamiste réclame des mesures avec l’entrée de dons émanant du Qatar afin de financer, entre autres, les salaires des fonctionnaires du Hamas. Si cet accord promet un apaisement, il n’en reste pas moins fragile. Les précédentes trêves n’ont permis que quelques semaines de calme, les deux parties s’accusant mutuellement de ne pas respecter les engagements pris. A ce titre, les mesures acceptées par l’Etat hébreu sont impopulaires et ont conduit, en novembre dernier, à la démission du ministre de la Défense. Il ne fait nul doute que dans un contexte de formation d’une coalition, l’accord négocié ne sera pas une priorité pour Israël.

Un nouveau revirement dans le plan de « paix » pour résoudre le conflit israélo-palestinien par l’administration Trump


Le Président des Etats-Unis, Donald Trump (à gauche), rencontre le Premier ministre Israélien, Benyamin Netanyahou, à New-York le 18 septembre 2017. Tous droits réservés.

Le conflit israélo-palestinien sévit depuis plus de 70 ans. Le plan de « paix » de l’administration Trump s’inscrit dans une longue lignée de consortium d’idées pour résoudre ce conflit.

Conformément à ses promesses de campagne, le Président Trump a assuré régler ce conflit. Selon les dernières informations, le plan prévu ne verra le jour qu’à la mi-juin, après de multiples repousses  en raison du contexte tendu. Encore faut-il que ce plan soit accepté par les parties concernées et plus majoritairement qu’il y ait un consensus international.

Historiquement, les tentatives de compromis et d’accords entre Israël et la Palestine sont nombreuses. La première d’entre elles concerne le plan Peel de 1937qui prévoyait un partage de la Palestine entre un Etat juif, un Etat arabe et un corridor contrôlé par les Britanniques. La proposition Peel a été mise en échec par le refus des pays arabes. Les accords d’Oslo entre Israël et l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) de 1993 avaient pour but de poser les premiers jalons d’une résolution du conflit. Cependant,  le processus s’est brusquement arrêté en 1995 après l’assassinat du Premier ministre israélien Itzhak Rabin. Depuis, les conflits s’enlisent et aucune solution ne semble frayer son chemin.

Depuis deux ans, l’administration Trump échafaude un plan présenté comme « l’affaire du siècle » censé résoudre le conflit israélo-palestinien. Toutefois, le plan ne cesse d’être modifié. En effet, en mars, le plan prévoyait la création d’une entité palestinienne souveraine, comprenant la bande de Gaza et une partie du Sinaï égyptien. Pourtant, en avril 2019, il est envisagé qu’il n’y ait plus d’entité palestinienne, mais des propositions « réalistes […] qui permettent aux gens de mieux vivre » selon le conseiller et gendre du Président Trump, Jared Kushner. Alors que ce texte devait être dévoilé après les élections législatives israéliennes du 9 avril 2019, la teneur du plan reste sous le sceau du secret.

Si le 45ème Président des Etats-Unis venait à proposer ce plan, il s’agirait d’un revirement sans précédent. Après avoir reconnu Jérusalem comme la capitale de l’Etat hébreu et avoir validé l’occupation du plateau du Golan, alors que le CSNU (Conseil de sécurité des Nations Unies) l’a qualifiée dans sa résolution 497 de « nulle et non avenue, et sans effet juridique international », il paraît logique de penser que Donald Trump veut en finir avec l’idée d’une solution à deux Etats.

De plus, le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo a déclaré samedi 13 avril sur CNN qu’« il y a eu beaucoup d’idées depuis quarante ans. Aucune n’a apporté la paix entre Israéliens et Palestiniens ». Il a ajouté « [l]a nôtre est de proposer une vision qui présente des idées nouvelles, différentes, uniques, qui tentent de reformuler et de remodeler ce qui est un problème insoluble ».

D’un côté le Premier ministre Israélien, Benyamin Netanyahou, proche de son homologue américain, refuse le retrait des colonies installées sur les territoires palestiniens et affirme que « si [le plan propose le retrait des colonies], alors Israël n’y souscrira pas ».

De l’autre côté, le Président de l’autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, refuse tout contact et rejette toutes les démarches de l’administration Trump depuis la reconnaissance de la souveraineté d’Israël sur Jérusalem. Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Shtayyeh dénonce pour sa part « un chantage financier » de la part des Etats-Unis, notamment après la réduction de plusieurs centaines de millions de dollars d’aides aux Palestiniens.

En Europe ce nouveau projet ne fait pas l’unanimité non plus. En effet, d’anciens ministres des Affaires étrangères, des Premiers ministres et deux anciens secrétaires généraux de l’OTAN ont signé un courrier envoyé à l’UE et à l’ensemble des gouvernements européens pour rejeter le plan de « paix ». Ils mettent en garde contre la création d’une entité palestinienne « dépourvue de souveraineté ». On peut y lire : « [i]l est temps que l’Europe maintienne ses paramètres de principe pour la paix en Israël-Palestine ».

Les signataires de cette lettre estiment donc qu’il serait préférable que l’Europe travaille aux côtés des Etats-Unis – dont l’implication historique en tant que médiateur au sein du conflit a récemment perdu sa neutralité affichée.

L’avenir du conflit israélo-palestinien, semble découler du plan de « paix » que les Etats-Unis proposeront à la mi-juin. En cas de refus d’une partie ou de l’autre, la situation restera bloquée une fois de plus.

Israël : Benjamin Netanyahu en route pour briguer un cinquième mandat

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et sa femme Sara saluent les militants du Likoud, le 10 avril 2019 à Tel-Aviv.
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La campagne pour les élections législatives s’est achevée en Israël par un scrutin affichant une participation de 67,8%. Les 6,3 millions d’électeurs israéliens étaient appelés à désigner les 120 députés du Parlement – la Knesset – lors d’une élection anticipée décidée par le Premier ministre Benjamin Netanyahou, après qu’il a dissous le Parlement en décembre dernier. A l’issue du dépouillement de 97% des bulletins de vote, le Likoud, parti du Premier ministre sortant, a obtenu 35 députés, soit 5 sièges de plus que lors des dernières élections législatives. La formation de centre droit Bleu Blanc de son principal rival Benny Gantz, ancien chef d’Etat-major de l’armée, bénéficie du même nombre de sièges. Mardi 9 avril, aux alentours de 22 heures, les deux hommes, au coude-à-coude, ont proclamé leur victoire.

Toutefois, le Premier ministre sortant est annoncé comme le grand vainqueur, seul considéré comme capable de fédérer autour de lui les différents partis de droite. Dans cette optique, il est très probable que le président Reuven Rivlin lui confie la mission de former une coalition de gouvernement. Selon les projections qui estiment à 65 sièges sa majorité potentielle, il est alors sur la voie d’un cinquième mandat. Benjamin Netanyahou a déclaré à ses partisans : « c’est une nuit de victoire colossale ». Après désignation par le président, il aura 42 jours pour former un gouvernement.

Benjamin Netanyahou, au pouvoir depuis 10 ans, avait fait campagne autour des thèmes nationalistes, colonialistes et sécuritaires. Ce scrutin incarnait un référendum autour de sa personne et de sa légitimité à la tête de l’Etat hébreu. Il s’est opposé à Benny Gantz de manière virulente et a tenté de discréditer ses adversaires. Avec le nombre de sièges obtenus, Benjamin Netanyahu réalise son meilleur score à des élections législatives et obtient une légitimité populaire qui tempère les nombreux appels à la démission. En effet, la campagne électorale s’est déroulée alors que le Premier ministre est soupçonné de corruption, de pots-de-vin, de fraude et d’abus de confiance. A ce titre, le procureur général Avichai Mandelblit a annoncé en février dernier son intention de l’inculper en raison de trois affaires. Alors qu’il nie en bloc, Benjamin Netanyahou est en passe de devenir le premier chef de gouvernement israélien inculpé alors qu’il est au pouvoir. Pour autant, s’il n’est pas tenu de démissionner selon la loi du pays, sa décision de convoquer des élections anticipées était considérée par certains comme un moyen de conforter sa popularité. Sa victoire aux élections lui donnera également l’occasion de passer une législation le protégeant de toute poursuite judiciaire durant l’exercice de son mandat, à l’instar du système juridique français.

Cette victoire probable du Premier ministre est historique. Alors que des scandales politico-financiers le menacent et qu’un concurrent de taille aurait pu le détrôner, Benjamin Netanyahu a su fédérer son camp et s’imposer une nouvelle fois en homme fort du pays. En juillet 2019, il détiendra le record de longévité à la tête de l’Etat hébreu en devançant le père fondateur de l’Etat d’Israël, David Ben Gourion. Sa victoire a suscité la réaction de plusieurs dirigeants internationaux. Parmi eux, le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini, le chancelier allemand Sebastian Kurz ou encore le Premier ministre indien Narendra Modi l’ont rapidement félicité. Ce scrutin marque par la même le déclin sans précédent de la gauche. En effet, le parti travailliste n’a obtenu que 6 sièges, représentant le score le plus faible de son histoire. Mais surtout, ce nouveau paysage politique ne laisse que peu de place à la résolution du conflit israélo-palestinien, sentiment renforcé par les échanges avec Donald Trump, qui a félicité Benjamin Netanyahu depuis Air Force One, l’occasion pour le Premier ministre de remercier le Président américain pour sa reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël ou encore de l’annexion du Golan syrien.

Le conflit israélo-palestinien au cœur de la visite du roi de Jordanie Abdallah II au Maroc

Le roi Abdallah II et le roi Mohammed VI. Tous droits réservés.

Mercredi 27 mars, le roi Abdallah II, souverain du Royaume hachémite de Jordanie, a débuté une « visite d’amitié et de travail » de deux jours au Maroc sur invitation du roi Mohammed VI.

Cette visite, la 6ème du roi Abdallah au Maroc, intervient alors que le contexte régional du Moyen-Orient est tendu, depuis la reconnaissance unilatérale de la souveraineté de l’Etat d’Israël sur le Golan syrien par le président américain Donald Trump. Ce soutien américain à l’occupation israélienne se fait à quelques semaines des élections législatives israéliennes auxquelles participe l’actuel Premier ministre Benjamin Netanyahou. Israël a conquis une grande partie du Golan syrien (environ 1.200 km2) lors de la guerre des Six Jours en 1967, avant de l’annexer en 1981. Alors que cette annexion n’a jamais été reconnue par la communauté internationale, la décision du président américain a été vivement critiquée par de nombreux pays, bien au-delà de la Syrie. Damas a d’ailleurs de nouveau dénoncé lundi 25 mars une « atteinte flagrante » à sa souveraineté.

En sus de la question du Golan, le conflit israélo-palestinien est au programme des discussions entre les deux monarques et notamment la préservation des lieux saints de la ville de Jérusalem. Abdallah II est en effet tuteur des lieux saints de Jérusalem, conformément au traité de paix signé en 1994 entre Israël et la Jordanie tandis que Mohammed VI est président du comité Al-Qods. Tous deux jouissent par la même d’une position de « Commandeurs des croyants » et de descendants du prophète. Dimanche 24 mars, le tribunal de Jérusalem a ordonné une nouvelle fois la fermeture d’un bâtiment sur l’esplanade des Mosquées, dans une logique de judéisation de la ville. A travers cette visite à Rabat, le monarque jordanien cherche un allié dans la sauvegarde de ces lieux saints. La rencontre entre les deux hommes répond aussi à un besoin de coordination et de concertation entre deux pays ayant une légitimité et une responsabilité dans la défense de la cause palestinienne.

Rabat et Amman, étroitement liées, entretiennent des relations économiques, de coopération et partagent une convergence de vues sur les questions d’intérêt commun. Les rois Mohammed VI et Abdallah II ont d’ailleurs préservé des relations historiques fortes héritées de leurs pères, les monarques Hassan II et Hussein. Les deux chefs d’Etats insistent sur l’importance d’œuvrer pour le renforcement de la solidarité et de l’unité arabe et islamique dans un monde arabo-musulman divisé par des querelles entre l’Arabie saoudite et ses alliés – Emirats arabes unis et Egypte en premier plan – avec le Qatar, l’Iran ou encore les rebelles yéménites. Les deux monarques affichent également un front sunnite alors que la menace chiite s’accroit dans la région.

Le roi Abdallah II entame cette visite alors que son pays peine à surmonter la crise socioéconomique et le problème lié aux réfugiés en provenance de la Syrie.

Après sa visite, le roi de Jordanie sera reçu vendredi à l’Elysée par le président Emmanuel Macron pour échanger sur les crises régionales, notamment la Syrie et le conflit israélo-palestinien. Il se rendra ensuite à pour le sommet de la Ligue arabe, le 31 mars.

Raffermissement des relations Etats-Unis – Israël autour de la question du Golan

Plateau du Golan. Tous droits réservés.

Jeudi 21 mars, le président américain Donald Trump a tweeté : « Après 52 ans, il est temps pour les Etats-Unis de reconnaitre pleinement la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan, qui est d’une importance stratégique et sécuritaire critique pour l’Etat d’Israël et la stabilité régionale ». Dans la foulée, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou a répondu : « Le Président Trump a fait l’histoire (…). Nous n’avons pas meilleur ami que lui ».

Une nouvelle fois, le président américain rompt avec la politique étrangère américaine au Moyen-Orient, faîtes d’équilibre malgré un soutien marqué vis-à-vis de son allié historique, Israël. En deux ans, Donald Trump a reconnu Jérusalem comme capitale du pays, a annoncé le retrait surprise des forces américaines de Syrie et dénoncé l’accord sur le nucléaire iranien, rétablissant et renforçant les sanctions à l’égard de Téhéran.

La décision de reconnaitre l’annexion du Golan est en opposition avec la posture traditionnelle de Washington et de la communauté internationale. En 1967, lors de la guerre des Six Jours, Israël a conquis aux dépens de la Syrie une grande partie du plateau du Golan (1 200 km2) et l’a annexé en 1981. Cette région surplombant Israël, cette annexion était présentée comme une nécessité stratégique pour l’Etat hébreu. Aux arguments militaires s’ajoute également la question de la maitrise de l’eau. Le Golan fournit plus de 250 millions de m3 d’eau à Israël. Plus de 20 000 Israéliens vivent sur le plateau du Golan, côtoyant 17 000 Druzes.

La communauté internationale n’a jamais reconnu cette annexion qui viole les principes de l’Organisation des Nations-Unies. Dès 1967, la résolution 242 du Conseil de sécurité souligne « l’inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la guerre et la nécessité d’œuvrer pour une paix juste et durable permettant à chaque État de la région de vivre en sécurité ». La résolution 497, votée en 1981 considère quant à elle que « la décision prise par Israël d’imposer ses lois, sa juridiction et son administration dans le territoire syrien occupé des hauteurs du Golan est nulle et non avenue et sans effet juridique sur le plan international ».

La singularité de l’administration Trump en matière de politique étrangère suscite l’inquiétude. Léon Panetta, ancien chef du Pentagone, déplore l’annonce d’une décision « qui n’a pas été débattue avec nos partenaires internationaux et à l’ONU ». Quant à la Syrie, elle a exprimé sa colère et dénonce « le soutien aveugle des Etats-Unis à Israël ». Le gouvernement de Bachar al-Assad est rejoint par ses alliés, l’Iran et la Russie. A l’échelle internationale, de nombreux pays déplorent la décision américaine. Sans surprise, le président turc Recep Tayyip Erdogan condamne cette reconnaissance et a déclaré : « La malheureuse déclaration américaine au sujet du Golan a placé la région aux portes d’une nouvelle crise et tensions ». Il a ajouté : « nous ne permettrons en aucun cas la légitimation de l’occupation du Golan ». Quant à la France, le ministère des Affaires étrangères déclare : « La reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan, territoire occupé, serait contraire au droit international, en particulier l’obligation pour les Etats de ne pas reconnaître une situation illégale ». L’Union européenne partage le même point de vue.

Ce soutien à l’Etat d’Israël intervient alors que le Premier ministre est entré en campagne pour les élections. De plus, le message du président Trump s’est fait au moment où son chef de la diplomatie Mike Pompeo, se trouvait à Jérusalem.

Les relations entre les deux pays se renforcent davantage après cette annonce. Après la visite du secrétaire d’Etat Pompeo, Benjamin Netanyahou se rendra à Washington. L’administration de Donald Trump prévoit également, à l’issue des élections israéliennes, de présenter un plan de paix pour le Moyen-Orient. Pour autant, cette décision remet en cause l’avenir de la Force des Nations Unies chargée d’observer le désengagement, dont le mandat court jusqu’au 30 juin 2019.

Israël renforce la barrière de séparation avec Gaza

La barrière à la frontière entre l’Etat d’Israël et Gaza.
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Le 3 février 2019, le Premier ministre israélien Benjamin NETANYAHU a annoncé le début des travaux pour la construction d’une nouvelle barrière de séparation à la frontière avec Gaza : « Cette barrière empêchera les terroristes gazaouis de pénétrer sur notre territoire. Si le calme n’est pas maintenu à Gaza, nous n’hésiterons pas à agir ».

De six mètres de hauteur, cette barrière de métal s’étendra sur 65 kilomètres : de Kerem Shalom dans le sud jusqu’au mur fortifié dans la Méditerranée, afin d’éviter les intrusions des plongeurs palestiniens par la mer. Ce mur, semblable à une haute clôture, sera construit à la surface des systèmes déjà installés pour contrer les tunnels souterrains.

Le ministère de la Défense, dont Benjamin NETANYAHU est également ministre, confirme cette nouvelle dans un communiqué et annonce que les travaux ont été initiés le jeudi 31 janvier. Un vidéoclip explicatif donne à voir le grand mur de barbelés.

La frontière entre Israël et Gaza est le théâtre perpétuel d’affrontements entre Palestiniens et armée israélienne. Depuis 2008, trois conflits majeurs ont opposé l’Etat d’Israël et le Hamas – le mouvement islamiste contrôlant la bande de Gaza et figurant dans la liste des organisations terroristes de l’Union européenne, des Etats-Unis et de nombreux Etats. Israël accuse le Hamas au pouvoir d’instrumentaliser la protestation et assure ne faire que défendre sa frontière.

Les Palestiniens de Gaza manifestent le long de la barrière afin de protester contre le blocus imposé par Israël et l’Egypte qui étouffe l’enclave depuis 10 ans. Gaza, coincée entre Egypte, Israël et mer Méditerranée, est éprouvée par la pauvreté. Les affrontements se sont accrus depuis mars 2018, accentués par le phénomène de la « Marche du retour ». Entamée par les Gazaouis, cette marche illustre la volonté des Palestiniens d’un « droit au retour » sur les terres qu’ils ont quittées à la création de l’Etat d’Israël en mai 1948. Depuis le début des heurts, 247 Palestiniens ont été tués. La plupart sont morts le long de la frontière gardée par Tsahal et d’autres ont été les cibles des frappes israéliennes en représailles à des actes hostiles provenant de Gaza.  Côté israélien, deux soldats ont perdu la vie et plusieurs autres ont été blessés.

L’opposition israélienne qualifie la décision du Premier ministre d’électoraliste. En effet, en pleine campagne, le Premier ministre sortant est candidat à sa propre succession pour les élections législatives d’avril prochain. Mardi 5 février, se tiennent par ailleurs les primaires du Likoud, principale formation de droite du pays dirigée par Benjamin NETANYAHU qui demande le soutien de ses adhérents.

5ème Sommet Israël – Grèce – Chypre, des « partenaires pour le futur »

Le Premier ministre grec Alexis TSIPRAS et sa compagne Peristera BAZIANA, le Président chypriote Nikos ANASTASIADES et son épouse Andri et le Premier ministre israélien Benjamin NETANYAHU et son épouse Sara. A Jérusalem, le 19 décembre 2018.
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Le 20 décembre 2018, s’est tenu à Beer Sheva, en Israël, le cinquième sommet trilatéral entre Israël, la Grèce et la République de Chypre.

Au musée des Sciences Carasso Science Park, le Premier ministre israélien Benjamin NETANYAHU a accueilli le président chypriote Nikos ANASTASIADES et le Premier ministre grec Alexis TSIPRAS. C’est depuis 2016 le cinquième sommet entre Israël, Chypre et la Grèce , les domaines de coopération concernant l’innovation, l’énergie, le commerce, les conditions météorologiques et les catastrophes naturelles et la cyber sécurité. Le sommet du 20 décembre portait sur les domaines du cyber et de l’innovation. Il s’agit d’encourager l’innovation et le développement économique et social entre ces trois Etats.

Le Premier ministre grec, Alexis TSIPRAS considère que cette coopération entre les trois pays est « désormais stratégique » et « en développement constant ». Sur son compte Twitter, le président chypriote Nikos ANASTASIADES a partagé une vidéo, à laquelle s’ajoute la légende « Partenaires pour notre futur ». Cette vidéo renvoie à ces « trois peuples anciens, ces trois démocraties connectées à travers un riche héritage et un partenariat stratégique » et fait référence au gazoduc East Med qui sera « le plus long et le plus profond au monde ».

Au cours du sommet, les dirigeants ont discuté des questions stratégiques régionales et notamment du projet de construction du gazoduc East Med en provenance d’Israël à destination de l’Europe. Le 19 décembre, Benjamin NETANYAHU avait d’ailleurs déclaré, à l’issue d’un congrès économique israélien : « Demain j’organiserai à nouveau notre sommet annuel avec la Grèce et Chypre. Nous souhaitons installer un gazoduc reliant Israël à Chypre, la Crète, la Grèce continentale, l’Italie et pourquoi pas le reste de l’Europe. Cela permettra à Israël de jouer un rôle déterminant dans le domaine de l’énergie mondiale ».

D’un coût estimé à 5,8 milliards d’euros et d’une longueur de 2 200 kilomètres, East Med permettrait d’acheminer le gaz naturel découvert au large des côtes chypriotes et israéliennes., La construction de ce gazoduc, qui ne serait opérationnel qu’à l’horizon 2025, ferait d’Israël et de Chypre de nouveaux fournisseurs en gaz pour l’Europe, à l’heure où le continent est très dépendant du gaz russe.

L’ambassadeur de Washington en Israël, David M. FRIEDMAN affirme le soutien américain : « Je suis honoré aujourd’hui de prendre la parole devant le 5ème Sommet trilatéral (…) et d’offrir le soutien et les félicitations des Etats-Unis pour le projet de gazoduc en Méditerranée orientale ».

A l’issue du sommet, le Premier ministre israélien a déclaré que « ce sommet politique est réussi » et qu’il continuera « à tout faire pour renforcer le pouvoir d’Israël dans le monde ». Israël, Grèce et Chypre ont opéré ces dernières années un rapprochement diplomatique, concrétisé par une véritable coopération. Dans le même temps, ces trois pays connaissent des tensions avec la Turquie, grande rivale régionale qui espère elle aussi, tirer profit de ces gisements de gaz.

Israël lance « Bouclier du Nord » à sa frontière avec le Liban

Au Nord d’Israël, un mur sépare le pays du Liban.
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Mardi 4 décembre, l’armée israélienne a annoncé la découverte de tunnels souterrains du Hezbollah en territoire israélien. En réponse, par la voix du lieutenant-colonel Jonathan CONRICUS, Tsahal a déclaré lancer une opération baptisée « Bouclier du Nord » à la frontière israélo-libanaise pour « mettre à jour et entraver » ces tunnels.

« Nous avons lancé l’opération Bouclier du Nord pour déjouer la menace des tunnels d’attaque de l’organisation terroriste Hezbollah à la frontière du Liban vers Israël » a affirmé aux journalistes le porte-parole des forces israéliennes, Jonathan CONRICUS. Il poursuit, fustigeant l’organisation djihadiste chiite libanaise « Nous considérons les activités du Hezbollah comme une violation flagrante de la souveraineté israélienne, et cela prouve une nouvelle fois le mépris total du Hezbollah pour les résolutions des Nations unies ». L’armée israélienne agira sur son propre territoire pour détruire ces « tunnels d’attaque » dont ni le nombre ni la taille n’ont été communiqués. Si ces tunnels ne sont pas encore opérationnels et ne représentent donc pas une « menace immédiate » pour la population civile, leur existence est soupçonnée depuis 2013 par Tsahal.

Cet épisode est le dernier événement en date opposant Israël et le Hezbollah, la formation libanaise pro-iranienne. Le 11 août 2006, par sa résolution 1701, le Conseil de sécurité de l’ONU a mis un terme à la deuxième guerre israélo-libanaise de 33 jours ayant fait 1 200 morts côté libanais et 160 côté israélien. Depuis, la frontière entre les deux Etats connait une relative stabilité. A l’issue de cette guerre, le mandat FINUL (Force intérimaire des Nations Unies au Liban) a été étendu. La Force a été établie en 1978 par le Conseil de sécurité afin de rétablir la paix et la sécurité internationales et confirmer le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban. Depuis 2006, elle doit contrôler la cessation des hostilités, appuyer les forces armées libanaises et fournir une assistance humanitaire aux populations civiles et aux personnes déplacées.

Pour autant, les escarmouches entre les deux camps n’ont pas cessé. Vendredi dernier, la branche militaire du Hezbollah, qui figure sur la liste de l’Union européenne des groupes impliqués dans des actes de terrorisme, a diffusé une vidéo d’avertissement destinée à Israël, montrant des images par satellite et des localisations cartographiées précises de sites stratégiques israéliens. Un message menaçant accompagnait cette vidéo « Attaquez, vous le regretterez ». Cette vive tension s’est également manifestée en Syrie ces dernières années. A l’instar de l’Iran, qui appelle régulièrement à la destruction d’Israël, le Hezbollah s’est allié au régime de Bachar AL-ASSAD.

Ces dernières années, Israël a renforcé ses défenses le long de sa frontière avec le Liban. En effet, l’Etat hébreu a débuté la construction d’une barrière afin de mettre un terme à d’éventuelles tentatives d’infiltration. A terme, un véritable mur isolera la frontière de 130 kilomètres.

Le lancement de l’opération « Bouclier du Nord » intervient au lendemain d’une rencontre tardivement annoncée à Bruxelles entre le Premier ministre israélien Benjamin NETANYAHOU et le secrétaire d’Etat américain Mike POMPEO. Le Premier ministre israélien a indiqué se rendre à Bruxelles afin de discuter des actions conjointes avec Washington « pour stopper les actes d’agression de l’Iran et de ses affidés », faisant naturellement référence au Hezbollah. Le mouvement chiite est considéré par Israël comme une des menaces les plus sérieuses à sa frontière. Pour le moment, le Hezbollah n’a pas réagi mais cet épisode illustre les tensions dans cette région du Moyen-Orient.

Nouvelle escalade des tensions à Gaza

Le bâtiment abritant al-Aqsa TV, la télévision du Hamas, bombardé par l’armée israélienne, le 12 novembre 2018.
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Après plus de sept mois d’affrontements entre Israël et Gaza, contrôlé par le Hamas, un blocus de l’enclave palestinienne avait conduit à l’instauration d’un calme précaire. Pourtant, dimanche 11 novembre, Gaza s’est de nouveau embrasé et fait face à la plus violente confrontation avec Israël depuis la guerre de 2014.

Le 11 novembre, les forces spéciales israéliennes ont mené une incursion secrète à Gaza, mais ont été surprises par une brigade d’al-Qassam, le bras armé du Hamas. En représailles à l’intervention des forces armées israéliennes pour dégager leurs soldats, le Hamas et le Jihad islamique ont tiré des roquettes et obus de mortier. Outre la mort d’un lieutenant-colonel de Tsahal, au moins sept personnes ont péri depuis dimanche du côté palestinien et des blessés sont à déplorer dans les deux camps.

Gaza est depuis devenu le théâtre d’un chassé-croisé ininterrompu entre les centaines de tirs de roquettes palestiniens et les frappes aériennes israéliennes en riposte. Mardi 13 novembre au matin, plus de 400 roquettes et obus de mortier ont été tirés depuis la bande de Gaza, dont plus d’une centaine ont été interceptés par le Dôme d’acier israélien. Pour le porte-parole de l’armée israélienne, Jonathan CONRICUS, il s’agit du « barrage de projectiles le plus intense en un seul jour depuis la guerre de 2014 », le Hamas et le Jihad islamique ayant accru leur arsenal militaire ces dernières années. En réponse, l’armée israélienne procède à des raids aériens et a déployé ses avions de combat, ses hélicoptères et ses chars. Israël a détruit des bâtiments affiliés au Hamas tels que les studios de la chaine de télévision du Hamas, Al-Aqsa TV.

S’agissant de la communauté internationale, les Nations Unies et l’Egypte ont poursuivi leurs efforts dans le dessein de parvenir rapidement à un cessez-le-feu et appellent les deux parties à la mesure. Quant à la France, elle « condamne avec la plus grande fermeté les nombreux tirs de roquettes revendiqués par le Hamas » et « demande la cessation immédiate de ces actions inacceptables et injustifiables » appelant « les parties à éviter un nouveau cycle de violences dont les populations civiles seraient les premières victimes ». Mardi 13 novembre 2018, la Turquie, « préoccupée par la nouvelle vague de violence à Gaza », exhorte la communauté internationale à « prendre les mesures nécessaires pour mettre fin aux attaques israéliennes ».

A Paris, alors que les chefs d’Etats s’étaient réunis pour commémorer l’armistice de 1918, Benyamin NETANYAHOU a écourté son séjour face à cette situation inquiétante. Si l’embrasement de la bande de Gaza n’est pas inédit, la surenchère à laquelle se livrent les deux camps peut mener à une nouvelle guerre.

Une « voie de la paix » au Moyen-Orient ? Le rapprochement Israël-Oman

Benjamin NETANYAHOU et le sultan Qabous Ben SAID à Oman.
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Le 7 novembre, le ministre israélien des Transports, Yisrael KATZ, s’est rendu à Mascate afin de présenter un projet de ligne ferroviaire, lors d’une conférence de l’Union internationale des transports routiers.

Appelée « la voie de la paix régionale », cette ligne, au départ d’Haïfa, port israélien le plus important, permettrait de relier la Méditerranée aux pays du Golfe en passant par la Jordanie. Pour le ministre israélien, il s’agit d’une démarche « logique » allant « au-delà des différends idéologiques et politiques ». Arguant l’argument économique, KATZ déclare que cette ligne permettra la création d’une route commerciale supplémentaire plus courte, plus rapide et moins coûteuse.

La présence du ministre israélien dans le sultanat d’Oman intervient presque deux semaines après le déplacement de Benjamin NETANYAHOU. Le Premier ministre israélien revenait le 26 octobre dernier, d’une visite au sultan Qabous Ben SAÏD, première visite de ce genre entre les deux pays depuis 1996. Les deux chefs d’Etat ont discuté des « façons d’avancer le processus de paix au Moyen-Orient et de plusieurs autres sujets d’intérêt commun concernant la paix et la stabilité au Moyen-Orient ». Cette rencontre s’inscrit dans la volonté d’Israël d’approfondir ses liens avec les pays de la région, l’Etat hébreu n’entretenant des relations diplomatiques qu’avec l’Egypte et la Jordanie avec lesquels des traités de paix ont été signés. Israël, qui s’inquiète de l’expansion et de l’influence de Téhéran qu’il qualifie de « nouvelles réalités régionales », se livre à une opération de séduction envers ses pays arabes voisins.

Le choix de Mascate n’est pas anodin. Le sultan Qabous, régnant depuis presque 50 ans, s’est démarqué par sa politique étrangère autonome et sa neutralité. Entretenant des relations à équidistance entre Washington et Téhéran, le pays, qui permet la cohabitation entre sunnites et chiites, n’a pas participé au blocus contre le Qatar. Le sultanat soutient la solution de deux Etats concernant le conflit israélo-palestinien et le président palestinien Mahmoud ABBAS s’est également rendu à Oman peu de temps avant son homologue israélien.

Benjamin NETANYAHU et Donald TRUMP partagent et promeuvent l’idée selon laquelle une nouvelle convergence d’intérêts entre Israël et ses voisins arabes, avec au premier plan l’Arabie Saoudite, pourrait mener à une reconfiguration diplomatique régionale. De fait, Washington soutient le projet de ligne ferroviaire et œuvre au rapprochement entre Israël et le royaume wahhabite, ses deux alliés dans la région. Le rôle de l’Iran, présenté comme un danger, aura permis de donner une dimension arabe à la politique étrangère du Premier ministre israélien et la volonté de tisser des liens avec le monde arabe.

Subsiste la question palestinienne. Les pays arabes ont historiquement fait du règlement palestinienne la condition à la reconnaissance d’Israël et à une normalisation de leurs relations. Ces dernières années, Donald TRUMP a exprimé le souhait de régler cette question. Il partage, avec Benjamin NETANYAHOU, l’idée selon laquelle une paix israélo-arabe serait propice à une solution pour l’entité palestinienne. Mais la nouvelle diplomatie arabe de NETANYAHOU pourra-t-elle convaincre ou se heurtera-t-elle à un refus des populations arabes ?