Iran

Réunion des membres de l’OPEP, à l’exception de l’Iran : la République islamique au cœur des débats

 

Réunion des principaux membres de l’OPEP, sans l’Iran, le tout sur fond de tensions dans le Golfe persique. Tous droits réservés.

Dimanche 19 mai, une réunion des ministres de l’Energie des principaux membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) s’est tenue dans la ville de Djeddah. Cette réunion a permis aux pays de l’OPEP de se coordonner afin de stabiliser le marché mondial du pétrole. En effet, les crises iranienne et vénézuélienne ont entrainé une baisse dans la production quotidienne de barils et une chute des exportations. Toutefois, les stocks de brut continuent d’augmenter selon le ministre de l’Energie saoudien, Khaled al-Faleh, malgré les tensions croissantes entre les Etats-Unis et l’Iran – grande absente de cette rencontre.

Le 19 mai, le Président des Etats-Unis a mis en garde sur Twitter la République islamique :« si l’Iran veut se battre, ce sera la fin officielle de l’Iran ». Il prévient la théocratie : « Ne menacez plus jamais les Etats-Unis ! ». Le lendemain, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif a répondu : « les Iraniens sont restés debout pendant des millénaires alors que leurs agresseurs [sont] tous partis ». Il ajoute : « Le terrorisme économique et les railleries génocidaires ne mettront pas fin à l’Iran ».

Ces attaques verbales font suite aux sanctions américaines prises à l’encontre de Téhéran avec une volonté de « porter à zéro les exportations » iraniennes dans le secteur pétrolier. L’Iran étant le 4ème exportateur mondial de pétrole en 2018, ces sanctions fragilisent le marché de l’or noir, qui craint des hausses des stocks mondiaux. Toutefois, les pays de l’OPEP sont « unanimes dans leur volonté de continuer à travailler pour arriver à la stabilité entre l’offre et la demande » a indiqué le ministre de l’Energie saoudien.. Riyad et Abou Dhabi assurent qu’ils « seront flexibles » et qu’il faut rester prudents. « Produire davantage ferait enfler les stocks et conduirait à une chute des cours du baril » selon les mots de Khaled al-Faleh.

La menace iranienne – brandie à plusieurs reprises par la République islamique en cas de conflit aggravé avec Washington – de fermer le détroit d’Ormuz aggrave davantage la situation. Ce couloir, hautement stratégique, est « le point de passage le plus important au monde » selon l’administration américaine. Cependant, l’Iran, auquel les Etats-Unis ont également imposé des sanctions dans le secteur bancaire, et sur les exportations de fer, d’acier, d’aluminium et de cuivre, est au bord de l’implosion économique et ne veut probablement pas envenimer la situation.

La réunion des membres de l’OPEP était également l’occasion de revenir sur les actes de « sabotage » déplorés contre quatre navires au large des côtes orientales des Emirats et l’attaque contre un oléoduc saoudien revendiquée par des rebelles yéménites, soutenus par Téhéran. Néanmoins, le ministre saoudien de l’Energie a voulu se montrer rassurant déclarant que « les actions destructives qui ont été commises la semaine dernière, ne produisent aucun effet à l’encontre de la distribution pétrolière ». Il ajoute concernant le marché pétrolier : « Je ne suis pas sûr qu’il y ait une pénurie de l’offre, mais nous regarderons l’analyse du marché. Nous serons sans aucun doute réactifs et le marché sera fourni ».

Riyad a demandé la convocation de sommets extraordinaires du Conseil de coopération du Golfe ainsi que la Ligue arabe, à La Mecque le 30 mai prochain afin de « discuter des agressions et de leurs conséquences sur la région » selon l’agence de presse officielle saoudienne. Il s’agit également de débattre sur « tous les sujets susceptibles de renforcer la sécurité et la stabilité dans la région ».

Yémen : entre retrait des forces à Hodeïda et recrudescence des tensions avec l’Arabie saoudite

Fumée après l’attaque aérienne dans la capitale yéménite Sanaa le 16 mai 2019.
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Martin Griffiths, envoyé spécial des Nations unies pour le Yémen, s’est félicité mercredi 15 mai devant le Conseil de sécurité du retrait des forces houthistes des ports de la région d’Hodeïda, sous l’égide de la Mission des Nations unies en appui à l’Accord sur Hodeïda (MINUAAH) : « La MINUAAH a confirmé que Ansar Allah [branche politique houthie] a pleinement coopéré tout au long du retrait. Les forces militaires d’Ansar Allah ont maintenant quitté les trois ports d’Hodeïda, de Salif et de Ras Issa ». Ce retrait des forces houthies a également été salué par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères français :« Ces mouvements constituent un signal encourageant pour la mise en œuvre des accords conclus entre les parties yéménites à Stockholm, le 13 décembre 2018. Nous réitérons notre soutien à la MINUAAH, dont la présence sur le terrain est décisive pour observer et faciliter le redéploiement, comme le prévoit la résolution 2452 du Conseil de sécurité ». Paris appelle également toutes les parties à respecter leurs engagements et à mettre intégralement en œuvre le redéploiement.

Toutefois, Martin Griffiths prévient que le pays « reste à la croisée des chemins, entre guerre et paix », puisque « l’intensification du conflit dans d’autres parties du pays est alarmante ». En effet, tout en se retirant d’Hodeïda, les Houthis ont revendiqué des frappes de drones en Arabie saoudite, prouvant leur capacité de nuisance dans la région et confirmant l’inquiétante perméabilité de la frontière saoudo-yéménite. L’attaque revendiquée sur l’un des principaux oléoducs d’Arabie saoudite a été confirmée par le ministère de l’Energie, de l’Industrie et des Ressources minérales.

En réaction, la coalition dirigée par Riyad a frappé deux jours plus tard la capitale Sanaa, aux mains des rebelles. Neuf sites militaires ont été visés. La chaîne de télévision saoudienne Al Arabiya justifie ces représailles comme un moyen de « neutraliser les capacités d’agression » de la milice d’obédience pro-iranienne. Plusieurs officiels saoudiens, dont Khaled ben Salman, fils du roi et vice-ministre de la Défense et Adel Al-Joubeir, ministre d’Etat aux affaires étrangères, considèrent d’ailleurs que ce qu’ils qualifient d’« actes terroristes » sont le fruit des gardiens de la révolution iraniens. Anwar Gargash, le ministre d’Etat aux Affaires étrangères des Emirats arabes unis – le plus fidèle allié du royaume wahhabite dans la guerre livrée aux rebelles houthis – avait en ce sens promis une riposte « avec force » à toute attaques des Houthis.

La guerre au Yémen oppose depuis 2015 les forces pro-gouvernementales soutenues par Riyad et Abu Dhabi aux rebelles chiites houthis qui se sont emparés de vastes territoires dont Sanaa. Alors que des dizaines de milliers de personnes ont indirectement perdu la vie au cours de ce conflit, l’ONU estime à 3,3 millions le nombre de personnes déplacées. 24,1 millions de Yéménites – soit plus des deux tiers de la population – ont besoin d’assistance, bon nombre d’entre eux étant menacés par la famine.

Ce conflit s’inscrit dans un contexte d’escalade des tensions dans le Golfe et cristallise la guerre par procuration que se livrent les deux puissances de la région, Arabie saoudite et Iran, en concurrence pour obtenir le leadership au Moyen-Orient. Au-delà de la querelle Iran – Arabie saoudite, le dossier yéménite renvoie également aux tensions entre Téhéran et Washington, alors que le président américain Donald Trump a mis en garde l’Iran le 19 mai, annonçant la « fin officielle » de ce pays en cas de conflit, et concluant par « ne menacez plus jamais les Etats-Unis ! ».

Nouvelles mesures américaines sanctionnant l’Iran

 

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Moins d’un mois après les dernières annonces du président américain Donald Trump de « porter à zéro les exportations » iraniennes dans les secteurs pétrolier et bancaire afin de « priver le régime de sa principale source de revenus », Washington a pris de nouvelles mesures punitives sanctionnant les exportations de fer, d’acier, d’aluminium et de cuivre iraniens.

Dans un communiqué du 8 mai 2019, le Président Trump déclare qu’« avec l’accord sur le nucléaire iranien, l’Iran était en mesure de s’engager et de financer des groupes terroristes, de développer ses forces balistiques, fomenter des conflits régionaux, détenir illégalement des citoyens américains et maltraiter sa propre population, tout en maintenant des infrastructures nucléaires robustes ». Il ajoute qu’il prendra de nouvelles mesures si l’Iran ne « change pas radicalement son attitude ». Cette décision fait écho aux déclarations du Conseiller à la sécurité nationale, John Bolton qui a annoncé le déploiement du porte-avions USS Abraham Lincoln et de plusieurs bombardiers B-52 dans le Golfe Persique afin « d’envoyer un message clair et indubitable au régime iranien, que toute attaque contre les Etats-Unis ou ses intérêts, ou ceux de ces alliés, sera réglé par la force ».

En réaction aux nouvelles sanctions, Téhéran a annoncé cesser de remplir une partie des obligations qui découle du JCPoA (Plan d’action global commun sur le nucléaire iranien). A cet effet, le Président iranien, Hassan Rohani a déclaré : « A partir d’aujourd’hui, nous ne vendons plus notre uranium enrichi ni notre eau lourde », revenant sur une des contraintes imposées par l’accord conclu à Vienne en juillet 2015 sur la non-prolifération nucléaire iranien.

La République islamique menace également la communauté internationale, en affirmant qu’elle prendra des mesures encore plus radicales si, dans les soixante jours à venir, les pays signataires du JCPoA (France, Royaume-Uni, Allemagne, Russie et Chine) ne tiennent pas leurs « engagements » d’aider à sortir l’Iran de son isolement dans les secteurs pétrolier et bancaire, mis à mal par les sanctions américaines. Le président iranien assure néanmoins, que ces mesures sont destinées à « sauver l’accord et pas à le détruire ».

Dans une déclaration conjointe du 9 mai 2019, la Haute Représentante de l’Union européenne et les ministres des Affaires étrangères de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni ont réaffirmé leur engagement « en faveur de la préservation et de la pleine mise en œuvre du JCPoA » défini comme « un élément central du régime international de non-prolifération nucléaire ». Ils rejettent par la même occasion « tout ultimatum » imposé par l’Iran, et s’engagent à « maintenir leurs efforts pour permettre la poursuite du commerce légitime avec l’Iran ».

L’UE et ses pays membres se détachent des mesures restrictives prises par Washington envers l’Iran : « nous regrettons la réimposition de sanctions par les Etats-Unis après leur retrait du JCPoA » – qui s’est concrétisée le 8 mai 2018. Federica Mogherini, la Haute représentante de l’Union européenne a ajouté : « Jusqu’à présent, nous avons vu l’Iran se conformer pleinement à tous les engagements qu’il a pris en matière nucléaire » et souligne que l’UE continuera d’y veiller à travers l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

La France quant à elle, exhorte à éviter « toute action qui alimenterait une escalade des tensions », tandis que la ministre de la défense, Florence Parly rappelle que « si ces engagements n’étaient pas respectés, naturellement cette question [des sanctions] serait posée ».

Toutefois, les Etats-Unis laissent la porte ouverte à de futures négociations directes, comme le souligne Michael R. Pompeo dans un communiqué du 9 mai où il rappelle que Donald Trump « se réjouit à l’idée de rencontrer un jour les dirigeants de l’Iran afin de conclure un accord et, ce qui est très important, de prendre des mesures pour donner à l’Iran l’avenir qu’il mérite. »

Pétrole iranien : la nouvelle décision de Donald Trump

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Lundi 22 avril 2019, le président américain Donald Trump a annoncé sa volonté de « porter à zéro les exportations » iraniennes à partir du 2 mai, afin de « priver le régime de sa principale source de revenus ».

Depuis le mois de novembre 2015, le président américain, après être sorti unilatéralement de l’accord sur le nucléaire iranien, avait déclaré le retour des sanctions à l’égard de l’Iran. Les Etats-Unis, tout en sanctionnant le pétrole iranien, avaient tout de même accordé quelques dérogations. En effet, huit pays pouvaient encore importer du pétrole brut iranien. Il s’agit de la Chine, de la Corée du Sud, de la Grèce, de l’Inde, de l’Italie, du Japon et de la Turquie. Or, ces dérogations prendront fin dès le mois de mai prochain sous peine de sanctions. Parmi ces pays, la plupart sont des alliés américains et il apparait peu crédible que ces derniers résistent à la décision américaine. Quant à la Turquie, son ministre des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a fait savoir que le pays n’accepterait pas cette décision : « La Turquie est opposée à ce type de contraintes, elle l’exprime depuis le début, et nous ne les acceptons pas ». Pour autant, le volume de pétrole acheté par Ankara à Téhéran est peu important. En définitive, seules la Chine et l’Inde, en tant que puissances significatives, sont en mesure de questionner le choix américain. Par la voix du porte-parole du ministère des affaires étrangères, Pékin s’est insurgé contre ces « sanctions unilatérales » qui « augmenteront inévitablement l’instabilité du Moyen-Orient et du marché pétrolier global ». Plus prudemment, New-Dehli a tenu à rassurer sa population sur la sécurité de « l’approvisionnement des raffineries indiennes en pétrole à partir de mai 2019 ».

Si la volonté de réduire à néant les exportations iraniennes semble difficile à atteindre, il n’en reste pas moins que cette action politique de Donald Trump sera lourde de conséquences pour Téhéran. Pour le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, « la campagne de pression » américaine sur l’Iran a déjà porté ses fruits : le chef de la diplomatie estime que « les sanctions ont privé le régime de beaucoup plus de 10 milliards de dollars ». La décision iranienne a fait grimpant les cours du pétrole brut. Après une augmentation de 3%, ils atteignent dorénavant 74,28 dollars, ce qui correspond à leur plus haut niveau depuis le début de l’année 2019. Dans un pays où les ventes de pétrole représentent traditionnellement 60 à 70% des exportations iraniennes, le retrait américain du JCPoA a déjà ébranlé l’économie iranienne qui ne cesse d’être fragilisée. Sans surprise, la population iranienne représente la première victime de cette décision. Le marasme économique que connait le pays a engendré une inflation supérieure à 25%. Alors que le pays subit depuis quelques semaines des inondations importantes, il n’est pas en mesure de recevoir l’aide financière étrangère du Croissant-Rouge du fait des sanctions américaines.

Du côté de la communauté internationale, l’Arabie et les Emirats arabes unis accueillent d’un bon œil la décision américaine. En effet, Riyad et Abu Dhabi, à l’instar des Etats-Unis, entendent réduire l’influence de Téhéran au Moyen-Orient, leur principal rival dans la région. De fait, le royaume wahhabite a appelé mardi 23 avril 2019 à maintenir la pression exercée sur l’Iran afin que le pays cesse sa « politique de déstabilisation ». Les pays européens signataires de l’accord sur le nucléaire iranien, restent attachés à cet accord mais surveillent d’un œil attentif les agissements américains. Quant à la France, le ministère des Affaires étrangères a déclaré : « Avec ses partenaires européens, la France entend poursuivre ses efforts pour que l’Iran tire les bénéfices économiques liés à la levée des sanctions aussi longtemps qu’il respectera l’ensemble de ses obligations nucléaires ».

 

Raffermissement des relations Etats-Unis – Israël autour de la question du Golan

Plateau du Golan. Tous droits réservés.

Jeudi 21 mars, le président américain Donald Trump a tweeté : « Après 52 ans, il est temps pour les Etats-Unis de reconnaitre pleinement la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan, qui est d’une importance stratégique et sécuritaire critique pour l’Etat d’Israël et la stabilité régionale ». Dans la foulée, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou a répondu : « Le Président Trump a fait l’histoire (…). Nous n’avons pas meilleur ami que lui ».

Une nouvelle fois, le président américain rompt avec la politique étrangère américaine au Moyen-Orient, faîtes d’équilibre malgré un soutien marqué vis-à-vis de son allié historique, Israël. En deux ans, Donald Trump a reconnu Jérusalem comme capitale du pays, a annoncé le retrait surprise des forces américaines de Syrie et dénoncé l’accord sur le nucléaire iranien, rétablissant et renforçant les sanctions à l’égard de Téhéran.

La décision de reconnaitre l’annexion du Golan est en opposition avec la posture traditionnelle de Washington et de la communauté internationale. En 1967, lors de la guerre des Six Jours, Israël a conquis aux dépens de la Syrie une grande partie du plateau du Golan (1 200 km2) et l’a annexé en 1981. Cette région surplombant Israël, cette annexion était présentée comme une nécessité stratégique pour l’Etat hébreu. Aux arguments militaires s’ajoute également la question de la maitrise de l’eau. Le Golan fournit plus de 250 millions de m3 d’eau à Israël. Plus de 20 000 Israéliens vivent sur le plateau du Golan, côtoyant 17 000 Druzes.

La communauté internationale n’a jamais reconnu cette annexion qui viole les principes de l’Organisation des Nations-Unies. Dès 1967, la résolution 242 du Conseil de sécurité souligne « l’inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la guerre et la nécessité d’œuvrer pour une paix juste et durable permettant à chaque État de la région de vivre en sécurité ». La résolution 497, votée en 1981 considère quant à elle que « la décision prise par Israël d’imposer ses lois, sa juridiction et son administration dans le territoire syrien occupé des hauteurs du Golan est nulle et non avenue et sans effet juridique sur le plan international ».

La singularité de l’administration Trump en matière de politique étrangère suscite l’inquiétude. Léon Panetta, ancien chef du Pentagone, déplore l’annonce d’une décision « qui n’a pas été débattue avec nos partenaires internationaux et à l’ONU ». Quant à la Syrie, elle a exprimé sa colère et dénonce « le soutien aveugle des Etats-Unis à Israël ». Le gouvernement de Bachar al-Assad est rejoint par ses alliés, l’Iran et la Russie. A l’échelle internationale, de nombreux pays déplorent la décision américaine. Sans surprise, le président turc Recep Tayyip Erdogan condamne cette reconnaissance et a déclaré : « La malheureuse déclaration américaine au sujet du Golan a placé la région aux portes d’une nouvelle crise et tensions ». Il a ajouté : « nous ne permettrons en aucun cas la légitimation de l’occupation du Golan ». Quant à la France, le ministère des Affaires étrangères déclare : « La reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan, territoire occupé, serait contraire au droit international, en particulier l’obligation pour les Etats de ne pas reconnaître une situation illégale ». L’Union européenne partage le même point de vue.

Ce soutien à l’Etat d’Israël intervient alors que le Premier ministre est entré en campagne pour les élections. De plus, le message du président Trump s’est fait au moment où son chef de la diplomatie Mike Pompeo, se trouvait à Jérusalem.

Les relations entre les deux pays se renforcent davantage après cette annonce. Après la visite du secrétaire d’Etat Pompeo, Benjamin Netanyahou se rendra à Washington. L’administration de Donald Trump prévoit également, à l’issue des élections israéliennes, de présenter un plan de paix pour le Moyen-Orient. Pour autant, cette décision remet en cause l’avenir de la Force des Nations Unies chargée d’observer le désengagement, dont le mandat court jusqu’au 30 juin 2019.

Echange d’ambassadeurs entre France et Iran : la fin d’une crise diplomatique

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Mercredi 6 mars 2019, la France et l’Iran ont respectivement nommé des ambassadeurs. Le Journal officiel a publié le décret de nomination du conseiller d’Etat et ancien ambassadeur au Pakistan, Philippe Thiébaud, en tant qu’« ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République islamique d’Iran ». De son côté, une source officielle iranienne a annoncé la désignation par Téhéran de Bahram Ghassemi, jusqu’à présent porte-parole du ministère des Affaires étrangères et ancien ambassadeur d’Iran en Espagne et en Italie.

Les deux hommes auront pour mission de travailler dans un contexte qui s’est récemment durci. Si elle présage un retour à la normalisation des relations entre les deux pays, cette double nomination intervient dans une atmosphère délicate et particulièrement tendue. En effet, en juin 2018, l’ambassadeur de France en Iran, François Sénémaud, avait été promu représentant personnel d’Emmanuel Macron pour la Syrie. Depuis lors, les deux postes d’ambassadeurs étaient vacants alors que de multiples événements attisent les tensions entre Téhéran et Paris. Le projet d’attentat déjoué contre un rassemblement de l’opposition iranienne, les Moudjahidines du peuple (MEK), survenu en juillet 2018 à Villepinte constitue l’une des raisons de ce froid diplomatique. La France avait accusé une branche du ministère des Renseignements iranien. En réponse, l’Iran a strictement démenti les accusations françaises et accuse la France d’héberger cette « secte terroriste d’hypocrites ». Toutefois, ni Paris ni Téhéran n’ont déclaré que cet événement était la cause directe de l’absence d’ambassadeurs.

La France exige également de l’Iran qu’il renonce à ses programmes de missiles balistiques et dénonce la prolifération d’armement exercée par la République islamique dans la région. Dans le même temps, la France est l’un des trois pays européens – avec l’Allemagne et le Royaume-Uni – à s’impliquer pour maintenir l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, mis à mal par le retrait unilatéral de Washington en mai 2018. Ces trois Etats s’ont à l’origine d’un outil de troc permettant le maintien du commerce entre l’Union européenne et l’Iran malgré les menaces de sanctions de la part de Washington. Cependant, l’Iran juge ces efforts insuffisants.

Sur la scène régionale, Téhéran, allié de Moscou et d’Ankara, veut s’imposer en leader face à son grand rival, Riyad. La République islamique dénonce les actions du royaume wahhabite et son influence. Elle critique par ailleurs les ventes d’armes européennes aux puissances du Golfe, telles que l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis.

La nomination par Paris et Téhéran de ces deux ambassadeurs intervient alors que les Pays-Bas ont rappelé, le 4 mars 2019, leur ambassadeur en Iran pour consultations. Cette action fait suite à l’expulsion de deux diplomates néerlandais de Téhéran après que Amsterdam a accusé la République islamique d’avoir orchestré l’assassinat de deux Néerlandais d’origine iranienne entre 2015 et 2017 et d’avoir fomenté des projets d’attentats en Europe.

La conférence de Varsovie divise

 

Photo officielle de la rencontre de Varsovie. Le 13 février 2019.
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Inaugurée dans la capitale polonaise mercredi 13 février 2019, la « conférence ministérielle pour la promotion de la paix et de la sécurité au Moyen-Orient » a réuni plus de 60 délégations. Annoncée au Caire par le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, cette rencontre est co-organisée par la Pologne et les Etats-Unis.

Selon certains observateurs, ce sommet « anti-Iran » a pour objectif de créer les prémices d’une coalition internationale qui représenterait les intérêts de Washington au Moyen-Orient, après l’annonce du président américain Donald Trump de se retirer progressivement de la région. Washington a en effet fait de la lutte contre Téhéran l’un de ses trois piliers de politique étrangère au Moyen-Orient (avec la stabilité au Moyen-Orient et l’achèvement de l’Etat islamique).

L’Iran n’a, sans surprise, pas été convié à la conférence. La Russie et la Turquie, alliés de la République islamique, ont décliné l’invitation. Le ministre libanais des Affaires étrangères, Gebran Bassil, a annoncé qu’il ne participerait pas au sommet, à l’instar des responsables palestiniens. La cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, Federica Mogherini a également fait part qu’elle n’y participerait pas, officiellement « pour des raisons d’emploi du temps ». En effet, depuis le retrait unilatéral américain de l’accord sur le nucléaire iranien, l’Union européenne avait œuvré en faveur d’un maintien de l’accord et du commerce avec Téhéran. La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont réaffirmé leur détermination à préserver l’accord. Malgré leurs méfiances envers la République islamique, les principaux pays de l’UE n’envisagent pas l’isolement de l’Iran sur la scène internationale comme une solution pérenne. De fait, la plupart des Etats de l’UE, dont Paris et Berlin, n’ont envoyé que des diplomates de second rang – à l’exception du Royaume-Uni, représenté par son ministre des Affaires étrangères, présent notamment afin d’évoquer la crise humanitaire qui sévit au Yémen.

La décision de Varsovie d’organiser cette rencontre illustre les clivages des pays de l’Union européenne. Le pays s’est aligné à la position américaine contrairement au groupe E3.

Mike Pompeo a tenté de minimiser ces absences : « Nous ferons de réels progrès. Il y aura des dizaines de pays disposés à œuvrer à un Moyen-Orient plus stable, et j’espère qu’au moment de nous quitter jeudi nous aurons atteint ce but ».

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a été le seul chef de gouvernement présent à cette réunion. La lutte Iran-Israël, qui connait actuellement un pic de tensions, profite à l’Etat hébreu dans le cadre de son rapprochement avec les pays arabes de la région, concurrents stratégiques de l’Iran.

L’ouverture du sommet de Varsovie intervient alors que l’armée iranienne a fait l’objet d’un attentat suicide en pleine période de célébration du quarantième anniversaire de la République islamique. Mercredi 13 février, 27 membres des gardiens de la révolution ont péri dans une attaque meurtrière. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif considère que cet événement n’était pas « une coïncidence » et dénonce le « cirque de Varsovie ». Ce dernier a qualifié la rencontre de « nouvelle tentative des Etats-Unis de poursuivre leur obsession de l’Iran ».

40ème anniversaire de la République islamique d’Iran : la « révolution permanente »

Une Iranienne commémorant le 40ème anniversaire de la révolution iranienne, tenant une affiche à l’effigie de l’ayatollah Ali Khamenei, le 11 février 2019.
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Lundi 11 février, des milliers d’Iraniens se sont rassemblés à Téhéran afin de célébrer le 40ème anniversaire de la République islamique d’Iran. Correspondant au 22 bahman du calendrier iranien, cette journée fériée commémore le renversement du régime impérial du shah Mohammad Reza Pahlavi, le 11 février 1979, dix jours après le retour triomphal de son exil en France de l’ayatollah Khomeiny, père fondateur de la République islamique.

L’un des plus anciens empires du monde a alors laissé place à une théocratie. Ce bouleversement radical était le fruit d’un mécontentement politique, social et économique, ayant nourri l’opposition durant des décennies. L’ayatollah Khomeiny, opposant de longue date au régime du shah et figure religieuse emblématique, a été par surprise le catalyseur de la révolution. Perçu comme le seul capable d’unifier les dissidents, il réussit à rallier les opposants de tous bords, permettant aux religieux de s’emparer définitivement du pouvoir.

Près d’un demi-siècle après la révolution, l’opinion publique iranienne est partagée. Si les classes urbaines se montrent plus critiques vis-à-vis du régime islamique, la population rurale, historiquement plus conservatrice, le soutient davantage. La situation économique dégradée de Téhéran renforce encore ce clivage. Le FMI a annoncé pour l’année 2019 un taux de chômage à hauteur de 14% et la chute du PIB iranien de 3,6%. Des grèves et des manifestations se multiplient dans le pays, en même temps que les démonstrations de soutien. Lundi 11 février, dès 8h30, une très grande foule s’est réunie dans les rues de la capitale pour écouter le discours du Président iranien Hassan ROHANI. Ce dernier a déclaré : « La présence du peuple aujourd’hui dans les rues de toute la République islamique d’Iran (…) signifie que l’ennemi n’atteindra jamais ses objectifs démoniaques ». En affirmant que la nation iranienne s’était « affranchie de la dictature, du colonialisme et des dépendances », le Président a dénoncé le « complot » américain.

Les relations avec les Etats-Unis ont cristallisé depuis 40 ans les clivages politiques au sein de la société iranienne. L’annonce de Washington de se retirer unilatéralement de l’accord sur le nucléaire et de rétablir les sanctions à l’égard de l’Iran a renforcé ces tensions. Un vent de panique s’est répandu dans le pays, entrainant une dépression. Le rial, monnaie nationale, a été déprécié et une partie de la classe moyenne a plongé dans la pauvreté. L’hostilité des Etats-Unis envers la République islamique remonte à l’origine du régime théocratique et à la prise d’otages à l’ambassade de Téhéran. A l’occasion des 40 ans du régime, Donald Trump a réagi :  « Le régime iranien n’a offert que 40 années d’échec. Les Iraniens, qui souffrent depuis trop longtemps, méritent un avenir bien plus prometteur ». En réponse, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a répliqué : « Après 40 ans de mauvais choix, il est temps pour Donald Trump de repenser la politique américaine qui a échoué ».

La lutte pour le leadership régional avec l’Arabie Saoudite participe de cette opposition qui se matérialise dans l’activation des réseaux chiites du Moyen-Orient (Irak, Bahreïn, Syrie, Hezbollah, Hamas, Houthis).

L’Iran est en effet une puissance incontournable au Moyen-Orient et la question des missiles balistiques iraniens empoisonne également les relations entre Téhéran et les Occidentaux. Cependant les puissances européennes sont conscientes du pouvoir d’influence de l’Iran et n’entendent pas isoler complètement le régime. Pour ce faire, l’Union européenne a imaginé un outil de troc afin de continuer à commercer avec l’Iran tout en contournant les sanctions américaines.

Pour l’économiste iranien Shaheen Fatemi, la longévité de la République islamique est liée au discours ambigu de la « révolution permanente ». Le régime iranien joue donc sur l’appellation de « révolution » depuis 40 ans pour justifier un processus inachevé et une situation précaire. Les divisions intestines liées à la succession de l’actuel Guide suprême, Ali Khamenei, âgé de 79 ans contribuent aux tensions internes à la société iranienne.

La crise vénézuélienne : cristallisation des clivages du bassin méditerranéen

Nicolas MADURO, recevant son homologue turc Recep Tayyip ERDOGAN, à Caracas en décembre 2018.
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Le 23 janvier 2019, Juan GUAIDO, président social-démocrate de l’Assemblée nationale s’est autoproclamé Président par intérim de la République bolivarienne du Venezuela. Qualifiant le Président en place, Nicolas MADURO d’usurpateur, il conteste sa réélection et promet un « gouvernement de transition » et des « élections libres ». Depuis quelques semaines, le président autoproclamé de 35 ans tente de fédérer l’opposition aux dépens du régime chaviste.

Juan GUAIDO a reçu le soutien immédiat des Etats-Unis, du Canada et d’un grand nombre de pays d’Amérique latine. Le 4 février 2019, une déclaration conjointe déclare que 19 pays de l’Union européenne « reconnaissent et soutiennent M. Juan GUAIDO, président de l’Assemblée nationale démocratiquement élue, comme président par intérim du Venezuela, pour qu’il convoque des élections présidentielles libres, équitables et démocratiques ». Cette déclaration intervient après que les Etats européens ont demandé à Nicolas MADURO d’organiser une nouvelle élection présidentielle. Le Président en exercice, faisant fi de la fronde sociale et politique, n’a pas accepté d’organiser cette nouvelle élection.

La crise vénézuélienne s’étend au-delà des frontières du pays et devient un enjeu géopolitique. Le positionnement des Etats en faveur de l’un ou l’autre des deux camps illustre les jeux d’alliances et les clivages autour du bassin méditerranéen.

Emmanuel MACRON a pris position dans le dossier vénézuélien : « Les Vénézuéliens ont le droit de s’exprimer librement et démocratiquement. La France reconnait Juan GUAIDO comme président en charge pour mettre en œuvre un processus électoral ». Cependant, l’Union européenne est divisée : l’Italie, l’Irlande et la Grèce ont notamment bloqué l’adoption d’une déclaration commune de l’UE.

Le président MADURO est soutenu par Ankara et Téhéran, à l’instar de Pékin et de Moscou, l’un des principaux créanciers de Caracas. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri PESKOV, dénonce par ailleurs « l’ingérence » états-unienne et européenne dans les affaires du Venezuela. S’agissant de la Turquie, l’ensemble du spectre politique a affiché son soutien à Nicolas MADURO. Le 5 février, lors d’une réunion de son parti, l’AKP, Recep Tayyip ERDOGAN a partagé le point de vue russe concernant l’ingérence de la part des pays occidentaux dans les affaires intérieures de Caracas. Il a déclaré : « Maduro, mon frère, tiens bon. Nous sommes avec toi ! ». Le fossé se creuse entre la Turquie de Recep Tayyip ERDOGAN et ses « partenaires » de l’OTAN, le pays s’affranchissant davantage de ses alliances d’hier. Les liens entre les présidents turc et vénézuélien n’ont cessé de se renforcer ces dernières années et les visites diplomatiques se sont multipliées. Ankara est également devenue en 2018 le premier importateur d’or en provenance du Venezuela. Les deux chefs d’Etat partagent un même anti-américanisme et la vive prise de position turque exprime la peur qu’Ankara soit victime d’une tentative de déstabilisation semblable. Pays détenant les premières réserves pétrolières au monde, le Venezuela de MADURO a également reçu le soutien de l’Iran, les deux pays étant à l’origine de la création de l’OPEP. Les deux pays se rejoignent par la même dans leur idéologie prônée d’anti-impérialisme.

Concernant les pays arabes, le Maroc est le seul à s’être exprimé officiellement sur la question. Le royaume chérifien affiche son soutien à Juan GUAIDO, en réaction aux déclarations de ce dernier sur le Sahara occidental. Alors que le Venezuela a reconnu la République arabe sahraouie démocratique (RASD) en 1982 et que les deux pays ont rompu leurs liens diplomatiques, Juan GUAIDO se montre plus enclin à reconsidérer cette reconnaissance. Pour sa part, Alger s’est abstenu de tout commentaire. Les deux pays sont toutefois liés historiquement et comparés du fait de la ressemblance de leurs structures économiques. L’Algérie et le Venezuela de MADURO partagent aussi de nombreux points communs idéologiques. Quant aux Emirats arabes unis et à l’Arabie saoudite, ils sont pour leur part dans une situation d’attentisme. Si le ministère de l’Energie saoudien se dit rassuré, la crise vénézuélienne a commencé à influer sur le prix du baril de pétrole.

Enfin, les Nations Unies, pour préserver leur « crédibilité », ont décidé de ne participer à aucun des groupes de discussion et de ne pas prendre parti. Le Secrétaire général Antonio GUTERRES se dit tout de même disposé à aider les deux parties à « trouver une solution politique ».

L’outil de troc de l’UE pour commercer avec l’Iran

 

Jean-Yves Le DRIAN, Jeremy HUNT, et Heiko MAAS à Bucarest, le 31 janvier 2019.
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Jeudi 31 janvier 2019, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, avec le soutien de l’Union européenne, ont officialisé la mise en place d’un « véhicule spécial » destiné à faciliter le commerce avec l’Iran, contournant ainsi les sanctions décrétées par les Etats-Unis.

Baptisé INSTEX (Instrument in Support of Trade Exchanges ou Instrument de soutien aux échanges commerciaux), ce mécanisme a été annoncé par Jean-Yves le DRIAN pour la France, Heiko MAAS pour l’Allemagne et Jeremy HUNT pour le Royaume-Uni. La déclaration conjointe des ministres des Affaires étrangères du groupe E3 rappelle que cette création est conforme « à leur ferme engagement et à leurs efforts constants visant à sauvegarder le Plan d’action global commun » (PAGC ou JCPoA Joint Comprehensive Plan of Action), entériné par le Conseil de sécurité des Nations unies dans sa résolution 2231. INSTEX SAS, implantée à Paris et dirigée par le banquier allemand Per FISCHER, est destinée à soutenir « les transactions commerciales européennes légitimes avec l’Iran ». Toutefois, pour que ce mécanisme fonctionne, il est nécessaire que l’Iran établisse une structure identique.

Le projet fait suite à la décision américaine de rétablir les sanctions à l’égard de l’Iran et au retrait de Washington de l’accord de Vienne de 2015. Le but poursuivi par le président Donald TRUMP, qui estime contrairement à l’avis de ses services de renseignement que l’Iran ne respecte pas ses engagements, est d’isoler le pays de ses principales sources de revenus et des canaux financiers internationaux. De fait, cette décision extraterritoriale vise l’ensemble des entreprises commerçant avec la République islamique. Alors que la plupart des grandes sociétés, dont Total ou PSA, se sont retirées du marché iranien pour éviter les sanctions américaines, les exportations de pétrole de Téhéran ont chuté de presque 50%. Pour éviter les transactions et les flux financiers libellés en dollars, les entreprises européennes auront recours à un troc sophistiqué : un exportateur iranien vendant en Europe sera payé par un importateur iranien qui importe depuis l’Europe et inversement.

La cheffe de la diplomatie de l’UE, Federica MOGHERINI s’est félicitée de la mise en place d’INSTEX et espère qu’il « fournira aux opérateurs économiques le cadre nécessaire pour poursuivre le commerce légitime avec l’Iran ». Elle affirme que l’Union européenne « reste attachée à la mise en œuvre complète et effective du JCPoA sous tous ses aspects » et souligne le respect des engagements pris de la part de l’Iran. Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammed Javad ZARIF salue « la première étape attendue depuis longtemps » concernant les engagements de l’UE pris en mai 2018 afin de « sauver le JCPOA ». Il déclare que le pays reste « prêt pour un engagement constructif avec l’Europe sur un pied d’égalité et avec un respect mutuel ».

Pour l’heure, INSTEX se concentre sur les « secteurs les plus essentiels pour la population iranienne », en l’occurrence les produits pharmaceutiques, les dispositifs médicaux et les produits agro-alimentaires. Le « véhicule » dispose ainsi d’une portée symbolique qui illustre la résistance des trois nations européennes aux Etats-Unis.

Pour le moment, seuls Paris, Berlin et Londres, signataires de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien de 2015, sont partie prenante, mais « INSTEX a pour visée, à long terme, de s’ouvrir à des acteurs économiques de pays tiers désireux de commercer avec l’Iran ».