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Entretien exclusif avec Jean-Luc Vuillemin, Directeur général Orange International Networks

Le Centre méditerranéen « Enjeux et stratégies maritimes » (CMESM) de l’Institut FMES vous présente un entretien exclusif avec
Jean-Luc VUILLEMIN
Directeur général Orange International Networks

Enjeux de la mondialisation de l’information, les câbles sont devenus l’épine dorsale de l’économie mondiale en assurant 99 % des échanges intercontinentaux de données numériques. Devenus un enjeu stratégique et de souveraineté, ils suscitent les convoitises et sont sources de conflits. Si les Etats-Unis et la Chine, particulièrement conscientes de ces enjeux conduisent des politiques déterminées de protection de leurs intérêts nationaux, l’Union européenne et ses Etats membres n’ont pas encore mis en place de politique sérieuse dans ce domaine. Il est grand temps d’agir en espérant qu’il n’est déjà pas trop tard.

Jean Luc VUILLEMIN : Historiquement, la France a toujours démontré un grand intérêt pour les câbles sous-marins. Ainsi le premier câble sous-marin télégraphique, posé en 1851, reliait la France à l’Angleterre. Quelques années plus tard, aux environs de 1911, on compte 250 câbles installés dans le monde dont une soixantaine atterrissent en France. Dans l’histoire du développement de cette technologie, la France a été un point important de concentration des câbles sous-marins.

Il importe de préciser qu’un câble sous-marin n’est jamais que la matérialisation de flux d’informations sous forme de texte, de voix, d’images, de données, etc. que des personnes ou des entités ont une nécessité d’échanger. En fait, on parle désormais de route maritime ou plutôt d’une route géographique qui présente la particularité d’être maritime et d’être posée sur le fond des mers. Dès lors, il nous suffit de raisonner en terme de routes et d’analyser les connexions qu’elles permettent. La première route considérée comme majeure dans le réseau mondial est celle reliant l’Europe aux Etats Unis. Bien que la voix aurait pu passer par quelques satellites existants, le volume des données échangées – l’Internet Mondial – est tel qu’il n’existe pas d’alternative technologique au câble sous-marin.

CMESM Institut FMES : Lorsque l’on consulte la carte mondiale des câbles sous-marins, il ressort que les Etats-Unis sont leur passage obligé

Jean Luc VUILLEMIN : Oui, l’Internet mondial est essentiellement centré sur les Etats-Unis et le réseau de câbles reflète cette topologie d’échanges intercontinentaux. Certaines économies, notamment européennes, sont ainsi devenues très sensibles au risque d’interruption des liaisons assurées par les câbles sous-marins dont une grande partie des flux internet qu’elles génèrent sont acheminés vers des serveurs et des data centers situés aux Etats-Unis.

A l’inverse, un Etat comme la Chine, qui a conçu et mis en œuvre une politique d’autosuffisance en matière de stockage de données serait relativement peu affecté par une telle situation. En effet, dans la mesure où la quasi-totalité de ses données est stockée sur son territoire, une rupture ou une coupure de câble sous-marin affecterait peu son économie. C’est également le cas, mais dans une moindre mesure, pour la Russie qui s’attache à développer un écosystème de données indépendant. A l’inverse, les Etats européens – extrêmement dépendants de leurs flux Internet et, par voie de conséquence, de flux vers et à partir des Etats Unis – en seraient profondément affectés. A titre d’illustration, 70 à 80% des flux générés par les internautes français sont à destination des Etats Unis, ce qui est absolument considérable et facteur de vulnérabilité !

CMESM Institut FMES : En revanche il semblerait que la Chine souhaite sortir de son territoire en se positionnant comme un nouvel opérateur ?

Jean Luc VUILLEMIN : En effet, la Chine ambitionne de fournir à ses entreprises qui se développent à l’international un réseau chinois indépendant afin de supporter les échanges économiques dont ces entreprises ont besoin. Jusqu’à présent elles utilisent plutôt les réseaux des entreprises occidentales ce qui, manifestement, ne convient pas à la Chine. C’est la raison pour laquelle, à l’instar des nouvelles infrastructures créées dans le cadre des routes de la soie destinées à favoriser ses exportations, la Chine souhaite désormais maitriser la transmission des données au travers de nouveaux réseaux de câbles sous-marins. Cette stratégie s’inscrit dans une logique de conquête de territoires extérieurs et ne vise pas le développement du réseau interne. Ce dernier, totalement autonome, est entièrement sanctuarisé et protégé.

Dans ces conditions, écartés des réseaux chinois et dépendants à 80% des États-Unis pour leurs trafics de données, les Etats européens seraient donc très largement impactés par une rupture de câbles entre l’Europe et les Etats unis.

CMESM Institut FMES : Cette dépendance pose la question de la sécurité informationnelle ?

Jean Luc VUILLEMIN : Les câbles sous-marins ne sont qu’une conséquence de cette dépendance. Certes, ils y participent dans une certaine mesure, mais l’origine de cet état de fait est bien la localisation des stockages de données aux Etats-Unis et, surtout, l’absence de politique nationale ou européenne privilégiant le stockage des données françaises ou européennes sur leur territoire. Nous nous retrouvons donc dépendants pour l’accès de données stockées à l’étranger. Pour remédier à cette situation, la solution ne se trouve pas dans une nationalisation  schématique voire triviale de câbles sous-marins mais dans la mise en place d’une politique de stockage des données en Europe et en France. De ce point de vue, il est indéniable que la politique de souveraineté nationale numérique en matière de stockage de données n’est pas une grande réussite.

CMESM Institut FMES : Cela génère-t-il d’autres vulnérabilités que l’accès aux données ?

Jean Luc VUILLEMIN : Oui, indéniablement et le problème peut être abordé sous plusieurs angles. Sur le plan technologique, vous avez de nombreuses interrogations : Qui possède la maitrise des techniques ? Quelles sont les entreprises compétentes ? Qui possèdent ces câbles ? Sont-ils français ou américains ? Sont-ils des  opérateurs ou des GAFAM[1] ?  Ces interrogations sont importantes et soulèvent de nombreux problèmes de souveraineté.

Ensuite, on doit aussi s’interroger sur les conséquences d’une rupture de câble, sur les risques d’occurrence et sur la capacité de résilience des réseaux.

Malheureusement, la situation est bien celle qui vient d’être décrite et on ne voit poindre aucune amélioration, bien au contraire.

CMESM Institut FMES : Vous avez évoqué l’apparition de nouveaux acteurs tels que les GAFAM. Pour quelles raisons et quel sera leur représentation au sein des opérateurs ? La majorité de nos câbles pourrait-elle un jour appartenir aux GAFAM ?  

Jean Luc VUILLEMIN : Je réponds très clairement oui. Depuis l’installation des premiers câbles sous-marins, la situation a radicalement changé. Les premiers câbles étaient le reflet et l’illustration de relations diplomatiques entre Etats qui se concrétisaient par des opérations strictement étatiques. Quand le premier câble transatlantique a été réalisé, en 1858, le message envoyé depuis l’Angleterre a été rédigé par la reine Victoria à destination du président James Buchanan. L’empire Britannique se connectait à la jeune République d’Amérique. Par la suite, cette compétence a progressivement été transférée à des opérateurs qui, à l’époque, étaient tous des opérateurs d’Etats. Le modèle a ensuite évolué vers des consortiums permettant de mettre en commun des moyens, des ressources afin d’assurer le partage des risques financier et technologique.  Ce modèle a été prédominant jusqu’aux années 2000 et l’arrivée de la dérèglementation. La transformation des opérateurs étatiques en opérateurs de télécommunication privés a ensuite contribué à la constitution d’une bulle Internet qui a affecté l’économie de l’industrie des câbles sous-marins. En effet, de nombreux câbles sous-marins ont alors été installés par des opérateurs non étatiques principalement motivés par la perspective de revenus lucratifs. Ces opérateurs ont fait faillite deux ans plus tard lorsque la bulle de l’Internet a explosé. Cependant, les câbles sous-marins en service n’ont pas été supprimés[2] et fonctionnent encore aujourd’hui. Quelques années plus tard, dans les années 2007/2008, de nouveaux Etats, notamment ceux du golfe, ont relancé cette activité. Aujourd’hui, la situation est particulièrement délicate avec des opérateurs traditionnels qui, à quelques exceptions près comme Orange, n’investissent plus.

Le manque d’investissement dans l’économie des câbles s’explique en partie  par les énormes besoins financiers que nécessitent de nouvelles technologies de communication comme la téléphonie mobile. Aujourd’hui les télécommunications sont devenues des industries très capitalistiques, en particulier avec les mobiles et la succession de générations 2G, 3G, 4G, 5G qui représente un coût financier élevé, de l’ordre de milliards d’euros à chaque transition technologique.

Le manque d’investissement s’explique aussi par la disponibilité des nombreux câbles installés dans les années 2000 qui offrent sur le marché des capacités de transmission à un prix raisonnable. Par conséquent, il n’y avait pas réellement d’incitation pour les opérateurs à investir dans les câbles sous-marins.

La situation évolue à nouveau avec l’augmentation de la performance des câbles. Un câble traditionnel possède 4 à 6 paires de fibres. Or, aujourd’hui, on sait faire des câbles de 16 paires. Dans un futur proche, ils seront constitués de 20 puis 24 paires. Le débit s’est aussi considérablement amélioré. Traditionnellement, une paire de cuivre permettait un débit de 4 à 6 terabit /seconde. Aujourd’hui on y faire passer jusqu’à 30 terabit /seconde. En parallèle, le coût d’installation d’un câble sous-marin a beaucoup baissé. Le SEA ME WE 3[3], par exemple, avait couté 1 milliard d’euros alors qu’aujourd’hui un câble transatlantique ne coûterait probablement pas plus de 200 millions d’euros. Ainsi, de nos jours, une opération de pose de câble sous-marin est plus facilement accessible par une seule entité.

Enfin, une fois posé, un câble présente le même coût d’exploitation qu’il produise quelques gigabit ou plusieurs terabit. Il en résulte que les câbles installés dans les années 2000 vont bientôt atteindre leur limite de performance financière d’exploitation. La baisse du coût d’installation des câbles conjuguée à l’augmentation de leurs performances va donc rendre leur installation à nouveau concurrentielle. Par conséquent, la tendance actuelle est au renouvellement de ces vieux câbles par des installations plus performantes, plus rapides et plus efficaces financièrement.

Toutefois, les investisseurs traditionnels manifestent toujours peu d’appétence alors que de nouveaux acteurs apparaissent dans le paysage des câbles sous-marins : les GAFAM.  Il est pratiquement acquis que les nouvelles structures des câbles sous-marins deviendront la propriété des GAFAM. Je me suis livré à un rapide calcul du montant des projets annoncés notamment par Facebook et par Google dans le domaine des câbles. Si tous se réalisent, le montant cumulé de leurs investissements sera au moins de 3 milliard d’euros.

CMESM Institut FMES : A moyen terme, 10 à 20 ans, quelle est la tendance pour les GAFAM ?

Jean Luc VUILLEMIN : Elle est exponentielle.  Il y a 5 ans la capacité contrôlée par les GAFAM sur l’Atlantique était de l’ordre de 3 à 4 % ; aujourd’hui elle est de 50% et, d’ici 4 ans, elle sera supérieure à 90 %.

CMESM Institut FMES : Le monde des opérateurs change mais est-ce aussi une forme d‘appropriation ?

Jean Luc VUILLEMIN : Ce sont surtout les relations entre acteurs qui vont évoluer. Pour les GAFAM, les câbles sous-marins représentent une incroyable opportunité. Au regard de l’importance de leurs revenus, l’investissement est presque marginal et leur permet d’optimiser leurs coûts internes de transmission d’information entre leurs data centers.

Et, en parallèle, il convient de souligner qu’aucune régulation n’existe sur les câbles sous-marins. A titre de comparaison, si en France le plus petit morceau de fibre optique est régulé et archi régulé, l’installation d’un câble sous-marin n’est en revanche soumise à aucune régulation sectorielle et la neutralité du Net ne s’y applique pas alors même qu’il s’agit d’une infrastructure fondamentale dont le rôle va être conforté dans les années à venir. Cette mainmise des GAFAM ajoute à la liste des moyens de pression qu’ils exercent déjà sur les opérateurs, la préemption des infrastructures internationales et le contrôle total des échanges internationaux de données.

CMESM Institut FMES : Les BATX[4] chinois sont-ils sur la même ligne stratégique ?

 

Jean Luc VUILLEMIN : Oui et non, il y a une différence. Les BATX essayent de jouer la même partition mais ces géants chinois du web sont relativement peu utilisés en Europe et, surtout, les opérateurs chinois ont bien identifié la menace. Ils ne veulent donc pas laisser les BATX préempter les ressources télécom à partir de la Chine. A la différence de leurs homologues européens, les opérateurs chinois – en particulier le premier d’entre eux China Mobil – possèdent un nombre colossal d’abonnés – 1 milliard – et une excellente santé financière. Ils possèdent donc les moyens de conduire une stratégie de présence dans toutes les infrastructures construites au départ de la Chine afin de ne pas en laisser le contrôle aux BATX. Il devient évident que, par manque d’investissement, nous sommes en train de détruire les industries européennes de télécom.

CMESM Institut FMES : Pour continuer sur la Chine, n’est-elle pas en train de faire évoluer sa stratégie d’infrastructure par rapport à Singapour ? 

Jean Luc VUILLEMIN : Historiquement, une espèce de « gentlemen  agreement » a été mis en place entre Singapour et la Chine : d’un côté les Européens installent des câbles qui aboutissent à Singapour, de l’autre les Chinois font atterrir leurs câbles à  Singapour. Cette dernière est ainsi devenue la plateforme naturelle d’échange ou d’interconnections de ces câbles.

Ce principe a déjà commencé à voler en éclats lorsque des investisseurs chinois ont pris des parts dans les câbles qui allaient vers l’Europe depuis Singapour.  Par exemple, SEA WE 5[5] est un câble dans lequel sont présents les trois opérateurs chinois (China Mobil, China Telecom et China Unicom). Pour le futur SEA ME WE 6, non seulement vous retrouverez les trois opérateurs chinois mais ceux-ci y seront très largement majoritaires en terme de capacités et d’investissements. Ainsi même les câbles venant de l’Europe qui atterrissent à Singapour deviennent des câbles majoritairement chinois.

En outre, sont installés de nouveaux câbles totalement chinois : propriété chinoise, technologie chinoise, opérateur chinois. C’est le cas de PEACE[6], premier câble des routes de la soie partant du Pakistan vers l’Europe via l’Afrique.

CMESM Institut FMES : Pourtant Orange est partenaire de ce câble ?

Jean Luc VUILLEMIN : Effectivement, Orange a souhaité être partenaire de ce câble pour son atterrissage en France. De la même façon, nous avons pris une participation et avons souhaité être partenaire du prochain câble de Google qui arrivera en France. Cette position centrale de notre territoire au cœur des routes stratégiques fait la valeur de la France en tant que territoire d’atterrissage des câbles sous-marins et ce, quelle que soit la destination finale de ces câbles.

CMESM Institut FMES : Face à cette problématique de gouvernance, certains avancent l’idée d’un patrimoine mondial de l’humanité pour les câbles ?  La France sous l’égide de l’IUT réalise–t-elle des actions dans ce cadre ? 

Jean Luc VUILLEMIN : A mon sens, il ne se passe rien. Je suis assez réservé sur l’idée de déclarer les câbles sous-marins « patrimoine mondial de l’humanité », d’autant plus qu’il existe un bien mondial de premier rang qui n’a jamais été déclaré : Internet. A partir du moment où Internet est un conglomérat américain, je ne vois pas comment les câbles sous-marins pourraient être un bien mondial. Je rappelle qu’il n’y a aujourd’hui aucune régulation.

Certains Etats ont pris conscience de leur vulnérabilité par rapport à ces infrastructures et mis en place des politiques à la fois d’attractivité et de sécurité. Ces infrastructures doivent être correctement protégées afin d’éviter des actes de sabotage. Pour ma part, je considère que la bonne réponse se situe à ce niveau et je ne crois pas à une politique globale en la matière. En France, dès lors que l’on ne sait pas traiter un problème, on se plait à penser qu’on le traitera au niveau européen. A chaque fois que l’on parle de souveraineté numérique, on explique que la réflexion doit être menée dans le cadre européen !

CMESM Institut FMES : Ne parlons donc plus de gouvernance internationale !

Jean Luc VUILLEMIN : Historiquement, les câbles ont été des instruments de pouvoir. Je rappelle souvent que les États-Unis se sont opposés pendant des décennies à l’arrivée de tout câble sous-marin à Cuba.  Le seul câble sous-marin existant à Cuba a été payé par le Venezuela. Il porte le très joli surnom de câble « anticapitaliste ». Les Etats-Unis étaient dans une logique de guerre économique et stratégique.

CMESM Institut FMES : Est-ce la même chose au niveau du Brésil ? Les Brésiliens n’ont-ils pas voulu se soustraire au passage obligé par les Etats-Unis en installant leur propre câble entre le Brésil et le Cameroun ?

Jean Luc VUILLEMIN : Non, on ne peut pas dire cela car de nombreux câbles sous-marins américains arrivent à la pointe du Brésil. Effectivement, il y a quelques années  – 3 à 4 ans -, le Brésil a communiqué de manière intensive sur sa volonté de détenir des câbles totalement indépendants des Etats unis. Mais cet affichage est avant tout un positionnement idéologique car la majorité de son trafic remonte vers les Etats-Unis.

En effet, pour la petite histoire, il existe un câble Atlantis 2 – installé depuis longtemps, qui part de l’Argentine, remonte le Brésil et traverse l’Atlantique en biais pour aller vers le Sénégal puis en France. Ce câble de très faible capacité n’a jamais été « upgradé » pour la simple raison qu’il n’y a jamais eu de besoin de capacité supplémentaire.

En outre, deux câbles ont été réalisés récemment entre l’Afrique et le Brésil : le premier, Angola – Brésil (cadeau du Japon) et le deuxième, Cameroun – Brésil (financé par China Unicom avec les Camerounais dans le cadre de la réélection du président de la République). Sur ces deux câbles, l’intensité des échanges entre les deux continents est extrêmement faible !

CMESM Institut FMES : Parlons technologie. Envisagez-vous que les nouveaux câbles SMART soient capables d’embarquer des capteurs environnementaux pour surveiller les océans et diffuser des alertes ? 

Jean Luc VUILLEMIN :  Non, nous ne l’envisageons pas. Il faut distinguer les approches théoriques des réalisations concrètes. Les premières annoncent qu’il est possible d’identifier la présence de bâtiments, d’objets ou de gros animaux grâce à une mesure de la modification de pression sur les fibres des câbles sous-marins. C’est en effet faisable mais de là à combiner cette technologie avec celle d’un câble sous-marin opérationnel, il y a une marge que je ne franchirais pas. Je n’y crois pas et pense que de telles détections continueront à être obtenues par le déploiement de barrières phoniques comme celles qui actuellement utilisées dans le domaine militaire.

CMESM Institut FMES : Dans cet environnement particulièrement évolutif, quelle est la stratégie d’Orange ? 

Jean Luc VUILLEMIN :  Orange reste très présent dans le domaine des câbles sous-marins à la fois à travers sa filière Orange marine et via une politique d’investissement importante dans les câbles sous-marins. Porté par la géographie du territoire maritime français qui se prête au développement des câbles sous-marins, Orange agit sur toutes les mers.

Nous assurons la connectivité des départements d’outre-mer, avec la plaque caraïbe d’un côté, et la plaque de l’Océan indien de l’autre de sorte que tous nos départements d’outre-mer y compris la Guyane[7] et Mayotte[8] soient connectés. Les échanges sont sécurisés par au moins deux câbles sous-marins de grande capacité, chacun étant capables d’assurer la totalité de l’activité si l’autre est défaillant.

Câble Kanawa offre un lien direct entre la Guyane et le continent américain

Orange poursuit également ses investissements dans le raccordement de ses filiales en Afrique. Cette action est importante car ce continent ne comportant aucun réseau intérieur, le seul moyen de communication est le câble sous-marin. Le câble « Main One » se situera sur la côte Ouest tandis que le câble « PEACE[9] » sera localisé sur la côte Est. Ces deux câbles permettront d’assurer la connectivité vers les zones africaines.

Orange poursuit ses investissements vers l’Asie pour permettre de compléter la couverture de la zone africaine. Le groupe annoncera également bientôt sa participation à un consortium pour la construction d’un nouveau câble sous-marin vers Singapour.

Enfin, nous restons très attentifs à ce qu’il se passe sur l’Atlantique. Nous avons annoncé un partenariat avec Google[10] pour construire un câble sous -marin entre la France et les Etats-Unis et nous annoncerons très bientôt une autre initiative dans ce domaine sur cette route.

CMESM Institut FMES :   Clairement, vous investissez dans les câbles des GAFAM

Jean Luc VUILLEMIN : Nous sommes très soucieux de maintenir notre indépendance stratégique dans les câbles sous-marins.

 


 

[1] Acronyme pour les géants du Web : Google, Apple, Amazon, et Microsoft (Note du CMESM).

[2] Ceci grâce à la loi américaine sur les faillites, plus particulièrement le chapitre 11.

[3] Câble, d’une longueur de 39 00 Km qui part de Marseille et qui va jusqu’à Singapour et au-delà jusqu’en Australie a été posé par un consortium qui regroupait 92 investisseurs et mis en service en mars 2000 (Note du CMESM).

[4] BATX désigne, face aux GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft), les géants du Web chinois dans les années 2010 : BaiduAlibabaTencent et Xiaomi.

[5] D’approximativement 20 000 km de long, il reliera la France, l’Italie, la Turquie, l’Égypte, l’Arabie Saoudite, Djibouti, le Yémen, le Qatar, les Émirats arabes unis, Oman, le Pakistan, le Sri Lanka, le Bangladesh, la Birmanie, l’Indonésie, la Malaisie et Singapour (Note du CMESM).

[6] Pakistan & East Africa Connecting Europe), câble long de 12 000 km avec un atterrissement à Marseille (Note du CMESM).

[7] https://www.orange.com/fr/Press-Room/communiques/communiques-2019/Orange-inaugure-son-nouveau-cable-sous-marin-Kanawa-a-Kourou-et-renforce-la-connectivite-en-Guyane-et-aux-Antilles

[8] https://www.orange.com/fr/Press-Room/communiques/communiques-2019/Le-cable-sous-marin-tres-haut-debit-FLY-LION3-atterrit-a-Mayotte

[9] https://www.orange.com/fr/Press-Room/communiques/communiques-2018/Orange-et-PCCW-Global-s-associent-pour-deployer-le-nouveau-cable-sous-marin-PEACE-qui-atterrira-en-France

[10] https://www.orange.com/fr/Press-Room/communiques/communiques-2018/Orange-et-Google-s-associent-pour-un-nouveau-cable-sous-marin-a-travers-l-Ocean-Atlantique