indépendance

Histoire de la coopération France – Algérie depuis l’indépendance

Par Sarah Hadjazi, chargée d’études à l’institut FMES.

Article publié dans le numéro d’été 2019 de la Revue Défense Nationale.

Jacques Chirac et Abdelaziz Bouteflika à Cannes, en 2007.
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Jacques Chirac, en visite officielle à Alger le 3 mars 2003 prononce un discours devant le Parlement algérien : « Après l’Indépendance, des hommes de vision ont montré le seul chemin, celui de la réconciliation, du développement, de l’avenir. Malgré les obstacles et les hésitations, la coopération entre nos deux pays est devenue petit à petit une réalité. Le temps de l’Indépendance ne fut jamais celui de la rupture[1] ». Après 132 ans de colonisation et au sortir d’une guerre de huit ans, Alger et Paris avaient fait, en 1962, le choix de la coopération afin de maintenir les liens les unissant.

La coopération peut se définir comme une collaboration visant à participer à une œuvre commune en maintenant des liens entre deux Etats. Ce terme fait référence à un système de coopération internationale défini par une politique d’aide économique, technique et financière d’un pays dit « développé » en faveur de pays « en développement ».

Entre la France et l’Algérie, cette coopération a connu trois grandes périodes – marquée par un volontarisme dans l’immédiat après-guerre d’indépendance, par un refroidissement lors de la décennie noire suivi d’une embellie au début des années 2000 – et se trouve aujourd’hui à l’aube d’une nouvelle phase à écrire.

La coopération : un choix politique

Les accords d’Evian du 18 mars 1962, signés entre la République française du président Charles de Gaulle et l’exécutif provisoire algérien incarné par Krim Belkacem[2], scellent la fin de la guerre en mettant en place un cessez-le-feu. En vue de l’indépendance algérienne – obtenue le 6 juillet 1962 – ces accords institutionnalisent la coopération entre les deux pays et garantissent une aide au développement de la France envers l’Algérie[3]. La nature de ces accords est à la fois intéressante et ambivalente. En effet, dans un même traité, ils mettent un terme au conflit et définissent la future relation franco-algérienne.

L’idée d’une coopération destinée à maintenir des liens entre les deux pays correspond à la vision partagée par les deux dirigeants.

Ce choix politique permet alors à la France de jouir d’une image positive à travers le monde. Elle incarne alors le pays qui accorde le plus de moyens à sa politique de coopération. Un partenariat renforcé avec son ancien adversaire apparaît également comme une réponse au désarroi des Français déjà meurtris par la défaite de juin 1940. Le peuple français, porté par son président, se veut de nouveau grand et cette grandeur s’illustre par le fait que la France sait se relever après des événements douloureux. Elle prouve ainsi sa capacité à s’allier avec ceux qui ont été autrefois ses ennemis comme elle l’a déjà démontré en prenant part à la construction européenne incarnée par le couple franco-allemand.

Une raison stratégique pousse également le général de Gaulle à vouloir maintenir son influence et sa proximité avec l’Algérie. En effet, le vaste territoire algérien, presque quatre fois plus grand que la France avec ses 1 200 kilomètres de côtes proches de l’Europe de l’Ouest, occupe une place privilégiée en Méditerranée. Il était donc important de ne pas laisser livré à lui-même un pays tenté par le socialisme aussi proche géographiquement de la France, le risque d’un rapprochement avec l’URSS représentant une menace insupportable pour Paris. Cette position est confirmée par Jean de Broglie, Secrétaire d’Etat chargé aux Affaires algériennes de 1962 à 1966, qui estime qu’ « il y aurait danger à laisser l’Algérie se débattre au carrefour de toutes les tentations à deux heures d’avion de la métropole ».

A l’heure où se construisent les relations bilatérales de la France avec ses anciennes colonies, l’Algérie, bénéficie grâce aux accords d’Evian, d’« une aide financière privilégiée », initialement prévue pour une période transitoire de trois ans, de juillet 1962 à juillet 1965. A l’issue de cette période, l’aide économique perçue par l’Algérie demeure très importante atteignant les 2 654 millions de nouveaux francs.

Une coopération utile à la France

Les accords prévoient notamment le maintien d’unités de l’armée française sur le territoire algérien, malgré la fin des hostilités, dans le but premier de protéger les ressortissants français. En contrepartie, l’Etat algérien jouit d’une compensation financière.

Philippe Rebeyrol, diplomate en poste à Alger depuis 1962 et conseiller chargé de la coopération culturelle (puis technique à partir de 1963) dit : « Nous accomplissons une tâche qui ne sert pas seulement l’Algérie mais qui commande le maintien et le développement de notre présence dans une région cruciale pour notre pays ». En effet, si la coopération répond aux attentes et aux demandes des algériennes, elle sert également la défense des intérêts de la France, qu’ils soient économiques ou culturels.

Parmi les avantages conservés par la France, figurent les accès à la base de Mers-el-Kébir et du Sahara « utile » dans le dessein d’y effectuer des essais relatifs à la bombe atomique – l’expérimentation y a débuté en 1960. De plus, à la fin de la colonisation française, la découverte du pétrole et du gaz algériens s’est avérée stratégique en ce début des Trente Glorieuses. La coopération fait ainsi bénéficier à la France d’une source d’énergie à la fois indispensable et bon marché.

Le rôle clé des coopérants

La France s’engage à mettre à la disposition de l’Etat algérien les moyens nécessaires afin qu’il puisse développer l’enseignement, la recherche scientifique et la formation professionnelle. En complément des moyens financiers, elle envoie des coopérants dans des domaines divers. Cette aide permet à Alger de bénéficier d’un transfert essentiel de compétences piloté par le Secrétariat aux Affaires algériennes. Ce dernier met en œuvre la politique de coopération instaurée par les accords d’Evian et définit un modèle de coopération fondé sur l’expatriation des coopérants.

Les idées de coopération avec l’Algérie reçoivent rapidement en France le soutien des milieux intellectuels imprégnés de christianisme social, de marxisme-communisme et de tiers-mondisme. Ces « coopérants » entendent mettre leurs compétences au service de l’Algérie nouvelle, empreinte d’une atmosphère révolutionnaire. Ils occupent des fonctions multiples, découvrent l’Algérie et en retirent une expérience de vie. Baignés dans un univers particulier, ils incarnent les vecteurs de la coopération française sur le territoire algérien.

Des décennies après la guerre, revenir sur les parcours de ces coopérants permet de comprendre dans quelle mesure la France et l’Algérie ont refusé de rompre leur relation après la guerre. Ce lien s’est en effet maintenu à travers les mémoires collectives et personnelles de ceux qui ont été témoins et acteurs de cette période. Les coopérants, près d’une quarantaine d’années plus tard, restent encore très marqués par cette expérience alors même que la question de la coopération semble méconnue du grand public. Boudés par l’histoire, les coopérants sont absents de la scène commémorative mais de plus en plus présents sur la scène mémorielle alors que leur expérience algérienne s’est achevée pour la plupart depuis des décennies.

Stéphane Hessel, Bruno Etienne, Pierre Bourdieu ou encore Hervé Bourges, ont pour point commun d’avoir été ce que l’on appelle des « amis de l’Algérie nouvelle ». A travers ces divers parcours, la coopération revêt alors une dimension humaniste et véhicule un idéal de solidarité.

Arabisation progressive : un frein à la coopération

Le 19 juin 1965, un coup d’Etat orchestré par le colonel Boumediène renverse le président Ahmed Ben Bella. Ce coup d’Etat est perçu par une frange des militants communistes en Algérie comme la fin de la « révolution », remettant en question le rôle de certains coopérants. Pour autant, bon nombre d’entre eux a fait le choix de rester en Algérie malgré un contexte politique en plein bouleversement.

Progressivement, la coopération reposant sur les coopérants s’essouffle. L’affirmation de l’islam et de l’identité algérienne, consacrés dans le préambule de la première Constitution algérienne en 1963 et initiés dès la guerre d’indépendance comme facteur de démarcation du colon, s’accroit.

Cette situation laisse place, durant les années Boumediène à une arabisation progressive. De fait, le lobby arabisant a pris de plus en plus de place au sein de l’espace public algérien. S’amorce alors le processus de la réforme de l’enseignement en juin 1967 par le ministre de l’Education nationale et Président de la commission, Ahmed Taleb, défenseur de la langue arabe et de l’islam. Lors de la troisième commission, le 15 juillet 1970, le projet de résolution à propos de l’arabisation du système d’enseignement concerne toutes les disciplines et tous les niveaux.

Cette volonté politique du président Boumediène s’explique par la personnalité du président, influencé par le nationalisme arabe incarné par l’égyptien Nasser. Arabophone de formation, contrairement à son prédécesseur davantage francophile, il fait de l’arabisation l’un de ses fers de lance : « L’arabe doit devenir la langue du fer et de l’acier ».

Cette décision a favorisé l’appel de professeurs en provenance d’Egypte ou de Syrie, préférés aux professeurs originaires de métropole. Paris, assez défavorable, ne peut que constater la substitution du français par l’arabe et la baisse de son influence.

La montée progressive de l’arabisation marque une mort lente de la coopération pensée après-guerre.  Toutefois, il demeure difficile de donner une date précise de la fin de la coopération telle qu’initiée au début des années 1960. C’est d’ailleurs l’une des critiques pouvant être adressée aux politiques des deux pays. La coopération, qui se voulait provisoire, conformément aux déclarations d’après-guerre, n’a pas fait l’objet d’un bilan.

L’affaiblissement de cette politique d’aide en faveur de l’Algérie s’accélère lors de la nationalisation des ressources pétrolières. Quatre mois après cette décision, le Président George Pompidou, le 24 juin 1971, officialise la fin de cette relation unique qui unissait Paris et Alger : « Nous sommes prêts à participer au développement économique de l’Algérie, dans la mesure de nos possibilités, de nos intérêts et en fonction de la valeur des projets entrepris. Autrement dit, nous ne donnons pas à l’Algérie une priorité dans notre coopération. » En définitive, à la fin des années 1960, l’aide à l’Algérie n’est plus une priorité française, la France s’étant lancée dans la grande aventure de la construction européenne.

Les décennies 80 et 90 : les années de coupure

Faute d’une relance de l’effort de coopération de la part d’une France occupée à la construction européenne et d’une Algérie tournée vers l’affirmation de son identité, cette coopération s’est essouflée à partir des années 1980. Les tensions sociétales – corruption, blocage économique, radicalisation – entrainent des émeutes populaires en 1988 qui ont abouti à une forme de démocratisation du régime, favorisant la victoire du Front islamique du salut aux élections législatives de 1991. L’intervention de l’armée et l’instauration de l’état d’urgence suspendent le processus démocratique et provoquent la « décennie noire ».  La violente répression en réponse au terrorisme islamiste a causé un ralentissement sans précédent des échanges et le repli de l’Algérie sur elle-même. Les attentats en France entre juillet et octobre 1995 revendiqués par le Groupe islamique armé finissent d’éloigner les deux partenaires.

 1999 : une relance timide de la coopération

Au sortir de la guerre civile, l’élection d’Abdelaziz Bouteflika en 1999 a permis une pacification, le retour de l’Algérie sur la scène internationale et une relance des relations bilatérales avec Paris. L’amitié historique revendiquée par les deux pays est exprimée par les visites des Présidents des deux Etats et des membres du gouvernement dès le début des années 2000. Elle est notamment marquée par le soutien d’Alger autour des sujets migratoires et terroristes subsahariens.

Le retour de l’Algérie dans le paysage diplomatique français s’intègre désormais dans la dynamique européenne de cette fin de XXème siècle :  un accord d’association entré en vigueur le 1er septembre 2005 permet de structurer le dialogue de l’Algérie avec l’UE et initie la tenue de réunions informelles et techniques entre les deux entités. La France ne souhaite donc plus un tête à tête exclusif avec son voisin du Sud.

Toutefois, Alger et Paris continuent d’afficher une relation particulière. L’année 2012, qui célèbre le soixantième anniversaire de l’indépendance algérienne, est aussi l’occasion pour François Hollande et Abdelaziz Bouteflika de signer le 19 décembre la Déclaration d’Alger sur l’amitié et la coopération entre la France et l’Algérie.

Le Comité intergouvernemental de haut niveau (CIHN), surnommé « la clé de voûte » de la coopération entre Paris et Alger, permet de réunir les gouvernements de Paris et d’Alger et de concrétiser les projets portés par les deux pays. Ces derniers, qui concernent majoritairement le domaine économique, relèvent du Comité mixte économique franco-algérien (Comefa), réunissant les ministres des Affaires étrangères et de l’Economie afin d’impulser une dynamique économique positive. En octobre 2018, s’est tenu à Paris le cinquième Comité où a été signée une déclaration d’intention pour la création d’un fonds d’investissement bilatéral, conformément aux souhaits exprimés par le président Emmanuel Macron à la fin de l’année 2017.

L’aspect économique se confirme : depuis 1999, les échanges entre les deux pays ont triplé. L’Algérie est le premier partenaire commercial de la France sur le continent africain et représente le troisième pays – hors OCDE –  bénéficiant  des exportations françaises. Du même fait, la France se situe à la deuxième place – après la Chine – des partenaires les plus importants de l’Algérie et demeure le premier employeur étranger en Algérie avec 500 entreprises implantées permettant 40 000 emplois directs et 100 000 indirects.

En décembre 2017, onze accords ont été conclus dans plusieurs secteurs clés  : la santé, l’économie, la formation professionnelle, l’enseignement supérieur, les PME et la culture.

Sur la scène mémorielle, des efforts ont également été entrepris des deux côtés de la Méditerranée avec une volonté affichée d’avancer dans la même direction. En dépit des concessions faites, chacun conserve une vision clivée de l’histoire partagée.

En termes de sécurité et de défense, les résultats sont mitigés, l’Algérie refuse d’acheter des équipements militaires français, mais une Commission mixte de coopération se tient annuellement dans les deux pays afin de tenter de dynamiser les échanges et de renforcer la coordination dans la lutte contre le terrorisme, notamment au Sahel. L’engagement complexe mais réel de l’Algérie dans la guerre que mène la France dans cette région confère à la relation franco-algérienne une dimension internationale et témoigne de leur considération mutuelle.

La diplomatie, les accords, les échanges commerciaux et humains favorisent les liens tissés entre les deux pays. La relation passionnelle entre les deux pays s’est enracinée et s’accroit avec l’action de la société civile de part et d’autre de la Méditerranée. Malgré des montées de tensions sporadiques, les deux Etats sont conscients des liens qui les unissent, de la nécessité de maintenir une stabilité et de leurs destins liés. Tous deux partagent des intérêts communs vitaux incarnés principalement par la Méditerranée. Un bouleversement en Algérie ou en France aurait donc des répercussions directes sur l’autre pays, notamment du fait du brassage des populations. Selon Bernard Emié, ambassadeur de France en Algérie de 2014 à 2017, 7 millions de Français ont actuellement des liens avec l’Algérie. Il s’agit des personnes binationales, des immigrés, des pieds-noirs, des harkis et de leurs familles.

Les événements actuels en Algérie suscitent ainsi une vive attention en France, qu’il s’agisse des autorités, de la presse ou de l’opinion publique. La candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat a engendré une vague de manifestations sans précédent qui l’a conduit à la démission. La France réagit avec prudence face aux soulèvements mais surveille d’un œil attentif la tournure des événements.

 

In fine, la coopération franco-algérienne s’est considérablement modifiée depuis l’indépendance. Si elle a évolué pour recouvrir de multiples domaines, elle relève aujourd’hui davantage du domaine de l’informel que de l’étatique. Si la relation  avec la France reste une évidence, la nature de cette future coopération soulève des interrogations. Elle dépendra en particulier des orientations choisies par Alger.

[1] Discours de Jacques Chirac le 3 mars 2003 à Alger.
[2] Chef historique de la guerre d’indépendance et vice-président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA)
[3] Chapitre II des Déclarations gouvernementales du 19 mars 1961 relatives à l’Algérie, Accords d’Evian, 18 mars 1962.

Visite d’Emmanuel Macron en Serbie : le Kosovo au cœur des discussions

Emmanuel Macron et Aleksandar Vučić à Belgrade, le 15 juillet 2019.
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Les 15 et 16 juillet 2019, le président de la République française Emmanuel Macron a effectué une visite en Serbie. Accueilli en grande pompe par la population serbe, Emmanuel Macron est le premier Président français à se rendre dans le pays en 18 ans – la dernière visite étant celle de Jacques Chirac en 2001. A cette occasion, le chef de l’Etat a déclaré : « Je suis ici pour parler de tous nos passés communs et pour ouvrir une nouvelle page entre nos deux pays ».

Paris et Belgrade entretiennent de très anciennes relations diplomatiques, puisque : « nous en célébrons le 180ème anniversaire » a-t-il rappelé dès son arrivée en Serbie et « cette histoire ancienne, enracinée très profondément, qu’il y a entre la Serbie et la France, est celle qui nous oblige, celle aussi dans laquelle nous nous inscrivons très profondément ».

A l’issue d’un entretien avec son homologue serbe, le Président Aleksandar Vučić, les deux chefs d’Etat ont inauguré un monument dédié à l’amitié franco-serbe à Belgrade. Lors de son discours, le Président français n’a pas hésité à aborder l’épineuse question du Kosovo. Appelant les Serbes à « chercher le bon compromis » avec leur voisin kosovar, Emmanuel Macron aborde un sujet particulièrement sensible qu’il qualifie de « combat difficile ». Le président de la République française a d’ailleurs promis une réunion sous l’égide de l’Union européenne avec les dirigeants de Belgrade et Pristina, en présence de la chancelière allemande Angela Merkel. Paris et Berlin tentent depuis des mois de pousser la Serbie à renouer avec son ancienne province, le Kosovo, dont elle ne reconnait pas l’indépendance, proclamée en 2008. Vingt ans après la guerre du Kosovo, les relations ne sont pas normalisées et se sont même tendues depuis l’automne dernier. Plus de dix ans après la proclamation de son indépendance, le Kosovo bénéficie pour sa part d’un bilan médiocre. Le pays de 1,8 million d’habitants, gangréné par la corruption, la percée de l’islamisme radical, le chômage de masse et les conflits multiethniques, figure parmi les Etats les plus pauvres du continent.

Le dossier kosovar est pourtant essentiel à l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne. Sur ce point, Emmanuel Macron se montre prudent en considérant que rejoindre rapidement l’UE « ne serait ni profitable pour la Serbie ni pour l’Europe ». Si l’Union des 28 est en proie à une crise existentielle, la Serbie est souvent pointée du doigt par Bruxelles sur les questions de l’Etat de droit et de liberté d’expression, conditions essentielles à l’intégration européenne. La « dérive autoritaire » du Président dénoncée par son opposition a toutefois été évitée lors de la conférence de presse des chefs d’Etat français et serbe.

La volonté de la France – et de l’UE – de maintenir à distance l’adhésion serbe à l’UE pour l’heure pourrait inciter Belgrade à se rapprocher des autres puissances présentes dans la région, en l’occurrence la Russie et la Chine. Ces deux Etats, membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU ne reconnaissent d’ailleurs pas l’indépendance du Kosovo.

Si la France a reconnu l’Etat du Kosovo, son indépendance est discutée à l’échelle internationale. Sur les 193 Etats représentés à l’ONU, ils sont aujourd’hui 144 à l’avoir reconnu. Au sein même de l’UE, les pays membres sont divisés. 5 Etats ne reconnaissent pas le Kosovo. Parmi eux, trois sont issus du bassin méditerranéen : l’Espagne, la Grèce et Chypre. Face à ses propres enjeux internes, avec les volontés séparatistes catalanes, Madrid qui n’entend pas reconnaitre cet Etat, a sans doute intérêt à conserver cette posture. Quant à la Grèce, si elle a reconnu récemment la Macédoine du Nord au terme d’un long conflit nourri par revendications historiques, la question kosovare reste en suspens.

La situation du Kosovo reste donc un point de vulnérabilité de l’espace euro-méditerranéen.

Afrique – 2013 07 01 – Comprendre l’Afrique centrale francophone – A. Tamekanta – IREP

Note d’analyse politique
NAP n° 6 – 01 juillet 2013
COMPRENDRE L’AFRIQUE CENTRALE FRANCOPHONE
Entre appropriation de l’histoire et construction des nations
par Alphonse Zozime Tamekamta
Doctorant en Histoire des relations internationales
Enseignant-Chercheur-Écrivain
Université de Yaoundé I (Cameroun)/GRIP (Belgique)

L’histoire de l’Afrique est marquée par une turbulence.
Pendant la période coloniale, l’inflation fiscale et la contestation de l’ordre impérial en étaient les manifestations visibles. Après 1960, l’Afrique s’est structurée autour de l’urgence des entités étatiques à construire et de la réconciliation nationale à amorcer. Au nom des référents identitaires et/ou politiques, des solidarités ethniques, l’Afrique centrale se compose, se décompose et se recompose autour de la transformation des catégories sociologiques et anthropologiques en fragments culturels parfois rivaux…