Inde

Inde – Pakistan : recrudescence des tensions autour du Cachemire

L’attentat-suicide du 14 février 2019 au Cachemire. Tous droits réservés.

Le 14 février 2019, un attentat à la voiture piégée à Pulwama a coûté la vie à 41 militaires indiens – des policiers réservistes – stationnés dans l’Etat himalayen du Cachemire. Cet attentat est l’attaque la plus meurtrière connue dans la région depuis une trentaine d’années. Il a rapidement été revendiqué par le groupe islamiste Jaish-e-Mohammed (JeM), résurgence du groupe disparu du Jundallah, assimilé à Al-Qaida.

Au moment de l’indépendance de l’Empire britannique des Indes en 1947, deux Etats sont proclamés : l’Inde, à majorité hindoue et le Pakistan musulman. Le Cachemire, peuplé majoritairement de musulmans, était dirigé par une famille régnante qui a adhéré à l’union à l’Inde. Depuis cette période, cette région fait office de pomme de discorde entre New Delhi et Islamabad.

Les velléités sécessionnistes ont évolué chez certains insurgés pour qui l’idéologie islamiste a pris le pas sur le nationalisme.

Le 19 février, le ministère indien des Affaires étrangères a demandé au Pakistan « de cesser d’induire en erreur la communauté internationale et de prendre des mesures crédibles et visibles contre les auteurs de l’attaque terroriste de Pulwama et contre les autres terroristes et groupes terroristes opérant dans les zones sous leur contrôle ». Si les dirigeants indiens font planer le doute quant à une riposte armée dans un sursaut d’unité nationale, le Premier ministre indien, Narendra Modi, issu des rangs des nationalistes hindous, a fait savoir que l’attaque ne restera pas impunie : « Une réponse digne de ce pouvoir sera donnée aux auteurs de l’attaque odieuse et à leurs responsables. Aucune force ne réussira à troubler la paix, le progrès et la stabilité de l’Inde ». Arrivé au pouvoir en 2014, le Premier ministre avait fait la promesse de mettre un terme au sécessionnisme au Cachemire et accuse son voisin le Pakistan de soutenir en sous-main l’insurrection armée. Actuellement en pleine campagne électorale, le Premier ministre, rejoint par Téhéran, soupçonne le Pakistan d’avoir piloté les derniers attentats. De son côté, Islamabad affirme vouloir « une normalisation de ses relations avec l’Inde » mais la réaction de l’Inde pourrait laisser présager une crise ouverte entre les deux puissances nucléaires – les deux pays ayant accédé à ce statut en 1998. Pour George Lefeuvre, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste de l’arc de crise Afghanistan-Pakistan-Inde, « depuis quelques années, le Pakistan se retrouve dans la situation de l’arroseur arrosé ». En effet, après avoir soutenu des groupes terroristes afin de se prémunir des menaces afghane et indienne, le pays est aujourd’hui incapable de les contrôler. Subissant une crise économique, le Pakistan n’a pas donc intérêt à entrer en guerre avec son voisin.

Le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres a appelé, mardi 19 février, l’Inde et le Pakistan à « prendre des mesures pour désamorcer les tensions à la suite d’un attentat dans la région du Cachemire qui a causé la mort de dizaines de membres des forces de sécurité indiennes ». Condamnant l’attaque, il se dit « convaincu que tous les problèmes difficiles peuvent être résolus de manière pacifique et satisfaisante par le biais d’un engagement mutuel constructif ». L’ONU est par ailleurs présente depuis 1971 dans cette zone contestée, conformément au mandat attribué par le Conseil de sécurité dans sa résolution 307.