Idlib

Patrouilles conjointes russo-turques à Idlib


Un camp de réfugiés dans la région d’Idlib.
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Vendredi 8 mars 2019, le ministre turc de la Défense Hulusi Akar a annoncé des opérations conjointes entre la Turquie et la Russie à Idlib. L’agence de presse du gouvernement turc Anadolu a annoncé à la même date que l’armée turque avait achevé sa première patrouille de surveillance.

La province syrienne d’Idlib, au nord-ouest du pays, est le dernier bastion de l’opposition. Elle est contrôlée par l’organisation djihadiste Hay’et Tahrir al-Sham (HTS) héritière de la branche syrienne d’Al Qaïda. Cette province a fait l’objet, en septembre 2018, d’un accord entre le président turc Recep Tayyip Erdogan, soutient de la rébellion syrienne, et son homologue russe Vladimir POUTINE, allié indéfectible de Bachar al-Assad.

Les deux chefs d’Etats se sont accordés sur la mise en place d’une zone démilitarisée dite de « désescalade » sous leur contrôle, exigeant de fait le retrait des armes lourdes. Il s’agissait d’éviter la « pire catastrophe humanitaire du XXIème siècle », selon les mots de Marc LOWCOCK, secrétaire général adjoint de l’ONU. Le 14 février 2019 lors du sommet entre la Russie, la Turquie et l’Iran à Sotchi, les pays ont accepté de renforcer leur coopération dans le cadre du conflit syrien et de la situation à Idlib. Cette décision intervient alors que le cessez-le-feu entre opposition et forces du régime est fragile et n’a pas permis l’arrêt des combats. De surcroit, celui-ci a été mis à profit par les djihadistes du HTS pour étendre leur emprise sur le territoire au détriment d’insurgés plus modérés.

Dans cette région qui abrite plus de trois millions de personnes, souvent évacuées de poches insurgées conquises par le régime, l’intervention des forces russe et turque initié vendredi 8 mars entend ainsi empêcher le gouvernement syrien de Bachar al-Assad de lancer une nouvelle offensive. Hulusi Akar a ainsi déclaré : « notre coopération avec la Russie s’est améliorée. Nous considérons qu’il s’agit d’une étape importante pour la poursuite du cessez-le-feu et le maintien de la stabilité ». Conformément à l’accord conclu, les forces russes patrouillent au bord de la province tandis que l’armée turque se déploie dans la zone démilitarisée. Le ministre précise que les restrictions turques autour de l’espace aérien d’Idlib et d’Afrin ont été levées et qu’Ankara réclame de Moscou qu’elle fasse pression sur le gouvernement syrien afin de cesser ses attaques.

Moscou et Ankara occupent, avec Téhéran, le devant de la scène concernant la situation en Syrie, où ils y ont investi d’importantes ressources militaires. Si les deux Etats ne soutiennent pas le même camp, l’annonce du retrait des troupes américaines est une nouvelle occasion pour eux de renforcer leur position dans ce conflit.

Idlib étant une région abritant un nombre important de civils, la fin du cessez-le-feu pourrait engendrer une nouvelle vague migratoire en direction de la Turquie. Ankara, qui partage une frontière longue de 900 kilomètres avec Damas et qui accueille déjà un nombre important de réfugiés syriens, craint un nouvel afflux.

Depuis le début de l’année, Anadolu estime à au moins 111 le nombre de civils tués dans la région d’Idlib dans des attaques causées par le régime syrien. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, 504 personnes sont décédées dans les régions d’Idlib, Alep et Hamas depuis avril 2018.

Syrie : sommet inédit entre la France, la Turquie, la Russie et l’Allemagne

Angela MERKEL, Vladimir POUTINE, Recep Tayyip ERDOGAN et Emmanuel MACRON à Istanbul le 27 octobre.
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Samedi 27 octobre 2018, se sont réunis à Istanbul les présidents turc, français et russe, Recep Tayyip ERDOGAN, Emmanuel MACRON et Vladimir POUTINE ainsi que la chancelière allemande Angela MERKEL. Ce sommet quadrilatéral, auquel s’est joint l’émissaire des Nations Unies pour la Syrie, Staffan de MISTURA, avait pour thème l’amorce d’une solution politique en Syrie.

Dans une déclaration commune, les quatre chefs d’Etat et de gouvernement ont exprimé leur « inquiétude commune concernant les risques et les menaces du conflit pour la sécurité régionale comme pour la sécurité et la stabilité mondiale ». Ce sommet intervient afin de préserver la fragile trêve à Idlib, dernier bastion des insurgés, situé au nord-ouest du pays. Alors qu’un cessez-le-feu précaire a été négocié entre la Russie, la Turquie et la Syrie, les jihadistes entendent poursuivre le combat. En représailles, des frappes du régime ont fait sept morts vendredi 26 octobre. Pour le Président français, l’enjeu est « la stabilité en Syrie pour éviter un nouveau désastre humanitaire ».

Cette rencontre quadrilatérale est inédite s’agissant de ce conflit qui a causé la mort de plus de 360 000 personnes et engendré le départ massif de dizaines de milliers de déplacés et réfugiés. Si aucune annonce majeure n’était attendue à l’issue de ce sommet aux « attentes modestes », cette réunion est l’occasion pour les quatre dirigeants de trouver des terrains d’entente pour l’avenir du régime de Damas. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri PESKOV a d’ailleurs appelé à « harmoniser les positions ».

Moscou et Ankara occupent, avec Téhéran, le devant de la scène concernant la situation en Syrie, où ils y ont investi d’importantes ressources militaires. Le rôle de Paris et Berlin, membres du « small group » (Allemagne, Arabie saoudite, Égypte, États-Unis, France, Jordanie et Royaume- Uni) en charge de trouver une solution politique à la Syrie, est éclipsé par les actions iraniennes, turques et russes. Par le biais d’une coopération solide avec la Turquie, hôte de ce sommet, les deux principales puissances de l’Union européenne espèrent revenir au premier plan des négociations.

De fait, les quatre Etats, en réaffirmant « leur fort engagement à la souveraineté, l’indépendance, l’unité et l’intégrité territoriale de la République arabe syrienne et aux principes de la Charte des Nations Unies », soulignent « leur ferme conviction qu’il ne peut y avoir une solution militaire pour régler ce conflit ». Ils préconisent ainsi un « processus politique négocié, en rapport avec la résolution 2254 » de 2015 et insistent sur une « coordination internationale dans le but de trouver une solution crédible et durable au conflit syrien ». Les discussions ont également abordé le retour des personnes réfugiées et déplacées dans de bonnes conditions. En s’engageant à travailler conjointement dans le dessein de « créer des conditions de paix et de stabilité en Syrie », les Etats affirment « renforcer le consensus international ».

Le Président français s’était entretenu le 21 octobre avec son homologue américain, Donald TRUMP et avait, entre autres sujets, « abordé la situation en Syrie ». Les Etats-Unis et l’Iran sont les grands absents de ce sommet à la configuration exceptionnelle, qui réunit des Etats aux avis divergents sur l’avenir de Bachar al-ASSAD mais partageant l’objectif commun d’une Syrie stable.