Guerre

Afghanistan : Facilité à déclencher la guerre, difficultés à y mettre fin – par Mustapha Benchenane

Un article de Mustapha Benchenane, docteur d’Etat en science politique, conférencier au Collège de l’OTAN et éditorialiste à l’institut FMES.

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La guerre en Afghanistan a commencé le 7 octobre 2001 par l’opération “Enduring freedom”
(Liberté immuable). Elle est, à ce moment-là, exclusivement américaine, dans le cadre du droit à la légitime défense. En effet, les États Unis venaient de faire l’objet d’une agression contre leur propre territoire le 11 septembre 2001. La Force Internationale d’Assistance et de Sécurité (FIAS) intervient en Afghanistan après le vote par le Conseil de Sécurité de l’ONU de la Résolution 1386 le 20 décembre 2001. L’OTAN en a pris le commandement en août 2003. La FIAS était constituée de 130 000 hommes dont 90 000 Américains. Cette guerre se poursuit en 2019 et elle est quatre fois plus longue que la Seconde guerre mondiale…Les Américains essaient de se désengager partiellement et, pour ce faire, ils ont entamé depuis 2018 à Doha (Qatar) des négociations avec les “Talibans” qu’ils avaient chassés du pouvoir en novembre-décembre 2001. Pourquoi une guerre si longue, et pourquoi cette impasse dans laquelle se trouve Washington ?

 

DES ERREURS INITIALES CAUSE DE L’IMPASSE

Le gouvernement américain a immédiatement accusé Al Al-Qaïda et son chef Ben Laden réfugié en Afghanistan d’être les auteurs de l’attaque contre les tours jumelles à New-York et contre le Pentagone à Washington le 11septembre 2001. Il convient de rappeler que Ben Laden avait été l’un des meilleurs alliés des États-Unis dans la guerre contre les Soviétiques qui avaient envahi l’Afghanistan en 1979. A cette époque, l'”ennemi principal” des Américains était Moscou et cela depuis la “guerre froide” en 1947 en Europe. Ben Laden et la “légion islamique” étaient armés, équipés, entraînés par la CIA. Ce conflit a duré du 27 décembre 1979 au 15 février 1989. Les divergences entre ces alliés sont apparues à partir du 2 août 1991 lorsque Saddam Hussein a envahi le Koweït. Le désaccord a porté sur la manière de libérer le Koweït, Ben Laden étant hostile à une intervention militaire américaine à partir de l’Arabie “terre d’islam”, donc “sacrée”. De surcroît, les États Unis ont contribué à la prise du pouvoir par les “Talibans” à Kaboul en 1996. C’est en particulier lors d’une réunion qui s’est tenue le 21 septembre 1994 au Pakistan entre les représentants des États-Unis, du Pakistan et de l’Arabie Saoudite, que le plan visant à soutenir les “Talibans” est passé à la phase opératoire. On se rend compte à ce stade que la politique de Washington dans cette région est complexe sinon équivoque. Mais on peut aussi constater qu’il arrive souvent que les “amis” d’aujourd’hui deviennent les “ennemis” de demain et inversement. Il n’empêche que les Américains ont manqué de discernement.

L’intervention armée en Afghanistan avait un but de guerre : vaincre Al Al-Qaïda et renverser le régime taliban du Mollah Omar puisque Kaboul refusait de livrer Ben Laden.

Dès la conception de cette opération des fautes stratégiques ont été commises, d’où l’engrenage dans lesquelles Américains se sont eux-mêmes piégés.

En effet, ils se sont livrés à des bombardements massifs qui ont provoqué des “dommages collatéraux” importants, et ils ont engagé des troupes au sol, nombreuses et sur une longue durée. Or, dès la fin du mois de décembre 2001, l’objectif de guerre était atteint : Il n’y avait plus de combattants de Al-Qaïda en Afghanistan car, soit ils avaient été tués, soit ils s’étaient réfugiés dans les zones tribales au Pakistan. Quant au régime taliban, il avait été éliminé. La mission était donc remplie. Mais c’est à ce moment-là que les États-Unis ont décidé de fixer de nouveaux objectifs de guerre : mettre en place la démocratie dans ce pays. De “libérateurs”, les Américains sont devenus très vite des occupants aux yeux de beaucoup d’Afghans. Les incursions de soldats dans les maisons en pays d’islam, les victimes civiles de plus en plus nombreuses, la mise en place d’un régime pro américain incompétent et corrompu, l’absence d’État de droit, l’arbitraire de chefs locaux se comportant en roitelets, le retour à l’économie de la drogue faisant de l’Afghanistan un “narco État”. Ces facteurs ont grandement contribué au retour des « Talibans » et à la multiplication des individus, des clans, des tribus, qui voulaient se venger parce que un de leur proche avait été tué par les militaires occidentaux.

Les Américains ont proclamé haut et fort leur méthode : « tuer les Talibans et gagner les esprits et les cœurs ». Ils se sont inspirés de la guerre d’Algérie et des “enseignements” du Lieutenant-colonel Galula et du Colonel Trinquier. Or ces deux objectifs sont irréductiblement incompatibles car quand vous tuez un combattant, et compte tenu de la structuration de la société afghane en ethnies, tribus, clans, le “code d’honneur” dicte de mener un combat total contre les “coupables”…Si bien que les troupes américaines et leurs alliés se sont trouvés dans une guerre sans fin.

Quant à mettre en place une “démocratie “dans un environnement qui n’a jamais connu ce type de régime, c’était un leurre, car la démocratie est d’abord une culture qui nécessite un long processus d’apprentissage.

Cette démarche devait comprendre la mise en place d’une « armée nationale » afghane. Dans ce domaine également, le Président G.W Bush et ses conseillers appartenant au courant « néoconservateur », n’ont pas compris que l’on ne peut pas mettre en place une “armée nationale” là où il n’y a pas de nation…. Qu’elle est la situation aujourd’hui ?

 

TRAGIQUE ENTÊTEMENT

Plus ils s’égaraient dans cette guerre sans issue et plus le commandement américain demandait des moyens supplémentaires en hommes et en matériel. Cette impasse a été mise à profit par les sociétés privées de sécurité (SMP) qui ont employé jusqu’à 74000 personnes, majoritairement regroupées au sein de la “Private Security Companies of Afghanistan”. Il existe une étroite connexion entre ces mercenaires et l’armée américaine. Par exemple, la société “Military Professional Ressources Inc”, filiale de “L.3 communications” a employé plus de 300 Généraux américains.

Quant à l’ « afghanisation de la guerre », elle a pour seul résultat l’aggravation de la guerre civile entre Afghans, notamment parce que la constitution d’une “armée nationale” afghane est un leurre et une illusion. De plus, ce conflit doit être placé dans son environnement régional, le Pakistan, l’Inde, l’Iran, étant soit “impliqués”, soit “concernés”, ou “intéressés” par cet enjeu stratégique. Pour le Pakistan, en particulier, l’Afghanistan constitue une profondeur stratégique dont il dit avoir un besoin vital dans son antagonisme avec l’Inde. La présence militaire massive des Américains et de leurs alliés n’a pas mis fin à une économie fondée sur la drogue : l’Afghanistan produit 93% de l’opium mondial. Selon l’Office des Nations Unies contre la drogue (UNODOC), 100 000 personnes meurent chaque année à cause de l’opium afghan.

Lorsqu’il avait été élu, le président Obama avait semblé comprendre que son pays devait se retirer militairement d’Afghanistan. Mais en 2010, le général David Petraeus l’a convaincu d’envoyer des renforts importants (“Surge”) afin de vaincre définitivement les « Talibans ». Presque dix années après, la situation reste inextricable. La création de milices pro gouvernementales encadrées par la CIA ajoute à la complexité du problème. Ces milices sont censées pallier les défaillances de l’ « armée nationale » afghane, affaiblie par la corruption et les désertions. Elles interviennent au côté des forces spéciales américaines sans avoir de compte à rendre au gouvernement de leur pays. Elles se livrent, en toute impunité, à des exactions régulièrement dénoncées par des organisations de défense des droits de l’Homme et par le CICR.

Le Général Scott Miller a déclaré l’année dernière, avant de prendre le poste de chef des forces armées américaines et de l’OTAN en Afghanistan, qu’il n’était plus question de justifier la présence de son pays par la nécessité de « scolariser les petites filles afghanes et tout cela… ». Mais bien que ce soit important pour le futur de l’Afghanistan, ce n’est pas notre priorité. L’objectif c’est de garder les forces de sécurité afghane en vie afin qu’elles soient un partenaire fiable, et d’éliminer un maximum de commandants des forces antigouvernementales”.

Pour l’heure, les négociations de Doha visent à désengager l’armée américaine dans les moins mauvaises conditions possibles, tout en maintenant sur le terrain un contingent de 6800 hommes avec, en particulier, une capacité de frappe constituée de forces spéciales et l’aviation, ce que les « Talibans » refusent.

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Dès septembre 2001, une autre politique était possible et souhaitable. Elle aurait consisté, dans le cadre de la légitime défense, en s’appuyant d’abord et avant tout sur le renseignement, à identifier les responsables de l’attaque contre les États-Unis. Une fois ce travail achevé, la seconde étape aurait consisté à éliminer physiquement ces individus par le moyen de frappes circonscrites et de courte durée. Au besoin, si l’action sur le terrain s’avérait indispensable, le seul recours à des forces spéciales aéroportées, exfiltrées dès la mission accomplie, aurait suffi pour atteindre l’objectif de guerre, c’est à dire frapper la “tête du serpent”… Cette méthode, accompagnée des mesures les plus strictes de sanctions visant à affaiblir les « Talibans » afin de susciter, de l’intérieur, des réactions de rejet de ce régime totalitaire, auraient au moins mérité d’être tentées.

Ce qui était prévisible dès 2001, c’est que l’envoi de troupes au sol sur une longue durée, ne pouvait produire d’autres conséquences que celles constatées depuis dix-huit années.

Guerre au Yémen : catalyseur des tensions entre Arabie saoudite et Emirats arabes unis

Des séparatistes à Aden. 29 août 2019. Tous droits réservés.

Le mardi 3 septembre, un rapport des Nations unies, qui sera présenté au cours de la prochaine session du Conseil des droits de l’homme du 9 au 27 septembre, fait état des multiples « crimes de guerre » dans le pays commis par les diverses parties.
Depuis 2015 et l’éclatement du conflit, la guerre au Yémen a fait des dizaines de milliers de morts et a durement éprouvé les civils. Pour l’ONU, il s’agit de la « pire crise humanitaire au monde ».
Appelé autrefois « l’Arabie heureuse », le Yémen est aujourd’hui le pays le plus pauvre de la péninsule arabique. Embourbé dans des conflits internes depuis une cinquantaine d’années, il est aujourd’hui le théâtre d’une véritable guerre. En mars 2015, les Houthis, une faction minoritaire du chiisme appuyée par l’Iran et le Hezbollah libanais, ont pris le contrôle du palais présidentiel et de la capitale Sanaa. Le gouvernement d’Abdrabbo Hadi, d’abord replié à Aden puis réfugié en Arabie saoudite, demande l’aide de Riyad, son allié historique. Le royaume wahhabite, dirigé par le prince héritier Mohamed ben Salmane (MBS), met en place sous son commandement une coalition de pays arabes voisins pour combattre les Houthis et soutenir les forces loyales au Président Hadi. Sur le sol yéménite, l’Arabie saoudite se livre alors à une guerre par procuration avec l’Iran, son principal rival dans la région. Riyad et Téhéran se disputent en effet le leadership au Moyen-Orient et le conflit au Yémen s’inscrit dans un contexte d’escalade des tensions.
Depuis le mois d’août, un nouveau front s’est ouvert dans un Yémen déjà fragmenté. A Aden, les forces gouvernementales s’opposent aux séparatistes ayant pris le contrôle de la ville qui réclament l’indépendance du sud du pays. Les Emirats arabes unis, engagés dans le conflit depuis ses débuts et considérés comme un pilier de la coalition commandée par le royaume wahhabite, sont accusés d’aider une faction des séparatistes. Abou Dhabi se justifie en avançant avoir mené des raids aériens, notamment contre des « milices terroristes », dans un cas de « légitime défense ».
En juillet, l’émir ben Zayed (MBZ) avait annoncé la réduction de ses troupes, déplorant des pertes importantes en termes d’hommes – Abou Dhabi ayant envoyé un nombre conséquent de soldats sur le sol yéménite. Pour le New York Times, ce revirement des EAU démontre à quel point les combats pesaient lourdement sur l’alliance émirati-saoudienne, les deux Etats étant les plus gros contributeurs tant en moyen humain que matériel au sein de la coalition.
La situation au Yémen cristallise les tensions entre les deux grands pays du Golfe et fait la lumière sur les objectifs différents poursuivis par Riyad et Abou Dhabi. Si les deux pays partageaient, au début de la coalition, la volonté de remettre Hadi en place, désormais, leurs desseins divergent. Tandis que l’Arabie saoudite entend s’affirmer comme la puissance régionale dominante face à l’Iran en combattant les Houthis, les Emirats arabes unis, poursuivent un objectif territorial. Le sud du Yémen est en effet considéré comme une base permettant d’étendre l’influence émiratie en direction de la mer Rouge et de la corne de l’Afrique. A ce titre, les Emirats ont financé divers groupes séparatistes qui leur sont aujourd’hui favorables. La configuration du Yémen antérieure à la réunification de 1990 – correspondant à un pays scindé entre nord et sud – profiterait donc à Abou Dhabi, selon Gilles Gauthier, ancien ambassadeur de la France au Yémen. Ceci n’occulte en rien, pour Riyad, que les Houthis représentent une menace à la frontière sud.
Face aux « ingérences flagrantes des Emirats », le président Hadi a demandé à l’Arabie saoudite d’intervenir. Toutefois, il se heurte au silence de Riyad, qui se trouve très embarrassé par la dislocation de sa coalition.
Après des décennies de rivalités entre les Saoud et les Zayed, l’entente cordiale et respectueuse qu’entretiennent les princes héritiers MBS et MBZ apporte un nouveau souffle à la relation entre les deux pays constituant l’axe fort dans la région en incarnant des alliés symboliques et historiques. Les récents événements prouvent néanmoins les failles de cette alliance et percent au grand jour les différends opposant l’émirat et le royaume saoudien.
Or, l’Arabie saoudite, dans son combat contre les Houthis a tout intérêt à bénéficier de l’appui militaire des Emirats et devrait favoriser la réconciliation entre le gouvernement et les séparatistes. Dans une volonté d’afficher un front uni en dépit des divergences évidentes, les journaux d’Arabie saoudite et des EAU ont affirmé leur soutien mutuel face aux grands défis que connait la région. A ce titre, l’émirati MBZ a déclaré : « Les EAU et l’Arabie saoudite sont des partenaires. (…). Nos objectifs communs sont la sécurité des Emirats et de l’Arabie saoudite et la stabilité de la région. Nous partageons également un destin et un avenir communs ».
Ces tensions au sein du couple le plus puissant du Golfe bénéficie au rival qatari. En effet, pour le média Al Jazeera, le conflit yéménite est dans une impasse. La position des EAU au Yémen « fait partie d’une stratégie globale pour maintenir la nation la plus pauvre du monde arabe dans un état de faiblesse permanent afin de servir ses propres objectifs ». S’agissant du prince héritier MBS, il est, pour le journal qatari, empêtré dans des « sables mouvants » au Yémen : « incapable de remporter la victoire et incapable de quitter le pays ».
Le ministère français des Affaires étrangères condamne les attaques et affirme agir « en faveur d’une solution politique » en soutenant la position des Nations unies « en vue d’une reprise des discussions sur un accord politique global et inclusif ». Toutefois, la communauté internationale peine à s’imposer sur ce dossier crucial du bassin méditerranéen dont les conséquences géopolitiques peuvent avoir des répercussions sur le sol européen.

Carte du Yémen et forces en présence. Tous droits réservés.

Syrie : la percée des forces pro régime autour d’Idlib

Des frappes attribuées au régime dans la région de Maar Hitat, dans la province d’Idleb, le 20 août 2019.
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En Syrie, l’offensive du régime de Bachar al-Assad se poursuit. Le lundi 19 août, les forces gouvernementales, appuyées par leur allié russe ont avancé dans le nord-ouest du pays et pris la ville stratégique de Khan Cheikhoun dans la région d’Idlib.

La province d’Idlib est dominée par le groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Cham de l’ex-branche syrienne d’Al Qaïda. Abritant des groupes rebelles pro turcs, la région est la cible depuis quelques mois de bombardements du régime syrien et de la Russie.

Dans ce conflit, la Turquie soutient certains groupes rebelles. De fait, les tensions s’accroissent entre Ankara et Damas. Le 19 août dernier, un convoi militaire turc comprenant 50 véhicules, dépêché après l’entrée des forces pro régime dans la région, a fait l’objet de bombardements syriens et russes, causant la mort de trois personnes. Si Ankara a déploré la perte de trois civils, pour l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), il s’agit de trois combattants rebelles affiliés à la Turquie. Face à cette attaque, le ministre turc des Affaires étrangères a averti la Syrie de ne pas « jouer avec le feu » et a assuré faire le nécessaire pour la sécurité des soldats turcs.

En septembre 2018, des accords ont été conclus entre la Turquie et la Russie à Sotchi en faveur d’un cessez-le-feu dans la région, un accord partiellement appliqué. Pour autant, Ankara et Moscou continuent de s’opposer en soutenant des camps syriens antagonistes, suscitant l’inquiétude la communauté internationale. Le Président français Emmanuel Macron, lors de sa rencontre avec son homologue russe Vladimir Poutine, a rappelé l’importance de respecter l’accord conclu. Et Vladimir Poutine de répondre qu’il soutient l’armée syrienne contre les « terroristes ». Au même titre, l’Organisation des Nations unies se dit « préoccupée par l’escalade continue dans le nord-ouest du pays ». Le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, exhorte toutes les parties « à respecter pleinement le droit international humanitaire et réitère son appel urgent pour que le Mémorandum d’accord de septembre 2018 soit maintenu ».

En dépit d’une reconquête massive du territoire par le régime, la majeure partie de la région d’Idlib, à l’instar des provinces voisines d’Alep et de Lattaquié, ne sont pas sous contrôle du président syrien. La mainmise sur Khan Cheikhoun symbolise malgré tout l’inexorable reconquête des forces de Bachar al-Assad après plus de huit années de conflit. D’ailleurs, depuis le mois d’avril, la région d’Idlib a fait l’objet de lourds combats faisant des civils les premières victimes, avec la mort de 860 d’entre eux selon l’OSDH. Selon les Nations unies, ces combats ont également provoqué le déplacement de plus de 400 000 personnes.

Depuis la répression initiée par le régime syrien en 2011, le conflit en Syrie a fait plus de 370 000 morts et déplacé plus d’un million de personnes. Les différentes parties du pays ont fait l’objet de jeux d’alliances des puissances régionales et internationales. Ce conflit est sans doute aujourd’hui le dossier le plus sensible de l’espace méditerranéen.

Libye : les combats se poursuivent malgré la trêve

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En Libye, les combats entre les deux parties du pays – menées par Khalifa Haftar et Fayez al-Sarraj – se poursuivent. A l’occasion de l’Aïd al-Adha – fête religieuse se déroulant du dimanche 11 août au mardi 13 août – et sur recommandation de l’Envoyé spécial de l’Organisation des Nations unies en Libye Ghassan Salamé, une trêve avait été réclamée. La gravité, la violence et la longévité des combats   implique une nécessaire présence de l’ONU sur le dossier libyen et suscite une légitime inquiétude de la communauté internationale. Dans une déclaration conjointe du 11 août 2019, les Emirats arabes unis, les Etats-Unis, la France, l’Italie et le Royaume uni ont salué l’annonce de cette trêve et ont « invité les parties à cesser les hostilités sur l’ensemble du territoire libyen ». Les Etats signataires se disent « prêts à appuyer les Nations unies pour assurer le respect de la trêve et à prévenir toute tentative de la rompre » et rappellent qu’« il ne peut y avoir d’option militaire en Libye ».

Mais en dépit de ces efforts, l’accord de la trêve a pris fin au bout de 24 heures. En effet, le lundi 12 août, des tirs de roquettes ont visé l’aéroport de Mitiga, le seul aéroport opérationnel à Tripoli. Le trafic aérien a donc été suspendu « jusqu’à nouvel ordre ».

L’armée nationale libyenne (ANL) de l’autoproclamé Khalifa Haftar et les forces du gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, reconnues par la communauté internationale, s’affrontent depuis plus de quatre mois autour de la capitale. En effet, depuis le 4 avril dernier, le maréchal Haftar, l’homme fort de l’Est libyen a lancé une offensive pour conquérir Tripoli. L’aéroport de Mitiga, sous contrôle du GNA, est souvent visé par les milices d’Haftar. Face à l’enlisement de la bataille pour le contrôle de la capitale – ses forces ont multiplié les raids aériens.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, les combats dans la région ont fait 1 093 morts, 5 752 blessés et ont provoqué le déplacement de plus de 120 000 personnes.

Le porte-parole du GNA, Moustafa al-Mejii, accuse les forces d’Haftar d’avoir violé la trêve à deux reprises et prévient que les forces du GNA « détiennent tous les moyens de riposte à tout moment ».

Le raid contre l’aéroport survient dans un contexte d’escalade de tensions dans le pays. En effet, il succède à l’attentat contre un convoi de l’ONU à Benghazi, causant la mort de trois agents de la Mission des Nations unies en Libye (MANUL) le samedi 10 août. Cette attaque à la voiture piégée, condamnée par l’ONU, révèle une fois encore le chaos régnant dans le pays. Toutefois, elle n’a pas été revendiquée par l’ANL.

Depuis 2011 et la révolte populaire libyenne ayant entrainé la chute du dictateur le colonel Mouammar Kadhafi, la Libye est en proie à l’insécurité avec la présence de groupes armés et rivaux qui ne cessent de s’affronter. Depuis 2014, le pays s’enfonce progressivement dans une guerre entre les deux parties menées par deux hommes forts que tout semble opposer. Les élections envisagées ne semblent pas ouvrir de perspectives rassurantes malgré les efforts de la communauté internationale. A ce conflit s’ajoute celui d’un risque de crise migratoire affectant l’ensemble du pourtour méditerranéen.

L’insécurité en Libye a donc de quoi inquiéter les rives Nord et Sud de la région.

Les Balkans occidentaux, confins sécuritaires de l’Europe ou cheval de Troie d’un nouvel islamisme ?

Par Jean-Philippe Pierre, docteur en Géographie – Géopolitique, spécialiste des zones de crise et des mouvements de populations et directeur du centre méditerranéen en Innovation et Economie de Défense de l’institut FMES.

Article publié dans le numéro d’été 2019 de la Revue Défense Nationale.

Carte des Balkans.
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Depuis les limes de Rome pour se protéger des barbares, en passant par les confins entre Empires Austro-Hongrois et Ottoman, jusqu’aux frontières floues d’une Union européenne hésitante, l’espace balkanique a joué un rôle tampon.

Fragilisée par les guerres de Yougoslavie qui ont abouti à l’éclatement de l’ancienne république fédérale, cette région véritable « charnière stratégique » est aujourd’hui soumise à des influences extérieures qui s’appuient sur des haines violentes et un désarroi économique et social profond.

Les années d’affrontements qui se sont déroulés entre 1991 et 2008 ont laissé des stigmates profonds dans des sociétés déjà héritières d’un lourd passé.

Consciente qu’elle ne peut laisser à ses portes, des Etats si ce n’est faillis, au moins en besoin de développement, l’Union Européenne cherche des solutions pour y réinstaurer un semblant de stabilité.

Les Balkans restent néanmoins soumis à des forces centripètes qui au contraire y entretiennent le statu quo soit par intérêt immédiat, soit pour des objectifs à plus long terme.

Héritage historique

Les violences qui au cours de la décennie 1990 ont conduit à la dislocation de la Yougoslavie prennent leurs origines avant même que cet Etat fédérant les peuples des Balkans ne voit le jour. Aujourd’hui, les armes se sont tues, mais les tensions n’ont pas disparu pour autant. Même si certains pays issus de cette crise semblent bien engagés sur la voie du développement, la région reste profondément meurtrie et des motifs graves de tensions entre et au sein des peuples demeurent.

La Yougoslavie, a pu au moment de sa création représenter la solution qui permettrait de faire vivre ensemble et en paix les peuples slaves du Sud. Mais très vite, il est devenu évident que l’origine slave commune ne suffirait pas à faire de ce pays une Nation. Ces peuples n’ont ni langue commune, ni histoire commune et surtout aucune envie de vivre ensemble. Les différences culturelles sont telles qu’aucun peuple qui composait la fédération yougoslave n’avait de traditions communes plus fortes avec son voisin yougoslave qu’avec un voisin extérieur, les Slovènes avec les Italiens, les Croates avec les Autrichiens, les Serbes avec les Hongrois ou les Bulgares, les Kosovars avec les Albanais et les Turcs.

Sans chercher à remonter trop loin dans l’histoire, il est intéressant de souligner l’impact qu’a produit l’occupation Ottomane pendant près de cinq siècles sur les relations entre les populations concernées. Les Turcs ont occupé la Roumanie, la Bulgarie, la Grèce, l’Albanie, la Bosnie et la Serbie depuis le XIVème siècle, la Croatie, et la Slovénie appartenant alors au royaume des Habsbourg ont servi de rempart à l’avancée ottomane. Confins militaires des deux camps, les abords des lignes de contact, en particulier la Krajina Bosnienne ou la Slavonie tout comme une bonne partie de l’actuelle Bosnie Herzégovine ont été données en servage à des paysans soldats originaires d’un camp ou de l’autre en fonction des influences du moment. Ainsi, une mosaïque de groupes ethnolinguistiques s’est composée au fil des siècles avec pour seul point commun leur attachement par le sang à la terre qu’ils ont cultivée et défendue. Ces territoires se composent d’un entrelacs de villages tantôt serbe orthodoxe, tantôt bosno-musulman ou croate catholique, ayant connu des fortunes diverses au grès des occupations.

Depuis les accords de Dayton en 1995, la Bosnie-Herzégovine, est divisée en deux entités autonomes distinctes : la Fédération de Bosnie-Herzégovine à dominante bosniaque (musulmane) et croate, et la République serbe de Bosnie, auxquelles s’ajoute le district de Brčko géré par l’État central. L’État central est dirigé par une présidence collégiale au sein de laquelle sont représentés les trois « peuples constitutifs ». Chaque composante ethnique dispose d’une minorité de blocage au sein du Parlement central. Les Bosniaques musulmans démographiquement majoritaires, tentent de leur côté de renforcer le rôle du gouvernement central, alors que les Croates, à la recherche de leur propre entité autonome, et les Serbes, tentés par le rattachement à la Serbie, s’efforcent d’enrayer les processus législatifs. Les élections présidentielles et législatives d’octobre 2018 se sont encore déroulées selon ces lignes ethniques, elles ont placé les partis nationalistes en position de force dans les assemblées.

La ville de Gačko, à 70 km au Sud de Sarajevo, tout près de la frontière avec le Monténégro résume parfaitement cette situation. Cette ville peuplée essentiellement de Serbes est installée au milieu d’une vallée qu’elle partage avec deux villages musulmans Meduljici et Kula installés au piémont du mont Zelengora qui borde la vallée au Sud. La ville Serbe vit aujourd’hui, de maigres revenus agricoles et de l’emploi que produit la centrale thermoélectrique construite non loin de la ville. Les deux communautés vivent depuis des siècles dans une indifférence relative. Les bosno-musulmans ont érigé, autrefois, à l’extrémité d’une colline une petite tour (Kula en serbo-croate) afin de surveiller les Serbes et de donner l’alerte en cas d’attaque. Ces derniers en plus de cultiver la partie riche de la vallée y élevaient des chevaux. Lors des différentes périodes d’occupation de la région, ils fournissaient leurs montures aux cavaliers autrichiens ou au cours des deux conflits mondiaux, collaboraient avec l’armée allemande. Les musulmans plus riches et ayant profité de leurs échanges avec les occupants à plusieurs reprises subirent parmi les premiers les représailles serbes en 1992.

Cette même zone a fait l’objet à partir de 2000 du plus important programme de réinstallation de bosno-musulmans dans la région. Des efforts considérables ont été consentis par des ONG et les Nations Unies pour y reconstruire les deux villages détruits par les Serbes qui eux, considérés comme les agresseurs, n’ont bénéficié d’aucune aide, nourrissant une fois encore la rancœur.

Cet épisode crisogène a touché chaque communauté, chaque village, chaque famille. L’extrême violence motivée par des ressentiments accumulés au fil du temps vient à son tour s’ajouter à la liste déjà longue des griefs de chacun à l’encontre de tous les autres. La paix ressentie comme imposée par ceux qui ont été déplacés ou chassés de leurs maisons doit maintenant porter du fruit pour rompre définitivement avec le cycle de la violence inhérent à ces territoires. Ce qui n’est pas évident puisque les pays issus de cet éclatement ont tendance aujourd’hui à éviter toute coopération entre eux.

 

L’Union Européenne peut-elle donner du sens à la paix ?

Au cours des affrontements les différentes communautés ont développé des stratégies pour s’adapter à la situation et traverser cette période de tension dans les meilleures conditions. Les dégâts causés par 17 années d’instabilité ont fortement mis à mal les infrastructures et les services. L’éclatement de l’Etat fédéral à contraint chacun des nouveaux Etats à s’organiser, à créer des services publics et à se doter de moyens propres. Tous ces efforts demandent des moyens financiers importants et, si l’on se réfère à la situation avant la crise, les industries sont peu nombreuses et mal réparties, l’agriculture est presque essentiellement domestique et en dehors des villes, le système éducatif est très en retard. Avec un taux de croissance économique actuel légèrement supérieur à 3 %[1], il faudrait soixante ans aux pays des Balkans occidentaux pour atteindre le niveau de revenu moyen des pays de l’Union. La reconstruction et le développement de ces sociétés ne reposent donc que sur des aides extérieures. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission Européenne, prédit que sans une action réelle de l’Union, « nous allons revivre tous les malheurs que nous avons connus pendant les années 1990[2] ». Malgré ces bonnes intentions, il semble peu envisageable que ces pays intègrent prochainement le groupe européen.  Les dernières vagues d’élargissement, ont affaibli l’Union européenne et pour beaucoup de ses dirigeants, il est nécessaire de se donner du temps pour contrer la montée des courants populistes, eurosceptiques ou europhobes. C’est en substance ce qui est ressorti des discussions lors du sommet de Sofia en mai 2018, réunissant les 28 membre de l’Union et les représentants des six pays des Balkans occidentaux (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro, Macédoine et Kosovo).

Faute d’engagements concrets vers une intégration de ces Etats, les Européens déploient des actions, souvent en ordre dispersé, visant à faciliter les échanges, à lutter contre l’immigration ou l’insécurité. L’UE a mis en place des organes destinés à faciliter le rapprochement avec les Balkans occidentaux. Elle y fixe des obligations et des devoirs contractuels adaptés à chaque pays, dans le but de stabiliser la zone et de préparer leur adhésion. Elle a investi 11,7 milliards d’euros pour aider les pays concernés à se réformer. Le processus de Berlin, depuis 2014, en s’appuyant sur des réunions ministérielles thématiques, doit favoriser l’intégration des Balkans occidentaux dans l’UE. En 2018, le thème en était « la sécurité ».

Les tensions ethniques, sociales, religieuses et inimitiés traditionnelles de cette région, restent importantes. Il semble que l’UE n’ait pris conscience que récemment que le processus de réconciliation risquait d’être long et que la seule promesse d’adhésion à l’Union ne suffirait pas à effacer des siècles d’inimitiés et de rancunes.

 

Le jeu des mafias et des islamistes

La dynamique de reconstruction post-crise n’a pas permis aux nouveaux Etats des Balkans occidentaux de se développer suffisamment vite pour répondre aux préoccupations légitimes de leurs populations. Dans ce contexte, le même genre de stratégies d’adaptation que celles développées pendant la guerre se mettent en place et viennent concurrencer les activités légales.

Le chômage est l’un des principaux freins au développement. Il frappe surtout les jeunes générations touchant plus d’un jeune sur deux (50%) dans l’ex-République yougoslave de Macédoine, en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo. Conséquences des années de crise, une majeure partie d’entre eux n’a pu suivre de formations qualifiantes. Parmi ceux qui ont eu la possibilité de se former, un grand nombre choisit l’expatriation alimentant ainsi le triple effet négatif de la fuite des cerveaux, du vieillissement de la population et de la dépendance aux capitaux de la diaspora. D’après la Banque mondiale, ces capitaux représentent en moyenne 10 % des PIB nationaux.

Pour ceux qui restent, les trafics et les mafias sont des alternatives possibles. Ces acteurs de l’ « antimonde »[3] y entretiennent le statu quo qui sert leur intérêt immédiat. Faute de circuits normaux d’approvisionnement, une économie parallèle s’est mise en place comme pendant la guerre, quand elle permettait d’échapper aux contrôles et séquestres de l’adversaire. Comme ces filières plus discrètes échappaient au contrôle des autorités locales ou internationales, elles ont rapidement fait l’aubaine d’organisations mafieuses. Plus grave encore, les mafias sont même parvenues à corrompre ou à s’immiscer dans la vie politique des Etats.

Le cas de Podgorica, une célèbre petite station balnéaire considérée comme « la perle du Monténégro », est emblématique de cette situation. Elle est administrée depuis le début des années 90 par le même homme et son clan, Milo Djukanovic[4], qui conduit actuellement la liste de la coalition au pouvoir, la compromission des politiques avec la mafia en fait une plaque tournante de la corruption, du narcotrafic et du blanchiment d’argent.

Autre exemple, au Kosovo en 2004, un rapport des services de renseignement de la KFOR présentait M. Xhavit Haliti, l’un des fondateurs de l’UCK (Armée de Libération du Kosovo) devenu membre influent du parti au pouvoir comme un membre de la Mafia kosovare. Dès la création de l’UCK, les autorités de la KFOR ont suspecté les liens de ses dirigeants avec les organisations mafieuses de la région. Ses liens avec la criminalité organisée lui auraient permis entre autres d’éliminer certains opposants. Les trafics très lucratifs conduits sous couvert de l’UCK ont permis à certains de ses dirigeants de faire fortune. Dans ce même rapport, les enquêteurs de la KFOR font part de leurs soupçons à leur encontre de détournements de fonds, de racket et même d’avoir prélevé des organes sur leurs prisonniers de guerre pour alimenter les réseaux de trafics d’organes. La quasi-totalité des politiques du pays serait concernée par ce rapport.

Par ailleurs, les Balkans occidentaux comptent une population musulmane importante : l’islam est pratiqué par 28% de la population de l’ex-République yougoslave de Macédoine, par plus de 50% de la population en Albanie et en Bosnie-Herzégovine et par 95% au Kosovo. Avant 1991 les pratiquants étaient modérés. Dès le début de la guerre, de nombreux combattants et imams salafistes fondamentalistes, venant de plus de trente pays étrangers, ont rejoint les Balkans pour combattre au sein de la 7ème brigade musulmane de l’Armée de Bosnie[5] nommée « El Moudjahid ». En plus d’épauler les musulmans de Bosnie, le but était de mettre en place un islamisme radical. Des enclaves islamistes se sont constituées depuis la fin de la guerre. Elles abritent des anciens combattants d’Afghanistan et des guerres des Balkans et ont fourni un important contingent estimé à près d’un millier de combattants pour combattre avec DAESH en Irak et en Syrie. Le problème du retour de ces combattants se pose de manière encore plus aigüe dans les Balkans qui n’offrent pas forcément les mêmes conditions de suivi de ces personnes qu’au sein de l’UE.

Enfin, dans le cadre de la stratégie néo-impérialiste du président Erdogan, la Turquie investit massivement économiquement et culturellement dans les Balkans. Ankara va même jusqu’à y pourchasser ses opposants, le 29 mars 2018, les services secrets turcs ont arrêté cinq enseignants et un médecin turcs légalement installés au Kosovo. Ils étaient accusés par Ankara d’être liés à Fethullah Gülen, considéré comme instigateur de la tentative de putsch de juillet 2016. La Turquie joue donc à la fois sur les hésitations de l’UE à intégrer les pays des Balkans pour faire cause commune et de son poids dans l’OTAN pour influencer le devenir des Etats de cette région.

La dernière séquence crisogène qui s’est déroulée dans les Balkans occidentaux a donc ravivé l’idée que cette région est à la fois une ligne de faille et un trait d’union où se côtoient des populations qui ont été dressées par l’histoire les unes contre les autres.

L’urgence aujourd’hui est au développement et s’avère être la seule arme contre l’installation durable d’organisations criminelles. La sécurité des Balkans est essentielle pour la sécurité européenne.

L’Union Européenne, première concernée par le devenir de cette région est engagée dans une course contre la montée des nationalismes, de l’Islam radical et de l’influence de ceux qui entretiennent le rejet de l’autre.

Les Balkans occidentaux sont donc bien une « charnière stratégique » qui est au cœur des préoccupations du fait de son instabilité potentielle.  Les uns voient dans cette instabilité un risque sécuritaire, c’est le cas des pays de l’Union Européenne. Les autres jouent de cette instabilité pour entretenir leurs activités du moment, c’est le cas des mafias, des partis nationalistes et populistes et des passeurs de migrants ou également, pour satisfaire des intérêts stratégiques à plus longs terme tels que l’instauration d’un islam radical aux portes de l’Europe (frères Musulmans ou Salafistes), la satisfaction d’enjeux économiques tels que les nouvelles routes de la soie ou enfin, pour exercer des pressions diplomatiques comme le fait la Turquie d’Erdogan.

[1] AP-OTAN, “Balkans occidentaux : évaluation de la transition économique”, rapport de la commission de l’économie et de la sécurité, 7 octobre 2017
[2] Sommet UE-Balkans 13 mai 2018
[3] « partie du monde mal connue et qui tient à le rester, qui se présente à la fois comme le négatif du monde et comme son double indispensable » – Roger Brunet 1992
[4]  Il a été président du Monénégro de 1998 à 2002 et Premier ministre de 1991 à 1998, puis pour deux autres mandats de 2002 à 2006 et de 2008 à 2010.
[5] Jérôme Bellion-Jourdan, Les Réseaux transnationaux islamiques en Bosnie Herzégovine. Le nouvel islam balkanique, sous la dir. de Xavier Bougarel, NathalieClayer, Paris, Maisonneuve et Larose

Au cœur de l’inextricable conflit libyen : 44 migrants meurent dans un raid aérien

Dans la soirée du 2 au 3 juillet, à Tadjourah, ville située à 14 kilomètres à l’est de Tripoli, 44 migrants ont trouvé la mort dans une frappe aérienne contre leur centre de détention.

Sans surprise, l’attaque fut très vite condamnée par une déclaration conjointe de l’agence des Nations unies pour les réfugiés (High Commissioner for Refugees (HCR)) ainsi que par l’organisation pour les migrations (OIM) appelant à une « enquête complète et indépendante » pour « traduire les responsables en justice ». Selon Amnesty International, les vies de 1,2 million de civils sont en danger à Tripoli, parmi lesquels les migrants, livrés à eux-mêmes, font bien souvent figure de premières victimes. Selon l’OIM, environ 660 000 d’entre eux vivraient sur le territoire libyen.

Depuis 2014, la Libye s’enfonce progressivement dans une guerre latente entre deux blocs antagonistes. Les forces loyales du gouvernement d’accord national (GAN) du premier ministre Fayez al-Sarraj, installées principalement à Tripoli et reconnues par la communauté internationale, s’opposent à celles de « l’armée nationale libyenne » (ANL) du général Khalifa Haftar affiliées à la chambre des représentants de Benghazi.

La complexité de la guerre s’explique par une superposition des conflits rendant l’issue pour le moins incertaine. A l’opposition traditionnelle entre nouvelles et anciennes élites, s’additionnent des rivalités religieuses ancrées et durables soutenues directement par les puissances régionales. A l’instar de ce qui s’est passé en Egypte en 2014 lors de la destitution du président Mohamed Morsi, la guerre dépasse le seul cadre libyen et empoisonne les relations régionales entre pays arabes. On observe véritablement en Libye le poids des influences des deux grands pôles sunnites du Moyen-Orient avec d’une part le Qatar, associé à la Turquie, soutenant ouvertement le GAN et, d’autre part, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis, par le biais de l’Egypte notamment, défendant les actions offensives du général Khalifa Haftar. De son côté, la France, qui est plutôt en soutien de l’ANL, semble faire preuve d’une certaine prudence sur la question en appelant « les parties à une désescalade immédiate et à la cessation des combats » en demandant également en parallèle « le retour rapide au processus politique sous les auspices des Nations Unies ».

Cet évènement contrarie l’initiative du président Fayez al-Sarraj d’organiser des élections d’ici la fin de l’année en Libye. Le processus de paix est donc aujourd’hui à l’arrêt et enfonce chaque jour davantage le pays dans l’instabilité. Or, la Libye englobe une zone stratégique majeure en proies aux trafics internationaux transitant par le Sahara. Le trafic humain, dont les migrants sont une des principales composantes, mais aussi tous les produits illicites, armes ou drogues, sont acheminés par cette route vers l’Europe. Les recettes profitent alors aux organisations terroristes de la zone.

Ainsi, sur la route des migrants, du sud vers le nord, le carrefour libyen, plongé dans un chaos sur les rives de la Méditerranée, menace la sécurité des frontières en Afrique du Nord. Celles-ci, cruciales pour la sécurité régionale avec d’inévitables conséquences en Europe, font du conflit libyen un enjeu stratégique dont l’issue n’a jamais semblé aussi loin.

Image satellite du centre de détention pour migrants après le raid aérien 

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Patrouilles conjointes russo-turques à Idlib


Un camp de réfugiés dans la région d’Idlib.
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Vendredi 8 mars 2019, le ministre turc de la Défense Hulusi Akar a annoncé des opérations conjointes entre la Turquie et la Russie à Idlib. L’agence de presse du gouvernement turc Anadolu a annoncé à la même date que l’armée turque avait achevé sa première patrouille de surveillance.

La province syrienne d’Idlib, au nord-ouest du pays, est le dernier bastion de l’opposition. Elle est contrôlée par l’organisation djihadiste Hay’et Tahrir al-Sham (HTS) héritière de la branche syrienne d’Al Qaïda. Cette province a fait l’objet, en septembre 2018, d’un accord entre le président turc Recep Tayyip Erdogan, soutient de la rébellion syrienne, et son homologue russe Vladimir POUTINE, allié indéfectible de Bachar al-Assad.

Les deux chefs d’Etats se sont accordés sur la mise en place d’une zone démilitarisée dite de « désescalade » sous leur contrôle, exigeant de fait le retrait des armes lourdes. Il s’agissait d’éviter la « pire catastrophe humanitaire du XXIème siècle », selon les mots de Marc LOWCOCK, secrétaire général adjoint de l’ONU. Le 14 février 2019 lors du sommet entre la Russie, la Turquie et l’Iran à Sotchi, les pays ont accepté de renforcer leur coopération dans le cadre du conflit syrien et de la situation à Idlib. Cette décision intervient alors que le cessez-le-feu entre opposition et forces du régime est fragile et n’a pas permis l’arrêt des combats. De surcroit, celui-ci a été mis à profit par les djihadistes du HTS pour étendre leur emprise sur le territoire au détriment d’insurgés plus modérés.

Dans cette région qui abrite plus de trois millions de personnes, souvent évacuées de poches insurgées conquises par le régime, l’intervention des forces russe et turque initié vendredi 8 mars entend ainsi empêcher le gouvernement syrien de Bachar al-Assad de lancer une nouvelle offensive. Hulusi Akar a ainsi déclaré : « notre coopération avec la Russie s’est améliorée. Nous considérons qu’il s’agit d’une étape importante pour la poursuite du cessez-le-feu et le maintien de la stabilité ». Conformément à l’accord conclu, les forces russes patrouillent au bord de la province tandis que l’armée turque se déploie dans la zone démilitarisée. Le ministre précise que les restrictions turques autour de l’espace aérien d’Idlib et d’Afrin ont été levées et qu’Ankara réclame de Moscou qu’elle fasse pression sur le gouvernement syrien afin de cesser ses attaques.

Moscou et Ankara occupent, avec Téhéran, le devant de la scène concernant la situation en Syrie, où ils y ont investi d’importantes ressources militaires. Si les deux Etats ne soutiennent pas le même camp, l’annonce du retrait des troupes américaines est une nouvelle occasion pour eux de renforcer leur position dans ce conflit.

Idlib étant une région abritant un nombre important de civils, la fin du cessez-le-feu pourrait engendrer une nouvelle vague migratoire en direction de la Turquie. Ankara, qui partage une frontière longue de 900 kilomètres avec Damas et qui accueille déjà un nombre important de réfugiés syriens, craint un nouvel afflux.

Depuis le début de l’année, Anadolu estime à au moins 111 le nombre de civils tués dans la région d’Idlib dans des attaques causées par le régime syrien. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, 504 personnes sont décédées dans les régions d’Idlib, Alep et Hamas depuis avril 2018.

Yémen : une situation inquiétante malgré les efforts de l’ONU

 

Des Yéménites lors d’un rassemblement de soutien aux rebelles houthis près de Sanaa, le 21 février 2019.
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Après plus de quatre années de conflit, la situation reste préoccupante au Yémen. Depuis plusieurs mois, des ONG et l’Organisation des Nations Unies alertent sur le peu d’évolution d’une région qui, selon l’ONU, connaît « la pire crise humanitaire du monde ». Le pays est le théâtre d’affrontements violents depuis 2015 entre les Houthis, appuyés par l’Iran, et les forces loyales au président Hadi, soutenues par une coalition dirigée par l’Arabie saoudite.

Aux conséquences politiques et économiques qu’engendre le conflit s’ajoutent des conséquences humanitaires. La famine menace les Yéménites, en particulier les enfants. L’immense majorité de la population dépend donc de l’aide internationale. Environ 80% d’entre elle nécessite une assistance humanitaire et une protection, ce qui représente environ 24 millions de Yéménites. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 10 000 personnes ont perdu la vie depuis 2015 et plus de 60 000 ont été blessés dans les combats. Pour la plupart, il s’agit de civils. A ces chiffres s’ajoutent le nombre d’enfants de moins de 5 ans morts de faim qui s’élève à plus de 80 000.

Le 26 février, l’ONU a organisé à Genève, avec la Suisse et la Suède, une conférence pour les opérations humanitaires dans le pays. Pour la troisième fois, la communauté internationale tente de mobiliser des donateurs pour aider la population yéménite. A l’issue de la réunion, le Secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres s’est félicité d’un « succès ». Sur les 4,2 milliards de dollars demandés, les promesses des 16 donateurs s’élèvent à plus de 2,6 milliards, ce qui représente une augmentation de 30% par rapport à l’année 2018. Parmi les pays donateurs ayant augmenté leur aide figurent le Royaume-Uni, l’Union européenne, l’Allemagne et le Canada mais surtout l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis.

Alors qu’ils sont les principaux belligérants dans ce conflit, Riyad et Abu Dhabi ont paradoxalement annoncé contribuer à hauteur d’un milliard de dollars, soit 500 millions chacun. Pourtant, selon le Haut Commissariat des droits de l’homme, la coalition anti-Houthistes menée par les deux pays est responsable de la mort des deux tiers des civils yéménites. Les actions des deux pays du Golfe s’inscrivent toutefois dans une logique de lutte hégémonique dans la région contre l’ennemi iranien et ils contribuent de fait massivement dans l’aide humanitaire. Face aux accusations de conflits d’intérêts, Antonio Guterres a rétorqué : « L’aide humanitaire sera distribuée de manière impartiale, neutre et indépendante. Cela veut dire qu’elle aura un impact à la fois pour les zones contrôlées par le gouvernement, mais aussi pour celles contrôlées par le mouvement Ansar Allah. Sans aucune discrimination ».

En 2018, la côte occidentale du Yémen autour du port d’Hodeida est devenue le principal front de guerre. Malgré une accalmie survenue en décembre après des pourparlers en Suède et l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu le 18 décembre 2018, les tensions sont montées dernièrement, les deux parties s’accusant tour à tour de violer la trêve. Mais, pour la première fois depuis septembre dernier, l’ONU est parvenue à accéder à des entrepôts de céréales. Hervé Verhoosel, porte-parole du Programme alimentaire mondial a déclaré que ces entrepôts « qui abritent 51.000 tonnes de céréales » représentent « une quantité suffisante pour nourrir plus de 3,7 millions de personnes pendant un mois ».

La fin de l’Etat islamique ?

Des combattants des FDS dans le village de Baghouz, le 17 février 2019.
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La bataille menée contre l’Etat islamique (EI) représente aujourd’hui le principal front de la guerre en Syrie, qui a fait plus de 360 000 morts et des millions de déplacés et réfugiés depuis 2011. Depuis la chute de Raqqa, « capitale » du califat autoproclamé, au second semestre de l’année 2017, les experts prédisaient la fin imminente de Daesh, ou du moins sa territorialisation.

Au fil des mois, les combattants kurdes et arabes des Forces démocratiques syriennes (FDS), appuyés par la coalition internationale, ont progressivement reconquis toutes les localités détenues par les djihadistes de l’Etat islamique. Le 9 février dernier, un porte-parole des FDS avait annoncé la victoire « dans les jours à venir ». Les djihadistes du groupe sont retranchés dans une petite poche du sud-est de la Syrie de moins d’un demi-kilomètre carré, dans le village de Baghouz. Cette zone n’a aucune valeur stratégique, mais est occupée depuis l’origine du mouvement par les forces de Daesh. Elle est d’ailleurs difficilement attaquable, minée et maillée de tunnels. Les derniers soldats islamistes se servent en outre de la population civile comme d’un bouclier humain. La reconquête de cette dernière poche, entamée en septembre 2018, aurait fait 700 morts dans les rangs des FDS et 1 300 parmi les troupes de Daesh, en plus des 400 civils. Les derniers survivants de l’État islamique sont, selon toute probabilité, au bord de l’épuisement, du manque de nourriture et de munitions. Toutefois, pour Nicholas Heras, expert du Center for a New American Security : « Il n’y a aucun moyen d’affronter ce qui reste de l’EI à Baghouz sans une opération directe, qui nécessiterait un soutien de l’aviation et de l’artillerie, qui finirait par tuer presque tout le monde ».

La fin annoncée de l’Etat islamique ne signifie pour autant ni la fin du groupe terroriste qui conserve des cellules clandestines en Syrie comme en Irak, ni la fin du conflit syrien, alors que le devenir des Kurdes inquiète, la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) dénoncée comme organisation terroriste par la Turquie dominant l’alliance arabo-kurde des FDS. Face au retrait des troupes américaines et aux menaces d’intervention de la Turquie, la milice apparait fragilisée.

Dimanche 17 février, lors d’une réunion avec des chefs de conseils locaux à Damas, le Président syrien Bachar al-Assad a déclaré également que la guerre dans son pays n’était pas terminée. Il affirme que Damas est en proie actuellement à quatre types de guerres : militaire, économique, informatique et contre la corruption. Sans les nommer, il a prévenu les Kurdes que les Américains, après leur retrait de la région, ne les protègeront pas et que seul l’Etat syrien est en mesure de leur apporter paix et sécurité. Dans l’optique de se protéger, les Kurdes ont déjà amorcé un rapprochement avec le régime syrien afin de préserver leur semi-autonomie. Dans le même temps, ils exhortent les Européens à ne pas les abandonner, et en particulier la France, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies.

Daesh prépare depuis quelques années son retour à la clandestinité, laissant place à un djihadisme diffus. De nombreux soldats d’Allah pourraient se fondre dans la masse des civils en optant pour des actions de guérilla plus discrètes ou des attentats-suicide pour maintenir un climat de terreur ou rejoindre d’autres théâtres de djihad comme le Yémen, la Libye ou le Sahel. De fait, la question du retour des djihadistes reste un dossier épineux pas encore tranché. Le président américain a réitéré sa demande aux pays occidentaux, le 17 février : « Les Etats-Unis demandent à la Grande-Bretagne, à la France, à l’Allemagne et aux autres alliés européens de reprendre plus de 800 combattants de l’EI que nous avons capturés en Syrie afin de les traduire en justice ».

Nouvelle escalade des tensions à Gaza

Le bâtiment abritant al-Aqsa TV, la télévision du Hamas, bombardé par l’armée israélienne, le 12 novembre 2018.
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Après plus de sept mois d’affrontements entre Israël et Gaza, contrôlé par le Hamas, un blocus de l’enclave palestinienne avait conduit à l’instauration d’un calme précaire. Pourtant, dimanche 11 novembre, Gaza s’est de nouveau embrasé et fait face à la plus violente confrontation avec Israël depuis la guerre de 2014.

Le 11 novembre, les forces spéciales israéliennes ont mené une incursion secrète à Gaza, mais ont été surprises par une brigade d’al-Qassam, le bras armé du Hamas. En représailles à l’intervention des forces armées israéliennes pour dégager leurs soldats, le Hamas et le Jihad islamique ont tiré des roquettes et obus de mortier. Outre la mort d’un lieutenant-colonel de Tsahal, au moins sept personnes ont péri depuis dimanche du côté palestinien et des blessés sont à déplorer dans les deux camps.

Gaza est depuis devenu le théâtre d’un chassé-croisé ininterrompu entre les centaines de tirs de roquettes palestiniens et les frappes aériennes israéliennes en riposte. Mardi 13 novembre au matin, plus de 400 roquettes et obus de mortier ont été tirés depuis la bande de Gaza, dont plus d’une centaine ont été interceptés par le Dôme d’acier israélien. Pour le porte-parole de l’armée israélienne, Jonathan CONRICUS, il s’agit du « barrage de projectiles le plus intense en un seul jour depuis la guerre de 2014 », le Hamas et le Jihad islamique ayant accru leur arsenal militaire ces dernières années. En réponse, l’armée israélienne procède à des raids aériens et a déployé ses avions de combat, ses hélicoptères et ses chars. Israël a détruit des bâtiments affiliés au Hamas tels que les studios de la chaine de télévision du Hamas, Al-Aqsa TV.

S’agissant de la communauté internationale, les Nations Unies et l’Egypte ont poursuivi leurs efforts dans le dessein de parvenir rapidement à un cessez-le-feu et appellent les deux parties à la mesure. Quant à la France, elle « condamne avec la plus grande fermeté les nombreux tirs de roquettes revendiqués par le Hamas » et « demande la cessation immédiate de ces actions inacceptables et injustifiables » appelant « les parties à éviter un nouveau cycle de violences dont les populations civiles seraient les premières victimes ». Mardi 13 novembre 2018, la Turquie, « préoccupée par la nouvelle vague de violence à Gaza », exhorte la communauté internationale à « prendre les mesures nécessaires pour mettre fin aux attaques israéliennes ».

A Paris, alors que les chefs d’Etats s’étaient réunis pour commémorer l’armistice de 1918, Benyamin NETANYAHOU a écourté son séjour face à cette situation inquiétante. Si l’embrasement de la bande de Gaza n’est pas inédit, la surenchère à laquelle se livrent les deux camps peut mener à une nouvelle guerre.