Grèce

La Macédoine du Nord, 30ème membre de l’OTAN

Nikola DIMITROV, ministre des Affaires étrangères de la Macédoine du Nord, Jens STOLTENBERG, secrétaire général de l’OTAN et les représentants des Etats membres de l’OTAN, lors de la signature du protocole d’adhésion. A Bruxelles, le 6 février 2019.
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Mercredi 6 février 2019, les représentants des 29 membres de l’OTAN se sont réunis à Bruxelles pour signer le protocole d’accession au Traité de l’Atlantique Nord de la future République de Macédoine du Nord.

Le processus d’accession peut enfin débuter grâce à l’accord de Prespa entre Athènes et Skopje, un accord ayant mis fin à une querelle diplomatique de presque trente ans. Athènes s’opposait fermement à l’utilisation du nom de Macédoine, l’une de ses régions historiques portant le même nom. Les chefs de gouvernement grec et macédonien ont œuvré pour la reprise des négociations afin de résoudre ce différend datant de 1991 et de l’indépendance macédonienne. Les deux hommes se sont heurtés à de vives oppositions dans leurs pays respectifs.

De nombreuses années durant, Athènes bloquait toute tentative d’adhésion à l’OTAN et à l’Union européenne. Pour autant, Skopje s’est toujours montré proche de l’OTAN et des pays occidentaux. Le pays, qui a adhéré dès 1995 au Partenariat pour la paix (PPP) de l’OTAN, apporte un soutien important aux opérations et aux missions de l’organisation en Afghanistan et au Kosovo. En retour, l’Alliance atlantique a porté à la jeune République en février 2001, lors des violences entre insurgés albanais et forces de sécurité.

Le protocole d’adhésion, pour être définitif, doit être ratifié selon les procédures nationales de chaque pays membre. Une fois l’ensemble des Etats l’ayant ratifié, la Macédoine du Nord deviendra membre officiel. Pour l’heure, Skopje est considéré comme un « pays invité », autorisé à prendre part aux activités et aux réunions de l’organisation, notamment celle d’avril 2019 qui se tiendra à Washington. La Macédoine du Nord n’est toutefois pas autorisée à participer aux délibérations.

La Grèce est le premier Etat à avoir procédé à la ratification, symbole fort d’une réconciliation après le long différend. En effet, vendredi 8 février, le Parlement grec a procédé à la ratification du protocole d’adhésion. Une majorité des députés ont approuvé l’accession de la future Macédoine du Nord – 153 voix pour, 140 contre et 1 abstention.

La cérémonie de signature du protocole d’accession s’est déroulée au siège de l’OTAN en présence de Nikola DIMITROV, ministre macédonien des Affaires étrangères. Jens STOLTENBERG, le secrétaire général de l’OTAN a félicité Macédoine et Grèce pour « leur courage et leur détermination à trouver un accord sur la question du nom ». A l’issue de la cérémonie, il s’est exprimé : « Cette nouvelle adhésion contribuera à plus de stabilité dans les Balkans occidentaux. C’est un élément positif pour la région et pour la sécurité euro-atlantique ».

Nouvelle étape d’un élargissement permanent, l’accession de la Macédoine permettra à l’OTAN, créée en 1949 par les 12 Etats fondateurs, de compter 30 membres. Il s’agit de la quatrième des six anciennes républiques de Yougoslavie à adhérer, après la Slovénie, la Croatie et le Monténégro, membres depuis le 5 juin 2017. Trois Etats partenaires aspirent également à l’adhésion, la Bosnie-Herzégovine, la Géorgie et l’Ukraine.

Sommet des Etats du sud de l’UE à Chypre

Le ministre espagnol des Affaires étrangères, Josep BORRELL, le Premier ministre portugais, Antonio COSTA, le Premier ministre italien Giuseppe CONTE, le président chypriote Nikos ANASTASIADES, le président français Emmanuel MACRON, le Premier ministre grec Alexis TSIPRAS et le Premier ministre maltais Joseph MUSCAT. A Nicosie, le 29 janvier 2019.
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Le 29 janvier 2019 s’est tenu le 7ème sommet des pays du sud de l’Union européenne à Nicosie (Chypre, Espagne, France, Grèce, Italie, Malte et Portugal). Réunissant les chefs d’Etats et de gouvernements dans la capitale chypriote, cette réunion devait permettre de réaffirmer le « profond attachement au projet européen et aux valeurs communes telles que l’Etat de droit, la liberté, la démocratie, les droits de l’homme et la solidarité » des 7 nations. Il s’agissait par la même de « relever de multiples défis en affichant solidarité et réponses collectives au niveau de l’UE ».

Au cours de ce sommet, la Déclaration de Nicosie a été adoptée dans laquelle les Etats, « convaincus qu’une Union européenne forte et unie constitue la meilleure voie à suivre », se montrent « déterminés à contribuer de manière constructive au débat » s’agissant de leur avenir commun.

Les discussions ont concerné de nombreux sujets d’intérêt commun. Le Brexit et ses conséquences sont évoqués dès le début de la déclaration commune. Les Etats ont déclaré rester « attachés au retrait ordonné du Royaume-Uni de l’Union européenne » et signeront donc l’accord de retrait.

Le problème chypriote a également été abordé. Les Etats ont réaffirmé leur soutien « indéfectible » aux efforts des Nations unies, alors que le Conseil de sécurité de l’ONU prorogeait le 30 janvier le mandat de la Force des Nations unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP). A travers la résolution 2453 adoptée à l’unanimité, ce mandat est prolongé pour une durée de six mois mais les discussions autour d’une réunification de l’île sont dans l’impasse. A Nicosie, les Etats ont fait unanimement état de leur volonté de trouver une solution qui réunifierait l’île dans le dessein de garantir « la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale » du pays « sans interventions étrangères, troupes et garanties », en référence à l’occupation turque du nord de l’île. Ankara a été priée de respecter la souveraineté de Nicosie et notamment dans son droit à l’exploitation des espaces maritimes sous sa juridiction. En effet, les gisements d’hydrocarbures et de gaz découverts au large de Chypre ces dernières années ont permis l’émergence de projets énergétiques, à l’instar du gazoduc EastMed qui pourrait réunir Grèce, Chypre et Israël, et qui provoquent régulièrement le courroux de la Turquie.

Une des principales préoccupations des Etats représentés dans la capitale chypriote a été la question migratoire. La Méditerranée occidentale est redevenue la première voie d’entrée dans l’UE pour les migrants, et les dirigeants chypriote, espagnol, français grec, italien, maltais et portugais ont reconnu n’avoir pas réussi à transformer en actes leur promesse de partager la responsabilité des migrants secourus en mer. Finalement, le premier ministre italien Giuseppe CONTE, a réussi à obtenir la prise en charge des 47 migrants bloqués depuis 12 jours à bord du Sea Watch 3 à travers un accord entre les 7 Etats européens.

Le Président français Emmanuel MACRON, dans son discours à l’issue du sommet a remercié son homologue chypriote Nikos ANASTASIADES tout en vantant l’ « excellente » relation bilatérale entre les deux pays, faite de « coopérations exemplaires, notamment dans les domaines de la défense et de l’énergie ». L’occasion pour le président français de considérer cette coopération comme un élément important dans le projet européen de la défense, renforcé au cours de l’année 2018.

La prochaine rencontre se tiendra à Malte et il conviendra de voir si les objectifs fixés dans la Déclaration de Nicosie seront atteints.

Accord sur la « Macédoine du Nord » : nouvelle étape décisive

Zoran ZAEV et Alexis TSIPRAS, le 17 juin 2018 lors de la signature de l’accord de Prespa.
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Le 25 janvier 2019, le Parlement grec a voté la loi ratifiant l’accord de Prespa. Conclu le 17 juin 2018 entre les chefs des gouvernements grec et macédonien, il concerne la dénomination de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine, désormais baptisée « Macédoine du Nord ».

Depuis 1991, Athènes s’oppose à l’utilisation du nom de « Macédoine », retenu par le premier gouvernement issu de la partition de l’ex-Yougoslavie. Le pays y voit une usurpation de son héritage historique, une de ses régions portant le même nom. Le changement d’appellation était nécessaire afin d’éviter à Skopje le véto grec en vue d’une intégration à l’OTAN et une potentielle adhésion à l’Union européenne. Après plusieurs jours de débats, le parlement hellénique a entériné le changement de nom par 153 voix sur 300.

Négocié sous les auspices des Nations unies avec l’appui de l’Union européenne et de Washington, cet accord a reçu un bon accueil en Occident. De fait, les Nations unies saluent la ratification grecque et le secrétaire général de l’ONU, Antonio GUTERRES a félicité les dirigeants des deux pays à l’instar de Matthew NIMETZ, son Envoyé personnel qui a déclaré : « Cet accord historique entre deux voisins ouvre la voie à une nouvelle relation entre eux et inaugure une nouvelle ère de consolidation de la paix et de la sécurité dans les Balkans ». Dans une déclaration commune, Jean-Claude JUNCKER, Federica MOGHERINI et Johannes HAHN « se félicitent chaleureusement de la prochaine étape cruciale dans la ratification de l’accord de Prespa ». Le président de la Commission européenne, la Haute représentante de l’UE et le Commissaire européen à l’élargissement et à la politique européenne de voisinage relèvent le « courage politique, le leadership et la responsabilité de la part de toutes les parties pour résoudre l’un des conflits les plus enracinés de la région », et affirment qu’ « Athènes et Skopje ont écrit ensemble une nouvelle page de notre avenir européen commun ». Par le biais de Mike POMPEO, Secrétaire d’Etat à la Défense, Washington félicite également le Parlement grec et souligne « la vision, le courage et la persévérance pour trouver une solution face à cette querelle autour d’un nom » des dirigeants grecs. Cet accord permettra à la Macédoine du Nord de prendre « sa place légitime dans l’OTAN et dans l’UE ». A son tour, la France approuve « cette étape politique essentielle » et salue « le courage et la détermination dont ont fait preuve les responsables grecs et macédoniens, en particulier les ministres TSIPRAS et ZAEV ». Paris assure son soutien à la Macédoine du Nord dans son rapprochement européen et en vue de son adhésion à l’Alliance atlantique.

Les principaux artisans de cet accord, les Premiers ministres grec et macédonien se montrent satisfaits du résultat. Alexis TSIPRAS a déclaré : « La Macédoine du Nord est née aujourd’hui et sera une amie et une alliée de la Grèce ». De son côté, Zoran ZAEV souligne « la victoire historique » de la Grèce : « Que l’accord de Prespa soit éternel, que la paix et le progrès dans les Balkans et en Europe soient éternels ». Les deux, accusés de traitrise par leurs oppositions respectives, ont été confrontés à une forte résistance. Si le camp du oui a reçu 91% des suffrages, seulement 37% des Macédoniens s’étaient rendus aux urnes le 30 septembre. En Grèce, l’opinion publique reste divisée et l’opposition politique a refusé de voter en faveur de l’accord de Prespa. A la veille du vote, un sondage de Pulse SKAI TV estime que 62% des personnes interrogées étaient opposées au texte. Au lendemain du vote, la presse est elle aussi partagée. Pour Angelos CHRISSOGELOS, spécialiste grec en relations internationales, le processus de Prespa illustre la pression de Bruxelles sur deux gouvernements « particulièrement faibles et dépendants de l’UE ».

Après près de 30 ans de querelles, le vote grec entend normaliser les relations entre les deux Etats. En acceptant le nouveau nom, la Grèce devrait lever son véto à l’entrée de son voisin dans l’OTAN et par la même permettre l’examen de sa candidature à l’UE, exprimée en décembre 2005.

5ème Sommet Israël – Grèce – Chypre, des « partenaires pour le futur »

Le Premier ministre grec Alexis TSIPRAS et sa compagne Peristera BAZIANA, le Président chypriote Nikos ANASTASIADES et son épouse Andri et le Premier ministre israélien Benjamin NETANYAHU et son épouse Sara. A Jérusalem, le 19 décembre 2018.
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Le 20 décembre 2018, s’est tenu à Beer Sheva, en Israël, le cinquième sommet trilatéral entre Israël, la Grèce et la République de Chypre.

Au musée des Sciences Carasso Science Park, le Premier ministre israélien Benjamin NETANYAHU a accueilli le président chypriote Nikos ANASTASIADES et le Premier ministre grec Alexis TSIPRAS. C’est depuis 2016 le cinquième sommet entre Israël, Chypre et la Grèce , les domaines de coopération concernant l’innovation, l’énergie, le commerce, les conditions météorologiques et les catastrophes naturelles et la cyber sécurité. Le sommet du 20 décembre portait sur les domaines du cyber et de l’innovation. Il s’agit d’encourager l’innovation et le développement économique et social entre ces trois Etats.

Le Premier ministre grec, Alexis TSIPRAS considère que cette coopération entre les trois pays est « désormais stratégique » et « en développement constant ». Sur son compte Twitter, le président chypriote Nikos ANASTASIADES a partagé une vidéo, à laquelle s’ajoute la légende « Partenaires pour notre futur ». Cette vidéo renvoie à ces « trois peuples anciens, ces trois démocraties connectées à travers un riche héritage et un partenariat stratégique » et fait référence au gazoduc East Med qui sera « le plus long et le plus profond au monde ».

Au cours du sommet, les dirigeants ont discuté des questions stratégiques régionales et notamment du projet de construction du gazoduc East Med en provenance d’Israël à destination de l’Europe. Le 19 décembre, Benjamin NETANYAHU avait d’ailleurs déclaré, à l’issue d’un congrès économique israélien : « Demain j’organiserai à nouveau notre sommet annuel avec la Grèce et Chypre. Nous souhaitons installer un gazoduc reliant Israël à Chypre, la Crète, la Grèce continentale, l’Italie et pourquoi pas le reste de l’Europe. Cela permettra à Israël de jouer un rôle déterminant dans le domaine de l’énergie mondiale ».

D’un coût estimé à 5,8 milliards d’euros et d’une longueur de 2 200 kilomètres, East Med permettrait d’acheminer le gaz naturel découvert au large des côtes chypriotes et israéliennes., La construction de ce gazoduc, qui ne serait opérationnel qu’à l’horizon 2025, ferait d’Israël et de Chypre de nouveaux fournisseurs en gaz pour l’Europe, à l’heure où le continent est très dépendant du gaz russe.

L’ambassadeur de Washington en Israël, David M. FRIEDMAN affirme le soutien américain : « Je suis honoré aujourd’hui de prendre la parole devant le 5ème Sommet trilatéral (…) et d’offrir le soutien et les félicitations des Etats-Unis pour le projet de gazoduc en Méditerranée orientale ».

A l’issue du sommet, le Premier ministre israélien a déclaré que « ce sommet politique est réussi » et qu’il continuera « à tout faire pour renforcer le pouvoir d’Israël dans le monde ». Israël, Grèce et Chypre ont opéré ces dernières années un rapprochement diplomatique, concrétisé par une véritable coopération. Dans le même temps, ces trois pays connaissent des tensions avec la Turquie, grande rivale régionale qui espère elle aussi, tirer profit de ces gisements de gaz.

Méditerranée orientale : entre initiatives chypriotes et mises en garde turques

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Lundi 26 novembre, le gouvernement chypriote, par la voix de son ministre de l’Energie Georgios LAKKOTRYPIS, a annoncé que les multinationales Total et Eni avaient répondu à un appel d’offres concernant les réserves offshores de pétrole et de gaz situées au large de l’île de Chypre. Les géants français et italien pourront explorer le bloc 7, situé dans la zone économique exclusive déclarée par la République de Chypre. Nicosie espère devenir à terme un acteur énergétique majeur dans la région.

La Turquie s’oppose depuis des années à l’exploration de ces gisements gaziers récemment découverts et en réclame la suspension. Ankara, dont les troupes sont présentes dans le nord de l’île, sur le territoire de la République turque de Chypre du Nord, non reconnue par la communauté internationale, prône au préalable une solution politique pour l’île.

En réaction à l’annonce chypriote, mardi 27 novembre, devant des représentants du parti présidentiel AKP, Recep TAYYIP ERDOGAN a mis en garde Chypre et ses soutiens, déclarant que la Turquie « ne laissera pas agir ceux qui veulent établir une hégémonie économique et politique en Méditerranée ». Le discours du chef de l’Etat turc n’a pas épargné l’Union européenne et en particulier la Grèce : « le comportement irresponsable de la Grèce et de l’administration chypriote-grecque, qui reçoivent le soutien de certains pays européens, sont devenus source de menace et de danger, à commencer pour elles-mêmes ».

Dans la journée, le ministère des Affaires étrangères grec a répondu à ces « déclarations provocantes ». Dans un communiqué, Athènes déclare que « les provocations turques nuisent à la stabilité de la région à un moment crucial et démontrent les faibles arguments juridiques de la Turquie ». Le pays assure continuer « en collaboration avec ses alliés et partenaires, à défendre le droit international et ses propres droits inaliénables ». Enfin, le ministère des Affaires étrangères grec souligne que les autres pays de la région, « malgré leur différence (…), reconnaissent que l’énergie doit être un pont favorisant le dialogue et la coopération ».

Ces derniers mois, le président ERDOGAN ne cesse de multiplier les déclarations  concernant les gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale, dont il revendique une partie au profit de la Turquie et de la communauté turque chypriote, s’appuyant sur son interprétation de la délimitation des zones maritimes. L’Union européenne ne s’est plus prononcée sur ce sujet depuis le Conseil européen du 22 mars 2018, où elle demandait « d’urgence à la Turquie de respecter les droits souverains de Chypre d’explorer et d’exploiter ses ressources naturelles, conformément au droit de l’UE et au droit international ».

La conclusion d’un accord en novembre 2018 entre la Grèce, l’Italie, Chypre et Israël sur la pose future du plus long et plus profond au monde gazoduc, permettant à Chypre et Israël d’exporter leur gaz, pourrait envenimer davantage les relations d’Ankara avec ses voisins.

Tensions gréco-turques en Méditerranée orientale

La frégate de recherche turque Barbaros.
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Dans un NAVTEX publié le mardi 16 octobre 2018, la Turquie a indiqué que son navire « Barbaros » effectuait des recherches sismiques en Méditerranée orientale.

Dans un communiqué du mercredi 17 octobre, le ministère des Affaires étrangères grec affirme que ces recherches avaient lieu sur un segment de son plateau continental. Athènes rappelle que ces agissements turcs, relevant de l’illégalité, doivent bénéficier d’un accord préalable des autorités grecques et accuse Ankara d’une « nouvelle provocation » qui créerait des « tensions dans la mer Egée et la Méditerranée orientale ». Avec sa frégate « Nikiforos Fokas », la Grèce entend envoyer un « message d’avertissement aux Turcs provocateurs » et mettre fin à leurs activités.

Le 18 octobre, la Turquie, dans un communiqué de presse, commente sa recherche sismique dans ce qu’elle considère comme le « plateau continental turc ». En réponse aux accusations d’Athènes, Ankara rétorque que les « revendications irréalistes grecques » sont nuisibles aux relations bilatérales gréco-turques et à la stabilité régionale. Redoutant une escalade des tensions dans la région de la part de la Grèce, la Turquie affirme qu’elle continuera « d’exercer ses droits souverains découlant du droit international ».  Le porte-parole de l’AKP, Omer Celik a également condamné « les actions provocatrices » du ministre de la Défense grec sur son compte Twitter. De concert avec le gouvernement, la radio-télévision turque titre « Provocation de la Grèce en Méditerranée orientale », après qu’une navette d’appartenance grecque a « harcelé » le Barbaros.

La République de Chypre, non reconnue par la Turquie et estimant qu’Ankara a pénétré ses eaux territoriales, a publié un communiqué anti-NAVTEX qui déclare le document turc « nul et non avenu ».

Ces tensions autour du navire Barbaros illustrent les problèmes profonds de la région : l’Etat turc, n’acceptant pas les arbitrages internationaux concernant Chypre et les eaux grecques, applique une politique dans ce domaine une politique du déni.

Le NAVTEX turc a indiqué que son navire resterait dans la région jusqu’au mois de février. Les agissements turcs dans la zone transmettent un message politique fort, en l’occurrence la présence accrue de la Turquie dans la région, à l’heure où les forages de gaz offshore autour de Chypre suscitent agitations et convoitises. La position turque s’oppose sur ce sujet à ses voisins Egypte, Chypre et Grèce qui ont manifesté leur coopération régionale lors du 6ème Sommet tripartite.

Sommet tripartite Grèce-Egypte-Chypre

Poignée de mains entre Abdel Fattah AL-SISSI, Alexis TSIPRAS et Nikos ANASTASIADES durant le sommet tripartite Grèce-Chypre-Egypte, le 10 octobre
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Les présidents chypriote et égyptien, Nikos ANASTASIADES et Abdel Fattah AL-SISSI et le Premier ministre grec Alexis TSIPRAS se sont réunis à Elounda, en Crète, le 10 octobre 2018, à l’occasion du 6ème sommet Grèce-Chypre-Egypte.

Dans le cadre de ce partenariat trilatéral et sur la base de valeurs et d’intérêts communs, les Etats ont réaffirmé leur volonté d’élargir et d’approfondir leurs relations dans divers domaines. Dans la déclaration commune publiée par le gouvernement chypriote, les chefs d’Etats et gouvernement affirment reconnaitre que « les principes directeurs du partenariat tripartite sont le respect du droit international et les principes consacrés par la Charte des Nations Unies ».

Lors de ce sommet qui a aussi permis des réunions bilatérales, les chefs des trois délégations se sont félicités des avancées depuis le dernier sommet à Nicosie et ont discuté des nombreux enjeux de la région. Parmi les sujets discutés, les questions liées à l’immigration, à la Libye, à la Syrie, au conflit israélo-palestinien ou encore à la pollution et au tourisme ont fait l’objet de débats. Cette coopération trilatérale ayant pour but de lutter contre le terrorisme international et instaurer une sécurité à long terme, préfigure un partenariat renforcé entre l’Union européenne et l’Egypte et précède le sommet UE-Ligue arabe qui se tiendra au début de l’année 2019.

En termes énergétiques, les défis sont nombreux pour l’avenir. Les trois Etats entendent promouvoir une coopération énergétique dans les domaines des hydrocarbures, de l’électricité et des énergies renouvelables. Le débat des énergies a suscité d’importantes discussions, en rapport avec la découverte et l’exploitation prochaine de gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale qui sont « d’une importance vitale pour la stabilité de la région », la sécurité énergétique s’érigeant en « pierre angulaire de la coopération énergétique trilatérale ».

Les chefs d’Etats et de gouvernement réunis ont exprimé le souhait de renforcer leur coopération par le biais d’une série d’accords concernant l’exploitation et le transfert de gaz naturel, conformément à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. Ils entendent du même fait « poursuivre rapidement les négociations sur la délimitation de leurs frontières maritimes communes », en appelant Ankara à cesser ses activités illégales dans la ZEE chypriote. Par ailleurs, les 3 Etats ont également affirmé leur soutien « indéfectible » aux efforts menés par la République de Chypre dans sa recherche d’une solution globale au regard du droit international, dans un contexte d’« occupation militaire illégale par la Turquie ».

En réponse, Ankara, le 12 octobre, par le biais du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hami AKSOY, se dit « consternée par les revendications injustifiées contre la Turquie ». En rappelant que les Chypriotes turcs sont copropriétaires de l’île, le pays accuse la partie grecque de l’île d’atrocités commises entre 1963 et 1974 et promet qu’il « continuera résolument de préserver ses droits et intérêts ». La Turquie fustige « ceux qui prennent des mesures au détriment des droits et intérêts légitimes de la République de Turquie et de la République turque de Chypre-Nord ».

La République turque de Chypre-Nord, indépendante depuis 1983 est un Etat non reconnu par la communauté internationale, à l’exception de la Turquie. La Conférence sur Chypre de juin 2017 n’ayant pas abouti « à un règlement durable, global et juste », le mandat des forces de l’ONU, présentes sur l’île depuis 1964, a été prolongé jusqu’au 31 janvier 2019.

Macédoine : tensions et blocages autour d’un nom

Jim MATTIS, Secrétaire à la Défense américain et Radmila SHEKERINSKA, Ministre de la Défense macédonienne à Skopje, le 17 septembre 2018.
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Le 17 septembre, Jim MATTIS, Secrétaire à la Défense des Etats-Unis, s’est rendu à Skopje, la capitale macédonienne, dénonçant une « campagne d’influence » de la Russie dans la région concernant le vote du référendum. En effet, la Macédoine doit faire l’objet le 30 septembre prochain, d’un référendum portant sur un changement de nom, les Macédoniens devant accepter ou non le nom de « Macédoine du Nord ».

Depuis l’indépendance de cette ancienne république yougoslave en 1991, la Grèce voit dans le maintien du nom Macédoine une usurpation de son héritage historique, une région grecque portant le même nom. Face au véto d’Athènes, le changement de nom est nécessaire pour une intégration à l’OTAN et une potentielle adhésion à l’Union européenne.

Les Etats-Unis affichent une position claire en faveur du oui, appuyés par les Etats occidentaux et affirment leur soutien au Premier ministre macédonien Zoran ZAEV. La Russie, par la voix de son ambassadeur auprès de l’Union européenne Vladimir TCHIJOV, avait estimé en juin 2018 que la volonté macédonienne de rejoindre l’OTAN était « une erreur pouvant avoir des conséquences ». Moscou est soupçonnée par les pays occidentaux de vouloir conserver une influence dans ses anciens territoires et de vouloir tenir les électeurs loin des urnes. Lui sont reprochés une campagne de désinformation en Macédoine par le biais des réseaux sociaux et le financement de groupes politiques pro-russes. L’ambassadeur russe à Skopje, Oleg SHCHERBAK, se défend, accusant le camp occidental d’exercer une « très forte pression médiatique et psychologique » sur les électeurs macédoniens tout en niant les faits qui lui sont reprochés. Les déclarations diplomatiques des deux parties engendrent la recrudescence des tensions près de deux semaines avant le référendum, cette supposée ingérence russe ayant déjà suscité une crise diplomatique entre Moscou et Athènes.

Si les médias macédoniens œuvrent majoritairement en faveur du oui, ce scrutin est consultatif. Le résultat obtenu devra faire l’objet à l’issue du référendum d’un vote par le Parlement à la majorité des deux-tiers.

L’Union européenne et les négociations interchypriotes

Rapport d’information de M. Didier MARIE, fait au nom de la commission des affaires européennes

n° 663 (2015-2016) – 2 juin 2016

Plus de dix ans après l’échec du plan des Nations unies, dit « plan Annan », les négociations pour la réunification de Chypre (kipriako), divisée depuis 1974, ont été relancées en mai 2015. Les dirigeants des deux communautés espèrent désormais aboutir à un règlement dans les prochains mois. Des questions cruciales ne sont pour autant pas encore tranchées, qu’il s’agisse des ajustements territoriaux, des modalités de restitution des propriétés des personnes déplacées ou des garanties de sécurité visant l’île, définies par un traité de 1960 dont la Grèce, le Royaume-Uni et la Turquie sont signataires. L’armée de cette dernière occupe aujourd’hui, au nord de l’île, 36 pour cent du territoire chypriote. Le gouvernement turc ne reconnaît pas, par ailleurs, la République de Chypre depuis 1963, date du retrait des représentants de la communauté turque de ses institutions.

L’ambition affichée par le plan Annan en 2004 était de permettre une adhésion à l’Union européenne d’une île réunifiée. Les incertitudes entourant la gouvernance du nouvel État et la question du retour des populations déplacées avaient néanmoins conduit les habitants de la République de Chypre à rejeter le dispositif par référendum. La réappropriation chypriote du processus par les dirigeants des deux entités comme l’absence de calendrier peuvent aujourd’hui dissiper l’impression d’une solution dans l’urgence, imposée par des acteurs extérieurs. Les négociations restent suivies de près par les Nations unies mais aussi par l’Union européenne, qui n’entend pas toutefois être partie prenante compte tenu du statut d’État membre de la République de Chypre.

Il n’en demeure pas moins que l’Union européenne dispose d’un rôle particulier à jouer dans ce processus. D’une part, parce que la réunification supposera l’intégration du nord de l’île – région dans laquelle elle mène déjà des actions de financement – en son sein et, d’autre part, parce que ces discussions interviennent au moment où, dans le contexte de la crise des migrants, une relance des négociations d’adhésion avec la Turquie est observée. Au-delà, la réunification aurait valeur de symbole au sein d’une Union européenne traversée ces dernières années par les séparatismes.

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