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Mali : un accord historique de gouvernance permettant la formation d’un nouveau gouvernement

 

Le Premier ministre malien Boubou Cissé.
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Depuis la réélection en août 2018 du président Ibrahim Boubacar Keïta, de nombreuses voix s’élevaient au Mali pour réclamer un gouvernement d’union nationale. Jeudi 2 mai, le Premier ministre malien Boubou Cissé et plusieurs partis politiques – dont des partis issus de l’opposition – ont enfin signé un « accord de gouvernance ».

En raison de la détérioration de la situation sécuritaire, les autorités maliennes et les partis politiques se sont engagés à former un gouvernement et à respecter l’accord de 2015, de manière à apaiser le climat social. Cet accord, obtenu après plusieurs jours de négociations, représente pour le chef du gouvernement « une opportunité unique de bâtir un Mali nouveau, un Mali fort, un Mali plus démocratique, un Mali prospère, un Mali où les communautés retrouvent la confiance ancestrale qu’elles avaient les unes en les autres ».

Cette décision émane du président malien, Ibrahim Boubacar Keita, qui a confié la mission à son Premier ministre, nommé le 22 avril pour former un nouveau « gouvernement de large ouverture ». Ce dernier a déclaré à l’occasion de la signature : « Le Président de la République a la conscience la plus aiguë des défis qui attendent notre pays et de la nécessité de rassembler tous les fils au chevet de la mère-patrie. Il a voulu un accord politique avec l’ensemble de la classe politique en vue d’une collaboration plus volontariste dans la recherche des solutions à la crise qui secoue notre pays. »

Cet accord, signé préalablement par 15 partis et groupements politiques et restant ouvert à l’adhésion d’autres groupes, a permis la formation d’un nouveau gouvernement dimanche 5 mai. Pour la première fois depuis son arrivée à la tête de l’Etat en 2013, le président partagera le pouvoir avec ses adversaires politiques. En effet, si certains ministres conservent une place au sein du gouvernement, plusieurs personnalités issues de l’opposition ont fait leur apparition. A leurs côtés, de nouveaux ministres ont été choisis par le président pour faire partie des 37 membres de cette nouvelle équipe gouvernementale. Ils incarnent ainsi un vent nouveau au sein de l’exécutif.

Sans surprise, le défi majeur de ce nouveau gouvernement est d’ordre sécuritaire. A ce titre, le ministère clé de la Défense revient au général Ibrahim Dahirou Dembélé, ancien chef d’état-major des armées. Poursuivi dans une affaire d’assassinat, son contrôle judiciaire a été levé en janvier 2018. Le nouveau ministre est toutefois considéré comme un homme de terrain capable d’être en charge d’un des portefeuilles les plus importants du pays.

Le 6 mai, le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guerres a salué la signature de cet accord politique. Son porte-parole Stéphane Dujarric a déclaré : « Le Secrétaire général félicite le Président Ibrahim Boubacar Keïta pour son leadership dans le cadre des consultations qui ont abouti à un accord politique et à un engagement renouvelé à mettre en œuvre l’accord de paix de 2015 ». L’ONU a par la même félicité les partis d’opposition pour leur « contribution constructive » et les exhorte, à l’instar du gouvernement malien, à mettre en œuvre de l’accord pour la paix de 2015 issu du processus d’Alger.

Nouveau gouvernement pour le Liban

 

Le Premier ministre libanais, Saad Hariri, lors d’une conférence de presse, après l’annonce de la formation d’un nouveau gouvernement au palais présidentiel à Baabda, au Liban, le 31 janvier.
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Jeudi 31 janvier, lors d’une conférence de presse au Palais présidentiel de Baabda à Beyrouth, les autorités libanaises ont annoncé la formation d’un nouveau gouvernement d’union nationale.

Cette nouvelle intervient après huit mois de querelles durant lesquels les politiciens des différentes factions n’ont pu s’accorder, conduisant à une impasse politique. En effet, depuis les élections législatives de mai dernier – les premières depuis presque dix ans – les législateurs n’étaient pas parvenus à former un gouvernement.

Tandis que le Premier ministre sunnite Saad HARIRI, chef du Courant du futur, a présenté ses excuses concernant la longueur de l’attente de cette décision, la presse libanaise considère cet événement comme un « miracle » obtenu « au forceps ».

Quatre femmes figurent parmi les 30 ministres nommés et détiennent des portefeuilles importants tels que l’Intérieur ou l’Energie. Le ministre des Affaires étrangères et gendre du président Michel AOUN, Gebran BASSIL, à la tête de la formation chrétienne Courant patriotique libre, conserve son poste. Dans ce nouveau gouvernement, les principales factions sont donc représentées dont le Hezbollah, allié du président maronite. Lors des élections législatives, le Hezbollah et ses alliés sont sortis vainqueurs aux dépens de la communauté sunnite. Le parti chiite est ainsi représenté par trois ministres et a obtenu le portefeuille important de la Santé publique. De fait, le mouvement, qui soutient le gouvernement de Bachar al-ASSAD en Syrie, a donc la capacité de pouvoir faire obstacle aux décisions prises par le gouvernement.

Le Premier ministre a annoncé que l’économie sera le principal centre d’intérêt du gouvernement fraichement nommé et a déclaré : « Nous sommes face à des défis économiques, financiers, sociaux et administratifs ». En effet, le pays se retrouve dans une situation de marasme économique et souffre des répercussions de la guerre en Syrie, cette dernière divisant sa propre opinion publique. La situation financière préoccupante, le pays étant surendetté à hauteur de 141% de son PIB – l’un des taux les plus élevés au monde – a conduit Saad HARIRI a cherché des aides et des prêts pour tenter de relancer la croissance économique du Liban. La priorité est donc de mener à bien les réformes économiques et administratives pour répondre aux attentes de la communauté internationale. Celle-ci a consenti, en avril dernier, lors de la Conférence internationale CEDRE, organisée par la France, des prêts à hauteur de 11,5 milliards de dollars pour relancer l’économie de Beyrouth.

Le Liban est régi par un système complexe garantissant un équilibre entre les communautés religieuses et les partis politiques. De fait, les décisions, devant faire l’objet de consensus, donnent lieu à de longues périodes de négociations. S’agissant du nouveau gouvernement, aucune majorité claire ne s’est dégagée. Dans un pays multiconfessionnel dirigé par un Président chrétien maronite et un Premier ministre sunnite, où le président de l’Assemblée nationale est un musulman chiite, l’équilibre politique est précaire, du fait d’un morcellement du paysage politique. De plus, les sanctions américaines contre le Hezbollah sont une difficulté supplémentaire pour ce nouvel exécutif.

Le gouvernement est dorénavant chargé d’établir sa déclaration de politique générale dans un délai constitutionnel d’un mois.