GNL

Querelle russo-américaine sur fond de concurrence énergétique

Le Vladimir Rusanov, et l’Atlantic Max Pskov lors des opérations de transbordement.
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Dans le cadre des livraisons de Gaz Naturel Liquéfié (GNL)[1] provenant de Sibérie vers les terminaux européens, un premier transfert de GNL ship to ship a été réalisé hors terminal portuaire le 24 novembre à 500 m du rivage au large du port norvégien Honningsvag situé au Cap Nord, entre le méthanier brise-glace Arc 7[2] Vladimir Rusanov et le méthanier de classe inférieure Arc 4 Atlantic Max Pskov.

Un transbordement ship to ship en eaux intérieures norvégiennes

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Ce transbordement, réalisé par la société norvégienne Tschudi[3], s’est déroulé dans les eaux intérieures norvégiennes, à 500m de la côte. Quatre zones de transfert[4] ont été déterminées par l’administration norvégienne en prévision de 140 opérations entre novembre 2018 et juin 2019 soit en moyenne une toutes les 36 heures. Ces transferts ship to ship étant des opérations délicates utilisant des tuyaux cryogéniques, des consignes de sécurité avaient été établies[5] par la direction norvégienne de la protection civile (DSB)[6].

Un transbordement qui accroît la compétitivité de GNL russe

Affrétés par Yamal LNG[7] qui exploite depuis décembre 2017 d’immenses ressources gazières en Sibérie, ces navires ARC7 de nouvelle génération[8] acheminent dans des conditions extrêmes le GNL depuis le terminal de liquéfaction vers le Nord de l’Europe et/ou vers l’Asie. La route maritime du Nord, navigable en été, permet d’atteindre l’Asie via le détroit de Béring. En revanche, hors saison estivale, les méthaniers brise glaces doivent accoster dans des ports du Nord de l’Europe pour effectuer des transbordements[9].

Transfert du GNL du port russe de Sabetta vers l’Europe. Tous droits réservés.

Ces opérations ship to ship, surtout celle réalisée au large du Cap nord[11], montre la volonté de la Russie de développer plus que jamais ses exportations de gaz en améliorant son transport qui constituait jusqu’à présent un goulet d’étranglement coûteux limitant le flux de  production de Yamal. En effet, cette zone de transbordement en Norvège permet aux méthaniers brise-glace de revenir au plus vite vers le site de production en Sibérie et diminue notablement les frais et délais de transports[12].Ce fut le cas début janvier 2018, au terminal méthanier de Montoir de Bretagne, au cours d’une escale simultanée de deux navires, où, pour la première fois, le transfert de navire à navire de la cargaison GNL a été opéré du méthanier brise-glace russe vers un méthanier classique. Quelques jours plus tard, Dunkerque LNG a réalisé la même opération. Le Terminal GNL de Zeebrugge[10] a lui aussi effectué en mai 2018, son premier transbordement direct ship to ship.

Un transbordement qui inquiète les Américains

Le GNL représentant une excellente alternative au fuel lourd pour relever les défis environnementaux, les besoins ne cessent d’augmenter, rendant ainsi encore plus âpre la concurrence entre les exportateurs. Si le premier exportateur est le Qatar avec 77Mt, suivi par l’Australie (55mt), les États Unis et la Russie se positionnent respectivement aux 7ème  (12 Mt) et 8ème (11 Mt) places. Mais la Russie possède la plus grande réserve gazière mondiale[13].

Le marché européen constitue un enjeu majeur pour lequel la Russie et les États Unis sont en concurrence directe.  Actuellement, 35% de la consommation de GNL de l’Union européenne (UE) est assurée par la Russie tandis que les approvisionnements en provenance des Etats-Unis restent très modestes. La raison réside essentiellement dans des tarifs américains plus élevés à cause des coûts de production de leur méthane issu du gaz de schiste. Le transbordement ship to ship augmente donc encore la compétitivité du gaz russe.

Face à cette situation et compte tenu de leur volonté d’augmenter leur part de marché en Europe, l’administration américaine n’hésite donc pas à recourir à tous les arguments diplomatiques possibles. Ils dénoncent ainsi la trop grande dépendance énergétique des européens vis-à-vis de la Russie et torpillent le projet de doublement du gazoduc Nord Stream qui approvisionne l’Europe. En réponse, la Russie condamne « l’utilisation par les États-Unis d’instruments politiques au service d’une concurrence injuste » et la « violation directe des principes de liberté commerciale ».

Un transbordement révélateur des liens étroits entre énergie et diplomatie

Enfin, le rétablissement des sanctions américaines vis-à-vis de l’Iran touche comme par hasard le pays qui possède la deuxième réserve gazière au monde après la Russie. Et ces sanctions ont contraint les grandes entreprises européennes comme Total à se désengager des projets iraniens d’exploitation de gisement gazier.

Une fois de plus, force est de constater que les enjeux énergétiques et la politique internationale – voire des conflits interétatiques – sont intimement liés. Un simple transbordement ship to ship dans les eaux intérieures d’un Etat souverain peut donc revêtir une dimension diplomatique et entraîner une crispation entre deux tierces puissances majeures.

Mais la proximité de la côte de ce transbordement pose également une autre question : celle de la responsabilité d’un Etat côtier en matière de protection de l’environnement et d’acceptabilité par son opinion publique vis-à-vis d’une opération délicate comportant des risques non négligeables.

 

***

[1] Le GNL est un gaz naturel transformé sous forme liquide après plusieurs traitements successifs. Au final, il est refroidi à 160° est essentiellement constitué de méthane (95%). Ces traitements permettent de réduire le volume du gaz. En effet, 600 m3 de gaz naturel occupent seulement 1 m3 à l’état liquide, ce qui facilite son transport par voie maritime.

[2] Ces navires, relevant de la qualification ARC 7, possèdent une coque renforcée pour permettre de naviguer dans une épaisseur de glace allant jusqu’à 2.5 mètres (la certification précise 2,1 m) et des équipements de pont résistant à des températures jusqu’à -52°C. De 299 mètres de long pour 50 mètres de large, le Vladimir Rusanov peut embarquer 172 000 m3 de GNL. Un navire de type ARC 4 peut naviguer dans une épaisseur de glace allant jusqu’à 0,6m en hiver/printemps et 0,8 mètres en été/hiver.

[3] Tschudi avait déjà des autorisations pour transborder du condensat de gaz, le permis a été renouvelé en 2013 puis, très récemment, a été ajouté le chargement de GNL.

[4] L’opérateur est autorisé à utiliser simultanément trois des quatre zones STS (ship to ship).

[5] Un des deux navires doit être à l’ancre. Le transfert est assisté par deux navires (secours et sécurité).

[6] Direktoratet for Samfunnssikkerhet og Beredskap (DSB) est un organisme gouvernemental norvégien placé sous l’autorité du ministre de la justice et de la police .

[7] Les partenaires de ce projet sont les sociétés russe Novatek (50,1 %) et française Total (20 %), la compagnie pétrolière chinoise CNPC (20%) et le fonds souverain chinois Silk Road Fund (9,9%).

[8]  Une flotte de 15 navires méthaniers brise-glace ARC 7 sera mise en service d’ici 2019.

[9] Le service de transbordement utilise des canalisations reliant directement les deux navires sans passer par un réservoir.

[10] Le Terminal GNL de Zeebrugge et Yamal Trade ont signé un contrat de 20 ans qui prévoit jusqu’à 107 transbordements par an.

[11] 150 à 160 transferts seraient envisagés pour l’année 2019.

[12] En réduisant de 12 jours les trajets effectués par les brise-glaces Arc7 dont les coûts d’exploitation sont plus élevés. Cette zone tampon de transfert GNL serait temporaire. La Russie envisage l’installation de terminaux sur la côte de la mer de Barents, dans la péninsule de Kola, à moins de 100 km de la Norvège et dans une zone libre de glace.

[13] Réserves de gaz naturel mondiales : Russie 23%, Iran (17%) et Qatar (13%). Ces trois pays possèdent la moitié des réserves estimées.

OPEP : Le retrait du Qatar

Lundi 3 décembre 2018, le nouveau ministre de l’Energie et de l’Industrie du Qatar, Saad AL-KAABI a annoncé lors d’une conférence de presse le retrait de Doha de l’OPEP.

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP, en anglais Organization of the Petroleum Exporting Countries (OPEC)) a été créée en septembre 1960 lors de la Conférence de Bagdad par l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Iran, le Koweït et le Venezuela. L’OPEP est une organisation intergouvernementale permanente dont le siège est à Vienne. Elle a pour mission de coordonner et d’unifier les politiques pétrolières de ses pays membres et d’assurer la stabilisation des marchés du pétrole. L’objectif officiel poursuivi est « de garantir aux producteurs de pétrole des prix justes et stables, aux pays consommateurs un approvisionnement efficace et régulier et aux investisseurs un juste retour sur capital ». Le Qatar a été le premier pays à rejoindre ces cinq membres fondateurs en 1961 et a été rejoint par 9 autres Etats. Actuellement, l’OPEP concentre plus de 40% de la production de pétrole mondiale. Parmi les Etats-membres figurent deux Etats d’Amérique latine, la plupart sont issus du Moyen-Orient et d’Afrique. Deux acteurs de la rive sud de la Méditerranée, l’Algérie et la Libye en sont membres.

Lors de la conférence de presse, Saad AL-KAABI, également PDG de Qatar Petroleum, société d’Etat appartenant au Qatar exploitant les activités pétrolières et gazières, a déclaré : « Le Qatar a décidé de se retirer comme membre de l’OPEP avec effet en janvier 2019 ». Cette décision, annoncée comme« difficile » par le ministre,  est officiellement liée à la faible quantité de pétrole produite par l’émirat qui est l’un des plus petits producteurs de l’OPEP au sein de laquelle il bénéficie d’une influence limitée. Le pays continuera de produire du pétrole mais « notre potentiel, c’est le gaz » a affirmé le ministre, l’industrie gazière étant affichée comme la priorité à moyen et long terme dans ce petit Etat de 2,6 millions d’habitants et de 12 000 kilomètres carrés. En effet, Doha est le premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL) avec une production de 77 millions de tonnes par an qui sera de l’ordre de 110 millions en 2024. Le secteur gazier a permis de transformer et d’enrichir l’économie qatarie.

Cette décision est à rapprocher des tensions avec l’Arabie saoudite. La monarchie apparait isolée sur la scène régionale depuis juin 2017, subissant un embargo économique et diplomatique de la part de Riyad, qui a fermé ses liaisons terrestres, maritimes et aériennes. Le régime wahhabite, qui domine actuellement le cartel, est suivi par ses alliés dont font partie les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte. Tous soupçonnent le Qatar de soutenir des mouvements terroristes, de favoriser les Frères musulmans et de se rapprocher de l’Iran. Sans surprise Saad AL-KAABI a assuré qu’il ne s’agissait pas d’une décision politique mais d’une réflexion sur les moyens de renforcer le profil international du pays par son industrie gazière.

L’annonce du ministre intervient alors qu’une réunion cruciale doit se tenir les 6 et 7 décembre à Vienne entre les pays membres de l’OPEP et leurs partenaires.  Les discussions porteront notamment sur une baisse de la production de pétrole pour enrayer la baisse du prix des barils. Le Qatar y participera, probablement pour la dernière fois. Cet épisode illustre le clivage croissant au sein du Moyen-Orient.

 

Hausse des prix et demande importante du Gaz naturel liquéfié

Le LNG Vesta japonais transportant du gaz naturel liquéfié.
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Les tarifs d’expédition du gaz naturel liquéfié (GNL, en anglais : Liquefied Natural Gas, LNG) ont atteint leur plus haut niveau depuis six ans dans les bassins du Pacifique et de l’Atlantique. Ce chiffre s’élève à environ 140 000 à 150 000 de dollars par jour.

Le GNL est du gaz naturel porté à l’état liquide. Indolore et facilement transportable, il est constitué en grande partie de méthane et est considéré comme une énergie fossile « propre » grâce à sa faible émission de CO2, le rendant moins polluant que le charbon ou le pétrole.

Le prix des hydrocarbures est déterminé par plusieurs facteurs. Concernant le GNL, la quantité de gaz naturel liquéfié produite, le rapport entre l’offre et la demande et la situation géopolitique des pays exportateurs et importateurs sont autant d’éléments qui influent sur le prix du gaz. De fait, ces dernières années, les tarifs ont bondi. Ces chiffres croissants s’expliquent par la provenance de nouvelles usines et l’anticipation de la hausse des prix ayant les expéditeurs à conclure des contrats plus longs. Le GNL étant un marché attractif, les projets se multiplient. La croissance annuelle de ce marché était de 10% en 2017 et atteint 8,3% pour la première moitié de l’année 2018.

Le leader du GNL, le Qatar, a annoncé en 2017 sa volonté d’étendre sa capacité de GNL, en passant de 77 millions de tonnes à 100 millions de tonnes par an d’ici 2024. S’agissant de la demande, Japon et Chine sont les principaux importateurs de GNL, Pékin l’ayant érigé en politique clé afin de réduire la pollution de l’air. En Europe, les approvisionnements en GNL proviennent principalement du Qatar, d’Afrique et de Russie. Quant aux Etats-Unis, ils bénéficient d’importantes réserves de gaz à bas coût et représentent un contributeur majeur dans les projets mondiaux de GNL. Toutefois, le différend commercial entre l’administration TRUMP et la Chine de Xi JINPING pourrait fermer le marché chinois en forte croissance aux fournisseurs américains et ouvrir la porte à de nouveaux partenariats. Le Canada, qui a annoncé récemment la construction d’installations d’exportation de GNL, pourra potentiellement remplacer les Etats-Unis dans les exportations de GNL vers la Chine.

Le gaz naturel liquéfié semble avoir encore des beaux jours devant lui puisqu’il fait l’objet de récentes découvertes. Au Mozambique par exemple, des gisements importants de gaz offshore ont été découverts. Le manque d’expérience du gouvernement a ralenti le rythme des projets. La découverte de gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale depuis 2009 ne cesse également d’attirer les convoitises. Faisant de la région le nouvel « eldorado gazier », la question de ces gisements est soumise à des querelles entre les Etats riverains. La découverte du vaste champ gazier Aphrodite dans les eaux chypriotes illustre et vient envenimer cette situation. L’île étant divisée depuis 1974, les négociations entreprises par l’ONU en vue d’une réunification ont échoué en 2017, faisant de Chypre le théâtre des tensions, notamment autour de la question des hydrocarbures. Alors que la République de Chypre, membre de l’UE, a signé des contrats d’exploration avec des entreprises italienne, française et américaine, la partie Nord de l’île, dirigée par les chypriotes-turcs, bloque tout projet si elle n’y participe pas.

Les auditeurs de la 29ème Session Méditerranéenne des Hautes Etudes Stratégiques de l’Institut FMES devront d’ailleurs s’interroger sur la question des GNL, à l’heure où les gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale s’apprêtent à devenir déterminants.

Union Européenne – 2013 06 – Interrogation sur l’économie portuaire – ISEMAR N°156

L’économie portuaire est toujours placée sous une double contrainte. La première concerne une industrie maritime en mutation permanente qui oblige à s’adapter à un rythme rapide d’évolution pour suivre les changements technologiques, d’organisation et de vie des entreprises. Sans compter la pression environnementale, devenue un paramètre à part entière de la vie portuaire. La seconde contrainte concerne l’économie elle-même. Le tissu industriel et commercial en relation avec le port, qu’il soit proche ou éloigné, évolue au rythme de l’économie générale dans un cycle alterné de croissance et de crise…

Environnement – 2015 01 – Emissions de gaz par les navires, l’alternative GNL -ISEMAR N°171

Les émissions de gaz par les navires sont réglementées par l’annexe VI de la Convention Marpol. Le 1er janvier 2015 est une date importante de cette législation, et plus spécialement pour les désormais fameuses « zones SECA ». En effet, à partir de ce jour, les navires sont une nouvelle fois contraints de réduire leurs émissions d’oxydes de soufre de manière drastique…