Genève

Conférence à Genève sur l’Afghanistan

La secrétaire générale adjointe de l’ONU Rosemary DICARLO, le président de l’Afghanistan Ashraf GHANI et Rula GHANI, première dame d’Afghanistan, à Genève.
Tous droits réservés.

 

Mercredi 27 novembre s’est achevée la 13ème conférence ministérielle concernant l’Afghanistan à Genève, organisée par la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA). Le pays, 17 ans après la chute du régime des Talibans, est toujours en proie à de multiples attentats et à une pauvreté touchant plus de la moitié de la population. Cette conférence, qui se tient tous les deux ans, permet de faire le bilan sur les avancées du pays en matière de développement et de récolter des fonds.

Pour le président afghan Ashraf GHANI, le conflit et la pauvreté sont aggravés par une sécheresse importante qui a provoqué une véritable « crise ». L’enjeu de cette conférence pour le chef de l’Etat est de convaincre que l’aide internationale – 70% du budget national afghan en dépend – est utilisée à bon escient.

A Genève se sont donc réunis la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques de l’ONU, Rosemary DICARLO, le président Ashraf GHANI, le chef du gouvernement Abdullah ABDULLAH ainsi que de nombreux ministres des affaires étrangères, y compris de l’Union européenne, de la Russie et de la Turquie. Le président afghan souligne la volonté de changement du pays et a déclaré qu’ « une feuille de route pour les négociations de paix » avait été établie : « Nous voulons un accord de paix dans lequel les Talibans afghans seront inclus dans une société démocratique et inclusive » mais précise qu’ « aucun groupe armé lié aux groupes terroristes transnationaux ne pourra participer au processus politique ». Une équipe chargée de négocier la paix avec les Talibans a été établie.

Par la voix de Rosemary DICARLO, le Secrétaire général de l’ONU Antonio GUTERRES a félicité les « récents efforts de paix, y compris l’offre du gouvernement de tenir des pourparlers sans conditions préalables ». Afin que cette paix soit durable, elle devra reposer sur un consensus impliquant l’ensemble de la société. Pour la secrétaire générale adjointe « les femmes doivent participer pleinement au processus de paix et les droits humains de tous doivent être garantis ». Toby LANZER, Représentant de la MANUA a déclaré qu’il y a « une immense soif de paix » de la part des Afghans qui souhaitent mettre un terme à la violence.

La Haute représentante de l’UE, Federica MOGHERINI a souligné les efforts entrepris depuis la précédente conférence à Bruxelles et réitèré les engagements de l’UE en matières politique et financière dans le dessein de parvenir à une paix. En saluant « l’offre de paix courageuse » du président GHANI, la cheffe de la diplomatie de l’Union a déclaré : quelque chose de nouveau se passe en Afghanistan et nous nous en félicitons ».

Pourtant, depuis le début de l’année 2018, un record de victimes civiles a été enregistré. Les négociations directes annoncées portent ainsi l’espoir d’une paix en Afghanistan. Dans ce pays en crise ouverte depuis plusieurs dizaines d’années, 2019 marquant le 40ème anniversaire de l’invasion soviétique, la menace des Talibans, qui ne reconnaissent toujours pas la légitimité du gouvernement, se superpose à l’émergence de l’Etat islamique (province du Khorassan), renforcée par de nombreux combattants ayant fui la Syrie et l’Irak. Si l’élection présidentielle au printemps prochain promet d’être « la clé du succès des négociations de paix » pour le président afghan, la mise en œuvre des projets énoncés prendra au mininum cinq ans pour réintégrer les millions de personnes réfugiées et déplacées.

28ème SMHES – Genève, le désarmement à l’épreuve des réalités

Le septième séminaire de la 28ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques (SMHES) a conduit les auditeurs à Genève les 11 et 12 avril 2018, à la rencontre des institutions internationales.

Ce séjour aura été marqué par l’accueil exceptionnel réservé par la mission permanente de la France auprès de la Conférence du désarmement à Genève, en particulier par madame Alice Guitton, qui occupe depuis le 1er août 2015 les fonctions d’ambassadeur, représentante permanente de la République française à la Conférence du désarmement à Genève.

 

Après avoir bénéficié de la part de l’ambassadeur d’un point de situation très complet sur le désarmement nucléaire et ses enjeux pour la crédibilité de la politique de dissuasion nationale, les auditeurs ont été autorisés à assister aux débats menés au sein du groupe gouvernemental d’experts sur les systèmes d’armes létales autonomes. La mise en service attendue des Lethal Autonomous Weapon Systems (LAWS) interroge sur leur capacité à respecter l’esprit du droit international humanitaire, qui repose sur la capacité militaire à distinguer entre les objectifs civils et militaires, entres les personnes civiles et les forces armées. Sur initiative française, cette catégorie d’armes est depuis 2013 à l’ordre du jour de la Conférence du désarmement afin d’étudier les conditions de leur interdiction ou de la limitation de leur emploi. Une représentante de l’organisation non-gouvernementale article 36 basée au Royaume-Uni a exposé aux auditeurs les inquiétudes de son organisation face à des systèmes qui s’affranchiraient de tout contrôle humain, ce qui a permis un passionnant débat technique animé par les auditeurs issus du ministère des armées et des industries liées au monde de la Défense.

Cette première journée du 11 avril 2018 avait débuté par deux conférences données à l’humanitarium du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Pascal Daudin, conseiller à la direction du droit international et des politiques humanitaires, a tout d’abord présenté le CIRC et ses activités, en particulier celles induites par les conflits de longue durée, avant que Brian McQuinn, chercheur diplômé de l’université d’Oxford, expose avec beaucoup d’enthousiasme la sociologie des groupes armés non étatiques. Ces groupes dont le nombre explose depuis quelques années[1] sont devenu des interlocuteurs incontournables du CICR, et les recherches de Brain McQuinn sont essentielles afin de permettre au CICR d’agir en sécurité au profit des civils, premières victimes des conflits du XXIème siècle.

La journée du 12 avril 2018 était organisée par le service de l’information de l’Office des Nations Unis à Genève (ONUG). Cette première dans l’histoire des SMHES a conduit les auditeurs dans les murs du Palais des Nations, érigé dans les années 30 pour accueillir les délégations de la Société des Nations. Rhéal Leblanc, chef de la section de la presse et des relations externes de l’Office des Nations Unies à Genève, a détaillé l’organisation, le rôle et les activités de la deuxième plus grande emprise des Nations Unies après New-York. Situé au cœur de la « Genève internationale », le Palais des Nations accueille chaque année près de 10  000 réunions organisées par la cinquantaine d’organismes, de bureaux et d’agences spécialisées présentes à Genève. Ce sont ainsi plus de 14 000 personnes[2] qui œuvrent tous les jours pour « léguer à [leurs] enfants un monde guidé par les valeurs consacrées dans la Charte des Nations Unies : la paix, la justice, le respect, les droits de l’homme, la tolérance et la solidarité »[3].

La thématique retenue pour les travaux de la 28ème SMHES a conduit à privilégier une rencontre avec un représentant de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED). L’économiste Antipas Touatam Guendergue a présenté les grandes missions de la CNUCED, en insistant sur le rôle essentiel de cet organisme pour faciliter le développement des « pays les moins avancés » et éviter ainsi l’émergence d’Etats faillis, terreau des organismes mafieux ou terroristes.

Afin d’introduire le séminaire de mai consacré au domaine aérospatial et au monde des satellites, les auditeurs se sont rendus en début d’après-midi au siège de l’Union internationale des télécommunications (UIT). Héritière de l’Union télégraphique internationale fondée à Paris en 1865, l’UIT est organisée en trois secteurs. Le secteur des radiocommunications gère le spectre des fréquences électromagnétiques et les orbites des satellites, tandis que le secteur de la normalisation établit des centaines de normes sans lesquelles les échanges d’information seraient aujourd’hui impossibles.

Plutôt que de dérouler une présentation magistrale préparée pour les étudiants qu’il pensait accueillir, Hani Eskandar s’est concentré sur le troisième secteur de l’UIT, dédié au développement des télécommunications et, en lien avec la CNUCED, à l’accueil des « pays les moins avancés » dans le monde de la téléphonie 5G, du Big Data, des objets connectés et de l’Intelligence artificielle. Au fil des discussions, cet expert des nouvelles technologies, usant autant de la langue française que d’un sabir technique anglosaxon, s’est lancé dans une tentative d’explication du fonctionnement des blockchains illustrée par de multiples exemples, issues du monde financier comme du monde agroalimentaire (« from farm to fork »), sans doute un des meilleurs souvenirs de ce séminaire.

La journée devait s’achever par un passage au siège de l’Organisation mondiale du commerce, où Pierre Latrille aurait évoqué les derniers rebondissements de la guerre commerciale ouverte entre les Etats-Unis et la Chine, mais les mouvements sociaux et l’annulation du dernier TER vers la métropole ont conduit à annuler cette dernière étape du séjour genevois.

Les auditeurs retiendront certainement de leur passage dans la « capitale de la paix » l’image de cette chaise brisée (Broken Chair), symbole du refus de la violence armée contre les civils. Imaginée pour convaincre les Etats d’interdire les mines antipersonnel puis les armes à sous-munitions, cette œuvre d’art de Daniel Berset incarne désormais « le cri désespéré des populations civiles meurtries par les guerres ». Ce rêve de paix aura marqué les deux jours passés à Genève, alors que les médias rapportaient les crimes contre l’humanité commis en Syrie et les déclarations belliqueuses de dirigeants occidentaux.

VA(2S) Alain Christienne, directeur du Centre méditerranéen des études stratégiques

 

[1] les groupes qui se sont déclarés sur les réseaux sociaux dans les six dernières années sont plus nombreux que ceux nés dans les six décades précédentes.

[2] Dont les membres des 176 missions permanentes accréditées auprès de l’ONUG.

[3] Discours du Secrétaire général António Guterres, prononcé à l’occasion de sa prestation de serment.