France

Un Brexit sans accord, risques ou opportunités pour les ports français ?

Le port de Dunkerque.
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Le spectre d’un Brexit « dur[1] » soulève de nombreuses questions et incertitudes pour le transport maritime européen. En effet, si aucun accord n’est trouvé, le transit du fret[2] irlandais à destination des autres pays de l’Union européenne serait confronté à des difficultés très importantes en passant par le territoire britannique. La situation géographique excentrée de l’Irlande imposerait donc à l’UE de revoir son maillage transfrontalier pour assurer une continuité et une connectivité directe entre l’Irlande et la partie continentale de l’UE. Ainsi, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne entrainerait immanquablement une redéfinition des itinéraires de frets afin de fluidifier les flux de marchandises et de personnes. Un apport de fonds européens serait également nécessaire pour absorber les coûts supplémentaires et adapter les ports à de nouvelles pratiques.

Le Réseau Transeuropéen de Transport au service de la circulation des biens et des personnes

En 2013, l’administration européenne a lancé un Réseau Transeuropéen de Transports (RTE)[3] dans le cadre de l’une de ses priorités : créer un espace européen de transport maritime. Neuf corridors maritimes ou autoroutes de la mer sont déjà opérationnels.  Des investissements[4] ont été distribués grâce au  mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE) et attribués aux Etats membres, plus particulièrement pour des infrastructures portuaires et le développement des hinterlands. En 2023, le RTE sera révisé afin de mieux répondre aux nouveaux enjeux environnementaux, sociaux et économiques.

Schéma des neuf corridors du réseau central (RTE) – Trois ports français en font partie : Calais, Dunkerque et Le Havre/Rouen.

Nécessité d’une continuité territoriale entre l’UE et l’Irlande

En prévision d’un Brexit sans accord, la Commission européenne a proposé le 1er  août 2018 sans attendre cette révision – à titre transitoire[5] et sur la base de flux déjà existants – une adaptation du tracé du corridor maritime mer du Nord – Méditerranée qui relie l’Irlande à l’Europe au travers du Royaume Uni. Elle préconisait une liaison maritime directe entre Dublin/Cork et les ports belges et néerlandais, excluant les ports français[6], notamment Calais et Dunkerque, pourtant plus proches et plus efficaces[7].

Cet accord a été jugé inacceptable par la France car il favoriserait les ports d’Anvers, Zeebrugge et Rotterdam en redéfinissant de nouvelles liaisons et en négligeant les principes de libre concurrence et d’accès équitable aux marchés.

Cette modification des tracés ne tient compte ni de la réalité des flux transmanche – les ports de Calais et Dunkerque sont les principaux points d’échanges directs avec le Royaume-Uni[8] – ni du coût environnemental comportant des temps de trajets plus longs et donc plus polluants.

Les ports des Hauts-de-France ne sont pas les seuls grands oubliés du corridor proposé car les ports normands et bretons subissent le même sort.

Corridor maritime actuel  (rapport Assemblée Nationale N°1484 du 6 décembre 2018).

Au-delà de priver les ports français de trafics importants pour leur économie en les écartant de ce nouveau corridor, ceux-ci risquaient une double peine en étant également exclus des fonds européens du MIE essentiels à leur développement. Bien évidemment, dans un contexte de farouche concurrence, l’attractivité des ports belges et néerlandais, déjà largement favorisés par un hinterland très dynamique[9], n’en aurait été que renforcée.

Pour la Commission européenne, cette proposition reflétait en fait davantage une mesure d’urgence à court terme qu’une remise en cause profonde et durable du réseau. Preuve en est : après de nombreux échanges et une très forte mobilisation des acteurs portuaires et politiques français, la Commission européenne a confirmé le 22 novembre 2018[10] le maintien de Calais et Dunkerque[11] dans le corridor mer du Nord – Méditerranée.  Des liaisons directes seront créées entre les ports français et irlandais.

Parallèlement à cette redéfinition du tracé des liaisons maritimes, les négociations interinstitutionnelles sur le MIE, ont inclus les ports français  de Brest, Roscoff, Cherbourg, Caen et Rouen[12] pour leur permettre de bénéficier également des subventions européennes post-Brexit. Enfin, lors d’un vote le jeudi 10 janvier 2019, la commission Transport du Parlement européen a adopté les mesures proposées et finalement ce sont treize ports français[13] qui bénéficieront des aides du dispositif MIE.

Une belle opportunité mais un imbroglio juridique

Comme le soulignent les deux rapporteurs de l’Assemblée Nationale dans leur rapport[14], la solution proposée « semble juridiquement instable » en ce qui concerne les ports de Brest, Roscoff, Cherbourg et Caen. En effet, n’appartenant actuellement à aucun corridor, leur qualité de « port du réseau central » doit être justifiée et répondre à divers critères[15]. Or, cette catégorisation relève du règlement du RTE et non de celui (financier) du MIE. Il convient donc que la révision du RTE prévue en 2023[16] intègre ces changements de catégories pour les ports bretons et normands.  Une telle décision comporte néanmoins le risque d’ouvrir la boite de Pandore en suscitant des demandes de changement de catégories de la part d’autres ports européens et par conséquent de leur permettre un accès à ces mêmes subventions européennes.

Un fonds d’urgence pourrait être débloqué

Dans quelques semaines, sans un accord négocié de retrait avec le Royaume Uni, la France va « retrouver sa frontière maritime » avec un pays tiers bien connu. Les ports français sont en première ligne avec un avantage géographique indéniable. Cependant, pour accroitre leur compétitivité vis-à-vis de leurs concurrents belges et néerlandais, les ports français doivent faciliter les échanges en améliorant notamment la fluidité des flux. En effet, une diminution du trafic est à craindre avec les nouveaux contrôles. Pour soutenir les ports européens en cas de Brexit dur, la Commission européenne envisage donc de compléter le MIE post-Brexit par un nouveau fond d’urgence[17].

Les ports français doivent saisir les opportunités offertes par l’accès aux financements européens pour moderniser leurs infrastructures. L’enjeu est de taille car il s’agit de redéfinir leur rôle et de se positionner en acteurs incontournables du commerce international. Mais peut-être faudrait–il aussi réfléchir à un nouveau statut des grands ports ? Le transfert de la compétence portuaire à la région ne permettrait-il pas l’intégration des partenaires économiques et ne favoriserait-il pas le développement d’un hinterland plus attractif ? Le Brexit offre aux ports français une opportunité exceptionnelle de se restructurer pour être plus forts face à la concurrence mondiale, sous réserve que la politique portuaire française soit conduite dans une approche globale de « l’équipe France » et que soient abandonnées les rivalités picrocholines qui ont trop souvent freiné le développement des ports français et de leur hinterland.

 

[1] Un Brexit dur entrainerait le rétablissement des contrôles douaniers, vétérinaires et sanitaires ainsi qu’un surcoût à l’import-export. Karima DELLI, présidente de la commission transports au Parlement européen annonce que « le rétablissement des tarifs douaniers entraînera un surcoût de 5 % à l’import-export. En moyenne, il faudra remplir 34 documents supplémentaires (soit 84 au total) ». Les temps de contrôles supplémentaires augmenteraient le nombre de camions aux abords des ports, avec 20 kilomètres de file de camions à Calais, et 27 kilomètres à Douvres.
[2] 25 % du volume échangé entre l’Irlande et le Royaume-Uni, soit 6,7 millions de tonnes, serait en fait un volume échangé entre l’Irlande et l’Europe continentale.
[3] Ce réseau complet et structuré de transports multimodaux comportera des déclinaisons régionales précises à l’échelle de l’Union entière. Il se décline en deux types de réseaux : le réseau central, partie la plus stratégique, normalement terminée le 31 décembre 2030, et le réseau global dont l’achèvement est prévu le 31 décembre 2050 et qui permettra d’assurer à chaque région un développement économique et social.
[4] Le mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE)  est un instrument de co-financement dédié fonctionnant principalement par appels à propositions de projets destinés à la création ou la rénovation de routes, de ports, d’infrastructures ou d’équipements maritimes
[5] Pour la période du 30 mars 2019 au 31 décembre 2020. Cette dernière date marque la fin du cadre financier pluriannuel et du mécanisme d’interconnexion en Europe 2014-2020.
[6] La Commission européenne a argumenté son choix en invoquant des services maritimes internationaux réguliers existant déjà avec les ports belges et néerlandais (des infrastructures douanières existantes).
[7] Par exemple, le port du Havre traite 23 conteneurs à l’heure, contre 16 au port de Rotterdam.
[8] Les ports de Calais et Dunkerque représentent 75 % des échanges rouliers du Royaume-Uni avec l’Europe et 87 % des échanges avec la France.
[9] Par exemple, Anvers est relié au canal Albert s’ouvrant sur le marché européen.
[10] Projet amendé le 12 décembre en session plénière au Parlement européen.
[11] Calais et Dunkerque font déjà partie du réseau central et du corridor mer du Nord – Méditerranée.
[12] Le port du Havre appartient déjà au corridor Atlantique, Rouen appartenant maintenant au GIE HAROPA
[13] Calais, Le Havre et Dunkerque du corridor mer du Nord – Méditerranée du MIE et les ports de Brest, Roscoff, Saint Nazaire, Saint Malo, Cherbourg, Caen, Le Havre, Rouen, Paris et Boulogne du corridor Atlantique
[14] MM. Jean Pierre PONT et Pierre-Henri DUMONT, Rapport d’information de l’Assemblée Nationale N° 1484 du 6 décembre 2018 « corridors maritimes »
[15] Quelques exemples de critères : volumes de transport de marchandises et de passagers pour les ports du réseau global ; connectivité à l’hinterland et au reste du réseau européen, pour les ports du réseau central
[16] Dans l’immédiat et selon les deux rapporteurs de l’Assemblée Nationale, ce n’est pas prévu.
[17] Séance du 10 janvier 2019 « Ces financements européens devraient être complétés par un dispositif ad hoc, un nouveau fonds d’urgence, qui sera négocié avec la Commission européenne et la présidence roumaine ».

 

Béatification des martyrs chrétiens d’Algérie : symbole rare d’une unité dans le souvenir des années noires.

L’envoyé du pape, le cardinal Angelo Becciu, lors de la béatification de 19 religieux tués en Algérie. Oran, le 8 décembre 2018.
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Samedi 8 décembre 2018, s’est tenue à Oran la béatification de 19 religieuses et religieux de l’Eglise catholique d’Algérie, assassinés entre 1994 et 1996 durant la décennie noire.  Il s’agit de la première béatification célébrée dans un pays à très grande majorité musulmane.
Dans l’église de Santa-Cruz sur les hauteurs d’Oran en présence de plus de 1 200 personnes, le cardinal Angelo BECCIU, Envoyé de Rome, a présidé la cérémonie de béatification de Mgr Pierre CLAVERIE, évêque d’Oran et ses compagnons, dont les sept moines de Tibhirine. Au total, quinze Français, deux Espagnoles, un Belge et une Maltaise ont été honorés.

Jean-Paul VESCO, évêque d’Oran a demandé une minute de silence « en hommage au peuple algérien et à ses dirigeants qui ont réussi à retrouver le chemin de la paix malgré des blessures encore si douloureuses ». En effet, la décennie noire a meurtri l’Algérie, les violences atroces entre l’armée et les islamistes ayant causé la mort d’au moins 200 000 Algériens auxquels se joignent ces 19 religieux, attachés à l’Algérie qu’ils n’ont pas souhaité quitter malgré le danger.
A travers son message lu, le pape François envoie ses « encouragements fraternels pour que cette célébration aide à panser les blessures du passé et crée une dynamique nouvelle de la rencontre et du vivre-ensemble ». Le pape espère que « cet événement inédit (…) dessinera un grand signe de fraternité dans le ciel algérien à destination du monde entier. » L’Evangile de l’Annonciation a été chanté en arabe par le père Thierry BECKER, ancien adjoint de Pierre CLAVERIE. Cette cérémonie a réuni les familles des martyrs, les principaux imams du pays, les représentants du gouvernement algérien dont le ministre des Affaires religieuses et le wali d’Oran, le secrétaire d’Etat français aux affaires étrangères, les membres de la délégation papale et les représentants des congrégations religieuses catholiques.
Plus tôt dans la journée et en présence du cardinal Angelo BECCIU, la Grande mosquée d’Oran a également rendu hommage aux 114 imams qui se sont élevés contre le terrorisme pendant la guerre civile.
La béatification par l’Eglise catholique de ces « bienheureux » aurait pu être incomprise par l’opinion publique algérienne. Pourtant, cet événement a bénéficié d’un accueil très positif. A Santa Cruz, de nombreux journalistes algériens ont assisté pour la première fois à une messe catholique. L’événement a été vivement salué dans la presse. El Watan, grand quotidien algérien a titré le dimanche 9 décembre : « Béatification des 19 religieux catholiques à Oran : sous le signe de la fraternité et de la communion » tandis qu’en une d’El Moujahid, organe de presse proche du FLN figurait : « Amitié et fraternité ». Algérie Presse Service considère cette béatification comme « un symbole du vivre ensemble » et y voit « une belle communion interreligieuse entre chrétiens et musulmans, bien loin des images de haine et d’intolérance ». Pour le Quotidien d’Oran, « les blessures sont en train d’être cautérisées par tous ceux qui les ont vécues, sans discernement de religion ».
La décennie noire renvoie toujours à un passé douloureux. Cette béatification, bien reçue, est le symbole d’une fraternité entre deux peuples dont les histoires sont très souvent mêlées. A cette occasion, l’esplanade du sanctuaire de Santa Cruz a été inaugurée et baptisée « Place du vivre ensemble dans la paix ». Selon François VAYNE, auteur du livre « Tout simplement là » sur ces martyrs estime qu’ « avec cette béatification, c’est comme si l’Eglise algérienne était née une seconde fois. Elle est modeste mais avec ce sang mêlé entre chrétiens et musulmans, elle est à présent pleinement reconnue, elle n’est plus étrangère ».

Le dilemme des relations franco-iraniennes depuis 1979

Article rédigé par Pierre Razoux et édité par la Revue des Deux Mondes (septembre 2018)

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À l’heure où la République islamique d’Iran s’apprête à célébrer le quarantième anniversaire de sa révolution et où le gouvernement français souhaite accélérer l’ouverture en direction de Téhéran, il
convient de s’interroger sur l’évolution des relations bilatérales depuis 1979, compte tenu des nombreuses incertitudes qui pèsent sur le contexte géopolitique régional après l’annonce du retrait américain de l’accord nucléaire de juillet 2015. La France doit-elle conserver une attitude prudente teintée d’hostilité comme le voudraient certains ? Ou bien ouvrir un nouveau chapitre pour dépasser les vieux clivages et regarder vers l’avenir comme le souhaitent d’autres ? Pour répondre à ces questions, il convient de délaisser les partis pris émotionnels et idéologiques, et de prendre le recul nécessaire pour adopter une approche historique (1) et géopolitique. Car c’est en digérant l’histoire et en acceptant les erreurs du passé que l’on peut rétablir la confiance nécessaire à la refondation de la relation bilatérale.

La réémergence d’un projet d’armée européenne

Angela MERKEL et Emmanuel MACRON à Rethondes, pour la commémoration de l’armistice, le 10 novembre 2018.
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Dans un entretien à Verdun pour Europe 1 diffusé mardi 6 novembre 2018, le président français Emmanuel MACRON a exprimé sa volonté de créer une « vraie armée européenne ». Le chef de l’Etat a plaidé en faveur de ce projet, capable de « protéger » l’Union européenne « à l’égard de la Chine, de la Russie et même des Etats-Unis ».

Si Vladimir POUTINE considère cette initiative comme « un processus positif du point de vue du renforcement du caractère multipolaire du monde », les déclarations du chef de l’Etat français ont provoqué une réaction du président américain. Accusant Paris de promouvoir une armée européenne concurrente des Etats-Unis et de l’OTAN et déclarant les propos de son homologue français « très insultants », Donald TRUMP s’est de nouveau exprimé, mardi 13 novembre, dans une série de tweets à l’encontre du président français.

Face aux accusations de son homologue américain, Emmanuel MACRON a évoqué samedi une « confusion » mais continue d’affirmer la volonté d’une autonomie européenne. L’UE bénéficierait d’une plus grande marge de manœuvre en matière de défense et pourrait assurer les missions de la politique de sécurité et de défense communes. Premier président français à évoquer publiquement « une armée européenne », Emmanuel MACRON a instauré, dans cette optique, l’Initiative européenne d’intervention (IEI). Lancé en juin 2018, ce projet qui se place dans la logique du discours à la Sorbonne du président de la république en septembre 2017, a pour but de développer une culture stratégique européenne, à plusieurs Etats, afin de pouvoir mener plus facilement des opérations militaires en commun.

Les propositions françaises sont rejointes par l’Allemagne. La chancelière allemande Angela MERKEL, devant le Parlement européen à Strasbourg, a défendu l’idée d’une armée européenne mardi 13 novembre. Assurant que cette armée ne remettra pas en cause l’OTAN, la chancelière allemande a réitéré sa proposition de « conseil de sécurité européen » afin de renforcer la politique extérieure de l’Union européenne.

Toutefois, les avis sont partagés sur la faisabilité et la légitimité d’une telle initiative. A titre d’exemple, le général de VILLIERS, ancien chef d’état-major considère « impossible » une armée européenne où les forces serait juxtaposées, fusionnées afin d’en faire des unités de combat « aux ordres d’un état-major hypothétique à Bruxelles ». Jean-Yves le DRIAN, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a déclaré au début de l’année 2016, alors qu’il était ministre de la Défense du président François Hollande : « C’est aux Etats qu’il appartient en premier d’entretenir une défense forte, et c’est aux plus importants d’entre eux de montrer la voie en Europe ».

La vision d’Emmanuel MACRON consiste en une Europe forte, indépendante et autonome militairement et notamment vis-à-vis des Etats-Unis. Toutefois, si le couple franco-allemand affiche une position unie, d’autres pays européens semblent envoyer le message inverse. Alors que la défense européenne dépend pour une grande part du maintien d’une industrie de défense, la Belgique et la Pologne ont choisi d’opter ces derniers mois pour des armements américains. 

Le thème emblématique de « l’armée européenne » sous-tend les choix fondamentaux qui n’ont jamais été tranchés par les Européens depuis 30 ans et qui imposent de répondre à trois questions : quelle unité de destin ? quel effort de défense acceptable ? quelle autonomie vis-à-vis des Etats-Unis ?

Nouvelle escalade des tensions à Gaza

Le bâtiment abritant al-Aqsa TV, la télévision du Hamas, bombardé par l’armée israélienne, le 12 novembre 2018.
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Après plus de sept mois d’affrontements entre Israël et Gaza, contrôlé par le Hamas, un blocus de l’enclave palestinienne avait conduit à l’instauration d’un calme précaire. Pourtant, dimanche 11 novembre, Gaza s’est de nouveau embrasé et fait face à la plus violente confrontation avec Israël depuis la guerre de 2014.

Le 11 novembre, les forces spéciales israéliennes ont mené une incursion secrète à Gaza, mais ont été surprises par une brigade d’al-Qassam, le bras armé du Hamas. En représailles à l’intervention des forces armées israéliennes pour dégager leurs soldats, le Hamas et le Jihad islamique ont tiré des roquettes et obus de mortier. Outre la mort d’un lieutenant-colonel de Tsahal, au moins sept personnes ont péri depuis dimanche du côté palestinien et des blessés sont à déplorer dans les deux camps.

Gaza est depuis devenu le théâtre d’un chassé-croisé ininterrompu entre les centaines de tirs de roquettes palestiniens et les frappes aériennes israéliennes en riposte. Mardi 13 novembre au matin, plus de 400 roquettes et obus de mortier ont été tirés depuis la bande de Gaza, dont plus d’une centaine ont été interceptés par le Dôme d’acier israélien. Pour le porte-parole de l’armée israélienne, Jonathan CONRICUS, il s’agit du « barrage de projectiles le plus intense en un seul jour depuis la guerre de 2014 », le Hamas et le Jihad islamique ayant accru leur arsenal militaire ces dernières années. En réponse, l’armée israélienne procède à des raids aériens et a déployé ses avions de combat, ses hélicoptères et ses chars. Israël a détruit des bâtiments affiliés au Hamas tels que les studios de la chaine de télévision du Hamas, Al-Aqsa TV.

S’agissant de la communauté internationale, les Nations Unies et l’Egypte ont poursuivi leurs efforts dans le dessein de parvenir rapidement à un cessez-le-feu et appellent les deux parties à la mesure. Quant à la France, elle « condamne avec la plus grande fermeté les nombreux tirs de roquettes revendiqués par le Hamas » et « demande la cessation immédiate de ces actions inacceptables et injustifiables » appelant « les parties à éviter un nouveau cycle de violences dont les populations civiles seraient les premières victimes ». Mardi 13 novembre 2018, la Turquie, « préoccupée par la nouvelle vague de violence à Gaza », exhorte la communauté internationale à « prendre les mesures nécessaires pour mettre fin aux attaques israéliennes ».

A Paris, alors que les chefs d’Etats s’étaient réunis pour commémorer l’armistice de 1918, Benyamin NETANYAHOU a écourté son séjour face à cette situation inquiétante. Si l’embrasement de la bande de Gaza n’est pas inédit, la surenchère à laquelle se livrent les deux camps peut mener à une nouvelle guerre.

Colonisation, islam et laïcité

Compte rendu de la conférence éponyme prononcée par Pierre-Jean LUIZARD, le 9 novembre 2018. Les analyses historiques décrites ci-dessous représentent les seules opinions du conférencier et n’engagent pas l’institut FMES.

L’historien Pierre-Jean LUIZARD et le vice-amiral d’escadre (2s) et directeur des opérations de l’institut FMES Pascal AUSSEUR, le 9 novembre 2018.

 

L’institut FMES a eu le plaisir de recevoir l’historien Pierre-Jean LUIZARD, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l’islam contemporain au Moyen-Orient. Auteur de nombreux ouvrages, il reçoit en 2015 le Prix Brienne du livre géopolitique pour Le Piège Daech – l’État islamique ou le retour de l’Histoire .

Pendant plus d’une heure, Pierre-Jean LUIZARD a fait un retour sur le « roman national français » pour permettre de comprendre le rapport complexe à la laïcité qu’ont les sociétés musulmanes contemporaines à travers le prisme original de la colonisation du XIXème siècle.

La colonisation a pris de multiples formes et a connu plusieurs périodes. La conférence a porté sur les choix et les formes de la colonisation française au XIXème siècle. Le but de la conférence n’était pas de faire une contre histoire mais de confronter l’histoire française à une autre approche, celle du colonisé.

  • Une colonisation à la mission civilisatrice

Si le Nouveau Monde avait été colonisé avec des objectifs apostoliques, Monsieur LUIZARD explique que la colonisation du XIXème siècle en France ne s’est pas faite selon un idéal religieux mais au nom d’une mission civilisatrice, justificatrice des entreprises d’occupation et de domination militaires.

Il précise que la France, héritière des Lumières, s’est donnée le rôle de coloniser les sociétés considérées comme insuffisamment civilisées. Leur attachement à la religion était le critère clé. Une société sécularisée telle que la France de la Révolution était donc plus civilisée que les sociétés musulmanes où l’attachement aux principes religieux est fort et où religion et politique sont liés.

Cette vision des élites républicaines et laïques de l’époque a justifié la colonisation. Pourtant, nous explique l’historien, elle était en partie erronée. L’Empire ottoman, qui régnait sur la majeure partie du monde arabe, différenciait les sphères politique et religieuse à travers deux fonctions différentes incarnées par une seule et même personne : le sultan et le calife. La vision du calife a été peu à peu abandonnée, le chef de l’empire ottoman ne se présentant qu’en sultan.

Pierre-Jean LUIZARD insiste sur les fondements de la colonisation à l’époque à travers deux idées principales :

    • La colonisation, en particulier du monde arabe, contrairement à une idée reçue, n’a pas été le fait de la droite ou de l’extrême droite. Elle ne s’est pas réclamée à l’époque des camps clérical ou royaliste mais a été le fait des républicains sous la IIIème République.
    • La légitimation de la colonisation civilisatrice s’est faite à géométrie variable. Alors qu’elle s’est proclamée au nom d’idéaux républicains et laïcs, ce qui était valable en métropole ne l’était pas dans les colonies. La colonisation a donné lieu à des retournements systématiques des élites républicaines et laïques voire à des « reniements » afin de justifier ce système colonial. Les musulmans n’ont jamais pu prétendre à ces mêmes principes présentés pourtant comme légitimant la colonisation.
  • La campagne d’Egypte de Napoléon Bonaparte

De 1798 à 1801, se tient la campagne d’Egypte. Au lendemain de la Révolution française et dans le contexte du Directoire, il s’agit de la première exportation coloniale dite « révolutionnaire ». Napoléon Bonaparte, se pensant comme la réincarnation d’Alexandre le Grand, veut priver son ennemi historique, la Grande Bretagne, des liens terrestres et maritimes qu’elle entretient avec sa plus grande colonie, les Indes. Il entend proclamer en Egypte une République française d’Egypte. Le pays, partie intégrante de l’Empire ottoman, était en réalité aux mains des mamlouks (anciens esclaves venus du Caucase ou de Crimée ), dirigeant au nom du sultan mais ayant fait un Etat propre.

La mission que s’est donnée Napoléon Bonaparte était de libérer les Egyptiens des « étrangers » afin d’établir une souveraineté dans le pays. Ces principes de liberté ou de république étaient inconnus pour les Egyptiens qui n’ont, de fait, pas compris le message du souverain français. Napoléon Bonaparte s’engage donc dans une guerre contre les mamlouks et établit en Egypte une politique concordataire : la religion est sous le contrôle de l’Etat. Dès lors, il lance une opération de séduction envers la notabilité religieuse égyptienne en vantant les principes de l’islam. Il affirme le profond respect qu’il a pour cette religion.

Du côté des Egyptiens, les batailles ordonnées par Napoléon Bonaparte donnent à voir la réalité de cette expédition en Egypte. Cette dernière étant onéreuse et le souverain français n’ayant pas les moyens de ses ambitions, Napoléon Bonaparte a décidé de faire payer au peuple égyptien un impôt qui a engendré révoltes et famine. Pour taire les soulèvements, il a fait décimer les hommes dans chaque village incapable de payer les impôts. Selon les estimations d’historiens et mémoristes égyptiens, la répression au refus dû à l’imposition aurait fait entre 40 000 et 50 000 morts durant les trois années d’occupation.

Deux événements majeurs sont à retenir :

  • La révolte du Caire du 20 octobre 1798 qui a été matée en deux jours, entrainant la mort de plus de 10 000 Egyptiens.
  • La révolte du Delta du Nil où l’ensemble de la population mâle d’un village a été décapitée et les têtes exhibées sur une place dans la capitale égyptienne.

Face à la coalition militaire contre lui (Empire ottoman, Grande Bretagne et Russie), Napoléon Bonaparte se rend en Syrie et en Palestine où il fait tomber les villes de Saint-Jean d’Acre (après six mois de siège) et de Jaffa où il décime la garnison s’étant rendue. Jaffa retient de Napoléon Bonaparte un tyran s’étant servi d’idéaux révolutionnaires pour cacher une entreprise de domination coloniale.

 

  • L’influence saint-simonienne

Les saint-simoniens sont influents dans le contexte post-révolutionnaire puisqu’ils se réfèrent aux idées des Lumières. Leur théorie est celle d’un développement des pays pauvres afin de les civiliser. En développant ces pays, ils se détacheraient par nature de leur croyance religieuse et tendraient vers une sécularisation permettant la laïcité. L’Europe, pour les saint-simoniens, a une mission civilisatrice, cette mission nécessitant des voies de communication. La principale voie est le canal de Suez (Ferdinand de Lesseps étant un ancien saint-simonien).

En Egypte et en Algérie, les saint-simoniens bénéficient d’une grande influence, en particulier sous Napoléon III, période durant laquelle a été pensé le projet de Grand royaume arabe, abandonné avec la proclamation de la IIIème République. Les saint-simoniens légitiment un discours colonial : tout le monde peut être citoyen français mais l’islam étant trop présent, la citoyenneté doit être conditionnée à un abandon du statut personnel, en l’occurrence l’appartenance à une religion.

  • Citoyenneté et décret Crémieux en Algérie

Le statut personnel régit, en Algérie, la vie des Musulmans et des Juifs. En 1869, un sénatus-consulte de Napoléon III donne le choix aux indigènes algériens de rester indigènes et de fait d’obtenir la nationalité française mais sans être citoyen à moins d’abandonner leur statut personnel. Seulement quelques centaines de Musulmans et de Juifs ont accepté de devenir citoyens, le statut personnel étant constitutif de leur identité pour ces indigènes qui ne se sentaient pas français.

La fin du Second Empire avec la défaite de Sedan, laisse place à la IIIème République en 1870. A travers le décret Crémieux, ce régime va imposer par décret ce que le Second Empire avait laissé au libre choix des Algériens. Ce décret porte le nom d’Adolphe CREMIEUX, un homme politique radical socialiste, anti-religieux et franc-maçon mais issu d’une famille juive d’Avignon. CREMIEUX s’est donné pour mission de civiliser les communautés juives de Méditerranée en leur octroyant par décret la citoyenneté française. Ainsi, la communauté juive d’Algérie est devenue française de façon autoritaire.

A la même période, les élites républicaines et laïques font le choix de donner la citoyenneté française aux colons d’origines européennes (espagnole, italienne, maltaise). Cet octroi n’a pas posé de problème.

De fait, l’islam s’érige véritablement en religion du colonisé. Les musulmans algériens sont les seuls confrontés au choix entre la citoyenneté française et l’abandon du statut personnel. Le défendre renvoyait à défendre leur identité.

Si les élites de la IIIème République ont pensé la loi de 1905, ils vont s’opposer à son application en Algérie. A cette loi s’ajoute ainsi un décret en 1907 : les Chrétiens et les Juifs d’Algérie se voient appliquer les mêmes droits qu’en métropole mais pour les musulmans, les biens habous[1] qui servent à financer les cultes musulmans sont confisqués. Une indemnité coloniale va être fixée et l’Etat va fournir des fonctionnaires. Cette politique a fait de l’islam une ressource idéologique anticoloniale. En parallèle des mosquées officielles où les discours de culte doivent être soumis à la préfecture, les mosquées clandestines fleurissent.

Jusqu’en 1962, l’Etat français va considérer les musulmans algériens comme des indigènes et continuer d’appliquer ces principes du XIXème siècle.

  • Des élites républicaines, laïques et colonisatrices

Jules FERRY s’est fait le chantre de la colonisation après l’avènement du décret Crémieux. S’il est connu pour son rôle en faveur de l’éducation, il a été l’instigateur de trois lois entre le 16 juin et le 29 juillet 1881 :

  • Ecole primaire gratuite et obligatoire pour les enfants de moins de 16 ans
  • Liberté de la presse et d’opinion
  • Code de l’Indigénat : instauré en 1881 en Algérie jusqu’à l’indépendance en 1962, il est appliqué dès 1887 à l’ensemble des colonies. Il s’agit d’un statut « entre la citoyenneté et l’esclavage » qui octroie un statut spécial aux indigènes, astreints à une justice expéditive, à des peines collectives et à la restriction de certains droits.

Dans un contexte de ressentiment envers l’Allemagne, Jules FERRY déclare devant la Chambre : « La colonisation est le prix du patriotisme » et « la colonisation est la fille de la politique industrielle ». Cette colonisation a été ardemment défendue par ces élites républicaines. Face aux députés de droite réticents pour des raisons économiques et pour qui la récupération de l’Alsace Lorraine était la priorité, Jules Ferry argue la mission civilisatrice des « races supérieures » qui ont des devoirs vis-à-vis des « races inférieures ». Pour Jules FERRY il s’agit d’un sujet culturel et non ethnique, les « races inférieures » ayant vocation à rattraper leur retard au terme de plusieurs générations à travers l’éducation et notamment l’école.

En 1892, Jules FERRY se rend en Algérie lors d’une commission sénatoriale et s’aperçoit de la nature réelle de la domination coloniale. Il estime que les colons ont trahi la colonisation. En réponse, il fait débarquer l’armée française en Tunisie, le protectorat étant proclamé en 1881, afin de montrer aux colons algériens ce que signifie une « bonne colonisation ».

Les opposants à la colonisation dans le camp républicain laïc sont rares. Jean JAURES et Georges CLEMENCEAU en font partie. Georges CLEMENCEAU est l’un des seuls à remettre en cause le discours civilisateur de Jules FERRY. Anticolonial quand il est dans l’opposition, il mène cependant une politique toute autre une fois au pouvoir. S’il se dit contre la colonisation, il avoue faire une exception pour le Maroc afin que l’Allemagne ne s’empare pas du territoire. En 1920, dans un contexte d’après-guerre et à l’issue des accords de Sykes-Picot, les élites républicaines et laïques avec en chef de file Georges CLEMENCEAU, ministre de la Guerre et président du Conseil, vont vouloir se partager le Moyen-Orient avec la Grande-Bretagne. Lloyd George et Georges CLEMENCEAU se rencontrent afin de procéder à un « marchandage » entre deux puissances coloniales : Mossoul et la Palestine reviennent à la Grande-Bretagne tandis que la France bénéficie du Liban et la Syrie.

La France, dirigée par des élites républicaines et laïques, va se projeter dans la région de façon chrétienne. En métropole, une loi de 1901 expulse les congrégations catholiques et l’Eglise perd le monopole sur l’enseignement. Ainsi, les congrégations jésuites et dominicaines vont essaimer dans l’empire colonial. Pour servir la politique française, dont l’objectif était de contrer les majorités arabes, le pouvoir va collaborer avec les congrégations. Ainsi, le Moyen-Orient va être divisé sur des bases confessionnelles. Le Liban qui est à l’origine une région de Syrie, en est une parfaite illustration. Sur le même schéma, sont proclamés l’Etat des Druzes et l’Etat des Alaouites. La France a donc séduit les minorités afin de les opposer à la majorité arabe sunnite.

Cette politique connaît un revers à travers la révolte des Druzes. La France avait clientélisé les grandes familles druzes mais en 1925, ces derniers se révoltent, ne voulant plus accepter de trahir la cause arabe nationale syrienne et le roi Fayçal. Les élites républicaines et laïques ont alors rendu coupable l’état-major, considéré comme catholique. Ces « deux France » se sont accusées tour à tour. Finalement, la révolte a été matée, la région de la Ghouta bombardée massivement, faisant en trois jours entre 30 000 et 40 000 morts.

A partir des années 1920, la France connaît un revirement. Le parti anticolonial, historiquement à droite, va passer à gauche et le parti colonial est justifié à droite et à l’extrême droite. Du point de vue des colonisés qui ont fait face à plus d’un siècle de discours républicains se réclamant de la laïcité, celle-ci est donc perçue comme une arme contre leur identité religieuse. Pour Pierre-Jean LUIZARD, ce phénomène explique que les musulmans issus des colonies françaises perçoivent les discours laïcs comme un discours d’oppression. Encore aujourd’hui, les répercussions de cette politique résonnent encore avec ce slogan islamiste qui proclame « la laïcité est l’arme des nouveaux croisés ». Toutefois, l’historien met en garde contre les anachronismes : la contradiction entre la colonisation et les idéaux républicains n’était pas totalement perceptible à l’époque. Elle est en revanche présente dans la construction intellectuelle de nombreux musulmans en France et dans leurs pays d’origine.

[1] Le bien Habous ou Wakf est donc un système juridique selon lequel le droit de propriété de certains biens se trouvent immobilisés et leurs revenus sont consacrés exclusivement dans le cadre du fonctionnement d’une oeuvre pieuse ou d’une fondation d’intérêt général, sans aucune limitation dans le temps (mosquée, hôpital, Université).

 

Yémen : les appels pour mettre fin au conflit

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Depuis 2015, le Yémen est le théâtre d’affrontements violents entre les Houthis et les forces loyales au président Hadi. L’intervention en faveur de ces dernières d’une coalition dirigée par l’Arabie Saoudite du prince héritier Mohamed ben SALMAN, a aggravé le conflit et occasionné une famine dévastatrice. Pour les Nations Unies, il s’agit de la « pire crise humanitaire au monde ». L’affaire KHASHOGGIa considérablement affecté la crédibilité de Riyad sur la scène internationale et sa légitimité au Yémen pâtit de ce meurtre. Le royaume wahhabite fait l’objet de pressions de la part des puissances occidentales, mais le revirement de son plus fidèle allié en Occident, les Etats-Unis, sera déterminant.

Le 30 octobre 2018, par la voix de Mike POMPEO, secrétaire d’Etat américain, Washington réclame en effet la fin du conflit yéménite : « les Etats-Unis appellent toutes les parties à soutenir l’envoyé spécial des Nations Unies, Martin GRIFFITHS, dans la recherche d’une solution pacifique au conflit au Yémen ». Les Etats-Unis demandent « la cessation des hostilités », qu’il s’agisse des « frappes de missiles et de drones depuis les zones contrôlées par les Houthis en direction du royaume d’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis » mais également des « frappes aériennes de la coalition (…) dans toutes les zones peuplées du Yémen ». En recommandant le recours à la voie politique, les Washington considère qu’« il est temps de mettre fin à ce conflit, de le remplacer par un compromis et de permettre au peuple yéménite de guérir par la paix et la reconstruction ». Les Etats-Unis réclament l’ouverture de négociations de paix d’ici trente jours. La déclaration américaine surprend, l’administration de Donald TRUMP n’ayant jamais caché son soutien à l’Arabie saoudite.

A Washington pourtant, l’opposition, notamment au Congrès, espérait depuis des mois que Donald TRUMP incite Riyad à plus de discernement dans la conduite de cette guerre. D’ailleurs, mardi 30 octobre, le New York Times a publié un articlealertant sur la situation au Yémen, entrecoupé par des photographies glaçantes d’enfants yéménites mourant de faim.

Dans les capitales européennes, un débat a émergé quant à la fourniture d’armes à l’Arabie saoudite. La ministre des Armées, Florence PARLY, invitée de l’émission de Jean-Jacques BOURDIN sur BFM-TVmardi 30 octobre, assure que « la France est un fournisseur modeste d’armes à l’Arabie saoudite ». Toutefois, la ministre affiche un positionnement clairement défavorable à l’encontre de cette guerre, déclarant qu’ « il est plus que temps qu’elle cesse ».

Les déclarations française et américaine rejoignent les positions des associations et ONG, à l’instar d’Amnesty Internationalqui militent depuis des mois afin d’interpeler la communauté internationale sur les atrocités commises à Sanaa.

Les différentes parties yéménites se montrent cependant réticentes à l’idée d’un accord commun, suggéré par Mike POMPEO et par l’ONU le 14 avril 2015 au travers de la résolution 2216. Selon les estimations d’Acled (The Armed Conflict Location & Event Data Project), une organisation indépendante chargée de collecter les données des violences politiques étatiques, plus de 50 000 personnes sont mortes entre janvier 2016 et septembre 2018 dans ce pays de 22 millions d’habitants où 8,4 millions ont besoin d’aide et de protection selon les Nations Unies.

 

Syrie : sommet inédit entre la France, la Turquie, la Russie et l’Allemagne

Angela MERKEL, Vladimir POUTINE, Recep Tayyip ERDOGAN et Emmanuel MACRON à Istanbul le 27 octobre.
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Samedi 27 octobre 2018, se sont réunis à Istanbul les présidents turc, français et russe, Recep Tayyip ERDOGAN, Emmanuel MACRON et Vladimir POUTINE ainsi que la chancelière allemande Angela MERKEL. Ce sommet quadrilatéral, auquel s’est joint l’émissaire des Nations Unies pour la Syrie, Staffan de MISTURA, avait pour thème l’amorce d’une solution politique en Syrie.

Dans une déclaration commune, les quatre chefs d’Etat et de gouvernement ont exprimé leur « inquiétude commune concernant les risques et les menaces du conflit pour la sécurité régionale comme pour la sécurité et la stabilité mondiale ». Ce sommet intervient afin de préserver la fragile trêve à Idlib, dernier bastion des insurgés, situé au nord-ouest du pays. Alors qu’un cessez-le-feu précaire a été négocié entre la Russie, la Turquie et la Syrie, les jihadistes entendent poursuivre le combat. En représailles, des frappes du régime ont fait sept morts vendredi 26 octobre. Pour le Président français, l’enjeu est « la stabilité en Syrie pour éviter un nouveau désastre humanitaire ».

Cette rencontre quadrilatérale est inédite s’agissant de ce conflit qui a causé la mort de plus de 360 000 personnes et engendré le départ massif de dizaines de milliers de déplacés et réfugiés. Si aucune annonce majeure n’était attendue à l’issue de ce sommet aux « attentes modestes », cette réunion est l’occasion pour les quatre dirigeants de trouver des terrains d’entente pour l’avenir du régime de Damas. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri PESKOV a d’ailleurs appelé à « harmoniser les positions ».

Moscou et Ankara occupent, avec Téhéran, le devant de la scène concernant la situation en Syrie, où ils y ont investi d’importantes ressources militaires. Le rôle de Paris et Berlin, membres du « small group » (Allemagne, Arabie saoudite, Égypte, États-Unis, France, Jordanie et Royaume- Uni) en charge de trouver une solution politique à la Syrie, est éclipsé par les actions iraniennes, turques et russes. Par le biais d’une coopération solide avec la Turquie, hôte de ce sommet, les deux principales puissances de l’Union européenne espèrent revenir au premier plan des négociations.

De fait, les quatre Etats, en réaffirmant « leur fort engagement à la souveraineté, l’indépendance, l’unité et l’intégrité territoriale de la République arabe syrienne et aux principes de la Charte des Nations Unies », soulignent « leur ferme conviction qu’il ne peut y avoir une solution militaire pour régler ce conflit ». Ils préconisent ainsi un « processus politique négocié, en rapport avec la résolution 2254 » de 2015 et insistent sur une « coordination internationale dans le but de trouver une solution crédible et durable au conflit syrien ». Les discussions ont également abordé le retour des personnes réfugiées et déplacées dans de bonnes conditions. En s’engageant à travailler conjointement dans le dessein de « créer des conditions de paix et de stabilité en Syrie », les Etats affirment « renforcer le consensus international ».

Le Président français s’était entretenu le 21 octobre avec son homologue américain, Donald TRUMP et avait, entre autres sujets, « abordé la situation en Syrie ». Les Etats-Unis et l’Iran sont les grands absents de ce sommet à la configuration exceptionnelle, qui réunit des Etats aux avis divergents sur l’avenir de Bachar al-ASSAD mais partageant l’objectif commun d’une Syrie stable.

XVIIème Sommet de la Francophonie à Erevan

Le discours d’Emmanuel MACRON à Erevan lors du XVIIème Sommet de la Francophonie
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Le XVIIème Sommet de la Francophonie s’ouvrira jeudi 11 octobre à Erevan. Dans une Arménie comprenant 200 000 locuteurs francophones, les 84 Etats et gouvernements représentés au sein de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) se réuniront autour du thème « Vivre ensemble dans la solidarité, le partage des valeurs humanistes et le respect de la diversité : source de paix et de prospérité pour l’espace francophone ». L’OIF organise un sommet tous les deux ans depuis 1986, afin de définir les grandes orientations politiques de la francophonie.

La langue française, parlée par 274 millions de locuteurs à travers le monde, est à ce jour la 5ème langue mondiale, derrière le mandarin, l’anglais, l’espagnol et l’arabe et la 3ème langue des affaires après l’anglais et le mandarin. Pratiquée sur tous les continents, le nombre de francophones est en forte augmentation, notamment en Afrique. Le français est utilisé dans les enceintes multilatérales à l’instar de l’ONU, de l’OMC ou des instances européennes et africaines, faisant de la langue un vecteur de communication internationale. Sa diffusion est une priorité pour la diplomatie française, la francophonie étant devenue constitutionnelle par le titre XIV, article 87 qui stipule : « la République participe au développement de la solidarité et de la coopération entre les Etats et les peuples ayant le français en partage ». Le Président de la République est chargé de déterminer la politique générale en matière de francophonie et représente Paris lors des Sommets.

Dans la capitale arménienne, 58 Etats et gouvernements membres seront joints par 26 observateurs de l’OIF, l’organisation ayant pour dessein de contribuer à certaines valeurs telles que la diversité culturelle, la paix, la gouvernance démocratique, l’Etat de droit ou la question environnementale. Dotée d’un budget annuel de 85 millions d’euros, l’OIF entend également prévenir les conflits au sein de l’espace francophone et diffuser les droits de l’homme. L’éventuelle adhésion de Riyad qui a exprimé le vœu de rejoindre l’OIF pose le débat des limites de l’organisation qui a doublé de volume depuis sa création, certains craignant que l’instance ne devienne « une cacophonie ».

L’un des autres enjeux de ce XVIIème sommet consistera à élire le nouveau secrétaire général. Michaëlle JEAN, secrétaire générale sortante et ancienne gouverneure générale canadienne, est en compétition avec la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise MUSHIKIWABO, bénéficiant du soutien de la part des 29 pays de l’Union africaine et du Président français Emmanuel MACRON. La potentielle nomination rwandaise questionne en premier lieu les intentions françaises, Paris et Kigali entretenant des relations complexes depuis le génocide rwandais de 1994. Dès le 13 septembre, dans une tribune, quatre anciens ministres français chargés de la francophonie, exprimaient pourtant que le choix de MUSHIKIWABO « portait atteinte à l’image même de la France ».

La candidature rwandaise attise les critiques de toutes parts.  D’abord, la question des droits de l’Homme alerte l’opinion, le Rwanda de Paul KAGAME étant décrié pour ses pratiques autoritaires. Enfin, l’argument de la légitimité est soulevé, Kigali ayant rejoint le Commonwealth en 2009 après avoir fait de l’anglais la langue obligatoire à l’école.

 

Aquarius : après le Panama, la France dit non

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L’Aquarius, navire humanitaire de secours en mer, a demandé, lundi 24 septembre, à la France de pouvoir débarquer à Marseille « à titre exceptionnel ». Géré par les ONG SOS Méditerranée et Médecins sans Frontières, 58 migrants sont à son bord, onze personnes ayant été recueillies jeudi 20 septembre, puis quarante-sept dans la nuit de samedi 22 à dimanche 23 septembre. Parmi elles se trouvent 17 femmes et 18 mineurs.

Cette demande à la France intervient après la décision du Panama de retirer son pavillon. Juridiquement, le pavillon, qui désigne la nationalité d’un navire, est obligatoire pour naviguer, accoster et être identifié en cas de problème. Sans pavillon, l’Aquarius risque de devenir un « bateau pirate » à qui il est interdit de prendre la mer. De plus, la marine libyenne pourrait monter à bord pour effectuer des vérifications sans accord du capitaine puisque les marines peuvent exercer des pouvoirs de police sur des navires sans nationalité en haute mer. Pour Francis VALLAT, Président de SOS Méditerranée « c’est une honte et c’est révoltant ». En effet, le Panama a reconnu avoir pris cette décision suite à une discussion avec l’Italie et affirme que le navire n’aurait pas respecté les conventions internationales. Pourtant, les conventions maritimes stipulent que toute personne secourue en mer doit être débarquée dans un lieu sûr, en dépit de sa nationalité. La Libye n’étant pas considérée comme tel selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations-Unies, l’Aquarius ne semble pas contrevenir au droit international. Pourtant, depuis cet été, les activités de l’Aquarius deviennent plus compliquées : les gouvernements italien et maltais ont décidé de fermer leurs ports aux ONG. La question divise l’Union européenne.

Paris entend trouver une solution européenne dans cette affaire. Interrogé mardi matin, le ministre de l’Economie Bruno LE MAIRE affirme que « pour l’instant, la France dit non » à la migration économique, en rappelant l’importance du respect des règles européennes. Il est vrai que depuis le début de la crise, la France avance l’argument du port le plus proche et n’a jamais accepté le débarquement de navires humanitaires. Sébastien LECORNU, secrétaire d’Etat rappelle le droit de la mer : s’il est vrai qu’un bateau en difficulté doit être accueilli dans « le port le plus proche », il n’en reste pas moins que Marseille n’est pas le port le plus proche, l’Aquarius étant actuellement près de Malte.

Malgré ces déclarations, les ONG sont en attente d’une réponse officielle du Président de la République et l’Aquarius continue sa route en direction de Marseille.