Etats-Unis

Raffermissement des relations Etats-Unis – Israël autour de la question du Golan

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Jeudi 21 mars, le président américain Donald Trump a tweeté : « Après 52 ans, il est temps pour les Etats-Unis de reconnaitre pleinement la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan, qui est d’une importance stratégique et sécuritaire critique pour l’Etat d’Israël et la stabilité régionale ». Dans la foulée, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou a répondu : « Le Président Trump a fait l’histoire (…). Nous n’avons pas meilleur ami que lui ».

Une nouvelle fois, le président américain rompt avec la politique étrangère américaine au Moyen-Orient, faîtes d’équilibre malgré un soutien marqué vis-à-vis de son allié historique, Israël. En deux ans, Donald Trump a reconnu Jérusalem comme capitale du pays, a annoncé le retrait surprise des forces américaines de Syrie et dénoncé l’accord sur le nucléaire iranien, rétablissant et renforçant les sanctions à l’égard de Téhéran.

La décision de reconnaitre l’annexion du Golan est en opposition avec la posture traditionnelle de Washington et de la communauté internationale. En 1967, lors de la guerre des Six Jours, Israël a conquis aux dépens de la Syrie une grande partie du plateau du Golan (1 200 km2) et l’a annexé en 1981. Cette région surplombant Israël, cette annexion était présentée comme une nécessité stratégique pour l’Etat hébreu. Aux arguments militaires s’ajoute également la question de la maitrise de l’eau. Le Golan fournit plus de 250 millions de m3 d’eau à Israël. Plus de 20 000 Israéliens vivent sur le plateau du Golan, côtoyant 17 000 Druzes.

La communauté internationale n’a jamais reconnu cette annexion qui viole les principes de l’Organisation des Nations-Unies. Dès 1967, la résolution 242 du Conseil de sécurité souligne « l’inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la guerre et la nécessité d’œuvrer pour une paix juste et durable permettant à chaque État de la région de vivre en sécurité ». La résolution 497, votée en 1981 considère quant à elle que « la décision prise par Israël d’imposer ses lois, sa juridiction et son administration dans le territoire syrien occupé des hauteurs du Golan est nulle et non avenue et sans effet juridique sur le plan international ».

La singularité de l’administration Trump en matière de politique étrangère suscite l’inquiétude. Léon Panetta, ancien chef du Pentagone, déplore l’annonce d’une décision « qui n’a pas été débattue avec nos partenaires internationaux et à l’ONU ». Quant à la Syrie, elle a exprimé sa colère et dénonce « le soutien aveugle des Etats-Unis à Israël ». Le gouvernement de Bachar al-Assad est rejoint par ses alliés, l’Iran et la Russie. A l’échelle internationale, de nombreux pays déplorent la décision américaine. Sans surprise, le président turc Recep Tayyip Erdogan condamne cette reconnaissance et a déclaré : « La malheureuse déclaration américaine au sujet du Golan a placé la région aux portes d’une nouvelle crise et tensions ». Il a ajouté : « nous ne permettrons en aucun cas la légitimation de l’occupation du Golan ». Quant à la France, le ministère des Affaires étrangères déclare : « La reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan, territoire occupé, serait contraire au droit international, en particulier l’obligation pour les Etats de ne pas reconnaître une situation illégale ». L’Union européenne partage le même point de vue.

Ce soutien à l’Etat d’Israël intervient alors que le Premier ministre est entré en campagne pour les élections. De plus, le message du président Trump s’est fait au moment où son chef de la diplomatie Mike Pompeo, se trouvait à Jérusalem.

Les relations entre les deux pays se renforcent davantage après cette annonce. Après la visite du secrétaire d’Etat Pompeo, Benjamin Netanyahou se rendra à Washington. L’administration de Donald Trump prévoit également, à l’issue des élections israéliennes, de présenter un plan de paix pour le Moyen-Orient. Pour autant, cette décision remet en cause l’avenir de la Force des Nations Unies chargée d’observer le désengagement, dont le mandat court jusqu’au 30 juin 2019.

La conférence de Munich sur la sécurité

Angela Merkel, à la conférence de Munich.
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La conférence de Munich sur la sécurité s’est déroulée du 15 au 17 février 2019, au lendemain de la très polémique « ministérielle pour promouvoir un futur de paix et de sécurité au Moyen-Orient » organisée à Varsovie par les Etats-Unis et la Pologne.

Trouvant son origine en novembre 1963 avec les premières Internationale Wehrkunde-Begegnung, la Munich Security Conference réunit tous les ans des responsables politiques et des experts autour d’un thème portant sur la sécurité du monde d’aujourd’hui et de demain. L’affrontement entre les Etats-Unis et ses plus anciens alliés, en phase avec l’intitulé de la conférence « le grand puzzle : qui va recoller les morceaux », a été illustré par les discours du vice-président américain Mike Pence et de la chancelière allemande Angela Merckel.

Annonçant que les Etats-Unis avaient « retrouvé la première place sur la scène internationale », le vice-président américain a vanté les investissements de l’administration Trump dans le budget de la défense, les plus importants depuis l’époque de Ronald Reagan, et la modernisation de l’arsenal nucléaire. A l’unisson de Donald Trump à la tribune des Nations unies, il s’est félicité des 5,3 millions d’emplois créés, du taux de chômage le plus bas depuis 50 ans et du regain d’exploitation du gaz et du pétrole qui font désormais des Etats-Unis le premier producteur mondial.
Reprenant la rhétorique de Donald Trump, Mike Pence a insisté sur la nécessité pour les nations de l’OTAN de respecter l’engagement des 2% de dépenses de défense réelles en part du PIB, rappelant que « beaucoup de nos alliés de l’OTAN doivent encore faire mieux ». Prétextant la lutte contre des tentatives de division basées sur l’arme de l’énergie, il a félicité les pays qui avaient pris position contre le projet de gazoduc Nord Stream 2, défendu par l’Allemagne, tout en rappelant que les Etats-Unis ne resteraient pas « les bras croisés » tandis que « des alliés achètent des armes à nos adversaires », faisant cette fois allusion à l’acquisition de missiles S-400 russes par la Turquie.
S’en prenant violemment à l’Iran, le vice-président a soutenu que ce pays, « la plus grande menace à la paix et à la sécurité au Moyen-Orient », était le principal soutien du terrorisme, armant le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien, exportant des missiles, alimentant les conflits en Syrie et au Yémen, préparant des attaques terroristes en Europe et appelant « ouvertement » à la destruction d’Israël. Après avoir énoncé cette longue liste de griefs, Mike Pence a sommé ses partenaires européens « de cesser de saper les sanctions américaines contre ce régime révolutionnaire meurtrier » et « de se retirer de l’accord nucléaire iranien ».

Le même jour, la chancelière allemande a répondu point par point, sans jamais le citer, au discours de Mike Pence. Evoquant les relations avec la Russie, elle a tout d’abord rappelé que la sortie du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, signé par les Etats-Unis et l’URSS, impactait en premier lieu les Européens, « qui restent assis là ». La chancelière a martelé que la réponse ne pouvait être une course aveugle à l’armement, alors que Russes et Américains ont annoncé le développement de nouveaux systèmes couvrant les portées de 500 à 5000 km.
A propos du budget fédéral de la défense et « répondant aux critiques », Angela Merkel a confirmé que celui-ci atteindra 1,5 % du PIB en 2024, ce qui sera déjà un « énorme pas ». Questionnant sur « ce qu’il convenait de faire avec cet argent », elle a relativisé ce chiffre relativement modeste comparé à d’autres nations mais correspondant à des montants sans commune mesure (selon les statistiques officielles de l’OTAN. En 2017, l’Allemagne consacrait 1,22 % de son PIB à son budget de défense, contre 2,32 % pour la Grèce, au deuxième rang derrière les Etats-Unis et leurs 3,58 % ; mais ces 1,22 % génèrent 42,8 milliards de dollars, à comparer aux 4,5 milliards de dollars grecs).
La chancelière a également rappelé que l’Allemagne était présente en Afghanistan depuis 18 ans avec quelques 1 300 militaires engagés, que l’Allemagne assurait les fonctions de « nation cadre » en Lituanie, et que le pays était également présent au Mali, soulignant que ce type d’engagement n’était pas dans la culture allemande, « comme il peut l’être pour nos amis français ».
Sur l’Iran, Angela Merkel a regretté que ce sujet divise. Reconnaissant que la politique iranienne était préoccupante, elle s’est interrogée sur la pertinence de quitter le seul accord en place, la « seule petite ancre que nous ayons ». Enfin, évoquant les relations commerciales difficiles avec les Etats-Unis, elle s’est étonnée que les automobiles européennes puissent constituer une menace contre la sécurité nationale des Etats-Unis. Elle a rappelé que la principale usine BMW était implantée en Caroline du Sud, « pas en Bavière », et exportait des automobiles vers la Chine. Elle a conclu par ces termes : « Si ces voitures sont soudainement considérées comme une menace pour la sécurité nationale des États-Unis d’Amérique, nous sommes choqués ».
La veille, Heiko Maas, ministre des affaires étrangères allemand, avait déjà défendu le multilatéralisme et vanté le traité franco-allemand d’Aix-la-Chapelle. S’aventurant sur le domaine économique, il a dénoncé les droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium, illustrant ce « scénario perdant-perdant » par le coût pour les Américains des 8 700 nouveaux emplois créés aux Etats-Unis, estimés à 650 000 $ par an et par emploi.

La vice-présidente du Conseil européen et haute représentante Federica Mogherini était intervenue dès le 15 février. Elle a défendu, comme la chancelière allemande, une approche duale à la résolution des conflits : « Aucune des défis sécuritaires auxquels le monde est confronté ne peut être traité par une approche purement militaire ». Si elle a convenu d’une augmentation des budgets de défense, elle a surtout rappelé que l’argent investi dans l’aide humanitaire, le développement durable, l’action pour le climat et la promotion et la défense des droits de l’homme participait tout autant à la sécurité et à la paix dans le monde.
Le ministre des affaires étrangères russe Sergey Lavrov s’est également exprimé le 16 février. Sans surprise, il s’est opposé à la description qui était faite de son pays, citant dès ses premiers mots Charles de Gaulle, qui prônait une grande Europe, « de l’Atlantique à l’Oural ». Revenant sur les années post-guerre froide, il a regretté l’approche « OTAN-centrée », les bombardements occidentaux en ex-Yougoslavie, la partition et la reconnaissance du Kosovo ou le soutien au « coup d’Etat » à Kiev. Il a surtout tendu la main aux Européens, rappelant que la porte était toujours ouverte et que l’extension de l’Union économique eurasienne conduirait à un grand espace commun de Lisbonne à Vladivostok.

Parmi les autres intervenants, le président égyptien al-Sissi s’est exprimé également en tant que président de l’Union africaine. Alors que le sujet avait à peine été évoqué à Varsovie, il a affirmé que « le non-règlement juste et définitif de la cause palestinienne constitue la principale source d’instabilité au Moyen-Orient » et défendu le « droit des Palestiniens à établir leur État sur les frontières du 4 juin 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale ».

Enfin, le ministre de la défense britannique Gavin Williamson a prononcé un discours en total décalage, attaquant violemment la Russie, ignorant la menace représentée par le terrorisme, jamais évoqué. Il a par la même glorifié la profonde amitié anglo-allemande illustrée par la bataille de Minden, un épisode de la guerre de Sept ans où Anglais et Allemands combattaient côte à côte … contre les Français. La France n’est d’ailleurs jamais citée dans son discours, en dépit des accords de Lancaster House de 2010.

Les conséquences stratégiques pour l’Europe de la fin du traité sur les Forces nucléaires de portée intermédiaire (FNI) – par Ana POUVREAU

Un article d’Ana POUVREAU, spécialiste des mondes russe et turc, chercheur en sciences politiques, docteur ès lettres de l’Université de Paris IV-Sorbonne et diplômée de la Boston University en relations internationales et études stratégiques. Elle est auditrice de l’IHEDN et éditorialiste à l’institut FMES.

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Alors que l’Europe se prépare à célébrer, le 9 novembre 2019, le trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin, les Etats-Unis ont annoncé, le 1er février 2019, leur retrait du traité sur les Forces nucléaires de portée intermédiaire (FNI). Le lendemain, la Russie a déclaré, pour sa part, qu’elle cessait à son tour de respecter le Traité, signalant ainsi le début d’une nouvelle ère dans le domaine des relations entre la Russie et l’Occident et rendant nécessaire une réflexion stratégique prospective, tant au plan des concepts qu’au plan des capacités.

Signé en 1987 par Ronald Reagan et Mikhail Gorbatchev, dans la foulée du sommet de Reykjavik (1986), le traité de désarmement FNI a marqué la fin de la guerre froide[1]. L’objectif de cet accord était l’élimination des missiles (russes et américains) balistiques et de croisière sol-sol dont la portée est comprise entre 500 et 5 500 km, de même que celle des lanceurs et des structures associées. Des procédures de vérification contraignantes furent établies à cet effet. Les vecteurs concernés avaient été à l’origine de la crise dite des Euromissiles, déclenchée une décennie plus tôt en Europe.

Les annonces récentes des retraits américain et russe du traité FNI semblent résulter de la montée des tensions entre ces deux pays, qui s’accusent mutuellement de violer le Traité. Cependant, une convergence d’intérêts entre les deux puissances signataires pourrait être sous-jacente à la disparition annoncée du Traité. En effet, autant les Etats-Unis que la Russie tenteraient actuellement de se libérer des contraintes du Traité FNI pour développer des systèmes offensifs face à la montée en puissance chinoise (la Chine n’étant pas signataire du Traité FNI), caractérisée notamment par le développement d’arsenaux de missiles balistiques et de croisière.

Ainsi, alors que cette évolution majeure du contexte géostratégique international est déterminée par les puissances nucléaires américaine, russe et chinoise, la disparition de ce traité – à l’origine bilatéral – prévue pour le début d’août 2019 (à moins que la Russie ne mette fin à ce que les Américains considèrent comme des violations du Traité), laisse se profiler des conséquences stratégiques importantes pour le continent européen. Avec la perspective d’une multiplication de missiles sol-sol en Europe, le spectre d’une « nouvelle course aux armements », évoquée par le président russe Vladimir Poutine[2],  de même que celui d’une guerre nucléaire limitée sur le continent européen, ressurgissent.

1.Les raisons des retraits américain et russe du traité FNI

  • Les griefs américains

Le bloc occidental dénonce le développement, à compter des années 2000, d’une nouvelle famille de missiles de croisière sol-sol russes, le 9M729 « Novator », dont la portée maximale dépasserait le plafond fixé par le traité FNI[3]. La Russie se trouverait ainsi en capacité de toucher l’Europe occidentale. La Russie en a longtemps nié l’existence, alors que ce missile serait déployé depuis 2016 sur le territoire russe.

Par ailleurs, comme le souligne Bruno Tertrais, la Russie est également soupçonnée de violer le Traité FNI dans le domaine balistique, à la fois avec son missile sol-sol à courte portée SS-6 et avec son missile sol-sol à longue portée RS-26[4].

  • Les griefs russes

En janvier 2019, les autorités russes ont tenté de démontrer que le missile 9M729 conserverait une portée de 480 km et ne contreviendrait donc pas au Traité[5].

Dans l’optique russe, les accusations américaines concernant les violations russes du Traité seraient infondées et dissimuleraient en fait une réalité stratégique inacceptable. Le général Valeri Guerassimov, chef d’état-major des armées de la Fédération de Russie, dénonce les systèmes de lancement verticaux Mark 41 Vertical Launching System ou Mk.41 VLS, déployés en Roumanie et bientôt en Pologne dans le cadre du bouclier antimissile balistique américain. Ces moyens pourraient être utilisés comme lanceurs de missiles de croisière à portée intermédiaire, ce qui constituerait une violation manifeste du traité FNI[6].

Depuis 2000, la Russie appelle les Etats-Unis à mettre fin à leurs tirs de missiles-cibles lors d’essais d’intercepteurs antimissiles. Ces tirs permettent de simuler des tirs de missiles balistiques de portée courte ou intermédiaire[7].

Enfin, la Russie condamne le déploiement par les Etats-Unis de drones armés à long rayon d’action[8]. Toutes ces allégations sont réfutées par les Etats-Unis.

2.Les implications stratégiques pour l’Europe

En novembre 2018, la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini a exprimé la crainte que le territoire européen ne redevienne un champ de bataille pour d’autres puissances, comme il l’a été dans le passé, et qu’avec la fin du traité FNI, « la sécurité de l’Europe sera en danger »[9]. Depuis le dernier trimestre 2018, les déclarations russes face à la volonté des Etats-Unis de se retirer du Traité confirment ces inquiétudes. A titre d’exemple, en décembre 2018, le chef d’état-major des armées russes a annoncé que ce retrait aurait un impact négatif tant sur la sécurité européenne que sur la stabilité stratégique mondiale[10]. Lors d’un briefing destiné aux attachés de défense étrangers en poste à Moscou, il a déclaré, le 5 décembre 2018, que les pays hébergeant des systèmes de missiles américains deviendraient des cibles pour la Russie en cas de retrait américain du traité FNI :  » Vous devez comprendre que ce n’est pas le territoire américain, mais les pays qui hébergent des systèmes américains équipés de missiles à portée intermédiaire et à courte portée, qui deviendront les cibles des mesures de représailles de la Russie »[11].

Le 2 février 2019, le président russe Vladimir Poutine a annoncé que la Russie suspendrait ses engagements et commencerait à développer de nouveaux missiles à capacité nucléaire interdits par le Traité ainsi que des armes hypersoniques[12]. Cependant, ce déploiement n’aurait lieu ni en Europe ni ailleurs dans le monde à moins que les Etats-Unis ne décident d’en faire autant. La Russie refusait d’être entraînée dans une coûteuse course aux armements et par conséquent, elle n’augmenterait pas son budget de la défense pour produire de nouvelles armes.

Par ailleurs, selon les médias russes, le ministre de la Défense de la République tchèque aurait évoqué, le 10 février 2019, la possibilité de déployer des missiles et des radars américains dans son pays[13].

Dans un contexte stratégique déjà marqué par des incertitudes concernant la position des Etats-Unis vis-à-vis de ses Alliés de l’OTAN, la fin annoncée du traité FNI génère de nouveaux débats sur la sécurité européenne. On constate d’ores et déjà, à titre d’exemple, que l’Allemagne a relancé sa réflexion – jusque-là taboue – sur la possibilité pour elle de développer une force de dissuasion nucléaire[14]. Les perspectives sont également sombres en matière de maîtrise des armements nucléaires stratégiques notamment, alors que le traité New Start arrivera à son terme en février 2021[15].

*****

Vers la fin des années 2000, l’idée d’une « multilatéralisation » du Traité FNI[16] avait été avancée, ce qui aurait permis d’englober la Chine en particulier. Si la véritable raison derrière le retrait des Etats-Unis et de la Russie du Traité est principalement liée à la menace chinoise en termes de missiles de portée intermédiaire, on ne peut que regretter que cette dernière option ait été abandonnée. Dans les conditions actuelles, il serait essentiel d’inventer de nouveaux schémas qui contraindraient les puissances nucléaires, dont la puissance chinoise, à s’autolimiter dans ce domaine.

 

 

[1] Plus tard, le Traité fut étendu au Belarus, au Kazakhstan et à l’Ukraine devenus indépendants après la chute de l’Union soviétique en 1991.

[2] Andrew ROTH: “Russia follows US in suspending nuclear deal”, The Guardian, 2 février 2019. [https://www.theguardian.com/world/2019/feb/02/russia-follows-us-in-suspending-nuclear-deal]

[3] Bruno TERTRAIS: “La mort annoncée du traité FNI ou la fin de l’après-guerre froide”, Fondation pour la recherche stratégique, Note n°02/19, 1er février 2019. [https://www.frstrategie.org/publications/notes/la-mort-annoncee-du-traite-fni-ou-la-fin-de-l-apres-guerre-froide-02-2019]

[4] Bruno TERTRAIS, “La mort annoncée du traité FNI ou la fin de l’après-guerre froide”, op.cit. p.3.

[5] « Rupture du Traité FNI : le 9M729 n’est qu’un prétexte », Russia Today, 27 janvier 2019. [https://francais.rt.com/opinions/58504-rupture-traite-fni-9m729-est-pretexte]

[6] “Countries hosting US systems to become targets for Russia if US leaves INF – General Staff”, Agence TASS, 5 décembre 2018. [http://tass.com/defense/1034395]

[7] Op.cit. Agence Tass, 5 décembre 2018.

[8] Bruno TERTRAIS, “La mort annoncée du traité FNI ou la fin de l’après-guerre froide”, op.cit., p.3.

[9] Laurent LAGNEAU : « Otan/traité FNI : L’Allemagne s’opposerait au déploiement de missiles nucléaires en Europe », 27 décembre 2018. [http://www.opex360.com/2018/12/27/otan-traite-fni-lallemagne-sopposerait-au-deploiement-de-missiles-nucleaires-en-europe/]

[10] “Russia not to leave US withdrawal from INF Treaty unanswered, says General Staff”, Agence TASS, 5 décembre 2018.[http://tass.com/defense/1034387]

[11] “Countries hosting US systems to become targets for Russia if US leaves INF – General Staff”, Agence TASS, 5 décembre 2018. [http://tass.com/defense/1034395]

[12] Op. cit. Andrew ROTH.

[13] « La République tchèque prête à accueillir des missiles américains sur son territoire », Sputnik News, 10 février 2019. [https://fr.sputniknews.com/international/201902101039977994-republique-tcheque-missiles-americains/]

[14] Ulrich KÜHNTristan VOLPE,  Bert THOMPSON: “Tracking the German Nuclear Debate”, Carnegie Endownment for International Peace, 15 août 2018. [https://carnegieendowment.org/2018/08/15/tracking-german-nuclear-debate-pub-72884]

[15] Signé pour dix ans le 8 avril 2010, le traité New Start limite à 1550 le nombre de têtes nucléaires pour chacun des Etats signataires. Il pourra être prolongé de cinq ans.

[16] Bruno Tertrais : « Retrait américain du traité nucléaire FNI : quelles conséquences ? Trois Questions à Bruno Tertrais », Institut Montaigne, 24 Octobre 2018. [https://www.institutmontaigne.org/blog/retrait-americain-du-traite-nucleaire-fni-quelles-consequences]

 

La conférence de Varsovie divise

 

Photo officielle de la rencontre de Varsovie. Le 13 février 2019.
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Inaugurée dans la capitale polonaise mercredi 13 février 2019, la « conférence ministérielle pour la promotion de la paix et de la sécurité au Moyen-Orient » a réuni plus de 60 délégations. Annoncée au Caire par le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, cette rencontre est co-organisée par la Pologne et les Etats-Unis.

Selon certains observateurs, ce sommet « anti-Iran » a pour objectif de créer les prémices d’une coalition internationale qui représenterait les intérêts de Washington au Moyen-Orient, après l’annonce du président américain Donald Trump de se retirer progressivement de la région. Washington a en effet fait de la lutte contre Téhéran l’un de ses trois piliers de politique étrangère au Moyen-Orient (avec la stabilité au Moyen-Orient et l’achèvement de l’Etat islamique).

L’Iran n’a, sans surprise, pas été convié à la conférence. La Russie et la Turquie, alliés de la République islamique, ont décliné l’invitation. Le ministre libanais des Affaires étrangères, Gebran Bassil, a annoncé qu’il ne participerait pas au sommet, à l’instar des responsables palestiniens. La cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, Federica Mogherini a également fait part qu’elle n’y participerait pas, officiellement « pour des raisons d’emploi du temps ». En effet, depuis le retrait unilatéral américain de l’accord sur le nucléaire iranien, l’Union européenne avait œuvré en faveur d’un maintien de l’accord et du commerce avec Téhéran. La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont réaffirmé leur détermination à préserver l’accord. Malgré leurs méfiances envers la République islamique, les principaux pays de l’UE n’envisagent pas l’isolement de l’Iran sur la scène internationale comme une solution pérenne. De fait, la plupart des Etats de l’UE, dont Paris et Berlin, n’ont envoyé que des diplomates de second rang – à l’exception du Royaume-Uni, représenté par son ministre des Affaires étrangères, présent notamment afin d’évoquer la crise humanitaire qui sévit au Yémen.

La décision de Varsovie d’organiser cette rencontre illustre les clivages des pays de l’Union européenne. Le pays s’est aligné à la position américaine contrairement au groupe E3.

Mike Pompeo a tenté de minimiser ces absences : « Nous ferons de réels progrès. Il y aura des dizaines de pays disposés à œuvrer à un Moyen-Orient plus stable, et j’espère qu’au moment de nous quitter jeudi nous aurons atteint ce but ».

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a été le seul chef de gouvernement présent à cette réunion. La lutte Iran-Israël, qui connait actuellement un pic de tensions, profite à l’Etat hébreu dans le cadre de son rapprochement avec les pays arabes de la région, concurrents stratégiques de l’Iran.

L’ouverture du sommet de Varsovie intervient alors que l’armée iranienne a fait l’objet d’un attentat suicide en pleine période de célébration du quarantième anniversaire de la République islamique. Mercredi 13 février, 27 membres des gardiens de la révolution ont péri dans une attaque meurtrière. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif considère que cet événement n’était pas « une coïncidence » et dénonce le « cirque de Varsovie ». Ce dernier a qualifié la rencontre de « nouvelle tentative des Etats-Unis de poursuivre leur obsession de l’Iran ».

40ème anniversaire de la République islamique d’Iran : la « révolution permanente »

Une Iranienne commémorant le 40ème anniversaire de la révolution iranienne, tenant une affiche à l’effigie de l’ayatollah Ali Khamenei, le 11 février 2019.
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Lundi 11 février, des milliers d’Iraniens se sont rassemblés à Téhéran afin de célébrer le 40ème anniversaire de la République islamique d’Iran. Correspondant au 22 bahman du calendrier iranien, cette journée fériée commémore le renversement du régime impérial du shah Mohammad Reza Pahlavi, le 11 février 1979, dix jours après le retour triomphal de son exil en France de l’ayatollah Khomeiny, père fondateur de la République islamique.

L’un des plus anciens empires du monde a alors laissé place à une théocratie. Ce bouleversement radical était le fruit d’un mécontentement politique, social et économique, ayant nourri l’opposition durant des décennies. L’ayatollah Khomeiny, opposant de longue date au régime du shah et figure religieuse emblématique, a été par surprise le catalyseur de la révolution. Perçu comme le seul capable d’unifier les dissidents, il réussit à rallier les opposants de tous bords, permettant aux religieux de s’emparer définitivement du pouvoir.

Près d’un demi-siècle après la révolution, l’opinion publique iranienne est partagée. Si les classes urbaines se montrent plus critiques vis-à-vis du régime islamique, la population rurale, historiquement plus conservatrice, le soutient davantage. La situation économique dégradée de Téhéran renforce encore ce clivage. Le FMI a annoncé pour l’année 2019 un taux de chômage à hauteur de 14% et la chute du PIB iranien de 3,6%. Des grèves et des manifestations se multiplient dans le pays, en même temps que les démonstrations de soutien. Lundi 11 février, dès 8h30, une très grande foule s’est réunie dans les rues de la capitale pour écouter le discours du Président iranien Hassan ROHANI. Ce dernier a déclaré : « La présence du peuple aujourd’hui dans les rues de toute la République islamique d’Iran (…) signifie que l’ennemi n’atteindra jamais ses objectifs démoniaques ». En affirmant que la nation iranienne s’était « affranchie de la dictature, du colonialisme et des dépendances », le Président a dénoncé le « complot » américain.

Les relations avec les Etats-Unis ont cristallisé depuis 40 ans les clivages politiques au sein de la société iranienne. L’annonce de Washington de se retirer unilatéralement de l’accord sur le nucléaire et de rétablir les sanctions à l’égard de l’Iran a renforcé ces tensions. Un vent de panique s’est répandu dans le pays, entrainant une dépression. Le rial, monnaie nationale, a été déprécié et une partie de la classe moyenne a plongé dans la pauvreté. L’hostilité des Etats-Unis envers la République islamique remonte à l’origine du régime théocratique et à la prise d’otages à l’ambassade de Téhéran. A l’occasion des 40 ans du régime, Donald Trump a réagi :  « Le régime iranien n’a offert que 40 années d’échec. Les Iraniens, qui souffrent depuis trop longtemps, méritent un avenir bien plus prometteur ». En réponse, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a répliqué : « Après 40 ans de mauvais choix, il est temps pour Donald Trump de repenser la politique américaine qui a échoué ».

La lutte pour le leadership régional avec l’Arabie Saoudite participe de cette opposition qui se matérialise dans l’activation des réseaux chiites du Moyen-Orient (Irak, Bahreïn, Syrie, Hezbollah, Hamas, Houthis).

L’Iran est en effet une puissance incontournable au Moyen-Orient et la question des missiles balistiques iraniens empoisonne également les relations entre Téhéran et les Occidentaux. Cependant les puissances européennes sont conscientes du pouvoir d’influence de l’Iran et n’entendent pas isoler complètement le régime. Pour ce faire, l’Union européenne a imaginé un outil de troc afin de continuer à commercer avec l’Iran tout en contournant les sanctions américaines.

Pour l’économiste iranien Shaheen Fatemi, la longévité de la République islamique est liée au discours ambigu de la « révolution permanente ». Le régime iranien joue donc sur l’appellation de « révolution » depuis 40 ans pour justifier un processus inachevé et une situation précaire. Les divisions intestines liées à la succession de l’actuel Guide suprême, Ali Khamenei, âgé de 79 ans contribuent aux tensions internes à la société iranienne.

La crise vénézuélienne : cristallisation des clivages du bassin méditerranéen

Nicolas MADURO, recevant son homologue turc Recep Tayyip ERDOGAN, à Caracas en décembre 2018.
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Le 23 janvier 2019, Juan GUAIDO, président social-démocrate de l’Assemblée nationale s’est autoproclamé Président par intérim de la République bolivarienne du Venezuela. Qualifiant le Président en place, Nicolas MADURO d’usurpateur, il conteste sa réélection et promet un « gouvernement de transition » et des « élections libres ». Depuis quelques semaines, le président autoproclamé de 35 ans tente de fédérer l’opposition aux dépens du régime chaviste.

Juan GUAIDO a reçu le soutien immédiat des Etats-Unis, du Canada et d’un grand nombre de pays d’Amérique latine. Le 4 février 2019, une déclaration conjointe déclare que 19 pays de l’Union européenne « reconnaissent et soutiennent M. Juan GUAIDO, président de l’Assemblée nationale démocratiquement élue, comme président par intérim du Venezuela, pour qu’il convoque des élections présidentielles libres, équitables et démocratiques ». Cette déclaration intervient après que les Etats européens ont demandé à Nicolas MADURO d’organiser une nouvelle élection présidentielle. Le Président en exercice, faisant fi de la fronde sociale et politique, n’a pas accepté d’organiser cette nouvelle élection.

La crise vénézuélienne s’étend au-delà des frontières du pays et devient un enjeu géopolitique. Le positionnement des Etats en faveur de l’un ou l’autre des deux camps illustre les jeux d’alliances et les clivages autour du bassin méditerranéen.

Emmanuel MACRON a pris position dans le dossier vénézuélien : « Les Vénézuéliens ont le droit de s’exprimer librement et démocratiquement. La France reconnait Juan GUAIDO comme président en charge pour mettre en œuvre un processus électoral ». Cependant, l’Union européenne est divisée : l’Italie, l’Irlande et la Grèce ont notamment bloqué l’adoption d’une déclaration commune de l’UE.

Le président MADURO est soutenu par Ankara et Téhéran, à l’instar de Pékin et de Moscou, l’un des principaux créanciers de Caracas. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri PESKOV, dénonce par ailleurs « l’ingérence » états-unienne et européenne dans les affaires du Venezuela. S’agissant de la Turquie, l’ensemble du spectre politique a affiché son soutien à Nicolas MADURO. Le 5 février, lors d’une réunion de son parti, l’AKP, Recep Tayyip ERDOGAN a partagé le point de vue russe concernant l’ingérence de la part des pays occidentaux dans les affaires intérieures de Caracas. Il a déclaré : « Maduro, mon frère, tiens bon. Nous sommes avec toi ! ». Le fossé se creuse entre la Turquie de Recep Tayyip ERDOGAN et ses « partenaires » de l’OTAN, le pays s’affranchissant davantage de ses alliances d’hier. Les liens entre les présidents turc et vénézuélien n’ont cessé de se renforcer ces dernières années et les visites diplomatiques se sont multipliées. Ankara est également devenue en 2018 le premier importateur d’or en provenance du Venezuela. Les deux chefs d’Etat partagent un même anti-américanisme et la vive prise de position turque exprime la peur qu’Ankara soit victime d’une tentative de déstabilisation semblable. Pays détenant les premières réserves pétrolières au monde, le Venezuela de MADURO a également reçu le soutien de l’Iran, les deux pays étant à l’origine de la création de l’OPEP. Les deux pays se rejoignent par la même dans leur idéologie prônée d’anti-impérialisme.

Concernant les pays arabes, le Maroc est le seul à s’être exprimé officiellement sur la question. Le royaume chérifien affiche son soutien à Juan GUAIDO, en réaction aux déclarations de ce dernier sur le Sahara occidental. Alors que le Venezuela a reconnu la République arabe sahraouie démocratique (RASD) en 1982 et que les deux pays ont rompu leurs liens diplomatiques, Juan GUAIDO se montre plus enclin à reconsidérer cette reconnaissance. Pour sa part, Alger s’est abstenu de tout commentaire. Les deux pays sont toutefois liés historiquement et comparés du fait de la ressemblance de leurs structures économiques. L’Algérie et le Venezuela de MADURO partagent aussi de nombreux points communs idéologiques. Quant aux Emirats arabes unis et à l’Arabie saoudite, ils sont pour leur part dans une situation d’attentisme. Si le ministère de l’Energie saoudien se dit rassuré, la crise vénézuélienne a commencé à influer sur le prix du baril de pétrole.

Enfin, les Nations Unies, pour préserver leur « crédibilité », ont décidé de ne participer à aucun des groupes de discussion et de ne pas prendre parti. Le Secrétaire général Antonio GUTERRES se dit tout de même disposé à aider les deux parties à « trouver une solution politique ».

L’outil de troc de l’UE pour commercer avec l’Iran

 

Jean-Yves Le DRIAN, Jeremy HUNT, et Heiko MAAS à Bucarest, le 31 janvier 2019.
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Jeudi 31 janvier 2019, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, avec le soutien de l’Union européenne, ont officialisé la mise en place d’un « véhicule spécial » destiné à faciliter le commerce avec l’Iran, contournant ainsi les sanctions décrétées par les Etats-Unis.

Baptisé INSTEX (Instrument in Support of Trade Exchanges ou Instrument de soutien aux échanges commerciaux), ce mécanisme a été annoncé par Jean-Yves le DRIAN pour la France, Heiko MAAS pour l’Allemagne et Jeremy HUNT pour le Royaume-Uni. La déclaration conjointe des ministres des Affaires étrangères du groupe E3 rappelle que cette création est conforme « à leur ferme engagement et à leurs efforts constants visant à sauvegarder le Plan d’action global commun » (PAGC ou JCPoA Joint Comprehensive Plan of Action), entériné par le Conseil de sécurité des Nations unies dans sa résolution 2231. INSTEX SAS, implantée à Paris et dirigée par le banquier allemand Per FISCHER, est destinée à soutenir « les transactions commerciales européennes légitimes avec l’Iran ». Toutefois, pour que ce mécanisme fonctionne, il est nécessaire que l’Iran établisse une structure identique.

Le projet fait suite à la décision américaine de rétablir les sanctions à l’égard de l’Iran et au retrait de Washington de l’accord de Vienne de 2015. Le but poursuivi par le président Donald TRUMP, qui estime contrairement à l’avis de ses services de renseignement que l’Iran ne respecte pas ses engagements, est d’isoler le pays de ses principales sources de revenus et des canaux financiers internationaux. De fait, cette décision extraterritoriale vise l’ensemble des entreprises commerçant avec la République islamique. Alors que la plupart des grandes sociétés, dont Total ou PSA, se sont retirées du marché iranien pour éviter les sanctions américaines, les exportations de pétrole de Téhéran ont chuté de presque 50%. Pour éviter les transactions et les flux financiers libellés en dollars, les entreprises européennes auront recours à un troc sophistiqué : un exportateur iranien vendant en Europe sera payé par un importateur iranien qui importe depuis l’Europe et inversement.

La cheffe de la diplomatie de l’UE, Federica MOGHERINI s’est félicitée de la mise en place d’INSTEX et espère qu’il « fournira aux opérateurs économiques le cadre nécessaire pour poursuivre le commerce légitime avec l’Iran ». Elle affirme que l’Union européenne « reste attachée à la mise en œuvre complète et effective du JCPoA sous tous ses aspects » et souligne le respect des engagements pris de la part de l’Iran. Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammed Javad ZARIF salue « la première étape attendue depuis longtemps » concernant les engagements de l’UE pris en mai 2018 afin de « sauver le JCPOA ». Il déclare que le pays reste « prêt pour un engagement constructif avec l’Europe sur un pied d’égalité et avec un respect mutuel ».

Pour l’heure, INSTEX se concentre sur les « secteurs les plus essentiels pour la population iranienne », en l’occurrence les produits pharmaceutiques, les dispositifs médicaux et les produits agro-alimentaires. Le « véhicule » dispose ainsi d’une portée symbolique qui illustre la résistance des trois nations européennes aux Etats-Unis.

Pour le moment, seuls Paris, Berlin et Londres, signataires de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien de 2015, sont partie prenante, mais « INSTEX a pour visée, à long terme, de s’ouvrir à des acteurs économiques de pays tiers désireux de commercer avec l’Iran ».

Afghanistan – USA : ébauche d’un accord de paix

L’envoyé américain pour la paix Afghanistan, Zalmay KHALILZAD, à l’ambassade américaine à Kaboul, le 28 janvier 2019.
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A Doha se tiennent des pourparlers discrets entre des négociateurs américains et une représentation des talibans afghans. Ces discussions entendent mettre un terme au conflit qui déchire l’Afghanistan depuis dix-sept ans. Débutées en juillet 2018 entre les deux parties dans la capitale qatarie – où les talibans disposent d’un bureau de représentation dédié aux initiatives diplomatiques – les négociations n’incluent ni le Président afghan Ashraf GHANI ni son gouvernement, les talibans, représentés par Abdul Ghani BARADAR, l’ancien bras droit du mollah Omar, refusant de s’entretenir avec le pouvoir en place.

Au terme de plusieurs jours de discussions, le représentant spécial des Etats-Unis pour la réconciliation en Afghanistan, Zalmay KHALILZAD a annoncé lundi 28 janvier 2019 au New York Timesune « ébauche » d’accord : « Nous avons trouvé une ébauche d’accord qui doit être étoffée avant qu’elle ne devienne un accord ». En échange d’un engagement des talibans à lutter contre la wilayahdu Khorassan affiliée à Daech et à prévenir l’organisation depuis le territoire afghan de tout attentat terroriste à l’étranger, Washington s’engage à retirer ses troupes du pays. Le président afghan, reconnu par la communauté internationale, a rappelé pour sa part qu’une discussion de paix ne pouvait se faire sans le gouvernement établi. Il s’inquiète d’un processus précipité pouvant entraîner des conséquences désastreuses pour ce pays déjà fragilisé. Le mouvement a précisé, malgré les échanges « constructifs », que rien n’était pour l’instant encore abouti. Toutefois, talibans et administration TRUMP s’accordent sur une chose : le retrait des forces américaines du pays.

Les Etats-Unis sont présents en Afghanistan depuis 2001, à la suite des attentats du 11 septembre. A la tête d’une coalition internationale, ils ont chassé du pouvoir les talibans, tout en éliminant progressivement le réseau Al-Qaïda et son chef Oussama Ben LADEN. Le départ d’Afghanistan des troupes américaines répond à une politique plus globale de retrait du Moyen-Orient, déjà initiée en Syrie. En décembre dernier, le président américain avait annoncé le retrait de la moitié des 14 000 soldats déployés dans le pays, tout en conditionnant un retrait définitif à la conclusion d’un accord de paix.

Il aura fallu plus de neuf ans pour parvenir à une amorce d’accord de paix avec les talibans. Les puissances étrangères et régionales soutiennent ces pourparlers entre les deux pays à l’instar du Qatar, hôte de la rencontre, mais également le Pakistan voisin, l’Iran, la Chine et la Russie qui espèrent tous une fin de ce conflit.

Cette potentielle paix en Afghanistan est également un défi pour les talibans. Forts militairement, ils sont impopulaires auprès de l’opinion publique afghane. Participer aux pourparlers avec les Etats-Unis et s’ériger de fait en faiseurs de paix est une opportunité politique essentielle en vue des élections de juillet 2019.

Zalmay KHALILZAD prévient tout de même : « Il n’y a pas de résolution du conflit tant que nous ne sommes pas d’accord sur tout, et ce tout doit inclure un dialogue entre Afghans et un cessez-le-feu complet ». Les Etats-Unis réclament en effet un dialogue direct entre le régime de Kaboul et les talibans. Le refus systématique des talibans pourrait alors bloquer le processus de paix espéré.

Le bilan stratégique de l’engagement russe en Syrie à l’heure du retrait américain – par Ana Pouvreau

Un article d’Ana POUVREAU, spécialiste des mondes russe et turc, chercheur en sciences politiques, docteur ès lettres de l’Université de Paris IV-Sorbonne et diplômée de la Boston University en relations internationales et études stratégiques. Elle est auditrice de l’IHEDN et éditorialiste à l’institut FMES.

Vladimir POUTINE et Donald TRUMP.
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Dans le champ de ruines syrien, plus de 560 000 personnes seraient mortes depuis le début du conflit en 2011[1], tandis que, selon les Nations unies, sur une population d’avant-guerre de 22 millions d’habitants, 6 millions seraient devenus, dès 2016, des personnes déplacées et 5 millions auraient fui le pays[2]. Le 19 décembre 2018, le président Trump, considérant que l’Etat islamique était vaincu, a annoncé le retrait des Etats-Unis du théâtre syrien. Cette décision conduit à s’interroger sur le bilan de l’approche stratégique adoptée par la Russie depuis 2015, année-charnière marquant le début de son intervention militaire (30 septembre) pour soutenir le régime syrien.

L’annonce du retrait américain intervient dans un contexte déjà marqué par la substitution progressive, depuis 2017, du processus de paix d’Astana au processus de Genève[3] et dans le renforcement manifeste de l’influence de la Russie en Syrie, mais aussi dans l’ensemble de la région, tant aux plans militaire que diplomatique. Le départ des troupes américaines (2000 hommes) et le retrait de leurs armements du Nord de la Syrie vont conforter la Russie dans son rôle d’acteur militaire majeur sur ce théâtre d’opérations. Dès le mois d’août 2017, la Russie déclarait avoir permis au régime syrien de quadrupler la superficie des territoires sous son contrôle[4]. Un an plus tard, le ministère de la Défense russe déclarait avoir éliminé 86 000 « militants anti-Assad » et 830 chefs de groupes djihadistes en Syrie[5].

Dans ces conditions, l’annonce d’un retrait américain va créer un environnement favorable aux forces russes dans leurs efforts de consolidation de leur implantation sur le territoire syrien. Cela va également permettre au pouvoir russe de justifier, auprès de l’opinion publique, les sacrifices consentis en Syrie : jugé meurtrier et coûteux en termes de moyens, cet engagement demeure controversé sur la scène internationale et en Russie-même.

I. Un engagement massif et controversé

  1. Le bilan humain

Plus de 63 000 militaires russes[6] – dont 25 738 officiers et 434 officiers généraux[7] –   auraient participé au conflit en Syrie depuis septembre 2015.  Officiellement, seuls 112 militaires auraient été tués au 1er octobre 2018. En réalité, plusieurs centaines de combattants acheminés depuis la Russie sur le théâtre syrien auraient été tués – notamment lors de frappes américaines – dont une grande partie travaillant pour des sociétés militaires privées, telles que le « groupe Wagner » qui aurait, selon l’Atlantic Council basé à Washington, envoyé 1500 hommes en Syrie[8]. En dépit de ces lourdes pertes, la Russie y aurait maintenu quelque 4000 hommes[9].

Au vu de l’ampleur de son engagement militaire, la Russie s’est vu confrontée à des difficultés en termes d’effectifs. Afin de pallier ce problème, le gouvernement russe a dû initier un changement de législation permettant aux forces armées russes de faire signer des contrats de courte durée (entre 6 mois et un an) aux conscrits, aux réservistes, voire à des personnes apatrides ou non-ressortissantes de la Fédération de Russie, afin d’aller combattre notamment en Syrie[10]. Les services de sociétés militaires privées, dont l’existence est souvent niée par les autorités russes et dont le rôle est très controversé, ont été largement sollicitées. Celles-ci auraient recruté, au profit de la Russie, des milliers de combattants et de conseillers militaires, à travers les anciennes républiques soviétiques, notamment celles d’Asie centrale[11]. Par ailleurs, des organisations de défense des droits de l’homme en Ukraine, ont dénoncé l’extension par la Russie de la conscription (service militaire obligatoire de 12 mois pour les hommes âgés de 18 à 27 ans) aux jeunes ukrainiens résidant sur le territoire de la Crimée, péninsule annexée par la Russie en mars 2014, dans le but de les envoyer combattre en Syrie.  Et ce, en dépit de la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre (1949), qui interdit cette pratique dans des territoires sous occupation[12].

A la fin août 2018, l’aviation russe totalisait 39 000 sorties aériennes en Syrie. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), une organisation humanitaire basée au Royaume-Uni, fin avril 2017, les frappes russes auraient fait 12 000 morts – dont 5170 victimes civiles – en 19 mois de campagne aérienne[13]. Fin août 2018, les estimations de l’OSDH faisaient état de 7,928 civils et de 10,069 combattants[14]. Human Rights Watch et Amnesty International ont, quant à elles, accusé, à plusieurs reprises, la Russie de crimes de guerre et de bombardements délibérés des populations civiles.

2. L’ampleur des moyens déployés

L’analyste russe Pavel Felgenhauer[15], spécialiste des questions militaires, soulignait en décembre 2016, que la Russie avait déjà livré en Syrie, à cette date, près de 700 000 tonnes d’armes, munitions et équipements militaires, soit une moyenne de 2000 tonnes par jour, par le biais de ce qui fut appelé le « Syria Express »[16], à savoir une voie navale d’acheminement des matériels depuis le port militaire russe de Sébastopol en Crimée, via les détroits turcs du Bosphore et des Dardanelles.

La Russie va tirer les leçons d’une expérience opérationnelle qui lui manquait cruellement depuis la guerre d’Afghanistan (1979-1989). Ses campagnes aériennes les plus récentes dataient de la deuxième guerre de Tchétchénie, terminée en 2000, puis de la guerre avec la Géorgie, qui ne dura que 5 jours, en 2008, et ne nécessita pas plus de 200 sorties aériennes. Depuis le conflit russo-géorgien, les forces russes se seraient vu dotées de près de 1 000 avions et hélicoptères soit neufs, soit modernisés, qu’elles n’avaient pas eu l’occasion de tester. Dans le conflit syrien, l’armée russe teste ses nouvelles capacités et ses avancées technologiques, telles que son chasseur de cinquième génération, l’avion de chasse polyvalent dernier cri Su-30SM. Sur ce théâtre, les forces russes auraient testé 231 types de matériels, dont des avions, des missiles de croisière et des systèmes sol-air. Il en est de même pour les nouveautés technologiques telles que le SVP-24 Gefest (Hephaestus), « dispositif de ciblage, qui sera désormais intégré dans tous les modèles d’avions Su-30SM, leur permettant de fonctionner dans des conditions météorologiques incroyablement difficiles, de jour comme de nuit »[17].

Anton Lavrov, analyste de la Fédération de Russie détaché au Center for Strategic and International Studies (CSIS) à Washington, rappelle, dans un rapport sur la campagne aérienne russe en Syrie[18], qu’à compter de la signature, à Damas, d’un accord secret, fin août 2015, entre la Russie et la Syrie concernant le déploiement d’un groupe aérien sur la base aérienne syrienne de Hmeimim, les forces spatiales russes (Vozdoujno-Kosmitcheskie Sili, VKS)[19] sont entrées dans la guerre en Syrie avec de nouveaux équipements, mais sans véritable expérience opérationnelle de ces matériels. « Grâce à la rotation rapide du personnel », écrit-il, « 80% des équipages de l’aviation tactique, ainsi que 95% des effectifs des équipages d’hélicoptères de l’armée de terre ont effectué 100 à 120 sorties de combat. Au cours du conflit, les forces russes ont démontré leur capacité à s’adapter et à apprendre de leur expérience. Grâce à cela, l’efficacité au combat d’un petit contingent s’est améliorée et a permis aux forces gouvernementales syriennes de remporter des victoires au sol. L’expérience acquise dans le conflit syrien sera indubitablement mise à profit dans l’organisation future des forces spatiales russes »[20].

II. L’engagement russe en Syrie : un tremplin pour une remontée en puissance de la Russie dans la région

Au vu de cet investissement considérable, Pavel Felgenhauer en déduisait, en décembre 2016, que la Russie entendrait désormais maintenir coûte que coûte sa présence en Syrie, ce qui lui permettrait d’étendre son influence dans l’ensemble de la région. Dans cette optique, son installation navale à Tartous – protégée par le nouveau système russe de missiles sol-air S-300 – pourrait être transformée en une véritable base navale, qui pérenniserait sa présence en Syrie. De la même manière, des efforts seraient déployés afin de conserver et d’agrandir la base aérienne de Lattaquié[21].

En effet, en octobre 2016, le président Poutine avait ratifié l’accord d’août 2015 avec Damas concernant le déploiement d’un groupe aérien pour une période indéfinie par la Russie sur la base aérienne de Hmeimim et l’octroi d’un statut diplomatique pour les personnels déployés sur cette base[22]. Un autre accord, signé le 18 janvier 2017 (ratifié en décembre 2017), confirme bien l’établissement d’une présence navale russe permanente à Tartous. La base navale de Tartous, utilisée depuis l’époque soviétique, s’avérant trop petite pour accueillir les plus grands navires de guerre, sera agrandie. L’accord signé pour une durée de 49 ans et renouvelable pour 25 ans supplémentaires, permet à la Russie de maintenir en Syrie 11 navires de guerre, y compris des bâtiments à propulsion nucléaire, renforçant ainsi sa capacité opérationnelle dans la région[23]. On peut en déduire que cette évolution semble confirmer l’ambition de la Russie d’implanter désormais des bases militaires à l’étranger et pas seulement dans des ex-républiques soviétiques.

Par ailleurs, Pavel Felgenhauer attirait l’attention sur le fait que la puissance russe entendait montrer aux puissances de la région, « qu’il vaut mieux miser sur la Russie que sur les États-Unis, que ceux qui comptent sur les États-Unis vont perdre, mais que ceux qui s’appuient sur la Russie l’emporteront » [24]. Sur la base de ces victoires, il prévoyait que la Russie pourrait tenter de former une grande coalition à sa main au Moyen-Orient, où elle pourrait prétendre jouer le rôle de médiateur incontournable capable d’arbitrer les antagonismes entre des pays aux intérêts divergents voire rivaux, tels que l’Égypte et la Turquie, voire entre l’Iran et Israël. Le fait que les Kurdes de Syrie envisagent désormais, à la suite de l’annonce du retrait américain, de se tourner vers Moscou pour garantir leur sécurité face à la Turquie, confirme les prévisions de cet analyste. Dans ces conditions, il faut espérer que l’Occident saura anticiper les surprises stratégiques que nous réserve encore l’approche choisie par la Russie en Syrie.

[1] “560,000 Killed in Syria’s War According to Updated Death Toll”, Haaretz, 10 décembre 2018. [https://www.haaretz.com/middle-east-news/syria/560-000-killed-in-syria-s-war-according-to-updated-death-toll-1.6700244]
[2]United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs.  [https://www.unocha.org/Syria]
[3] Lancées par la Russie, l’Iran et la Turquie en janvier 2017, les négociations d’Astana devaient permettre de trouver une issue au conflit syrien. Le processus de Genève, conduit sous l’égide des Nations unies, fut amorcé en 2012. cf. « Syria: the Astana peace process », France 24, 5 septembre 2018. [https://www.france24.com/en/20180905-syria-astana-peace-process]
[4] “Syria Expands Territorial Control Fourfold in Two Years With Russian Help”, Sputnik News, 25 août 2017.
[https://sputniknews.com/middleeast/201708251056779496-syria-terrirory-control-russian-help/]
[5] “Russia’s MoD reveals number of troops involved in Syrian war”, Belsat, 23 août 2018.
[https://belsat.eu/en/news/russia-s-mod-reveals-number-of-troops-involved-in-syrian-war/]
[6] “Russia says 63,000 troops have seen combat in Syria”, BBC Online, 23 août 2018. [https://www.bbc.com/news/world-middle-east-45284121]
[7] Op.cit. Belsat, 23 août 2018.
[8] “Russia’s Desperation for More Soldiers Is Taking It to Dark Places”, Atlantic Council, 24 avril 2017.
[https://www.atlanticcouncil.org/blogs/ukrainealert/russia-s-desperation-for-more-soldiers-is-taking-it-to-dark-places]
[9] Joseph DAHER: “Three Years Later: The Evolution of Russia’s Military Intervention in Syria”, Atlantic Council, 27 septembre 2018. [https://www.atlanticcouncil.org/blogs/syriasource/three-years-later-the-evolution-of-russia-s-military-intervention-in-syria]
[10] Op.cit, Atlantic Council, 24 avril 2017.
[11] Op.cit, Atlantic Council, 24 avril 2017.
[12] Halya COYNASH: “Russia sends Ukrainians from occupied Crimea to fight in Syria”, Kharkiv Human Rights Protection Group (KHPG), 31 octobre 2018. [http://khpg.org/en/index.php?id=1540847178]
[13] Russian Airforce has killed about 12000 persons including about 5170 civilian Syrian casualties in 19 months of airstrikes in Syria”, Syrian Observatory for Human Rights, 30 avril 2017.
[14] Rapport du SOHR du 30 août 2018. A titre de comparaison, à la même date, selon Airwars, une organisation non-gouvernementale basée à Londres,  les quelque 30 000 frappes de la coalition dirigée par les Etats-Unis contre l’Etat islamique, auraient fait entre 6500 et 10 000 victimes civiles sur le théâtre irako-syrien. [https://airwars.org/news-and-investigations/]
[15] “Inside Story – What are President Putin’s plans for Syria?, Al-Jazeera, 17 décembre 2016. [https://www.youtube.com/watch?v=5c2U7xkl-WQ]
[16] “Despite tensions, Russia’s ‘Syria Express’ sails by Istanbul”, Al-Monitor, 10 avril 2018.
[https://www.al-monitor.com/pulse/sites/almonitor/contents/afp/2016/01/syria-conflict-turkey-russia-navy.html]
[17] Nikolaï LITOVKINE : « Le chasseur russe Su-30SM, toujours plus high-tech », Russia Beyond, 12 mars 2018. [https://fr.rbth.com/tech/80271-avion-chasse-su-30sm-russie].
[18] Anton LAVROV: “The Russian Air Campaign in Syria – A Preliminary Analysis”, CNA Corporation, juin 2018. [https://www.cna.org/CNA_files/PDF/COP-2018-U-017903-Final.pdf]
[19] Depuis le 1er août 2015, la force aérienne russe (Voienno-vozduchnyie sily, VVS) et les forces de défense spatiales russes (Kosmitcheskie Voiska Rossii, VKO), ont fusionné pour former les forces spatiales russes.
[20] Opcit. Rapport d’Anton LAVROV, juin 2018.
[21] Op.cit, Al-Jazeera, 17 décembre 2016.
[22] “Putin Ratifies Deal On ‘Indefinite’ Air Force Deployment In Syria”, Radio Free Europe/Radio Liberty, 14 octobre 2016.
[https://www.rferl.org/a/syria-russia-putin-signs-air-deployment-deal/28052862.html]
[23] “New Russia-Syria accord allows up to 11 warships in Tartus port simultaneously”, DW, 20 janvier 2017.
[https://www.dw.com/en/new-russia-syria-accord-allows-up-to-11-warships-in-tartus-port-simultaneously/a-37212976]
[24] Ibid. Al-Jazeera, 17 décembre 2016

Alliance stratégique au Moyen-Orient : vers un OTAN arabe

Le Président Donald TRUMP et le prince Mohamed BIN SALMAN.
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Mardi 8 janvier 2019 a débuté la tournée diplomatique au Moyen-Orient du Secrétaire d’Etat américain. En une semaine, Mike POMPEO s’est successivement rendu dans 7 pays de la région : Jordanie, Egypte et cinq des six pays du Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe : Arabie Saoudite, Oman, Bahreïn, Emirats arabes unis et Qatar. Ces visites permettent de rassurer les alliés régionaux sur la stratégie de Washington au Moyen-Orient, ébranlée par l’annonce présidentielle du retrait des troupes américaines du nord de la Syrie en décembre dernier. Ce déplacement de Mike POMPEO permet aussi de promouvoir les intérêts américains en vue d’une Alliance stratégique au Moyen-Orient (Middle East Strategic Alliance). Surnommée « l’OTAN arabe », cette alliance concrétiserait la mise en place d’un axe contre Téhéran, considéré par Washington comme la menace la plus importante dans la région. Au Caire, dans un discours prononcé près de dix ans après celui de l’ancien Président Barack OBAMA, le secrétaire d’Etat a annoncé un « vrai nouveau départ » américain dans la région où la lutte contre le régime de la République islamique d’Iran constitue l’un des enjeux principaux. Le lendemain, il a annoncé la tenue d’une conférence ministérielle pour promouvoir la paix et la sécurité au Moyen-Orient, les 13 et 14 février prochain à Varsovie, dont l’un des objectifs est de combattre l’influence iranienne dans la région.

En escale à Abu Dhabi, Mike POMPEO s’est entretenu avec la journaliste Najwa KASSEM pour Al Arabiya, chaine saoudienne. Le chef de la diplomatie américaine a exposé la politique étrangère de Washington dans la région qui repose sur trois piliers : la stabilité du Moyen-Orient, l’achèvement de la destruction de l’Etat islamique et la lutte contre l’Iran « le plus grand pays parrain du terrorisme ». Interrogé à propos du sommet en Pologne où « l’accent sera mis sur l’Iran », Mike POMPEO précise que la rencontre ne concernera pas seulement les pays de l’Alliance stratégique mais réunira un spectre plus large avec des pays asiatiques, africains et sud-américains. Toutefois, Mike POMPEO précise que les actions américaines ne sont pas dirigées contre le peuple iranien : « je veux que le peuple iranien sache que nous voulons une vie meilleure pour lui (…). Nous voulons une vraie démocratie en République islamique d’Iran ». Il considère cette potentielle démocratie incompatible avec les milices chiites en Irak ou encore les Houthis, soutenus par Téhéran.

S’il espère une résolution du conflit syrien conforme à la résolution 2254 du Conseil de sécurité, Mike POMPEO précise que l’alliance stratégique ne concernera pas uniquement la situation en Syrie mais fera l’objet d’une « tentative de constituer une coalition de forces du Moyen-Orient capable de réagir à de nombreuses menaces pour la région ».

L’idée d’un OTAN arabe a émergé le 22 mai 2017, lors du premier voyage présidentiel de Donald TRUMP à Riyad. L’Arabie saoudite et l’Egypte, en dépit des accusations de répression des droits de l’homme dont ils font l’objet, restent des partenaires privilégiés de Washington dans sa lutte contre l’Iran et seront les pierres angulaires du partenariat.

Téhéran ne reste pas impassible face aux mesures prises. Le ministère des Affaires étrangères a convoqué le plus haut diplomate polonais basé dans le pays afin de protester contre la décision d’organiser un sommet jugé « anti-iranien ».