Etats-Unis

Le bilan stratégique de l’engagement russe en Syrie à l’heure du retrait américain – par Ana Pouvreau

Un article d’Ana POUVREAU, spécialiste des mondes russe et turc, chercheur en sciences politiques, docteur ès lettres de l’Université de Paris IV-Sorbonne et diplômée de la Boston University en relations internationales et études stratégiques. Elle est auditrice de l’IHEDN et éditorialiste à l’institut FMES.

Vladimir POUTINE et Donald TRUMP.
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Dans le champ de ruines syrien, plus de 560 000 personnes seraient mortes depuis le début du conflit en 2011[1], tandis que, selon les Nations unies, sur une population d’avant-guerre de 22 millions d’habitants, 6 millions seraient devenus, dès 2016, des personnes déplacées et 5 millions auraient fui le pays[2]. Le 19 décembre 2018, le président Trump, considérant que l’Etat islamique était vaincu, a annoncé le retrait des Etats-Unis du théâtre syrien. Cette décision conduit à s’interroger sur le bilan de l’approche stratégique adoptée par la Russie depuis 2015, année-charnière marquant le début de son intervention militaire (30 septembre) pour soutenir le régime syrien.

L’annonce du retrait américain intervient dans un contexte déjà marqué par la substitution progressive, depuis 2017, du processus de paix d’Astana au processus de Genève[3] et dans le renforcement manifeste de l’influence de la Russie en Syrie, mais aussi dans l’ensemble de la région, tant aux plans militaire que diplomatique. Le départ des troupes américaines (2000 hommes) et le retrait de leurs armements du Nord de la Syrie vont conforter la Russie dans son rôle d’acteur militaire majeur sur ce théâtre d’opérations. Dès le mois d’août 2017, la Russie déclarait avoir permis au régime syrien de quadrupler la superficie des territoires sous son contrôle[4]. Un an plus tard, le ministère de la Défense russe déclarait avoir éliminé 86 000 « militants anti-Assad » et 830 chefs de groupes djihadistes en Syrie[5].

Dans ces conditions, l’annonce d’un retrait américain va créer un environnement favorable aux forces russes dans leurs efforts de consolidation de leur implantation sur le territoire syrien. Cela va également permettre au pouvoir russe de justifier, auprès de l’opinion publique, les sacrifices consentis en Syrie : jugé meurtrier et coûteux en termes de moyens, cet engagement demeure controversé sur la scène internationale et en Russie-même.

I. Un engagement massif et controversé

  1. Le bilan humain

Plus de 63 000 militaires russes[6] – dont 25 738 officiers et 434 officiers généraux[7] –   auraient participé au conflit en Syrie depuis septembre 2015.  Officiellement, seuls 112 militaires auraient été tués au 1er octobre 2018. En réalité, plusieurs centaines de combattants acheminés depuis la Russie sur le théâtre syrien auraient été tués – notamment lors de frappes américaines – dont une grande partie travaillant pour des sociétés militaires privées, telles que le « groupe Wagner » qui aurait, selon l’Atlantic Council basé à Washington, envoyé 1500 hommes en Syrie[8]. En dépit de ces lourdes pertes, la Russie y aurait maintenu quelque 4000 hommes[9].

Au vu de l’ampleur de son engagement militaire, la Russie s’est vu confrontée à des difficultés en termes d’effectifs. Afin de pallier ce problème, le gouvernement russe a dû initier un changement de législation permettant aux forces armées russes de faire signer des contrats de courte durée (entre 6 mois et un an) aux conscrits, aux réservistes, voire à des personnes apatrides ou non-ressortissantes de la Fédération de Russie, afin d’aller combattre notamment en Syrie[10]. Les services de sociétés militaires privées, dont l’existence est souvent niée par les autorités russes et dont le rôle est très controversé, ont été largement sollicitées. Celles-ci auraient recruté, au profit de la Russie, des milliers de combattants et de conseillers militaires, à travers les anciennes républiques soviétiques, notamment celles d’Asie centrale[11]. Par ailleurs, des organisations de défense des droits de l’homme en Ukraine, ont dénoncé l’extension par la Russie de la conscription (service militaire obligatoire de 12 mois pour les hommes âgés de 18 à 27 ans) aux jeunes ukrainiens résidant sur le territoire de la Crimée, péninsule annexée par la Russie en mars 2014, dans le but de les envoyer combattre en Syrie.  Et ce, en dépit de la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre (1949), qui interdit cette pratique dans des territoires sous occupation[12].

A la fin août 2018, l’aviation russe totalisait 39 000 sorties aériennes en Syrie. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), une organisation humanitaire basée au Royaume-Uni, fin avril 2017, les frappes russes auraient fait 12 000 morts – dont 5170 victimes civiles – en 19 mois de campagne aérienne[13]. Fin août 2018, les estimations de l’OSDH faisaient état de 7,928 civils et de 10,069 combattants[14]. Human Rights Watch et Amnesty International ont, quant à elles, accusé, à plusieurs reprises, la Russie de crimes de guerre et de bombardements délibérés des populations civiles.

2. L’ampleur des moyens déployés

L’analyste russe Pavel Felgenhauer[15], spécialiste des questions militaires, soulignait en décembre 2016, que la Russie avait déjà livré en Syrie, à cette date, près de 700 000 tonnes d’armes, munitions et équipements militaires, soit une moyenne de 2000 tonnes par jour, par le biais de ce qui fut appelé le « Syrian Express »[16], à savoir une voie navale d’acheminement des matériels depuis le port militaire russe de Sébastopol en Crimée, via les détroits turcs du Bosphore et des Dardanelles.

La Russie va tirer les leçons d’une expérience opérationnelle qui lui manquait cruellement depuis la guerre d’Afghanistan (1979-1989). Ses campagnes aériennes les plus récentes dataient de la deuxième guerre de Tchétchénie, terminée en 2000, puis de la guerre avec la Géorgie, qui ne dura que 5 jours, en 2008, et ne nécessita pas plus de 200 sorties aériennes. Depuis le conflit russo-géorgien, les forces russes se seraient vu dotées de près de 1 000 avions et hélicoptères soit neufs, soit modernisés, qu’elles n’avaient pas eu l’occasion de tester. Dans le conflit syrien, l’armée russe teste ses nouvelles capacités et ses avancées technologiques, telles que son chasseur de cinquième génération, l’avion de chasse polyvalent dernier cri Su-30SM. Sur ce théâtre, les forces russes auraient testé 231 types de matériels, dont des avions, des missiles de croisière et des systèmes sol-air. Il en est de même pour les nouveautés technologiques telles que le SVP-24 Gefest (Hephaestus), « dispositif de ciblage, qui sera désormais intégré dans tous les modèles d’avions Su-30SM, leur permettant de fonctionner dans des conditions météorologiques incroyablement difficiles, de jour comme de nuit »[17].

Anton Lavrov, analyste de la Fédération de Russie détaché au Center for Strategic and International Studies (CSIS) à Washington, rappelle, dans un rapport sur la campagne aérienne russe en Syrie[18], qu’à compter de la signature, à Damas, d’un accord secret, fin août 2015, entre la Russie et la Syrie concernant le déploiement d’un groupe aérien sur la base aérienne syrienne de Hmeimim, les forces spatiales russes (Vozdoujno-Kosmitcheskie Sili, VKS)[19] sont entrées dans la guerre en Syrie avec de nouveaux équipements, mais sans véritable expérience opérationnelle de ces matériels. « Grâce à la rotation rapide du personnel », écrit-il, « 80% des équipages de l’aviation tactique, ainsi que 95% des effectifs des équipages d’hélicoptères de l’armée de terre ont effectué 100 à 120 sorties de combat. Au cours du conflit, les forces russes ont démontré leur capacité à s’adapter et à apprendre de leur expérience. Grâce à cela, l’efficacité au combat d’un petit contingent s’est améliorée et a permis aux forces gouvernementales syriennes de remporter des victoires au sol. L’expérience acquise dans le conflit syrien sera indubitablement mise à profit dans l’organisation future des forces spatiales russes »[20].

II. L’engagement russe en Syrie : un tremplin pour une remontée en puissance de la Russie dans la région

Au vu de cet investissement considérable, Pavel Felgenhauer en déduisait, en décembre 2016, que la Russie entendrait désormais maintenir coûte que coûte sa présence en Syrie, ce qui lui permettrait d’étendre son influence dans l’ensemble de la région. Dans cette optique, son installation navale à Tartous – protégée par le nouveau système russe de missiles sol-air S-300 – pourrait être transformée en une véritable base navale, qui pérenniserait sa présence en Syrie. De la même manière, des efforts seraient déployés afin de conserver et d’agrandir la base aérienne de Lattaquié[21].

En effet, en octobre 2016, le président Poutine avait ratifié l’accord d’août 2015 avec Damas concernant le déploiement d’un groupe aérien pour une période indéfinie par la Russie sur la base aérienne de Hmeimim et l’octroi d’un statut diplomatique pour les personnels déployés sur cette base[22]. Un autre accord, signé le 18 janvier 2017 (ratifié en décembre 2017), confirme bien l’établissement d’une présence navale russe permanente à Tartous. La base navale de Tartous, utilisée depuis l’époque soviétique, s’avérant trop petite pour accueillir les plus grands navires de guerre, sera agrandie. L’accord signé pour une durée de 49 ans et renouvelable pour 25 ans supplémentaires, permet à la Russie de maintenir en Syrie 11 navires de guerre, y compris des bâtiments à propulsion nucléaire, renforçant ainsi sa capacité opérationnelle dans la région[23]. On peut en déduire que cette évolution semble confirmer l’ambition de la Russie d’implanter désormais des bases militaires à l’étranger et pas seulement dans des ex-républiques soviétiques.

Par ailleurs, Pavel Felgenhauer attirait l’attention sur le fait que la puissance russe entendait montrer aux puissances de la région, « qu’il vaut mieux miser sur la Russie que sur les États-Unis, que ceux qui comptent sur les États-Unis vont perdre, mais que ceux qui s’appuient sur la Russie l’emporteront » [24]. Sur la base de ces victoires, il prévoyait que la Russie pourrait tenter de former une grande coalition à sa main au Moyen-Orient, où elle pourrait prétendre jouer le rôle de médiateur incontournable capable d’arbitrer les antagonismes entre des pays aux intérêts divergents voire rivaux, tels que l’Égypte et la Turquie, voire entre l’Iran et Israël. Le fait que les Kurdes de Syrie envisagent désormais, à la suite de l’annonce du retrait américain, de se tourner vers Moscou pour garantir leur sécurité face à la Turquie, confirme les prévisions de cet analyste. Dans ces conditions, il faut espérer que l’Occident saura anticiper les surprises stratégiques que nous réserve encore l’approche choisie par la Russie en Syrie.

[1] “560,000 Killed in Syria’s War According to Updated Death Toll”, Haaretz, 10 décembre 2018. [https://www.haaretz.com/middle-east-news/syria/560-000-killed-in-syria-s-war-according-to-updated-death-toll-1.6700244]
[2]United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs.  [https://www.unocha.org/Syria]
[3] Lancées par la Russie, l’Iran et la Turquie en janvier 2017, les négociations d’Astana devaient permettre de trouver une issue au conflit syrien. Le processus de Genève, conduit sous l’égide des Nations unies, fut amorcé en 2012. cf. « Syria: the Astana peace process », France 24, 5 septembre 2018. [https://www.france24.com/en/20180905-syria-astana-peace-process]
[4] “Syria Expands Territorial Control Fourfold in Two Years With Russian Help”, Sputnik News, 25 août 2017.
[https://sputniknews.com/middleeast/201708251056779496-syria-terrirory-control-russian-help/]
[5] “Russia’s MoD reveals number of troops involved in Syrian war”, Belsat, 23 août 2018.
[https://belsat.eu/en/news/russia-s-mod-reveals-number-of-troops-involved-in-syrian-war/]
[6] “Russia says 63,000 troops have seen combat in Syria”, BBC Online, 23 août 2018. [https://www.bbc.com/news/world-middle-east-45284121]
[7] Op.cit. Belsat, 23 août 2018.
[8] “Russia’s Desperation for More Soldiers Is Taking It to Dark Places”, Atlantic Council, 24 avril 2017.
[https://www.atlanticcouncil.org/blogs/ukrainealert/russia-s-desperation-for-more-soldiers-is-taking-it-to-dark-places]
[9] Joseph DAHER: “Three Years Later: The Evolution of Russia’s Military Intervention in Syria”, Atlantic Council, 27 septembre 2018. [https://www.atlanticcouncil.org/blogs/syriasource/three-years-later-the-evolution-of-russia-s-military-intervention-in-syria]
[10] Op.cit, Atlantic Council, 24 avril 2017.
[11] Op.cit, Atlantic Council, 24 avril 2017.
[12] Halya COYNASH: “Russia sends Ukrainians from occupied Crimea to fight in Syria”, Kharkiv Human Rights Protection Group (KHPG), 31 octobre 2018. [http://khpg.org/en/index.php?id=1540847178]
[13] Russian Airforce has killed about 12000 persons including about 5170 civilian Syrian casualties in 19 months of airstrikes in Syria”, Syrian Observatory for Human Rights, 30 avril 2017.
[14] Rapport du SOHR du 30 août 2018. A titre de comparaison, à la même date, selon Airwars, une organisation non-gouvernementale basée à Londres,  les quelque 30 000 frappes de la coalition dirigée par les Etats-Unis contre l’Etat islamique, auraient fait entre 6500 et 10 000 victimes civiles sur le théâtre irako-syrien. [https://airwars.org/news-and-investigations/]
[15] “Inside Story – What are President Putin’s plans for Syria?, Al-Jazeera, 17 décembre 2016. [https://www.youtube.com/watch?v=5c2U7xkl-WQ]
[16] “Despite tensions, Russia’s ‘Syria Express’ sails by Istanbul”, Al-Monitor, 10 avril 2018.
[https://www.al-monitor.com/pulse/sites/almonitor/contents/afp/2016/01/syria-conflict-turkey-russia-navy.html]
[17] Nikolaï LITOVKINE : « Le chasseur russe Su-30SM, toujours plus high-tech », Russia Beyond, 12 mars 2018. [https://fr.rbth.com/tech/80271-avion-chasse-su-30sm-russie].
[18] Anton LAVROV: “The Russian Air Campaign in Syria – A Preliminary Analysis”, CAN Corporation, juin 2018. [https://www.cna.org/CNA_files/PDF/COP-2018-U-017903-Final.pdf]
[19] Depuis le 1er août 2015, la force aérienne russe (Voienno-vozduchnyie sily, VVS) et les forces de défense spatiales russes (Kosmitcheskie Voiska Rossii, VKO), ont fusionné pour former les forces spatiales russes.
[20] Opcit. Rapport d’Anton LAVROV, juin 2018.
[21] Op.cit, Al-Jazeera, 17 décembre 2016.
[22] “Putin Ratifies Deal On ‘Indefinite’ Air Force Deployment In Syria”, Radio Free Europe/Radio Liberty, 14 octobre 2016.
[https://www.rferl.org/a/syria-russia-putin-signs-air-deployment-deal/28052862.html]
[23] “New Russia-Syria accord allows up to 11 warships in Tartus port simultaneously”, DW, 20 janvier 2017.
[https://www.dw.com/en/new-russia-syria-accord-allows-up-to-11-warships-in-tartus-port-simultaneously/a-37212976]
[24] Ibid. Al-Jazeera, 17 décembre 2016

Alliance stratégique au Moyen-Orient : vers un OTAN arabe

Le Président Donald TRUMP et le prince Mohamed BIN SALMAN.
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Mardi 8 janvier 2019 a débuté la tournée diplomatique au Moyen-Orient du Secrétaire d’Etat américain. En une semaine, Mike POMPEO s’est successivement rendu dans 7 pays de la région : Jordanie, Egypte et cinq des six pays du Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe : Arabie Saoudite, Oman, Bahreïn, Emirats arabes unis et Qatar. Ces visites permettent de rassurer les alliés régionaux sur la stratégie de Washington au Moyen-Orient, ébranlée par l’annonce présidentielle du retrait des troupes américaines du nord de la Syrie en décembre dernier. Ce déplacement de Mike POMPEO permet aussi de promouvoir les intérêts américains en vue d’une Alliance stratégique au Moyen-Orient (Middle East Strategic Alliance). Surnommée « l’OTAN arabe », cette alliance concrétiserait la mise en place d’un axe contre Téhéran, considéré par Washington comme la menace la plus importante dans la région. Au Caire, dans un discours prononcé près de dix ans après celui de l’ancien Président Barack OBAMA, le secrétaire d’Etat a annoncé un « vrai nouveau départ » américain dans la région où la lutte contre le régime de la République islamique d’Iran constitue l’un des enjeux principaux. Le lendemain, il a annoncé la tenue d’une conférence ministérielle pour promouvoir la paix et la sécurité au Moyen-Orient, les 13 et 14 février prochain à Varsovie, dont l’un des objectifs est de combattre l’influence iranienne dans la région.

En escale à Abu Dhabi, Mike POMPEO s’est entretenu avec la journaliste Najwa KASSEM pour Al Arabiya, chaine saoudienne. Le chef de la diplomatie américaine a exposé la politique étrangère de Washington dans la région qui repose sur trois piliers : la stabilité du Moyen-Orient, l’achèvement de la destruction de l’Etat islamique et la lutte contre l’Iran « le plus grand pays parrain du terrorisme ». Interrogé à propos du sommet en Pologne où « l’accent sera mis sur l’Iran », Mike POMPEO précise que la rencontre ne concernera pas seulement les pays de l’Alliance stratégique mais réunira un spectre plus large avec des pays asiatiques, africains et sud-américains. Toutefois, Mike POMPEO précise que les actions américaines ne sont pas dirigées contre le peuple iranien : « je veux que le peuple iranien sache que nous voulons une vie meilleure pour lui (…). Nous voulons une vraie démocratie en République islamique d’Iran ». Il considère cette potentielle démocratie incompatible avec les milices chiites en Irak ou encore les Houthis, soutenus par Téhéran.

S’il espère une résolution du conflit syrien conforme à la résolution 2254 du Conseil de sécurité, Mike POMPEO précise que l’alliance stratégique ne concernera pas uniquement la situation en Syrie mais fera l’objet d’une « tentative de constituer une coalition de forces du Moyen-Orient capable de réagir à de nombreuses menaces pour la région ».

L’idée d’un OTAN arabe a émergé le 22 mai 2017, lors du premier voyage présidentiel de Donald TRUMP à Riyad. L’Arabie saoudite et l’Egypte, en dépit des accusations de répression des droits de l’homme dont ils font l’objet, restent des partenaires privilégiés de Washington dans sa lutte contre l’Iran et seront les pierres angulaires du partenariat.

Téhéran ne reste pas impassible face aux mesures prises. Le ministère des Affaires étrangères a convoqué le plus haut diplomate polonais basé dans le pays afin de protester contre la décision d’organiser un sommet jugé « anti-iranien ».

Les Etats-Unis au Moyen-Orient, une « force pour le bien »

 

Le secrétaire d’Etat américain Mike POMPEO à la conférence de presse au Caire jeudi 10 janvier.
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En tournée au Moyen-Orient, le secrétaire d’Etat américain Mike POMPEO s’est rendu au Caire le jeudi 10 janvier 2019. Depuis l’annonce du président Donald TRUMP de retirer ses troupes de Syrie ayant fait l’effet d’une bombe, plusieurs hommes politiques du pays en visite dans la région, espèrent rectifier le tir et rassurer les pays alliés. Dans l’université américaine de la capitale égyptienne et environ 10 ans après le célèbre discours de Barack OBAMA dans la même ville, le secrétaire d’Etat américain annonce « un réel nouveau départ » des Etats-Unis avec ses alliés au Moyen-Orient.

Le 4 juin 2009, dans un contexte post-attentats du 11 septembre ayant donné lieu à la présence américaine en Afghanistan et en Irak, Barack OBAMA s’est adressé au monde musulman afin de dissiper la méfiance de la région envers Washington. Ses paroles avait alors suscité un grand engouement. Pourtant, la paix escomptée n’avait pas eu lieu et la timidité de l’administration OBAMA a souvent été reprochée, notamment lors des printemps arabes. Mike POMPEO déplore que les Etats-Unis « ami de longue date » de l’Egypte étaient absents durant cette période, par la faute de « dirigeants qui ont mal interprété notre histoire et le moment historique pour l’Egypte (…) Les résultats de ces erreurs de jugement ont été désastreux ». Parmi les conséquences, se trouvent entre autres « la ténacité et la méchanceté de l’islamisme radical ». Sans jamais citer l’ancien président américain, son allocution est l’occasion pour le chef de la diplomatie américaine de fustiger l’administration OBAMA au profit de la nouvelle doctrine du président américain Donald TRUMP.

Mike POMPEO appelle à une union rassemblant Israël et les principaux pays sunnites de la région face à la République islamique d’Iran qu’il considère coupable d’étendre « son influence cancéreuse au Yémen, en Irak, en Syrie et plus loin encore, au Liban ». L’administration TRUMP, après s’être retirée de l’accord de Vienne en rétablissant les sanctions à l’encontre de l’Iran, fait de la lutte contre ce pays une véritable priorité et entend « contrecarrer son agenda révolutionnaire » qui, selon Mike POMPEO, s’étend au-delà des frontières moyen-orientales. Il condamne l’ancienne politique de Barak OBAMA qui s’était adressé aux peuples plutôt qu’aux nations et qui a conduit le pays à conclure avec Téhéran un accord, alors même qu’il représente un ennemi commun pour les Etats-Unis et l’Egypte. Mike POMPEO affirme : « La bonne nouvelle, c’est que l’ère de l’auto-flagellation américaine est terminée, tout comme ces politiques qui ont engendré tant de souffrances inutiles. Maintenant vient le vrai nouveau départ. En moins de 24 mois, les Etats-Unis, sous le président TRUMP ont réaffirmé leur traditionnel rôle de force du bien dans la région. » Face aux accusations de désintérêt américain, il rappelle le rôle de « force libératrice » inégalable incarné par Washington au cours de l’histoire dans les domaines économiques et militaires : « Est-ce que les Russes ou les Chinois viendraient à votre secours de la même manière que nous l’avons fait ? ».

Le secrétaire d’Etat américain n’a pas fait des droits de l’homme le cœur de son discours. A contrario, il a rendu hommage au président égyptien Abdel Fatah AL-SISSI pour ses « efforts pour promouvoir la liberté religieuse », l’érigeant en « exemple pour tous les dirigeants et tous les peuples du Moyen-Orient », en dépit des accusations de répression dont il fait l’objet. Et, face aux doutes autour des conséquences du retrait des troupes américaines de Syrie, Mike POMPEO se veut rassurant : « Soyons clairs : les Etats-Unis ne se retireront pas avant la fin de la lutte contre le terrorisme ».

Le virage de politique étrangère assumé de l’administration TRUMP par la voix de Mike POMPEO suscite de nombreuses critiques. Sans surprise Javad ZARIF, ministre des Affaire étrangères iranien s’est exprimé sur Twitter : « Chaque fois que les Etats-Unis s’immiscent, le chaos, la répression et le ressentiment suivent (…). Il vaut mieux pour les Etats-Unis qu’ils surmontent la perte de l’Iran ». Quant à Martin INDYK, ancien ambassadeur des Etats-Unis en Israël et Envoyé spécial d’OBAMA au Moyen-Orient, il estime le discours de POMPEO comme « une attaque sans vergogne d’un secrétaire d’Etat en exercice contre un ancien président américain devant un public étranger », révélateur d’un « fossé lamentable entre les promesses de TRUMP et les moyens qu’il utilise pour les réaliser ». Selon lui, TRUMP réalise la même erreur que son prédécesseur il y a 10 ans dans son discours du Caire.

Dossier syrien : ERDOGAN tance BOLTON

Le porte-parole du gouvernement turc, Ibrahim KALIN s’entretenant avec John BOLTON, le conseiller à la Sécurité américain le 8 janvier 2019 à Ankara.
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Alors qu’il devait s’entretenir avec le président turc Recep Tayyip ERDOGAN mardi 8 janvier 2019, le conseiller américain à la Sécurité John BOLTON a quitté Ankara sans pouvoir le rencontrer.

Au début du mois de janvier, John BOLTON s’est rendu successivement en Israël et en Turquie pour discuter des conditions de retrait des Etats-Unis en Syrie. Le président américain Donald TRUMP a annoncé le 19 décembre dernier cette décision, qui bien que conforme à ses arguments de campagne, a fait l’effet d’une bombe.  Provoquant le départ de Jim MATTIS, Secrétaire d’Etat à la Défense souvent présenté comme un pôle de stabilité de l’administration TRUMP, ce retrait  pose trois questions  : comment garantir la lutte contre l’Etat islamique sans Washington ?, comment gérer l’avenir des combattants kurdes ? et quel sera l’impact du vide créé par le retrait américain du Proche-Orient ? en tout état de cause, cette décision est une bonne nouvelle pour Ankara et pour Moscou qui pourraient profiter du retrait américain pour avancer leurs pions.

Etats-Unis et Turquie divergent sur la question kurde. Alliés de Washington dans la lutte contre l’Etat islamique, les Unités de protection du peuple (Yekîneyên Parastina Gel – YPG) sont considérées comme des terroristes par Ankara.

En visite diplomatique en Israël et Ankara, John BOLTON a tenté de rectifier le tir et de rassurer sur les conditions de retrait des troupes américaines en conditionnant leur départ à des garanties de sécurité pour leurs alliés kurdes.

Rassurants pour le président israélien Benjamin NETANYAHU, ces propos ont sans surprise suscité la colère du président ERDOGAN qu’il considère « inacceptables et impossibles à digérer ». Lors d’une réunion du groupe parlementaire de son parti l’AKP (Parti de la justice et du développement) Recep Tayyip ERDOGAN s’est exprimé à propos du PKK et PYD (le Parti des travailleurs du Kurdistan et le Parti de l’union démocratique, son équivalent syrien) : « La prétendue lutte du PKK / PYD contre l’Etat Islamique n’est rien de plus qu’un mensonge (…).». Il continue : « La Turquie cible ces deux organisations en même temps, non à cause de son animosité ethnique ou religieuse, mais à cause de sa politique antiterroriste ».  En se félicitant du rôle de la Turquie « seul pays à avoir véritablement combattu et obtenu des succès contre les organisations en Syrie », le président turc souligne que « Les Etats-Unis commettent une très grave erreur s’ils considèrent que ces terroristes sont identiques à nos frères et sœurs kurdes ». Annulant la rencontre prévue avec John BOLTON, le président ERDOGAN a laissé sa place à Ibrahim KALIN, conseiller spécial du président et porte-parole du gouvernement. Ce dernier a démenti l’engagement du président turc à garantir la sécurité des milices kurdes, énoncé par le secrétaire d’Etat américain, Mike POMPEO.

Ainsi, accompagné par le général Joseph DUNFORD, chef d’état-major américain et de James JEFFREY, Représentant spécial de Washington pour l’engagement en faveur de la Syrie, John BOLTON a rencontré des officiels turcs de rang moins élevé qu’annoncé et n’a pas donné la conférence de presse programmée.

La situation en Syrie et la lutte contre l’Etat islamique cristallise des enjeux cruciaux. Le retrait américain aura des conséquences sur la probable résurgence de l’Etat islamique, l’avenir de l’entité kurde face à la Turquie et laisse la place à la Russie pour occuper le rôle d’acteur incontournable dans la région.

Retrait des troupes américaines en Syrie : un choix politique loin de faire consensus

 

Soldats américains en Syrie.
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« Nous avons vaincu le groupe Etat Islamique (…) et maintenant il est temps pour nos troupes de rentrer à la maison » a déclaré le président américain Donald TRUMP le mercredi 19 décembre. Le président américain félicite « les grands héros du monde » et les « victoires historiques contre l’Etat islamique ».

Le chef de l’Etat avait déjà affirmé sa volonté de quitter la Syrie et avait fait campagne sur cet argument. Toutefois, il s’était laissé convaincre par son entourage du maintien nécessaire des troupes. John BOLTON, conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis, avait déclaré fin septembre qu’il n’était pas envisageable de quitter le pays « tant que les Iraniens n’en auraient pas fait autant ». Dorénavant, le président américain affirme que les Etats-Unis n’ont pas vocation à endosser le rôle de « gendarmes au Moyen-Orient ». Au sein même de son camp, cette décision suscite des critiques. Après plusieurs mises en garde contre le retrait des troupes, Jim MATTIS, secrétaire d’Etat à la Défense, a présenté jeudi 20 décembre sa lettre de démission, qui ne prendra effet qu’en février prochain. Alors que l’ex-général des Marines ne mentionne pas explicitement le dossier syrien dans sa lettre, il alerte sur la nécessité pour Washington de « traiter les alliés avec respect ». Son départ engendre de l’inquiétude tant il incarnait une forme de stabilité à la Maison Blanche. Lindsey GRAHAM, sénateur républicain proche du président estime que « l’EI n’a été vaincu ni en Syrie, ni en Irak, ni en Afghanistan. Et retirer les forces américaines serait une erreur monumentale à la Obama ». Et Donald TRUMP de répondre : « il est temps de se concentrer sur notre pays ».

La diplomatie onusienne n’est pas non plus restée insensible à cette annonce. Pour son dernier briefing au Conseil de sécurité des Nations unies le 20 décembre 2018, Staffan de MISTURA, l’Envoyé spécial de l’ONU en Syrie a admis son échec à réunir un Comité constitutionnel syrien à Genève pour la fin du mois de décembre. Quant au Représentant de la France pour l’ONU François DELATTRE, il conteste lui aussi la fin de Daesh avancée par Washington : « Notre évaluation est que Daesh continue d’être une menace au Levant et que l’organisation terroriste peut continuer de s’y appuyer sur un territoire réduit ». En contrepoint, le ministère russe des Affaires étrangères a estimé que l’initiative américaine « ouvrait des perspectives en vue d’un règlement politique du conflit ».

Aujourd’hui, les troupes américaines ont pour mission première d’encadrer les forces démocratiques syriennes, articulées autour des Unités de protection du peuple (Yekîneyên Parastina Gel – YPG), branche armée du Parti de l’union démocratique (Partiya Yekîtiya Demokrat – PYD) afin de reconquérir les territoires perdus au profit de l’EI. La présence américaine permet du même fait d’endiguer l’influence iranienne en bloquant une partie du corridor iranien reliant Téhéran à Beyrouth. Les forces kurdes vivent ce retrait américain comme une véritable trahison. Selon elles, l’EI est encore présent et « lourdement armé ». La Turquie, également présente dans le nord-ouest de la Syrie, menace les Kurdes de l’YPG et du PYD, qu’elle associe au Parti des travailleurs du Kurdistan (Partiya Karkerên Kurdistan -PKK), identifié également par l’Union européenne comme groupe impliqué dans des actes de terrorisme. Plus globalement, l’axe dit « prorégime » en faveur de Bachar al-ASSAD sera gagnant, avec en première ligne l’Iran.

Une nouvelle fois, la politique menée par Donald TRUMP répond à ses préoccupations de politique intérieure. Si les acteurs concurrents des Etats-Unis (Iran, Syrie, Russie, Turquie) peuvent s’en réjouir, leurs alliés sur ce théâtre (Kurdes, France, Israël, Arabie saoudite notamment) s’en inquiètent.

La réémergence d’un projet d’armée européenne

Angela MERKEL et Emmanuel MACRON à Rethondes, pour la commémoration de l’armistice, le 10 novembre 2018.
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Dans un entretien à Verdun pour Europe 1 diffusé mardi 6 novembre 2018, le président français Emmanuel MACRON a exprimé sa volonté de créer une « vraie armée européenne ». Le chef de l’Etat a plaidé en faveur de ce projet, capable de « protéger » l’Union européenne « à l’égard de la Chine, de la Russie et même des Etats-Unis ».

Si Vladimir POUTINE considère cette initiative comme « un processus positif du point de vue du renforcement du caractère multipolaire du monde », les déclarations du chef de l’Etat français ont provoqué une réaction du président américain. Accusant Paris de promouvoir une armée européenne concurrente des Etats-Unis et de l’OTAN et déclarant les propos de son homologue français « très insultants », Donald TRUMP s’est de nouveau exprimé, mardi 13 novembre, dans une série de tweets à l’encontre du président français.

Face aux accusations de son homologue américain, Emmanuel MACRON a évoqué samedi une « confusion » mais continue d’affirmer la volonté d’une autonomie européenne. L’UE bénéficierait d’une plus grande marge de manœuvre en matière de défense et pourrait assurer les missions de la politique de sécurité et de défense communes. Premier président français à évoquer publiquement « une armée européenne », Emmanuel MACRON a instauré, dans cette optique, l’Initiative européenne d’intervention (IEI). Lancé en juin 2018, ce projet qui se place dans la logique du discours à la Sorbonne du président de la république en septembre 2017, a pour but de développer une culture stratégique européenne, à plusieurs Etats, afin de pouvoir mener plus facilement des opérations militaires en commun.

Les propositions françaises sont rejointes par l’Allemagne. La chancelière allemande Angela MERKEL, devant le Parlement européen à Strasbourg, a défendu l’idée d’une armée européenne mardi 13 novembre. Assurant que cette armée ne remettra pas en cause l’OTAN, la chancelière allemande a réitéré sa proposition de « conseil de sécurité européen » afin de renforcer la politique extérieure de l’Union européenne.

Toutefois, les avis sont partagés sur la faisabilité et la légitimité d’une telle initiative. A titre d’exemple, le général de VILLIERS, ancien chef d’état-major considère « impossible » une armée européenne où les forces serait juxtaposées, fusionnées afin d’en faire des unités de combat « aux ordres d’un état-major hypothétique à Bruxelles ». Jean-Yves le DRIAN, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a déclaré au début de l’année 2016, alors qu’il était ministre de la Défense du président François Hollande : « C’est aux Etats qu’il appartient en premier d’entretenir une défense forte, et c’est aux plus importants d’entre eux de montrer la voie en Europe ».

La vision d’Emmanuel MACRON consiste en une Europe forte, indépendante et autonome militairement et notamment vis-à-vis des Etats-Unis. Toutefois, si le couple franco-allemand affiche une position unie, d’autres pays européens semblent envoyer le message inverse. Alors que la défense européenne dépend pour une grande part du maintien d’une industrie de défense, la Belgique et la Pologne ont choisi d’opter ces derniers mois pour des armements américains. 

Le thème emblématique de « l’armée européenne » sous-tend les choix fondamentaux qui n’ont jamais été tranchés par les Européens depuis 30 ans et qui imposent de répondre à trois questions : quelle unité de destin ? quel effort de défense acceptable ? quelle autonomie vis-à-vis des Etats-Unis ?

Une « voie de la paix » au Moyen-Orient ? Le rapprochement Israël-Oman

Benjamin NETANYAHOU et le sultan Qabous Ben SAID à Oman.
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Le 7 novembre, le ministre israélien des Transports, Yisrael KATZ, s’est rendu à Mascate afin de présenter un projet de ligne ferroviaire, lors d’une conférence de l’Union internationale des transports routiers.

Appelée « la voie de la paix régionale », cette ligne, au départ d’Haïfa, port israélien le plus important, permettrait de relier la Méditerranée aux pays du Golfe en passant par la Jordanie. Pour le ministre israélien, il s’agit d’une démarche « logique » allant « au-delà des différends idéologiques et politiques ». Arguant l’argument économique, KATZ déclare que cette ligne permettra la création d’une route commerciale supplémentaire plus courte, plus rapide et moins coûteuse.

La présence du ministre israélien dans le sultanat d’Oman intervient presque deux semaines après le déplacement de Benjamin NETANYAHOU. Le Premier ministre israélien revenait le 26 octobre dernier, d’une visite au sultan Qabous Ben SAÏD, première visite de ce genre entre les deux pays depuis 1996. Les deux chefs d’Etat ont discuté des « façons d’avancer le processus de paix au Moyen-Orient et de plusieurs autres sujets d’intérêt commun concernant la paix et la stabilité au Moyen-Orient ». Cette rencontre s’inscrit dans la volonté d’Israël d’approfondir ses liens avec les pays de la région, l’Etat hébreu n’entretenant des relations diplomatiques qu’avec l’Egypte et la Jordanie avec lesquels des traités de paix ont été signés. Israël, qui s’inquiète de l’expansion et de l’influence de Téhéran qu’il qualifie de « nouvelles réalités régionales », se livre à une opération de séduction envers ses pays arabes voisins.

Le choix de Mascate n’est pas anodin. Le sultan Qabous, régnant depuis presque 50 ans, s’est démarqué par sa politique étrangère autonome et sa neutralité. Entretenant des relations à équidistance entre Washington et Téhéran, le pays, qui permet la cohabitation entre sunnites et chiites, n’a pas participé au blocus contre le Qatar. Le sultanat soutient la solution de deux Etats concernant le conflit israélo-palestinien et le président palestinien Mahmoud ABBAS s’est également rendu à Oman peu de temps avant son homologue israélien.

Benjamin NETANYAHU et Donald TRUMP partagent et promeuvent l’idée selon laquelle une nouvelle convergence d’intérêts entre Israël et ses voisins arabes, avec au premier plan l’Arabie Saoudite, pourrait mener à une reconfiguration diplomatique régionale. De fait, Washington soutient le projet de ligne ferroviaire et œuvre au rapprochement entre Israël et le royaume wahhabite, ses deux alliés dans la région. Le rôle de l’Iran, présenté comme un danger, aura permis de donner une dimension arabe à la politique étrangère du Premier ministre israélien et la volonté de tisser des liens avec le monde arabe.

Subsiste la question palestinienne. Les pays arabes ont historiquement fait du règlement palestinienne la condition à la reconnaissance d’Israël et à une normalisation de leurs relations. Ces dernières années, Donald TRUMP a exprimé le souhait de régler cette question. Il partage, avec Benjamin NETANYAHOU, l’idée selon laquelle une paix israélo-arabe serait propice à une solution pour l’entité palestinienne. Mais la nouvelle diplomatie arabe de NETANYAHOU pourra-t-elle convaincre ou se heurtera-t-elle à un refus des populations arabes ?

Réduction du taux de soufre du carburant marin au 1er janvier 2020 : l’OMI maintient le cap de la protection de l’environnement

Au 1er janvier 2020[1], le nouveau plafond de la teneur en soufre du carburant utilisé à bord des navires sera mondialement limité à 0,50 % au lieu des 3,5 % autorisés actuellement hors zones SECA[2] où la limite est déjà fixée à 0,1%. Par cette décision drastique, l’OMI (Organisation maritime internationale) continue sa politique de réduction de l’impact sanitaire et environnemental du transport maritime. En effet, unique utilisateur de fioul lourd considéré comme déchet des raffineries, le transport maritime est ainsi le principal pollueur mondial au soufre.

Cette décision ne peut être remise en cause mais la date de sa mise en application fait aujourd’hui débat. En effet, les tenants d’un report de cette date évoquent, que l’utilisation du fioul marin à très basse teneur en soufre (TBTS) qui en résulterait, comporte des risques de pénurie et de hausse du prix des carburants préjudiciables à la compétitivité du transport maritime. Cette situation serait due à la faiblesse de l’offre et aux investissements imposés à certains raffineurs pour assurer une production de qualité supérieure et convertir les résidus à haute teneur en soufre. Il donnerait en outre un avantage concurrentiel aux compagnies pétrolières ayant déjà réalisé ces investissements. Or, la date du 1er janvier 2020 a été maintenue et la période probatoire raccourcie lors du MPEC 70 du 31 octobre 2016 car selon les études de l’OMI, la disponibilité du carburant TBTS serait assurée pour 2020.

Le 18 octobre 2018, l’administration Trump craignant de fortes hausses du carburant marin et des répercussions sur l’ensemble du marché des produits pétroliers, propose, sans parler d’un report, une introduction progressive de cette nouvelle règle afin d’atténuer l’impact des augmentations sur les consommateurs. Nommée par les Américains « experience building phase [3]»,  l’administration a également  évalué auprès d’autres pays, les soutiens possibles à leur proposition. Les principaux États du pavillon (Panama, Libéria et les Îles Marshall) et des associations d’armateurs ont déclaré que l’OMI devrait examiner un éventuel « délai de grâce » de quelques mois jusqu’à ce que leurs réservoirs de carburant à haute teneur en soufre soient vides.

Pourtant, le report de la mise en œuvre de la nouvelle réglementation proposé par l’administration américaine n’est pas du gout des raffineurs américains qui ont anticipé et investi dans la production de ces carburants de haute qualité et qui souhaitent au plus tôt un retour sur investissement. L’explication inavouée de cette prise de position ferme de l’administration Trump relève en fait d’une stratégie bassement politicienne car une hausse du prix des produits pétroliers en 2020 pourrait se révéler néfaste à sa réélection.

Pour l’instant, le  Comité de la protection du milieu marin de l’OMI (MPEC 73) qui s’est réuni du 22 au 26 octobre 2018 a rejeté cette proposition américaine. Gageons que le défi majeur de la dépollution relevé par l’OMI reçoive le soutien des acteurs politiques et du monde maritime consolidant ainsi son statut d’organisation spécialisée en matière de questions maritimes. En effet, grâce à l’OMI, de réels progrès ont déjà été réalisés avec l’adoption d’une réglementation environnementale très avancée et un agenda ambitieux sur la réduction des émissions atmosphériques d’oxydes de soufre. Le prochain chantier, celui de la réduction des Gaz à Effet de Serre (GES) qui devrait être lancé d’ici à 2019, sera également une étape décisive dans la recherche de carburants plus respectueux de l’environnement et de la dépollution globale de ce mode de transport.

[1]Approuvée dans le cadre d’amendements de l’annexe VI de MARPOL adoptés en 2008, la date d’application a été fixée au 1 janvier 2020, sous réserve d’un réexamen en 2018 afin de vérifier une disponibilité suffisante du fioul TBTS pour 2020. Dans le cas contraire, le comité de la protection du milieu marin (MPEC) de l’OMI peut repousser cette date en 2025.
[2] Zones situées en mer Baltique, mer du Nord, Amérique du Nord (zones côtières au large des États-Unis et du Canada) et zone maritime caraïbe des États-Unis (eaux entourant Porto Rico et les Îles Vierges américaines).
[3] Phase de construction d’expérience

Yémen : les appels pour mettre fin au conflit

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Depuis 2015, le Yémen est le théâtre d’affrontements violents entre les Houthis et les forces loyales au président Hadi. L’intervention en faveur de ces dernières d’une coalition dirigée par l’Arabie Saoudite du prince héritier Mohamed ben SALMAN, a aggravé le conflit et occasionné une famine dévastatrice. Pour les Nations Unies, il s’agit de la « pire crise humanitaire au monde ». L’affaire KHASHOGGIa considérablement affecté la crédibilité de Riyad sur la scène internationale et sa légitimité au Yémen pâtit de ce meurtre. Le royaume wahhabite fait l’objet de pressions de la part des puissances occidentales, mais le revirement de son plus fidèle allié en Occident, les Etats-Unis, sera déterminant.

Le 30 octobre 2018, par la voix de Mike POMPEO, secrétaire d’Etat américain, Washington réclame en effet la fin du conflit yéménite : « les Etats-Unis appellent toutes les parties à soutenir l’envoyé spécial des Nations Unies, Martin GRIFFITHS, dans la recherche d’une solution pacifique au conflit au Yémen ». Les Etats-Unis demandent « la cessation des hostilités », qu’il s’agisse des « frappes de missiles et de drones depuis les zones contrôlées par les Houthis en direction du royaume d’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis » mais également des « frappes aériennes de la coalition (…) dans toutes les zones peuplées du Yémen ». En recommandant le recours à la voie politique, les Washington considère qu’« il est temps de mettre fin à ce conflit, de le remplacer par un compromis et de permettre au peuple yéménite de guérir par la paix et la reconstruction ». Les Etats-Unis réclament l’ouverture de négociations de paix d’ici trente jours. La déclaration américaine surprend, l’administration de Donald TRUMP n’ayant jamais caché son soutien à l’Arabie saoudite.

A Washington pourtant, l’opposition, notamment au Congrès, espérait depuis des mois que Donald TRUMP incite Riyad à plus de discernement dans la conduite de cette guerre. D’ailleurs, mardi 30 octobre, le New York Times a publié un articlealertant sur la situation au Yémen, entrecoupé par des photographies glaçantes d’enfants yéménites mourant de faim.

Dans les capitales européennes, un débat a émergé quant à la fourniture d’armes à l’Arabie saoudite. La ministre des Armées, Florence PARLY, invitée de l’émission de Jean-Jacques BOURDIN sur BFM-TVmardi 30 octobre, assure que « la France est un fournisseur modeste d’armes à l’Arabie saoudite ». Toutefois, la ministre affiche un positionnement clairement défavorable à l’encontre de cette guerre, déclarant qu’ « il est plus que temps qu’elle cesse ».

Les déclarations française et américaine rejoignent les positions des associations et ONG, à l’instar d’Amnesty Internationalqui militent depuis des mois afin d’interpeler la communauté internationale sur les atrocités commises à Sanaa.

Les différentes parties yéménites se montrent cependant réticentes à l’idée d’un accord commun, suggéré par Mike POMPEO et par l’ONU le 14 avril 2015 au travers de la résolution 2216. Selon les estimations d’Acled (The Armed Conflict Location & Event Data Project), une organisation indépendante chargée de collecter les données des violences politiques étatiques, plus de 50 000 personnes sont mortes entre janvier 2016 et septembre 2018 dans ce pays de 22 millions d’habitants où 8,4 millions ont besoin d’aide et de protection selon les Nations Unies.

 

Etats-Unis – Israël : début du protocole d’accord décennal historique

Le Président américain Donald TRUMP et le Premier ministre israélien Benyamin NETANYAHU à Jérusalem en mai 2017.

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Le 1er octobre 2018, Heather NAUERT, porte-parole du Département d’Etat américain, annonce le début du protocole d’accord décennal, signé par les Etats-Unis et Israël en 2016. Selon les termes de l’accord, les Etats-Unis octroieront, pour les dix prochaines années, une aide s’élevant à 3,3 milliards de dollars pour les financements militaires étrangers et 500 millions de dollars serviront à l’Etat hébreu pour des programmes de coopération pour la défense antimissile. Cette somme considérable s’élevant à 7 230 dollars par minute, représente l’aide la plus importante octroyée par les Etats-Unis à son allié moyen-oriental.

Dans le but d’accroitre la sécurité d’Israël et de renforcer la coopération bilatérale entre deux Etats, ce protocole « historique », reflète « l’engagement durable et inébranlable du Président, de l’administration américaine et du peuple américain à l’égard de la sécurité d’Israël ».

Le protocole a été conclu en 2016, sous l’administration OBAMA, entre le Président américain et le Premier ministre israélien, Benyamin NETANYAHOU. Si Barack OBAMA espérait que ce geste servirait pour ses actions à l’égard des initiatives palestiniennes, le protocole a fait l’objet de vives négociations de la part de Benyamin NETANYAHOU qui entendait bénéficier d’une aide importante.

Dans son communiqué, H. NAUERT fustige le régime iranien de « parrainer des groupes terroristes cherchant à attaquer non seulement les intérêts d’Israël, mais également les Américains ». Israël incarnant « un allié précieux et compétent pour les Etats-Unis » la porte-parole du Département d’Etat insiste sur la menace régionale qui pèse sur le pays et craint « la possibilité d’une escalade du conflit » dans une région déjà instable.

L’aide permise par Washington est l’affirmation sans réserve du droit d’Israël à s’autodéfendre en bénéficiant d’un « avantage militaire qualitatif sur tous les adversaires régionaux potentiels ». Sur Twitter, le Premier ministre israélien remercie l’administration américaine et le Congrès pour cette aide financière. En rappelant les problèmes auquel son pays est confronté, B. NETANYAHOU écrit que « le soutien sans réserve des Etats-Unis à la défense d’Israël est l’un des piliers du lien très fort qui unit les deux pays ».

Actuellement, Israël craint un regain des tensions. A l’issue de l’incident de l’avion russe en Syrie pour lequel la Russie tient Israël responsable, Moscou a annoncé la livraison de systèmes de défense antiaériens S-300 à Damas. Interrogée par les journalistes après l’annonce du ministère de la Défense russe, H. NAUERT espère que cette transaction n’a pas eu lieu. Un haut responsable israélien a confié qu’Israël se réservait le droit de se protéger en cas d’attaque, le pays restant soutenu par les Etats-Unis.