Etat islamique

Apparition d’Abou Bakr al-Baghdadi : la nouvelle stratégie de l’Etat islamique

 

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Pour la première fois depuis cinq ans, l’Etat islamique a diffusé une vidéo lundi 29 avril du « calife » Abou Bakr al-Baghdadi.

Cette vidéo intervient plus d’un mois après la chute de Baghouz, permise par l’offensive des combattants arabes et kurdes soutenus par la coalition internationale. Il s’agissait du dernier bastion territorial du « califat » autoproclamé en 2014 sur des territoires syriens et irakiens.

Si cette vidéo relayée par al-Fourqane, « l’agence de presse » de l’Etat islamique, ne donne aucune indication sur la date et le lieu de tournage, son enregistrement est récent. Abou Bakr al-Baghdadi y évoque en effet la chute de Baghouz – le 23 mars 2019 – la victoire de Benjamin Netanyahou aux législatives israéliennes et la chute « des tyrans en Algérie et au Soudan », en l’occurrence Abdelaziz Bouteflika et Omar el-Bechir. Toutefois, les attentats survenus au Sri Lanka le 21 avril dernier, lors du dimanche de Pâques, sont évoqués sous la forme d’un audio, ce qui suggère que cette vidéo a été enregistrée antérieurement à ces attentats.

A l’issue de la défaite territoriale de l’organisation terroriste, le message de son chef est clair : l’Etat islamique survivra. Le djihadiste, âgé aujourd’hui de 47 ans, promet une vengeance au nom de ses combattants tués et déclare à l’Occident une « longue bataille ». L’Etat islamique entend prouver qu’il existe toujours et que sa capacité de nuisance est bien réelle. Par la même occasion, Abou Bakr al-Baghdadi, donné à plusieurs reprises mort ou blessé, prouve qu’il est vivant et qu’il est toujours à la tête du mouvement. Avec cette vidéo, une première de ce genre depuis sa proclamation à la tête du califat, Abou Bakr al-Baghdadi se met en scène. A l’image d’Oussama Ben Laden, il pose aux côtés d’un fusil d’assaut AKS74, donnant l’image d’un combattant.

Il est évident que l’Etat islamique, affaibli par la disparition de son empreinte au sol, cherche à se renouveler. Son chef, qui a survécu à plusieurs attaques aériennes, vit reclus. Selon Hicham al-Hachémi, spécialiste des mouvements djihadistes, al-Baghdadi n’est entouré que de trois personnes – qui apparaissent par ailleurs dans la vidéo. Il s’agit de « son frère Joumouaa, plus âgé que lui, son chauffeur et garde du corps Abdellatif al-Joubouri, qu’il connaît depuis l’enfance, et son estafette, Seoud al-Kourdi ». Les quatre hommes, vivraient selon l’expert dans une zone désertique entre la Syrie et l’Irak. 

Cette mise en scène, qui pourrait potentiellement donner des indications sur la localisation du fugitif est pour certains observateurs une prise de risque traduisant une nécessité pour l’organisation terroriste d’exister médiatiquement et de mobiliser ses troupes. En ce sens, le chef djihadiste a énuméré les origines de ses combattants, qu’il a félicités. Parmi eux, les djihadistes français Fabien et Jean-Michel Clain, neutralisés dans la région de Baghouz en février dernier. Il a par là même salué les nouvelles allégeances des groupes terroristes à l’EI dans le dessein de souligner le caractère internationaliste de l’organisation. Ces derniers mois, l’organisation ne cesse de gagner des fidèles dans les pays du Sahel, en particulier au Mali et au Burkina Faso.

Abou Bakr al-Baghdadi est l’homme le plus recherché du monde. Les Etats-Unis offrent 25 millions de dollars pour sa capture.

La fin de l’Etat islamique ?

Des combattants des FDS dans le village de Baghouz, le 17 février 2019.
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La bataille menée contre l’Etat islamique (EI) représente aujourd’hui le principal front de la guerre en Syrie, qui a fait plus de 360 000 morts et des millions de déplacés et réfugiés depuis 2011. Depuis la chute de Raqqa, « capitale » du califat autoproclamé, au second semestre de l’année 2017, les experts prédisaient la fin imminente de Daesh, ou du moins sa territorialisation.

Au fil des mois, les combattants kurdes et arabes des Forces démocratiques syriennes (FDS), appuyés par la coalition internationale, ont progressivement reconquis toutes les localités détenues par les djihadistes de l’Etat islamique. Le 9 février dernier, un porte-parole des FDS avait annoncé la victoire « dans les jours à venir ». Les djihadistes du groupe sont retranchés dans une petite poche du sud-est de la Syrie de moins d’un demi-kilomètre carré, dans le village de Baghouz. Cette zone n’a aucune valeur stratégique, mais est occupée depuis l’origine du mouvement par les forces de Daesh. Elle est d’ailleurs difficilement attaquable, minée et maillée de tunnels. Les derniers soldats islamistes se servent en outre de la population civile comme d’un bouclier humain. La reconquête de cette dernière poche, entamée en septembre 2018, aurait fait 700 morts dans les rangs des FDS et 1 300 parmi les troupes de Daesh, en plus des 400 civils. Les derniers survivants de l’État islamique sont, selon toute probabilité, au bord de l’épuisement, du manque de nourriture et de munitions. Toutefois, pour Nicholas Heras, expert du Center for a New American Security : « Il n’y a aucun moyen d’affronter ce qui reste de l’EI à Baghouz sans une opération directe, qui nécessiterait un soutien de l’aviation et de l’artillerie, qui finirait par tuer presque tout le monde ».

La fin annoncée de l’Etat islamique ne signifie pour autant ni la fin du groupe terroriste qui conserve des cellules clandestines en Syrie comme en Irak, ni la fin du conflit syrien, alors que le devenir des Kurdes inquiète, la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) dénoncée comme organisation terroriste par la Turquie dominant l’alliance arabo-kurde des FDS. Face au retrait des troupes américaines et aux menaces d’intervention de la Turquie, la milice apparait fragilisée.

Dimanche 17 février, lors d’une réunion avec des chefs de conseils locaux à Damas, le Président syrien Bachar al-Assad a déclaré également que la guerre dans son pays n’était pas terminée. Il affirme que Damas est en proie actuellement à quatre types de guerres : militaire, économique, informatique et contre la corruption. Sans les nommer, il a prévenu les Kurdes que les Américains, après leur retrait de la région, ne les protègeront pas et que seul l’Etat syrien est en mesure de leur apporter paix et sécurité. Dans l’optique de se protéger, les Kurdes ont déjà amorcé un rapprochement avec le régime syrien afin de préserver leur semi-autonomie. Dans le même temps, ils exhortent les Européens à ne pas les abandonner, et en particulier la France, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies.

Daesh prépare depuis quelques années son retour à la clandestinité, laissant place à un djihadisme diffus. De nombreux soldats d’Allah pourraient se fondre dans la masse des civils en optant pour des actions de guérilla plus discrètes ou des attentats-suicide pour maintenir un climat de terreur ou rejoindre d’autres théâtres de djihad comme le Yémen, la Libye ou le Sahel. De fait, la question du retour des djihadistes reste un dossier épineux pas encore tranché. Le président américain a réitéré sa demande aux pays occidentaux, le 17 février : « Les Etats-Unis demandent à la Grande-Bretagne, à la France, à l’Allemagne et aux autres alliés européens de reprendre plus de 800 combattants de l’EI que nous avons capturés en Syrie afin de les traduire en justice ».

Dossier syrien : ERDOGAN tance BOLTON

Le porte-parole du gouvernement turc, Ibrahim KALIN s’entretenant avec John BOLTON, le conseiller à la Sécurité américain le 8 janvier 2019 à Ankara.
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Alors qu’il devait s’entretenir avec le président turc Recep Tayyip ERDOGAN mardi 8 janvier 2019, le conseiller américain à la Sécurité John BOLTON a quitté Ankara sans pouvoir le rencontrer.

Au début du mois de janvier, John BOLTON s’est rendu successivement en Israël et en Turquie pour discuter des conditions de retrait des Etats-Unis en Syrie. Le président américain Donald TRUMP a annoncé le 19 décembre dernier cette décision, qui bien que conforme à ses arguments de campagne, a fait l’effet d’une bombe.  Provoquant le départ de Jim MATTIS, Secrétaire d’Etat à la Défense souvent présenté comme un pôle de stabilité de l’administration TRUMP, ce retrait  pose trois questions  : comment garantir la lutte contre l’Etat islamique sans Washington ?, comment gérer l’avenir des combattants kurdes ? et quel sera l’impact du vide créé par le retrait américain du Proche-Orient ? en tout état de cause, cette décision est une bonne nouvelle pour Ankara et pour Moscou qui pourraient profiter du retrait américain pour avancer leurs pions.

Etats-Unis et Turquie divergent sur la question kurde. Alliés de Washington dans la lutte contre l’Etat islamique, les Unités de protection du peuple (Yekîneyên Parastina Gel – YPG) sont considérées comme des terroristes par Ankara.

En visite diplomatique en Israël et Ankara, John BOLTON a tenté de rectifier le tir et de rassurer sur les conditions de retrait des troupes américaines en conditionnant leur départ à des garanties de sécurité pour leurs alliés kurdes.

Rassurants pour le président israélien Benjamin NETANYAHU, ces propos ont sans surprise suscité la colère du président ERDOGAN qu’il considère « inacceptables et impossibles à digérer ». Lors d’une réunion du groupe parlementaire de son parti l’AKP (Parti de la justice et du développement) Recep Tayyip ERDOGAN s’est exprimé à propos du PKK et PYD (le Parti des travailleurs du Kurdistan et le Parti de l’union démocratique, son équivalent syrien) : « La prétendue lutte du PKK / PYD contre l’Etat Islamique n’est rien de plus qu’un mensonge (…).». Il continue : « La Turquie cible ces deux organisations en même temps, non à cause de son animosité ethnique ou religieuse, mais à cause de sa politique antiterroriste ».  En se félicitant du rôle de la Turquie « seul pays à avoir véritablement combattu et obtenu des succès contre les organisations en Syrie », le président turc souligne que « Les Etats-Unis commettent une très grave erreur s’ils considèrent que ces terroristes sont identiques à nos frères et sœurs kurdes ». Annulant la rencontre prévue avec John BOLTON, le président ERDOGAN a laissé sa place à Ibrahim KALIN, conseiller spécial du président et porte-parole du gouvernement. Ce dernier a démenti l’engagement du président turc à garantir la sécurité des milices kurdes, énoncé par le secrétaire d’Etat américain, Mike POMPEO.

Ainsi, accompagné par le général Joseph DUNFORD, chef d’état-major américain et de James JEFFREY, Représentant spécial de Washington pour l’engagement en faveur de la Syrie, John BOLTON a rencontré des officiels turcs de rang moins élevé qu’annoncé et n’a pas donné la conférence de presse programmée.

La situation en Syrie et la lutte contre l’Etat islamique cristallise des enjeux cruciaux. Le retrait américain aura des conséquences sur la probable résurgence de l’Etat islamique, l’avenir de l’entité kurde face à la Turquie et laisse la place à la Russie pour occuper le rôle d’acteur incontournable dans la région.

Opération « Sinaï 2018 » : hausse du nombre de terroristes abattus


Soldats de l’armée égyptienne en position dans le Nord-Sinaï, aux abords d’al-Arich, 4 mars 2018.
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La police égyptienne a annoncé le 9 octobre 2018 avoir tué dix djihadistes présumés à al-Arich, au nord du Sinaï. Cette déclaration fait suite au communiqué de la veille, dans lequel l’armée égyptienne a déclaré la perte de trois de ses militaires dans deux opérations différentes des forces de sécurité ayant permis d’abattre 52 islamistes. Selon le communiqué, ces djihadistes étaient armés de fusils automatiques, de grenades et même d’un drone.

Le Caire engage ses forces depuis février dans le cadre de l’opération « Sinaï 2018 », une campagne antiterroriste qui vise la Wilayat Sinaï, affiliée au groupe Etat islamique en Irak et au Levant (Daech). Depuis le début de l’offensive, le nombre d’islamistes tués s’élève à 509, selon les chiffres officiels. Depuis la destitution en 2013 du président islamiste issu des Frères musulmans Mohamed MORSI par l’armée, des centaines de policiers et de soldats mais également de nombreux civils ont péri lors d’attaques djihadistes. A l’issue d’un attentat attribué à Daesh dans une mosquée en novembre 2017, ayant causé plus de 300 morts, « Sinaï 2018 » est lancée à la demande du président égyptien, le maréchal Abdel Fattah AL-SISSI. La région est en effet en proie à l’instabilité et aux affrontements permanents entre les forces armées égyptiennes et l’organisation terroriste Daesh, incarnée par ses chefs locaux au Sinaï.

Ces derniers jours, l’armée égyptienne multiplie les offensives à l’encontre des « takfiristes » (extrémistes) de la nébuleuse Etat islamique. Le 3 octobre, l’annonce de la mort d’Abou Hamza AL-MAQDESSI et de 15 autres djihadistes se répand. AL-MAQDESSI, d’origine palestinienne est l’un des chefs locaux de Daech. Chargé de la planification des attaques et de l’entrainement des combattants au Sinaï, il est connu pour avoir pris part aux opérations contre l’armée. L’Etat islamique a confirmé sa mort sur Telegram, sans en préciser les circonstances précises.

La presse n’étant pas autorisée à se rendre librement dans la zone, seule une visite organisée en juillet par l’armée a permis aux médias étrangers d’aller à al-Arich, chef-lieu du Nord-Sinaï.