Essebsi

Tunisie : 8 ans après

Le président tunisien Beji Caid ESSEBSI. Tous droits réservés.

Lundi 14 janvier 2019, les Tunisiens ont commémoré le huitième anniversaire de la chute de l’ancien Président, Zine el-ABIDINE BEN ALI, en place depuis 1987. Quelques années après les soulèvements ayant conduit à la fin du régime et qui ont fait 340 morts et plus de 2 000 blessés, la question du bilan se pose.

Depuis les révolutions qui ont ébranlé plusieurs régimes en place, la « Révolution du Jasmin » – nom donné aux événements tunisiens par les rédactions étrangères – a laissé place à une transition démocratique. Bien que fragile, cette transition est l’une des plus abouties dans les pays ayant connu les « printemps arabes ». Des élections libres se sont déroulées et une nouvelle Constitution a été adoptée. Le pays a par la même connu des avancées considérables en termes de droits de l’homme.

Lors de son discours au musée du Bardo commémorant l’anniversaire de la révolution, Beji Caïd ESSEBSI, le président tunisien, qui avoue ne pas avoir participé aux émeutes de 2011, déclare : « la révolution a été spontanée, conduite par des jeunes non encadrés ». A 93 ans, le plus vieux président élu au monde a énuméré les acquis de la révolution et a fait l’éloge de la liberté de la presse et de la liberté d’expression. Il considère tout de même que la démocratie est « en péril », malgré un bon départ.

De fait, le processus de transition n’est pas achevé, remettant pour certains le terme de révolution en cause, tant les promesses attendues n’ont pas eu lieu. Le coût de la vie augmente dans le pays et le taux d’inflation est proche des 8%. Le dinar tunisien a chuté de 60% par rapport au dollar ; Beji Caïd ESSEBSI s’est même fendu d’une sortie étonnante en affirmant que « le dinar ne vaut plus rien ».  Le taux de chômage est d’environ 15,5% et celui des jeunes diplômés est supérieur à celui des non-diplômés, ce qui engendre une fuite de cerveaux préoccupante pour l’avenir du pays. L’intérieur de la Tunisie est plus sensible à cette crise aux multiples facettes et les écarts avec la côte ne font que se creuser davantage. S’ajoute à cette crise économique une crise politique et sociale. Le président et le Premier ministre Youssef CHAHED, issus du parti Nidaa Tounes, sont entrés dans une logique de rupture et l’alliance avec les autres partis, en l’occurrence Ennahda ne permet pas d’avancées. Pour beaucoup de Tunisiens, cette situation résulte en partie de la politique d’austérité imposée par le FMI et les tensions internes subsistent.

La révolution avait débuté par l’immolation par le feu de Mohamed BOUAZIZI, vendeur ambulant en situation de détresse à Sidi Bouzid en décembre 2010. Huit ans après, le suicide est resté la seule issue pour le journaliste Abderrazak ZORGUI qui s’est infligé le même sort le 24 décembre dernier à Kasserine, faisant de son sacrifice un acte militant : « Pour les chômeurs de Kasserine, je vais commencer une révolution, je vais m’immoler par le feu ! (…) Ce mensonge promettant une vie meilleure n’est jamais venu ». Le geste du journaliste a entrainé d’autres Tunisiens à faire de même. La Tunisie éprouve des difficultés à amorcer sa transition économique et les lendemains de la révolution ne sont pas parvenus à répondre à la crise économique qui avait amené la jeunesse dans la rue.

L’espoir d’une Tunisie plus sereine s’amenuise, tandis qu’une grève générale relayée massivement par les syndicats est annoncée pour le 17 janvier 2019, un mouvement qui aura, selon le président de la République, des « conséquences néfastes » pour le pays.

Alors que se tiendront à la fin de l’année 2019 avec des échéances cruciales pour la Tunisie à travers les élections législatives et présidentielles, le pays reste partagé entre le pessimisme et l’inachevé concernant sa révolution.