enjeux

La Méditerranée stratégique, laboratoire de la mondialisation

Page de couverture du numéro de la RDN consacré à la Méditerranée.
Tous droits réservés.

Le numéro d’été de la revue de la défense nationale (RDN) se consacre à la Méditerranée. Intitulé « La Méditerranée stratégique, laboratoire de la mondialisation », ce numéro a été codirigé par l’institut FMES et l’institut de recherche stratégique de l’école militaire (IRSEM). Il a été préfacé par le commandant en chef de la Méditerranée (CECMED) et préfet maritime, le vice-amiral d’escadre Charles-Henri de la Faverie du Ché.

Ce numéro particulier dresse les principaux enjeux de cette région où les puissances régionales et internationales sont très présentes. Il s’attache à identifier les principaux points de tension. Le bassin méditerranéen se distingue en effet par la multiplicité de ses crises souvent d’ampleur inégale. Mer quasi fermée de surface modeste à l’échelle du globe, elle ne compte pas moins de 23 pays sur son littoral. L’espace méditerranéen pourrait se définir comme un laboratoire de la mondialisation où se retrouvent les rivalités qui se jouent à l’échelle planétaire. Ce n’est étonnamment pas le point d’attention majeur des médias qui se consacrent davantage au Proche et Moyen-Orient ou à l’Asie du Sud Est. Pour autant, cette mer est l’un des axes commerciaux les plus importants au monde. C’est à la fois un trait d’union et une ligne de fracture entre les rives Nord et Sud.

Après une introduction partagée entre le vice-amiral d’escadre (2S) Pascal Ausseur, directeur général de l’institut FMES et le directeur de recherche du pôle « questions régionales Nord » à l’IRSEM, monsieur Pierre Razoux, ce numéro se scinde en trois parties. La première concerne les grands enjeux et principaux défis de la région en s’intéressant à des domaines divers tels que la territorialisation, les hydrocarbures en Méditerranée orientale, les questions environnementales, financières et religieuses. Le deuxième volet fait référence aux multiples foyers de crise avec le Levant, la Libye, les Balkans et l’hirak algérien. La troisième et dernière partie souligne les ambitions des principaux acteurs en Méditerranée, notamment celles des grandes puissances.  Les Etats-Unis, la Russie et la Chine sont à ce titre des acteurs majeurs de ce laboratoire de la mondialisation. Il ne faut pas pour autant sous-estimer les rivalités régionales avec des « confrontations » Nord Sud et de substantielles différences d’approche entre les pays de la rive Sud, notamment pour l’Egypte, La Turquie, Israël et les pays du Golfe pour ne citer qu’eux.

Cette revue, et c’est un peu l’usage pour la RDN, se distingue par un apport de réflexions issu d’une très grande diversité de rédacteurs qu’ils soient universitaires, chercheurs ou militaires et anciens militaires issus des deux rives de cette mer si singulière. Parmi ces rédacteurs, figurent des experts renommés de la région tels que Gilles Kepel, Nicolas Mazzuchi, Jean Dufourcq ou encore Benoît Pellistrandi qui se réjouissent de partager leurs analyses avec des rédacteurs plus « discrets » mais fascinés par l’intérêt qu’ils portent à un espace euro-méditerranéen qui n’est pas toujours traité à la hauteur des enjeux qu’il contient. Enfin, ce numéro spécial est aussi l’occasion de permettre à Christian Castagna et William Leday, au nom de la 29ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques de l’institut FMES, de partager leur analyse sur la position de la France au regard de la sensibilité du dossier des hydrocarbures en Méditerranée orientale.

Enjeux géopolitiques de la situation au Moyen-Orient par Pierre Razoux

Pierre Razoux. Tous droits réservés.

Pierre Razoux est directeur de recherches à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM). Le 6 février dernier, il s’est entretenu devant la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, pour une audition consacrée aux enjeux géopolitiques de la situation au Moyen-Orient.

Les événements au Moyen-Orient ont des répercussions sur la situation en Europe et en France, que ce soit les attentats de 2015 ou les mouvements migratoires générés par la crise syrienne. La zone, qui intéresse Paris, restera « une région cruciale pendant les quinze à vingt prochaines années » pour le directeur de recherches. En effet, le Moyen-Orient, situé dans une zone stratégique aux niveaux énergétique, maritime, politique, idéologique et économique, est un espace convoité. Les sénateurs ont interrogé Pierre Razoux sur la situation dans la région et le rôle des acteurs internationaux.

Au niveau géopolitique, deux fronts se font face. Au Nord, la Russie et l’Iran exercent une influence sur l’Irak et la Syrie tandis qu’au Sud, les Etats-Unis se sont alliés à l’Arabie saoudite, à Israël, à l’Egypte, à la Jordanie et aux Emirats arabes unis. Dans cette configuration, la Turquie jouit d’une position singulière, partagée entre les deux blocs.

Concernant les Etats-Unis et la décision du Président Donald Trump de retirer ses troupes de la région, Pierre Razoux n’y « croit pas du tout ». Il estime que Washington maintiendra sa présence « militairement, diplomatiquement et économiquement » pour y préserver ses intérêts tels que la liberté de navigation, la sécurité des citoyens (américains et alliés) et le contrôle des flux énergétiques. Selon lui, la stratégie américaine consiste en un repli sur quelques zones stratégiques de la région, notamment Oman, le Qatar, Djibouti ou le Koweït. Les Etats-Unis de Donald Trump se distinguent toutefois des administrations Obama et Clinton qui privilégiaient un dialogue avec Téhéran, Moscou ou Ankara. A contrario, le Président américain, dans la lignée des administrations Bush père et fils, prône la stratégie de l’endiguement, tout en s’appuyant sur les monarchies du Golfe. La sortie de l’accord sur le nucléaire iranien et le rétablissement des sanctions à l’égard de l’Iran en sont des illustrations. La présence américaine au Moyen-Orient permettrait alors à long terme de faire face aux Etats rivaux de demain, en l’occurrence Chine et Inde.

Moscou suit une posture défensive. L’objectif poursuivi par le pays est de contenir les djihadistes dans la région afin de leur interdire l’accès au Caucase. La Russie désire également promouvoir ses propres intérêts énergétiques et éviter la concurrence, le pays étant le premier fournisseur de gaz de l’Union européenne. Soutien indéfectible du régime de Bachar al-Assad en Syrie, la Russie entend prouver qu’elle est un partenaire fiable.

Etats-Unis et Russie n’ont pas intérêt à ce que la situation s’embrase. Le risque d’une prolifération militaire incontrôlée explique également leur investissement.
La Chine a également besoin d’un climat apaisé pour investir massivement, dans le cadre de ses nouvelles routes de la soie. Pierre Razoux considère tout de même que la Chine est « le seul Etat qui ait une vision stratégique à long terme » en maintenant à distance le Japon et les Etats-Unis tout en « étouffant progressivement, économique et stratégiquement l’Inde pour étendre son influence ».

Au niveau régional, les trois acteurs majeurs sont l’Iran, l’Arabie saoudite et Israël. Selon Pierre Razoux, ces derniers pourraient se montrer plus enclins à une escalade des tensions.
La Turquie, quant à elle, est une alliée historique des Etats-Unis et de l’Occident, membre de l’OTAN. Elle s’est néanmoins rapprochée, ces dernières années, de la Russie et de l’Iran. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, espère se maintenir au pouvoir jusqu’en 2023, année célébrant le centième anniversaire de la République turque dans le dessein de s’ériger en homme fort du pays, à l’image de Mustafa Kemal. Toutefois, le pays doit gérer de multiples enjeux dans la région, dont le retrait des djihadistes de la région d’Idlib et de la région transfrontalière nord.

Finalement, aucune solution à la crise du Moyen-Orient ne surviendra, selon Pierre Razoux, sans une quadruple entente entre tous ces acteurs (Etats-Unis – Chine – Russie ; Russie – Iran –  Turquie (actuellement engagés dans le processus d’Astana) ; Israël – Russie – Iran et Iran – Arabie Saoudite). Cependant, si les deux premières conditions semblent remplies et la troisième relève de l’envisageable, la dernière n’est en rien acquise pour le directeur de recherches.

Si l’Europe n’est que peu évoquée durant l’audition, c’est parce qu’elle ne partage pas une vision commune concernant le Moyen-Orient. Les pays de l’arc latin suivent chacun leur propre stratégie tandis que l’Allemagne est davantage axée sur une logique commerciale. Pierre Razoux déplore le manque d’unité des pays de l’Union européenne s’agissant du devenir de la région.
Interrogé sur le lien entre la France et Djibouti, qu’il considère « vital », Pierre Razoux constate « l’érosion progressive » de la présence française alors que le pays bénéficie d’un emplacement stratégique de taille.

Oman est considéré comme le pays stabilisateur de la région. Mascate entretient en effet des relations cordiales avec Israël. Pour autant, le sultan Qabous est malade et l’avenir du pays est incertain. Quant à savoir si les Emirats arabes unis hériteront de ce rôle, rien n’est sûr compte tenu des tensions historiques entre Abu Dhabi et Mascate. Cependant, les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite resteront proches. Les deux Etats partagent des points communs notamment dans leurs relations épineuses avec les Frères musulmans. Pierre Razoux imagine alors davantage le Qatar prendre de l’importance dans la région. Le pays, qui subit un blocus de la part de l’Arabie saoudite et de ses alliés en raison de sa proximité avec le Hezbollah, se détache du Conseil de coopération du Golfe pour se rapprocher de Téhéran et Ankara.
Aussi, pour certains, la Jordanie incarne le « pôle de stabilité ». Le pays est soutenu « par tout le monde » et accueille un nombre important de réfugiés. Il bénéficie de fait d’une assistance financière de la part des Nations unies. Toutefois, sans cette aide, Amman se retrouverait dans une situation toute autre : il s’agit en réalité d’un pays pauvre aux ressources très limitées. A long terme, il est légitime de s’inquiéter pour la Jordanie, les indicateurs socio-économiques n’étant pas rassurants.

Pour la Syrie, le chercheur imagine des zones d’influence attribuées à la Russie, à l’Iran, aux Kurdes et une zone décernée au régime « d’unité ».
Interrogé sur le dossier palestinien, le directeur de recherches constate que « personne n’a ni intérêt ni la volonté de le porter sur le devant de la scène ». La situation est donc gelée.

Enjeux et perspectives du théâtre méditerranéen

Par Vincent CALLIES, Conseiller régional Île-de-France et auditeur de la 29ème session SMHES

Article inspiré de la conférence éponyme prononcée par le préfet maritime de la mer Méditerranée le 20 octobre 2018.

**

L’Institut FMES a eu l’honneur de recevoir le vice-amiral d’escadre et préfet maritime de la mer Méditerranée, Charles-Henri LEULIER de la FAVERIE du CHE, dans le cadre de la cérémonie d’ouverture de la 29ème Session Méditerranéenne des Hautes Etudes Stratégiques.

Sur le thème des enjeux et perspectives du théâtre méditerranéen, la conférence a été ouverte par le président de la FMES, le vice-amiral 2s Benoit le MASNE de CHERMONT.

Le président de l’Institut FMES, le vice-amiral (2s) Benoit le MASNE de CHERMONT, introduisant la cérémonie d’ouverture de la 29èmeSession Méditerranéenne des Hautes Etudes Stratégiques. A ses côtés, le vice-amiral d’escadre et préfet maritime de la mer Méditerranée, Charles-Henri LEULIER de la FAVERIE du CHE.

Pendant plus d’une heure, le préfet maritime de la Méditerranée s’est adressé à son auditoire comprenant entre autres les vingt auditrices et auditeurs de la 29èmeSession, des personnalités du monde militaire ainsi que des élus régionaux.
L’officier général, grâce à une conférence étayée et structurée, a permis à son auditoire de mieux comprendre les enjeux du bassin méditerranéen.

En premier lieu, l’espace de la Méditerranée est un laboratoire remarquable de géostratégie, l’ensemble des problématiques du monde étant rassemblé dans un espace restreint. Lieu de confrontations des acteurs extérieurs et des puissances régionales, la Méditerranée est également un terrain d’action pour deux puissances européennes, l’Italie et la France.

  • Tyrannie des distances et du temps :

En tant qu’espace géographique, la Méditerranée est une petite zone d’opération, non-homogène, rendant l’anticipation et la profondeur difficiles. Elle est composée de quatre bassins :

  • La mer Noire, fermée par le détroit du Bosphore, sous la responsabilité de la Turquie.
  • La Méditerranée orientale, un lieu où les grandes puissances se jaugent, aujourd’hui marquée par la crise syrienne qui cristallise les tensions.
  • La mer de Syrte, face à la Libye.
  • La Méditerranée occidentale, “bastion français”, et région la plus stable. Ce quatrième bassin est cependant sujet aux trafics illiciges, de drogues et de migrants.
  • Des enjeux économiques essentiels :

Les enjeux du bassin méditerranéen sont perceptibles au travers de trois chiffres significatifs : la mer Méditerranée concentre 25% du commerce mondial, 30% des transports d’hydrocarbure et deux tiers des approvisionnements français. Elle concentre également un réseau important de câbles sous-marins stratégiques.
Deux exemples permettent de constater l’interdépendance des flux sur ce territoire étroit :

  • Le Port de Marseille accueille à hauteur de 75% les provenances du Canal de Suez. Dans cette perspective, la stabilité de l’Égypte (et donc du canal) n’est pas une option : elle est cruciale au bon fonctionnement du bassin méditerranéen dans son ensemble.
  • La mer Méditerranée concentre la moitié des yachts de luxe. Cibles potentielles ou vecteurs de trafics, ils sont aussi des révélateurs de la branche économique du tourisme, importante dans la région.

Le discours du préfet maritime sur la Méditerranée en tant qu’enjeu stratégique.

En s’appuyant sur les situations étatiques de plusieurs pays du bassin méditerranéen, un tableau de la région peut être dressé.

  • L’Ukraine

Cette zone incarne la guerre larvée et d’attente et explique les comportements de chaque Etat partie au conflit. Parmi ces Etats se retrouve indéniablement la Russie mais également la Roumanie et la Bulgarie, membres de l’Union européenne. Les conséquences de la situation en Ukraine s’étendent au-delà de son espace territorial puisqu’elles créent des volontés de rattachement à l’OTAN. C’est le cas de la Géorgie notamment.

  • Syrie

Les accords de zones démilitarisées retardent la prise d’Idleb, le dernier bastion des opposants du régime de Bachar EL-ASSAD, président de la République arabe syrienne. Il convient de noter que le contrôle des villes par le régime en place se sont faits par le biais d’accords permettant aux opposants de quitter la zone vers cette région du nord-ouest de la Syrie. La chute d’Idleb est annoncée et Moscou a intérêt à favoriser cette reprise. Toutefois, il s’agit pour l’Occident d’éviter une catastrophe humanitaire. En effet, avec plus de 3 millions d’habitants à Idleb, la reprise par EL-ASSAD pourrait donner lieu à des départs massifs vers Chypre et la Turquie.
S’intéresser à cette zone est d’autant plus crucial qu’elle impacte Israël, Gaza et leurs voisins. En cas de problème, le phénomène se diffuserait et, par contagion, toucherait des pays tels que l’Egypte, donnant lieu à des conséquences importantes pour l’ensemble de la Méditerranée.

  • Libye

La Libye et ses trois grandes régions, Tripolitaine, Cyrénaïque et Fezzan, connait une situation politique compliquée. Le contrôle du Fezzan, riche en pétrole, est revendiqué par Tripoli comme par Tobrouk. Fayez el-SARRAJ, chef du gouvernement d’entente nationale reconnu par la communauté internationale, voit son autorité contestée par le maréchal Khalifa HAFTAR, chef autoproclamé de l’Armée nationale libyenne, soutenu par le parlement de Tobrouk. De fait, en manque d’interlocuteur unique, la Libye ne connait ni d’unité ni de politique globale.
Le seul « succès » a été permis par les Italiens qui ont œuvré pour le renforcement des garde-côtes, permettant de diviser par dix le flux des migrants. Cependant, ce flux s’est déplacé vers le Maroc, l’Espagne étant redevenu le premier pays d’accueil.

  • Algérie

L’avenir politique de ce pays n’est pas garanti. Les interrogations se multiplient concernant le potentiel départ du président Abdelaziz BOUTEFLIKA, chef de l’Etat depuis 1999. Si l’on espère une stabilité, un débordement est tout de même envisageable. L’Algérie est le plus proche voisin de la France au Sud et une vigilance est donc nécessaire.

  • Zoom : Analyse du dispositif russe de septembre 2018

En mer Méditerranée, les grandes puissances se jaugent. Elle incarne le théâtre d’affrontements et de convoitises. La Russie entend faire passer un message clair aux autres puissances, celui de maitriser les techniques du déni d’accès.
La politique russe suit depuis des siècles la même constante, préserver un accès aux mers chaudes. Le « Syrian Express », surnom donné au ravitaillement de l’armée syrienne par la Russie à travers un flot continu de navires, en est une parfaite illustration. En contrepartie, la moitié du port de Tartous a été confiée à la Russie qui y positionne deux sous-marins classiques équipés de missiles de croisière mais également des frégates. Lors d’un grand exercice naval, Moscou a fait la démonstration de sa capacité à maitriser l’espace aéromaritime. D’une durée d’un mois, l’exercice a permis aux Russes de montrer leurs progrès en termes de coopération navale.

  • Décryptage des enjeux à travers le travail du préfet maritime, aux niveaux militaire et sécuritaire

Dans une mer de nature fermée et petite, il est primordial d’anticiper, d’autant plus que les effets sont liés, imbriqués, complémentaires et se nourrissent, de la terre à la mer.

Les fonctions du préfet maritime témoignent de la singularité en Méditerranée, ce dernier disposant de plusieurs rôles :

  • Préfet de l’urgence en mer : son objectif est la sauvegarde de la vie humaine. Cette mission concerne l’assistance aux navires en difficulté, la lutte contre les pollutions, le déminage ou encore la surveillance de la navigation. En dépit des efforts de prévention et des interventions de sauvetage, environ 30 personnes perdent la vie chaque été.
  • Préfet de police en mer : le dessein poursuivi est celui de la surveillance des approches maritimes. Il s’agit de la lutte anti-terroriste en mer, la sûreté des navires, la coordination de la lutte contre les activités illicites et la répression des pollutions.
  • Préfet “gouverneur” de l’espace marin : le but est la prévention des conflits et des usages. Cette mission relève de la protection de l’environnement, la planification de l’espace maritime ainsi que le développement économique.

Ainsi, en Méditerranée, la gouvernance n’est pas chose aisée. Une bonne illustration en a été la récente catastrophe écologique évitée de justesse, suite à la collision le 7 octobre 2018 entre l’ULYSSE et le SLC VIRGINIA, à une trentaine de kilomètres au Nord-ouest du Cap Corse, ayant provoqué 530 m3de pollution. Le préfet maritime a été chargé de coordonner le pompage et le chalutage des nappes de pétrole. S’agissant de la collision, de très gros moyens ont été mis en œuvre : 34 navires, 11 aéronefs et 500 hommes en permanence déployés.

Illustrant son rôle de commandant de zone maritime, le vice-amiral d’escadre du CHE a exposé la politique française de défense de la liberté en mer, qui applique le principe de « courtoise fermeté ». Des bâtiments de la Marine nationale sont déployés en permanence en Méditerranée. L’un deux se situe entre Chypre et la Syrie et utilise avec profit ses radars performants. Un autre est généralement présent au large de la Libye afin de lutter contre les trafics en tous genres. Il a été récemment déplacé en mer d’Alboran entre l’Espagne, le Maroc et l’Algérie, les flux de migrants en Libye ayant presque disparus. Un troisième navire sert le plus souvent de relai entre la haute mer et l’action à proximité des côtes.

Enfin, trois fois par an, la Marine nationale se déploie en mer Noire. Il s’agit d’un message politique, notamment à la Russie et à la Turquie, pour réaffirmer qu’il s’agit bien d’une haute mer, au terme de la convention de Montego Bay. Cette présence est notamment l’occasion d’afficher un soutien à la Bulgarie et la Roumanie.

Session de questions-réponses concluant la conférence.

  • Conclusion : le prisme de l’économie

Les activités en Méditerranée sont régies par l’aspect financier. Les flux, les détroits, les gazoducs et les câblages sous-marins en sont des exemples.
L’exemple de Chypre est édifiant. Les Chypriotes sont concernés par la découverte d’un gisement d’hydrocarbures à leur sud. Ce gisement ne concerne pas les Turcs qui occupent le nord de l’île, Chypre étant de facto scindée depuis 1974. Toutefois, si elle n’est pas partie prenante, la Turquie s’impose en Méditerranée orientale en envoyant des navires de guerre dans la zone. La compagnie pétrolière italienne ENI a même été interdite d’accès par Ankara. La Turquie bloque ainsi l’exploration de gisements de gaz au large de Chypre.

Au-delà des acteurs régionaux, les grandes puissances entrent en action, la situation chypriote s’érigeant en problème régional majeur.
La Méditerranée cristallise en son sein plusieurs types de problème. Sa situation en fait un enjeu majeur pour les Etats riverains. Plus encore, elle attire la présence d’acteurs mondiaux, à l’instar de la Chine qui a divisé par deux les effectifs de son armée de terre et multiplié par cinq ceux de sa Marine. En définitive, la situation en Méditerranée est une priorité française, la France cherchant à éviter l’escalade des tensions.

L’intervention du préfet maritime a permis d’éclairer l’auditoire sur les priorités françaises en Méditerranée mais également sur la position de la Turquie.

Cette conférence est aussi le moyen d’introduire le sujet de la 29èmeSession Méditerranéenne des Hautes Etudes Stratégiques. Les auditrices et auditeurs, des cadres civils et militaires, doivent rédiger un rapport sur les conséquences géopolitiques des gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale.

Appareillage pour la 4e Session nationale “Enjeux et stratégies maritimes” de l’IHEDN

Le séminaire d’ouverture de la 4ème Session nationale “Enjeux et stratégies maritimes” de l’IHEDN s’est déroulé les 28 et 29 septembre 2018 à l’École militaire à Paris. Ce fut un prélude dense pour les 36 auditeurs de cette année qui sera riche en formations et partage.
La première matinée a été consacrée aux conférences académiques introductives données par les professeurs Philippe VIAL sur les relations politico-militaires dans la France contemporaine et Martin MOTTE sur les grandes puissances maritimes dans l’histoire.
Puis le général de corps d’armée Patrick DESTREMAU, directeur de l’Institut des hautes études de défense nationale, a officiellement ouvert la session, en présence du vice-amiral Benoit le MASNE de CHERMONT, président de l’Institut FMES, avec lequel, depuis de longues années, l’IHEDN entretient un partenariat riche et fructueux qui a pris un nouvel essor dans le domaine maritime.

Ouverture de la session par le général de corps d’armée Patrick DESTREMAU, directeur de l’IHEDN, en présence du vice-amiral (2s) le MASNE de CHERMONT, président de l’institut FMES, partenaire de l’IHEDN

Plusieurs personnalités du monde maritime français se sont ensuite succédées : le préfet Vincent BOUVIER, secrétaire général de la Mer, l’amiral Christophe PRAZUCK, chef d’état-major de la Marine, et Frédéric MONCANY de SAINT-AIGNAN, président du Cluster maritime français. Elles ont naturellement abordé les grands enjeux de la politique maritime de la France, de la défense et de la sécurité en mer, et de “l’économie bleue”.

Monsieur le préfet Vincent BOUVIER, secrétaire général de la Mer répond aux questions des auditeurs

L’amiral Christophe PRAZUCK, chef d’état-major de la Marine, présente le rôle de la Marine nationale face aux grands enjeux de défense et de sécurité en mer

Les auditeurs n’ont pas ménagé les différentes autorités avec leurs nombreuses questions. Ils ont ainsi pu mieux cerner l’importance des enjeux maritimes, l’efficacité de l’organisation française en matière d’action de l’État en mer et les extraordinaires opportunités économiques offertes par les mers et les océans sous réserve d’en préserver la biodiversité.

Frédéric MONCANY de SAINT-AIGNAN, président du Cluster maritime français, explique les grands enjeux de “l’économie bleue”.

Ce séminaire fut aussi l’occasion pour les auditeurs de faire connaissance et mesurer la diversité de leurs origines géographiques et professionnelles, source de “fertilisation croisée” et facteur déterminant de leur recrutement. Ils ont également pu constater combien ils sont unis par leur attrait pour la mer. Une facette supplémentaire de cette fameuse solidarité des gens de mer que découvrent les auditeurs qui ne bénéficient pas d’une culture maritime particulière.

Une parfaite cohésion s’est donc sans surprise immédiatement installée, d’où des débats animés par comités, sur les trois thèmes qui leur avaient été proposés : « Quelle politique et quelles stratégies de la France en Indopacifique ? », « Quelle politique et quelles stratégies de la France vis-à-vis de ses Drom-COM ? », et « Quelle politique et quelles stratégies portuaires pour la France ? ».

Les amarres de la 4e session maritime sont donc larguées, pour une navigation aux escales qui promettent d’être passionnantes, dans de grands ports français (Boulogne-sur-Mer, Brest, Calais, Dunkerque, Lorient, Marseille, Nantes, Saint-Nazaire, Toulon) et des ports internationaux majeurs au cours des missions “Europe” et “Monde”, sans compter le centre de l’Europe, Bruxelles.